vignette|upright=1.5|Mexico-Tenochtitlan, capitale de l'Empire aztèque, a été construite dans le plateau central du Mexique, sur une île du lac Texcoco. vignette|upright=1.3|Mexico-Tenochtitlan se trouvait dans la partie ouest de la vallée de Mexico, dont la géographie est ici reconstituée telle qu'elle est apparue aux conquistadors, au début du . vignette|upright=1.3|Dans la partie occidentale du lac Texcoco, Mexico-Tenochtitlan occupait la partie sud de l'île au centre de la carte, au-dessous de la ligne rouge, la partie nord étant Mexico-Tlatelolco (reconstitution de Hanns J. Prem, 2008). vignette|upright=1.2|Plan de Mexico-Tenochtitlan publié en 1524 avec la deuxième lettre d'Hernán Cortés à l'empereur Charles Quint.
Mexico-Tenochtitlan (souvent abrégée Tenochtitlan) était la capitale () de l'Empire aztèque. Elle fut bâtie sur une île située sur le lac Texcoco (dont une grande partie a été asséchée par la suite). Elle était coupée par de longues avenues, traversée par des canaux et reliée au continent par des chaussées. En 1521, les conquistadors espagnols et autochtones, principalement tlaxcaltèques, sous les ordres d'Hernán Cortés, détruisirent une grande partie de la ville, et plus particulièrement tout ce qui pouvait rappeler les cultes aztèques, puis y fondèrent Mexico, qui devint la capitale de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne.
Étymologie La capitale aztèque, à l'époque de la conquête espagnole, avait une double appellation : Page 25.. La plupart des historiens s'entendent que l'appelation a son origine dans la culture aztèque. L'origine de est moins consensuelle. D'après Christian Duverger, la version est que l'appellation Mexico vient du nom de ces fondateurs qui s'appelaient mexitli. À cette version, il oppose la version selon laquelle « Mexico » existait avant l'arrivée des aztèques et que ceux-ci y auraient ajouté la seconde appellation « Tenochtitlan » et, de plus, se seraient donné le nom de mexitin, tiré d'un personnage ayant des noms variés tels Mexitl, pour pouvoir ainsi revendiquer plus légitimement un enracinement ancestral sur ce territoirechapitre IV..
Mexico
L'origine du nom de Mexico a fait l'objet de nombreuses interprétations.
Les chroniqueurs du ont presque tous repris la « version officielle » de l'Empire aztèque. Celle-ci s'appuyait sur des étymologies douteuses faisant référence à des spécificités de la vallée de Mexico (mexixin, le cresson sylvestre qui y abonde, ou les mexitli, les sources qui y sont nombreuses). Cette version était renforcée par une autre hypothèse étymologique basée sur la ressemblance avec le terme de Mexitin, nom que Huitzilopochtli aurait donné aux Aztèques lors de leur migration vers MexicoPage 134., dérivé de Mexitl, nom d'un chef aztèque ancestral peut-être identifié à Huitzilopochtli lui-mêmePages 131 à 133.. Christian Duverger a estimé pour sa part que le terme Mexitin a probablement été artificiellement créé par les dirigeants Aztèques pour donner à leur droit territorial une origine divine que personne ne pourrait donc contester.
Les travaux étymologiques contemporainsNote 3 : Lawrence Ecker, Testimonio otomí sobre la etimología de « México » y « Coyoacán », dans México Antiguo, tome V, Mexico, 1940, . Voir aussi C. A. Castro, Testimonio Pame Meridional sobre la etimología de , dans Tlatoani, , Mexico, 1952, . confirment en fait ceux du père Antonio del Rincón, qui a indiqué, en 1595, que Mexico signifiait à l'origine (du nahuatl metztli, « lune » et xictli, « ombilic », « centre »)Antonio del Rincón, Arte Mexicana, Mexico, 1595 : ( de la réédition de 1885, Mexico), cité par Soustelle (, , note 4) et Duverger (, , note 1).. D'autres interprétations décomposent davantage le nom « Mexico » en rattachant le radical -mexi à d'autres éléments symboliques de la Lune dans les mythologies mésoaméricaines du Plateau central, l'agave (metl, dont le nom ésotérique, metzcalli, signifie littéralement « la maison de la lune ») et le lapin (citli, « lièvre », associé à la fois au pulque, l'alcool d'agave, et à la lune)Page 138..
