thumb|Portrait du sultan Maulana Mohamad Jalaluddin de Bulungan en 1931.

Un État princier d'Indonésie est une ancienne entité politique située dans ce qui constitue aujourd'hui l'Indonésie, dirigée par un souverain portant des titres différents tels que sunan, sultan, roi, etc. Au début du , à l'époque des Indes orientales néerlandaises, on en comptait plus de 350, en majorité en dehors de JavaGeertz, Clifford, Negara–The Theatre State in Nineteeth-Century Bali, 1980. Ils sont habituellement appelés « royaume » mais ne correspondent pas à la notion de royaume selon le critère européen. Ces États princiers ont été abolis avec la proclamation de l'indépendance et la création de la république d'Indonésie en 1945. Toutefois, les familles régnantes de nombre d'entre eux existent toujours. Beaucoup ont pu garder leurs palais (quand le gouvernement ne leur en a pas tout simplement fait construire un neuf, comme celui du sultan de Kutai à Tenggarong dans la province de Kalimantan oriental). Nombre des chefs de ces maisons princières jouent encore un rôle cérémoniel et rituel.

S'étendant sur quelque kilomètres d'ouest en est, l'archipel indonésien est le plus grand du monde. La mer a donc inévitablement influencé l'histoire de l'Indonésie. Les vents de la mousson ont très tôt favorisé les relations maritimes à l'intérieur de l'archipel et avec le reste de l'Asie maritime. Des pluies chaudes et abondantes produisent une riche végétation. Au début de l'ère chrétienne, le bois et les épices de Java et des îles de l'Est, les résines des forêts équatoriales de Sumatra et Bornéo étaient connus aussi loin qu'en Inde et au Moyen-Orient.

Ces relations commerciales internationales n'ont pourtant pas mené à la formation de royaumes avec de vastes territoires. Les nombreux estuaires de Sumatra et Bornéo ont permis l'établissement de communautés pour lesquelles les relations avec leurs voisines étaient plus importantes que celles avec des contrées lointaines. De même à Java, où un sol volcanique fertile arrosé de nombreuses rivières a permis l'essor d'une riziculture prospère, des communautés ont pu se développer dans des vallées séparées les unes des autres par la montagne et la forêt. Ces communautés côtières et riveraines ont progressivement évolué en sociétés hiérarchisées. Toutefois, aucune d'entre elles ne devenait suffisamment importante pour dominer ses voisines et occuper leurs territoires. Les relations avec le monde extérieur étaient un moyen d'acquérir des éléments, matériels, techniques et symboliques, permettant aux élites de ces communautés d'accroître leur richesse et leur prestige, donc leur pouvoir. Sur la base des sources indonésiennes, écrites aussi bien qu'orales, les historiens estiment que l'origine des royaumes côtiers de l'ouest de l'archipel indonésien s'expliquent par la capacité d'éminents individus à tirer parti des échanges commerciaux avec des étrangersO. W. Wolters, "Indonesia - The archipelago and its early historical records in Encyclopaedia Britannica.

Le premier royaume indonésien attesté par l'épigraphie (essentiellement sous forme d'inscriptions sur pierre ou sur plaques de cuivre commémorant ou relatant un événement particulier) est Tarumanagara dans l'ouest de l'île de Java. Son existence est attestée par des inscriptions qu'on date du Son territoire était situé à l'est de l'actuelle Jakarta, autour de l'embouchure du fleuve Citarum, « la rivière de l'indigo », qui porte donc encore le nom de l'ancien royaume. L'étendue de son territoire ne devait pas dépasser la moitié d'un département français. La prospérité de Tarumanagara, « le pays de l'indigo », reposait sur l'exportation de cette précieuse teinture, rendue possible par sa position à l'embouchure d'un cours d'eau, en un terrain plat, face à la mer de Java, c'est-à-dire ouverte sur le monde extérieur et le commerce international.

Les livres d'histoire des écoliers indonésiens expliquent qu'autrefois, les Indonésiens avaient deux grands royaumes, Sriwijaya et Majapahit, qui occupaient non seulement le territoire de l'actuelle Indonésie, mais aussi la péninsule Malaise et les Philippines.

