La Famille monastique de Bethléem, de l'Assomption de la Vierge et de saint Bruno est un institut religieux de droit pontifical qui comprend une branche féminine et une branche masculine.

Elle a été fondée en 1951 par Odile Dupont (sœur Marie en religion), initialement comme une fraternité dominicaine, « les petites sœurs de Notre-Dame de la Nativité », couramment appelée « Bethléem », avant que la communauté se sépare en 1971 de l'Ordre dominicain et se rapproche d'un modèle de vie semi-érémitique inspiré des Chartreux, sans toutefois dépendre d'eux.

Elle a pris son essor à partir des années 1970 dans le sillage des communautés nouvelles, sous l'influence du père Marie-Dominique Philippe. Une visite apostolique initiée en 2015 a révélé de graves dérives dans la communauté se traduisant par des abus de conscience et d'autorité aux conséquences délétères sur le psychisme de ses membres.

La fondatrice

La fondatrice et première prieure est Odile Dupont (1922-1999) issue d'une famille aisée du Havre. Elle est également connue sous le nom d'Odile Dupont-Caillard, qu'elle a elle-même popularisé, jugeant son patronyme trop banal.

Première expérience de vie religieuse (1946-1950) Elle entre en 1946 chez les dominicaines des Tourelles à Montpellier. Trois dominicains accompagnent son entrée dans la vie religieuse : Marie-Dominique Philippe, Jourdain Bonduelle (1906-2003)Décrit dans : , cousin du premier, élu prieur du couvent du Havre en 1945, et Ceslas Minguet, du même couvent.

Odile Dupont prononce ses vœux privés temporaires le et les renouvelle l'année suivante. En raison de ses difficultés d'adaptation, Marie-Dominique Philippe conseille à Odile Dupont de sortir temporairement de la congrégation des Tourelles en octobre 1949 avec l'autorisation de sa prieure, mère Marie-Bernard Maistre.

Après un séjour de quelques mois chez les Dominicaines de Sainte-Marie à Bluche, dans le diocèse de Sion, elle rejoint en la communauté des « ermites de Marie », d'inspiration cartusienne, au Perthus dans les Pyrénées-Orientales.Joachim Bouflet et al., Olivier Landron et la revue Prier indiquent l'année 1949, qui correspond à sa sortie des Tourelles, sans faire état de son séjour de six mois chez les dominicaines de Bluche, évoqué par Blandine de Dinechin dans sa biographie détaillée.. Elle quitte l'habit dominicain. En , Ceslas Minguet vient la chercher au Perthus afin de fonder avec elle l'« Ordre de la Sainte Vierge », dont le dominicain a conçu le projet quatre ans plus tôt en la rencontrant en 1946, mais il essuie un refus de sa part.

Pèlerinage familial à Rome (1950) À l'approche du , date annoncée de la promulgation du dogme de l'Assomption par Pie XII, Ceslas Minguet depuis Le Havre organise en quelques jours un pèlerinage pour Rome financé par , une commerçante havraise. Les parents d'Odile Dupont. et leur fille Agnès sont du pèlerinage. Cet événement est considéré comme fondateur par la Famille monastique de Bethléem.

Le trajet passe par l'Eau vive à Soisy-sur-Seine, centre de formation créé un an auparavant par Thomas Philippe où Ceslas Minguet est assigné depuis le début de l'année ., afin d'emmener des résidents.. Ce dernier convainc la prieure des Tourelles de l'envoyer au couvent de l'Épiphanie, ouvert en 1947 pour servir d'hôtellerie à L'Eau vive .. Odile Dupont y étudie et y passe Noël 1950.

Ceslas Minguet, qui n'a pas renoncé à la création avec Odile Dupont d'un « Ordre de la Sainte-Vierge »Cet « ordre de la Sainte-Vierge », appelé de ses vœux par Ceslas Minguet, n'est pas sans rappeler les « prophéties » de la dirigée de Thomas Dehau, Hélène Claeys Boúúaert, sur la fondation de l'Eau vive en 1946 : Carnets personnels de Maritain, 30 août 1949, Archives Jacques et Raïssa Maritain, cité par ., sollicite de mère Marie-Bernard Maistre sa sortie du couvent de l'Épiphanie. Marie-Dominique Philippe encourage également Odile Dupont fin 1950 à créer une nouvelle fondation qui voit le jour au début de l'année 1951.