Toutes ces versions attribuant une symbolique lunaire au toponyme sont étayées par l'ancien nom nahuatl de la lagune, Metztliapan, ainsi que, surtout, par le nom que donnaient les Otomi à la ville (amadetzânâ, )Note 3 : .
Tenochtitlan Les sources autochtones donnent aussi des explications étymologiques contradictoires pour le toponyme « Tenochtitlan » : certaines évoquent une éponymie avec un chef nommé Tenoch et les autres font référence au figuier de Barbarie évoqué dans le mythe de la fondation de la ville.
Tenoch Plusieurs évoquent un certain Tenoch, qui aurait été un des fondateurs de Tenochtitlan. Tenochtitlan serait donc la . Cependant cette étymologie a été récusée par des historiens du , car elle est suspecte à plusieurs titres. D'abord, ce type d'éponymie ne correspond à la tradition mésoaméricaine d'aucune autre citéPartie IV, chap. 2, 1. La valorisation sacrificielle de Tenochtitlan, .. De plus, les sources sont contradictoires sur le rôle de Tenoch : il est parfois représenté comme un chef militaire, parfois comme un chef de quartier, parfois comme un épicier. Enfin, Tenoch semble en surnombre et fait figure d'intrus dans plusieurs sources, en rupture avec la symbolique mésoaméricaine, comme s'il avait été rajouté a posteriori dans certains récitsPartie IV, chap. 2, 1. La valorisation sacrificielle de Tenochtitlan, .. Christian Duverger émet l'hypothèse que cette étymologie de substitution est apparue sous l'influence des missionnaires car elle correspond aux explications étymologiques gréco-latines classiques.
Le mythe fondateur Les autres explications font référence au mythe de la fondation de la ville qu'on retrouve dans le glyphe de la cité (un aigle, sur un cactus, dévorant un serpent, un oiseau ou une figue de barbarie). Elles proposent en effet comme traduction de Tenochtitlan , ou encore . Étymologiquement, ce nom viendrait des mots nahuatl (qui pourrait signifier figuier de Barbarie) ou plus précisément (pierre) et (figuier de Barbarie ou figue de Barbarie)Partie IV, chap. 2, 1. La valorisation sacrificielle de Tenochtitlan, ..
Le mésoaméricaniste français Christian Duverger, en s'appuyant sur les sources qui indiquent que nochtli signifie figue de Barbarie, remarque que ce fruit rouge symbolise le cœur de la victime du sacrifice humainPage 348, Duverger cite le codex florentin : . ; selon lui, cette explication étymologique est crédible non seulement parce qu'elle aurait permis aux Aztèques d'insister ainsi sur la vocation de Tenochtitlan à être l'endroit où l'univers est perpétuellement régénéré par les sacrifices humains, mais aussi parce qu'elle expliquerait qu'à partir du dernier quart du les représentations du mythe de fondation de la ville montrent l'aigle dévorant un serpent à la place de la figue de barbarie pour occulter la dimension sacrificielle du symboleIV, 2, 1, ..
Origines Avant l'arrivée des Aztèques, la région actuelle de Mexico fut occupée par des tribus chichimèques, des nomades venus du nord par plusieurs vagues de migration qui s'intensifièrent au . Au contact des derniers Toltèques et des agriculteurs de Tula (dont la civilisation venait de s'effondrer), ces guerriers chasseurs fondèrent de nouvelles cités (Texcoco, Colhuacán, Azcapotzalco) en assimilant une grande partie de leur culturePage 14..
Les traces d'occupation les plus anciennes du site, qui n'était alors qu'un ensemble d'îlots sur le lac Texcoco, remontent à la phase Mazapa (800-1100), peut-être entre le et le ..
Fondation vignette|Au centre de ce folio du Codex Mendoza, on reconnaît le glyphe de la capitale aztèque faisant référence au mythe de la fondation de la cité.