La logique du réseau Des inscriptions en vieux-malais datées de 683 à 686 et provenant de l'île de Bangka et de la ville de Palembang dans le sud de Sumatra parlent d'une kadatuan de Sriwijaya. Kadatuan est formé sur le mot malais datu dont le sens initial est « chef ». À la tête de la kadatuan se trouve un Dapunta Hyang, qu'on a traduit par « roi ». Sriwijaya, qui se trouvait à l'emplacement de l'actuelle ville de Palembang, était ce qu'on peut appeler une cité-État, comme aujourd'hui Singapour. Son territoire propre devait à peine avoir l'étendue de la ville actuelle. On donne, pour sa population, des estimations de à .

Les descriptions qu'en font des récits de voyageurs arabes et des annales chinoises la décrivent comme le royaume le plus puissant d'Asie du Sud-Est. On a donc longtemps cru que Sriwijaya était un « empire » qui contrôlait de vastes territoires. Les nationalistes indonésiens s'en sont emparés pour donner une identité et une fierté aux indigènes des Indes néerlandaises dominées par des Européens. Le prestige de Sriwijaya était tel que non seulement les Indonésiens, mais aussi les Malaisiens et même les Thailandais ont voulu montrer que la capitale de Sriwijaya était sur leur territoire. Même les Philippins expliquent que leur pays était autrefois vassal de Sriwijaya. Certains Indiens présentent tout simplement Sriwijaya comme une partie de l'histoire de leur pays.

Le malentendu vient de la perspective prise. La puissance de Sriwijaya reposait sur sa capacité à contrôler le trafic du détroit de Malacca, une des grandes voies du commerce international de l'époque, par laquelle passaient des bateaux qui reliaient les Moluques et la Chine à l'est, à l'Inde, au Moyen-Orient et à la côte orientale de l'Afrique à l'ouest. Venant des Moluques ou de Chine, les bateaux se présentaient nécessairement en vue de Sriwijaya et y faisaient escale. À l'époque en effet, la côte sud-est de Sumatra était beaucoup plus en retrait qu'aujourd'hui, et l'actuelle Palembang était moins loin de la mer.

Le contrôle de Sriwijaya reposait sur sa capacité à imposer l'escale aux bateaux. L'épigraphie mentionne des expéditions punitives contre d'autres contrées de la région, sans doute pour leur rappeler leurs obligations envers Sriwijaya. Mais Sriwijaya n'administrait pas ces contrées. Celles-ci constituaient un réseau dont Sriwijaya était le centre.

Ce modèle se retrouve avec Majapahit, un royaume de l'est de Java dont le territoire propre était la moyenne vallée du fleuve Brantas, au sud-ouest de la ville actuelle de Surabaya. Un poème épique écrit en 1365, le Nagarakertagama, énumère une centaine de « contrées tributaires » du royaume. Mis sur la carte, ces contrées recouvrent effectivement en gros le territoire de l'Indonésie. Il s'agissait en réalité de comptoirs qui commerçaient avec Majapahit. Le royaume s'assurait que ces contrées ne faisaient pas de commerce pour leur propre compte en y envoyant des dignitaires du clergé shivaite, les bhujanga. Mais il n'administrait pas ces territoires, qui avaient leurs propres rois et princes. Ici encore, on avait un réseau de royaumes et principautés dont Majapahit était le centre.

Le territoire de Majapahit occuperait à peine lui aussi la moitié d'un département français. Toutefois, le roi donnait des territoires en apanage à des membres de sa famille, qui administraient leur fief comme s'ils en étaient le souverain. Le royaume contrôlait ainsi un territoire qui s'étendait de la moitié occidentale de Java oriental jusqu'au centre de Java, ce qui représentait peut-être un quart de l'île. Ce contrôle reposait lui aussi sur une logique de réseau.

