Tombouctou (en berbère : ⵜⵉⵏ ⴱⵓⵇⵜ Tin Buqt, littéralement : « la lointaine ») est une ville et une commune urbaine malienne, chef-lieu du cercle de Tombouctou et de la région de Tombouctou. Elle se situe à une douzaine de kilomètres au nord du fleuve Niger.

Surnommée « la ville aux » ou « la Perle du désert », il s'agit d'une ville historique de renommée mondiale, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988 et sur la liste du patrimoine mondial en péril de 1990 à 2005 et depuis 2012.

Toponyme Le nom « Tombouctou » viendrait du tamasheq Tin Buqt, mot issu de la langue des Touaregs qui auraient fondé la ville au , composé de tin (ou tim), qui signifie « puits » ou « lieu », et de buqt « lointain », ou de bouctou, le nom donné à une femme targuie gardienne d'un puits qui vivait là. Tin Buqt signifierait donc littéralement « la lointaine ».

À cette étymologie proposée par Abderrahmane Es Saâdi au dans son Tarikh es-Sudan (Histoire du Soudan), l’explorateur allemand Heinrich Barth oppose au une origine songhaï du mot Tombouctou (), qui désignerait une « dépression entre les dunes »..

Tahar Abbou, de l'université d'Adrar, rapporte de manière documentée des précisions ainsi que d'autres hypothèses sur la formation du toponyme.

Dans le livre Racines d'Alex Haley, le personnage Kounta raconte à son frère que le nom de la ville où veut se rendre le vieillard qu'ils viennent de rencontrer « doit son nom à des Mandingues qui y étaient venus et qui, y voyant un insecte inconnu d'eux, l'appelèrent Toumbo Koutou, c'est-à-dire nouvel insecte ».

Géographie Situation vignette|gauche|Tombouctou sur le fleuve Niger. Tombouctou est située à au nord-est de la capitale Bamako, à proximité de la boucle du fleuve Niger, au point où celui-ci se rapproche le plus du Sahara. À l'origine, la ville se situait à la limite de la zone inondable de la plaine du NigerMonographie de Tombouctou, 1900, . Elle était reliée au fleuve par des canaux qui ne sont plus fonctionnels aujourd'hui, et est desservie plus au sud à par le port de Kabara et par le port de Koriome. La commune urbaine de Tombouctou est enclavée en deux parties dans la commune d'Alafia.

Depuis plusieurs années, la ville est menacée par l'avancée des dunes (ensablement). Sous l'impulsion de l'UNESCO, des travaux de stabilisation des dunes ont été entrepris.

Climat Tombouctou est soumis à un climat tropical de savane (Köppen: BWh, Trewartha: Bwhb). à saison sèche « hivernale », typique de la zone saharo-sahélienne qui marque la transition progressive entre le Sahara, espace aride ainsi que le Sahel, espace semi-aride. Le climat y est extrêmement aride pendant une bonne partie de l'année avec neuf mois où les précipitations moyennes sont inférieures ou égales à 20 mm. La très longue saison sèche est elle-même subdivisée en une saison très sèche et chaude qui dure de novembre à mars et en une saison sèche et très chaude qui dure d'avril à juin. Pendant cette partie de l'année, les alizés continentaux, chauds et secs associés au régime anticyclonique, venus des déserts balayent la région, notamment l'harmattan (vent de secteur nord ou nord-est) : le ciel est parfaitement dégagé, le temps est clair, stable, très sec, et l'inhibition pluviométrique y est totale. La saison des pluies, très brève et irrégulière dure environ deux mois dans l'année étant donné que le maximum pluviométrique est atteint en août avec près de 74 mm. En revanche, la saison des pluies résulte d'un changement du régime des vents : la région est alors soumise au régime dépressionnaire associé à la remontée vers le nord de la zone de convergence intertropicale. Les précipitations moyennes annuelles sont très faibles avec seulement 183 mm d'eau. On enregistre en moyenne 14 jours par an 1 mm ou plus de précipitations. Les températures les plus élevées se rencontrent à deux périodes de l'année : la première à la fin de la saison sèche, où les températures moyennes maximales dépassent constamment 40 °C d'avril à juin en atteignant un pic maximal supérieur à en mai et la seconde au tout début de la saison sèche où les températures moyennes maximales dépassent 38 °C pendant les mois de septembre et d'octobre. Ces deux maximums thermiques s'expliquent par le fait que dans cette zone, le soleil atteint son zénith à deux périodes bien différentes. Les températures moyennes maximales restent supérieures à pendant les mois les moins chauds. Tombouctou est un des endroits les plus chauds sur Terre, en se basant sur sa températures moyenne journalière annuelle avec près de . Diagramme ombrothermique de Tombouctou (1991-2020)