Mythe Selon les inscriptions et les codex aztèques, les Mexicas, qui étaient les derniers arrivés dans la vallée de Mexico, furent chassés par le souverain de la ville de Culhuacan, dont ils avaient sacrifié la fille et s'enfoncèrent dans les marécages du lac de Texcoco. Selon les prédictions de leurs chefs religieux, les Mexicas, jusqu'alors nomades, devaient se sédentariser définitivement lorsqu'ils apercevraient un aigle sur un cactus (nopal). Selon le mythe de la fondation de Mexico-Tenochtitlan, c'est en 1325 que les Mexicas virent se réaliser la prédiction, sur un îlot au milieu du lac Texcoco.
Histoire La date des plus anciennes constructions retrouvées par les archéologues a été évaluée aux alentours de 1300.
Les historiens pensent que les Aztèques s'installèrent dans ces marécages hostiles parce que tous les autres endroits étaient occupés par des tribus plus puissantes, qui les rejetaientPage 20 : . Cependant, la situation ne les découragea pas. Ils pratiquèrent la culture sur chinampas, des radeaux d'osier couverts de limon qu'ils posèrent sur le lac TexcocoPage 21 : pour accroître les surfaces de culture du maïs.
Population Avant l'arrivée des Espagnols, la ville de Mexico, qui Page 30. (son ancienne rivale), semble avoir été une des villes les plus peuplées de l'époque. C'est du moins ainsi que l'ont décrite les conquistadors espagnols dans leurs témoignages.
Selon ces sources anciennes, sa population comptait entre et Page 33 et la note 23 page 283., ce qui aurait représenté, selon Jacques Soustelle, entre et un million d'habitants : ., voire bien plus encore si on considère qu'un grand nombre de villes et villages qui forment actuellement le District fédéral de Mexico, sur les rives de la lagune, étaient déjà devenus , formant ainsi une agglomération, au centre de la vallée, de certainement plus d'un million de personnespage 34..
Cependant, ces estimations ont été contredites par celles, plus récentes, fondées sur les recherches archéologiques. Selon l'étude de la distribution des céramiques retrouvées dans le bassin de Mexico, la population de Mexico-Tenochtitlan aurait plutôt été comprise entre et Deborah L. Nichols et al., Neutrons, Markets, Cities, and Empires: A 1000-Year Perspective on Ceramic Production and Distribution in the Postclassic Basin of Mexico, 2001, in Journal of Anthropological Archaeology, , 2002, page 26 (). ; ces chiffres sont corroborés par d'autres étudesEdward Calnek, dans une étude présentée en 2002 au musée national d'anthropologie, a évalué à le nombre d'habitants de Mexico-Tenochtitlan (, page 117)., dont certaines sont fondées notamment sur la production des chinampas actuellesWilliam Sanders (dans The Basin of mexico, Ecological Processes in the Evolution of Civilization, Academic Press, New York, 1979) évalue sur cette base entre et le nombre d'habitants (, page 117)., qui l'estiment généralement inférieure à voire, au maximum, à Michael E. Smith, Hernán Cortés on the Size of Aztec Cities: Comment on Dobys, Latin American Population History Bulletin, , 1994, page 26..
Superficie et urbanisme vignette|gauche|Tenochtitlan et la vallée de Mexico vers 1519. vignette|Représentation du marché de Tlatelolco (Musée Field de Chicago).
La ville s'étendait sur un carré d'environ de côté, pour une superficie approximative de ., depuis le nord de Tlatelolco annexé en 1476 jusqu'à une série de hameauxPage 31 : hameaux de Toltenco, Acatlan, Xihuitonco, Atizapan, Tepetitlan et Amanalco au sud, et d'Atlixco à l'est jusqu'à la rivière Chichimecapan et l'actuelle rue de Bucareli (à Atlampa) à l'ouestPage 31..
Elle était divisée en quatre grandes sections (campan) dont le centre était le Templo Mayor : Cuepopan au nord, Teopan à l'est, Moyotlan au sud et Atzacalco à l'ouest. Ce découpage gouvernemental (le chef militaire de chaque campan était nommé par le pouvoir central) et religieux (chaque campan avait son propre temple) se superposait à celui, à la base de la société aztèque, de multiples calpullis (). Quatre grandes chaussées traversaient la ville. Bernal Díaz del Castillo rapporte que 10 chevaux pouvaient y passer de front.