Historique de la communauté thumb|Extrait du fascicule de présentation des Petites sœurs de Notre-Dame de la Nativité, Sens, 16 juillet 1954. Les dominicaines de Notre-Dame de la Nativité (1951-1971) Chamvres (1951-1954) : des débuts laborieux Les femmes pressenties pour former la fraternité religieuse qu'encouragent Ceslas Minguet et Marie-Dominique Philippe se désistent les unes après les autres. Il ne reste finalement qu'Odile Dupont et Hortense DjakeliHortense Djakeli, âgée de , protestante convertie au catholicisme, a pris le prénom de Marie-Liesse à sa confirmation. Elle est la veuve d'un peintre d'origine géorgienne, Georges Djakeli (1868-1938) établi à Genève (Cf. ). Elle a rapidement quitté la communauté : elle ne fait pas partie des huit à dix sœurs de Chamvres présentes à Méry-sur-Oise en 1954. pour s'installer en Le jour du 2 février 1951 donné par la plaquette de présentation de 1960, repris par la revue Vies consacrées (1984), est probablement symbolique pour correspondre à la Fête de la Présentation de Jésus au Temple. indique l'année 1951 sans plus de précision. : . Lafon (2015) : . L'historique de la communauté (établi en novembre 2023) donne la date du 3 février 1951. dans l'Yonne à Chamvres, dans la maison natale de qui apporte une aide financière à la communauté naissante. Elles sont rejointes par d'autres femmes, venues de l'Eau vive ou recrutées par Ceslas Minguet qui sillonne la France pour implanter ses « équipes du Rosaire ». Ce dernier s'attelle à la rédaction d'une règle communautaire et cherche l'appui du maître de l'Ordre dominicain, Emmanuel Suarez, qui lui recommande de s'adresser à l'ordinaire du lieu, Frédéric Lamy, évêque de Sens. Au bout de quelques mois seulement, Odile Dupont est démise de sa fonction de prieure par l'évêque qui n'apprécie pas l'orientation cartusienne qu'elle souhaite donner à sa communauté après une rencontre avec un chartreux. Elle est remplacée par Geneviève Oury, sœur Myriam en religion, qu'Odile Dupont a connue aux Tourelles. Atteinte par la tuberculose, sœur Myriam doit cependant au bout de quelques mois céder sa charge à Odile Dupont qui redevient prieure.

Les « Petites sœurs dominicaines de Notre-Dame de la Nativité » reçoivent une approbation épiscopale le . Les premières prises d'habit ont lieu le .. Cette date est retenue pour le dixième anniversaire de la communauté le .. À la fin de l'année 1951, elles sont quinze à vivre à Chamvres. La communauté est érigée le C'est aussi le 22 août 1948 qu'Odile Dupont avait fait profession aux Tourelles quatre ans auparavant. Cf. . en fraternité du Tiers-ordre des Prêcheurs par le père Albert-Marie Avril, provincial de France des Dominicains.

En , selon le diaire de la communauté, . Plusieurs sœurs tombent malades et sont envoyées à Font-Romeu et à Dorres pour être soignées, dont la fondatrice et prieure qui doit s'absenter plusieurs mois pour subir une opération. Selon la biographe de Renée de Tryon Montalembert, entrée à Bethléem en 1954, dans cette .. Un rapprochement de Paris est souhaité afin de qui lui sont nécessaires.

Méry-sur-Oise (1954-1971) : une communauté en croissance Le , les religieuses déménagent dans le hameau de Vaux à Méry-sur-Oise. La communauté est reconnue comme pieuse union« Pieuse union » (ou union pieuse) est l'ancienne appellation qui correspond à une « association de fidèles » dans le Code de droit canonique de 1983. par l'ordinaire du lieu, Alexandre Renard, évêque de Versailles.. Ceslas Minguet en est l'aumônier et le confesseur jusqu'à son assignation quelques mois plus tard au couvent Saint-Dominique de Corbara en Corse, ., où a séjourné Thomas Philippe de à ., après son éviction de l'Eau vive en 1952. Le référent de la communauté est le père Jourdain Bonduelle, qui a accompagné les débuts d'Odile Dupont dans la vie religieuse, puis à partir de 1959, le père Bernard-Marie Chevignard (1909-1996)Décrit dans : .