Histoire Appartenances historiques 20 px Cité touarègue 1100-1240 20 px Empire du Mali 1240-1458 20 px Empire songhaï 1458-1590 20 px Empire saadien, Pachalik de Tombouctou 1590-1760 20 px Ville tributaire des Touaregs 1760-1825 20 px Empire peul du Macina 1825-1844 20 px Ville tributaire des Touaregs 1844-1893 Haut-Sénégal et Niger, Soudan français 1893-1960 1960-2012 20 px Mouvement national de libération de l'Azawad 2012 20 px Al-Qaïda au Maghreb islamique 2012-2013 depuis 2013

Du Moyen Âge à la domination marocaine vignette|Portes de la medersa de la mosquée de Sankoré. Djibril Tamsir Niane indique dans lHistoire générale de l'Afrique que Djibril Tamsir Niane, « Le Mali et la deuxième expansion manden », Histoire générale de l’Afrique - Vol. IV : L’Afrique du XIIe au XVIe Siècle, UNESCO, 1985. Tombouctou est situé à la frontière de l'empire du Ghana, mais celui-ci est déjà affaibli par la poussée almoravide, la sécheresse et la déforestation. La ville est alors une étape sur la route transsaharienne des caravanes d'or, et devient un centre commercial de plus en plus important.

En 1240, Soundiata Keita annexe ce qui reste de l'empire du Ghana, et Tombouctou intègre l'empire du Mali naissant. Elle en devient un des cœurs commerciaux : s'y échangent dattes, sel, verre, bijoux et produits manufacturés européens, esclaves venus de ou par l'Afrique du Nord, ainsi que le sel, « or blanc de Tombouctou », apporté de Taoudeni et Teghazza en plaques de 30 kg chacune.

À partir de 1325, à son retour de pèlerinage, le dixième empereur du Mali, Mansa Moussa, fait construire par l'architecte Abou Ishaq es-Sahéli la mosquée Djingareyber, achevée en 1328. En 1353, le voyageur tangérois Ibn Battûta visite la ville. La Rihla, important livre écrit par ce dernier, est le plus ancien texte traitant de la ville de Tombouctou et de l'empire Songhaï.

Au , la construction de la mosquée de Sankoré (qui comprend une medersa et est aux dimensions de la Kaaba) est à l'origine d'une université islamique d'une très grande renommée dans toute l'Afrique de l'ouest. Jusqu'à fréquentent la ville sous le régime de Sonni Ali Ber (Sonni Ali le Grand). Tombouctou est prise par Sonni Ali Ber, l'empereur songhaï, en 1458. La ville construit sa prospérité sur les échanges commerciaux, dont l'esclavage, entre la zone soudanaise du Sahel africain et le Maghreb. Elle connait son apogée au , jusqu'à la chute en 1590 de l'Empire songhaï. vignette|Wathīqah Tijārīyah (accord commercial) entre marchands impliqués dans la vente et le transport d'esclaves entre Tombouctou et Ghadamès, une ancienne ville oasis dans l'ouest de la Libye (entre 1500 et 1900). La ville passe alors sous domination saadienne de Marrakech c'est le Pachalik de Tombouctou. En , se produit un soulèvement de la population, dont les plus illustres savants (incluant Ahmed Baba) sont exilés à Marrakech.