Peu avant 1400, un prince de Palembang (nom qu'a pris Sriwijaya), refusant la suzeraineté de Majapahit, se réfugie sur la côte ouest de la péninsule Malaise, où il fonde Malacca. Ce port devient rapidement une escale pour les bateaux qui empruntent le détroit. Le commerce entre la Chine et les Moluques d'une part, et l'Inde et le Moyen-Orient d'autre part, est dominé par des marchands musulmans. Le premier souverain de Malacca se convertit à l'islam. La cité prospère et devient le port le plus important d'Asie du Sud-Est. Après sa prise par les Portugais en 1511, cette prospérité, qu'a pu encore décrire le Portugais Tomé Pires, qui y a vécu de 1512 à 1515, va rapidement disparaître. Les Portugais ne parviennent en effet pas à s'intégrer dans le réseau qui avait permis la fortune de Malacca. La signature en 1522 d'un traité d'alliance avec le royaume hindouiste soundanais de Pajajaran dans l'ouest de Java ne changera pas cette situation.

Outre la christianisation de l'est de l'archipel indonésien, la principale conséquence de la prise de Malacca par les Portugais a été la rupture du réseau commerçant asiatique dans la région. En imposant au leur monopole sur la production et le commerce des épices, les Néerlandais vont définitivement anéantir cette logique de réseau, qu'ils ont remplacé par l'administration centralisée d'un vaste territoire qui s'appelle aujourd'hui la république d'Indonésie. On connaît les difficultés de cette dernière à maintenir une conception centralisée du pouvoir. Les lois de 1999 portant autonomie des régions sont peut-être une manière plus réaliste de tenir compte d'une réalité ancienne.

La formation des royaumes Java L'épigraphie du dans le centre de Java révèle les rivalités entre des raka ou seigneurs dont chacun a réussi à réunir sous son autorité un certain nombre de wanua ou villages (wanua, dans la langue bugis du sud de l'île de Sulawesi, désigne les différentes principautés qui commencent à se former à partir du , et dans les langues polynésiennes, vanua veut dire « terre »). Ces raka s'efforcent d'augmenter leur prestige par des fondations pieuses. Une inscription datée de 778 relate ainsi la fondation, par un souverain Sailendra, d'un temple associé à un monastère. En retour, les communautés religieuses bouddhiques ou hindouistes (les deux cohabitaient dans le centre de Java) les gratifiaient de titres symboliques comme maharaja.

Certains de ces raka ont eu les moyens de construire d'imposants monuments comme Borobudur bouddhique ou Prambanan shivaite.

L'unification de ces petites seigneuries en une entité plus importante ne commence qu'au . On sait ainsi par une inscription datée de 732 que le qu'un raka, c'est-à-dire « seigneur », de Mataram du nom de Sanjaya a érigé un monument pour honorer Shiva.

Sulawesi thumb|300px|La princesse de Tanete, principauté bugis du sud de Sulawesi, dans les années 1930 Les premiers royaumes bugis sont fondés au .

Les royaumes musulmans thumb|300px|Le sultan de Lingga et sa suite (1867) Le sultanat de Pasai dans le nord de Sumatra est le premier royaume musulman attesté d'Indonésie. Son premier roi, Malik as-Salih, meurt en 1297.

Les États princiers des Indes néerlandaises Au cours des , la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales) va progressivement imposer sa souveraineté à différents États de l'est de l'archipel ainsi que de Java.

La VOC est mise en faillite en 1799 et le gouvernement des Pays-Bas reprend ses actifs. Avec les guerres napoléoniennes, l'expansionnisme colonial néerlandais marque le pas. Il reprend après la signature du traité anglo-néerlandais de 1814 entre le Royaume-Uni et le royaume des Pays-Bas. Le est une succession d'actions militaires, dont notamment la guerre de Java, la guerre des Padri et la guerre d'Aceh.

Au sein des Indes néerlandaises qui se constituent, les royaumes et principautés indigènes ne jouissent pas de l'autonomie locale des États princiers des Indes britanniques. Le pouvoir de leurs souverains est essentiellement symbolique et protocolaire.

La république d'Indonésie