La communauté peut compter sur le soutien financier de l', déclarée en préfecture le , dont l'objet est l'.. Propriétaire de la maison de Méry-sur-Oise, l'association de laïcs est vice-présidée, puis présidée à partir de 1959, par Jacques Oudiette (1906-1983)., inspecteur des Finances. La communauté tire son appellation courante « Bethléem » du nom de cette association qui .. Des ventes de charité annuelles sont organisées au profit de la communauté à l'hôtel Lutetia. La proximité de Paris favorise l'accueil de nombreux retraitants, dont des scolaires et des étudiants : 4000 sont accueillis annuellement.

Les premières fondations « de solitude » voient le jour à Villeneuve-des-Escaldes (1959) et Hautecour (1962) où André Bontems, évêque de Maurienne et de Tarentaise, accueille les sœurs dans un presbytère inoccupé.. En 1960, la communauté compte vingt-cinq sœurs ; en 1963, elles sont une quarantaine. . En 1967, quelques sœurs choisissent de vivre en solitude dans des ermitages autour du presbytère d'Hautecour. La même année, la communauté s'implante dans un ancien centre d'accueil de séminaristes situé dans les Voirons.. Deux fraternités d'étudiantes voient le jour en 1968 à Paris et à Fribourg en Suisse. La même année, André Bontems est nommé par Rome supérieur canonique de l'ensemble de la communauté.

La communauté de Bethléem s'installe en 1971 dans la forêt de Nemours sur la route de Poligny. thumb|270px|Monastère de Currière-en-Chartreuse. Les moines et moniales de Bethléem (1971- )

Les sœurs de Bethléem se séparent en 1971 de l'ordre dominicain dont elles dépendent, jugeant . Elles deviennent la et gardent ce nom (sans l'adjonction plus tardive ) au moins jusqu'en .

Le tournant pseudo-cartusien À partir de 1974, sœur Marie Dupont donne une orientation nouvelle à sa communauté. Avec la mise à disposition en 1973 par l'ordre des Chartreux de la Chartreuse de Currière à Saint-Laurent-du-Pont pour accueillir des retraitants souhaitant faire une expérience de la solitude, la communauté monastique de Bethléem s'oriente progressivement vers une vie monastique de style semi-érémitique. Cette orientation cartusienne avait été préparée par des rencontres annuelles avec l'Ordre pendant plus de , à partir de l'entrée en 1960 dans la communauté de la sœur d'un religieux chartreux. Totalement acquis à la cause de sœur Marie Dupont, Dom André Poisson, ministre général des Chartreux (1967-1997) et prieur de la Grande Chartreuse, se rend fréquemment à Currière et rédige leur règle . Il permet sur place la construction d'ermitages et offre à la communauté des monastères désertés par les Chartreux, faute de vocations, au grand dam des moniales chartreuses qui s'estiment lésées.

La branche masculine de Bethléem est créée en . Elle compte 3 frères au départ, dont le frère Vincent, qui en est le prieur et fondateur. Il quitte la communauté deux ans plus tard.. Le frère Patrick lui succède. Ils sont 11 en 1978.

Les moniales de Bethléem sont reconnues comme pieuse union le par Gabriel Matagrin, évêque de Grenoble. À sa demande, la communauté de Bethléem est autorisée en 1979 par le chapitre général de l'ordre des Chartreux à se référer à saint Bruno, néanmoins avec l'ordre.

Sœur Marie Dupont crée cependant l'équivoque en présentant la communauté de Bethléem comme une nouvelle branche cartusienne qui aurait pris naissance à l'époque contemporaine. Cette instrumentalisation de l'ordre des Chartreux déplaît au procureur général, représentant de l'ordre à Rome, qui demande à Dom Poisson de rompre tout lien avec la communauté de Bethléem, sous peine d'être démis de sa fonction de prieur général.

est à nouveau dénoncée par l'ordre des Chartreux, qui demande que la maison générale de la Famille monastique de Bethléem ne soit plus établie à la Chartreuse de Currière. Le siège est déplacé en 2017 au monastère du lieu-dit « la Piquetière », construit par la communauté en 1991, également situé à Saint-Laurent-du-Pont.

L'attrait pour les chrétiens orientaux