Sa richesse décline lorsque les Européens ouvrent la voie maritime pour le commerce entre l'Afrique du Nord et l'Afrique noire. Le déclin de la ville commence au avec l'instabilité politique et l'apparition de la traite négrière qui rapprochait cette activité des côtes. Le contrôle de Tombouctou par les Saadiens est effectif jusqu'en 1660 (Abderrahmane Es Saâdi décrit la ville dans son Tarikh es-Soudan), date de la chute de la dynastie au profit des Alaouites.

En 1760, les Touaregs battent les soldats marocains de la ville qui en devient tributaire.

Empire peul du Macina et ouverture de la ville L'Empire peul du Macina conquiert la ville en 1825. Après des siècles où Tombouctou est une cité recluse vis-à-vis de l'Occident – son entrée est interdite aux non-musulmans, sauf comme marchandise pour le trafic d'esclaves –, le major Alexander Gordon Laing est le premier Européen, après Paul Imbert au , à visiter la ville en 1826, mais pris pour un marchand d'esclaves concurrent, il est assassiné. Le , c'est au tour du Français René Caillié d'entrer dans la cité, dissimulé sous le costume d'un lettré musulman, et d'en partir vivant. Son célèbre récit de voyage fait ensuite grand bruit en Europe. En 1810, un marin américain nommé Robert Adams, esclave des Maures, y aurait vécu quelques mois durant sa captivitéAlexandre Tarrieu, Dictionnaire des personnes citées par Jules Verne, vol. 1 : A-E, éditions Paganel, 2019, .

En 1844, à la mort de Sékou Amadou, la ville s'émancipe. L'explorateur allemand Heinrich Barth vient ensuite dans la ville où il passe six mois en 1853-1854. Il est suivi par d'autres explorateurs dont au milieu du , le rabbin Aby Serour qui y séjourne longuement dans les années 1860 ; le récit de ses explorations est publié dans le Bulletin de la Société de géographie de Paris. centré|vignette|375x375px|Une caravane de chameaux en face de Tombouctou en 1860.

Période de la colonisation française vignette|Mosquée de Sankoré construite au (photographie 1906) La fin du marque le début de la colonisation française de l'Afrique occidentale, dans le sillage de l'Afrique du Nord. La conquête de la zone de Tombouctou par l'armée française se fait de manière heurtée, notamment en 1892 avec le massacre de la colonne Eugène Bonnier par les Touaregs Tadamaket après la première occupation de Tombouctou par les Français. Lorsque les Français prennent le contrôle de la ville en 1894, sa population est d'environ . Elle était dirigée jusque-là par une élite musulmane payant tribut aux Touaregs.

La conquête et la stabilisation de la ville marquent la fin de la pacification des zones du Nord du Mali à la veille de la Première Guerre mondiale.

Alors que le Soudan français est une colonie française, Tombouctou devient par la loi française du Loi 55-1489 du 18 novembre 1955 relative à la réorganisation municipale en Afrique Occidentale Française, en Afrique Équatoriale Française, au Togo, au Cameroun et à Madagascar , une commune de moyen exercice, dirigée par un maire, fonctionnaire nommé par le chef de territoire, assisté d’un conseil municipal élu par un collège unique.. La loi du intègre Tombouctou dans l'Organisation commune des régions saharienneshttp://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000692685.

Après l'indépendance malienne vignette|Tombouctou, monument commémorant la cérémonie de « La Flamme de la Paix ». La loi du donne un statut commun à toutes les communes créées avant l’indépendance du Mali en 1960. Un conseil municipal élu désigne en son sein le maire et un ou plusieurs adjoints.

Lors d'une visite officielle à Tombouctou en , le président français Valéry Giscard d'Estaing appose une plaque à la mémoire du maréchal Joffre (qui y avait séjourné quand il était jeune commandant), et annonce une aide à la restauration de la maison de René Caillé. Il indique que la France est prête à apporter son concours pour faire face aux conséquences de la récente sécheresseAllocution de M. Valéry Giscard d'Estaing à Tombouctou, le 14 février 1977.

En 1988, Tombouctou est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco pour ses richesses culturelles (mosquée, mausolées et manuscrits) et historiques.