La bataille de Peleliu, nom de code (« Impasse » en français), s'est déroulée durant la Seconde Guerre mondiale entre les États-Unis et le Japon dans le Pacifique entre et sur l'île de Peleliu dans l'archipel des Palaos.

Les forces américaines, constituées à l'origine de la seule de Marines, plus tard renforcée par la d'infanterie de l'armée de terre, se sont battues pour cette petite île de corail et son terrain d'aviation. Le général américain William H. Rupertus, le commandant de de Marines, avait prévu que l'île serait sécurisée en quatre jours, mais en raison de fortifications bien installées et de la forte résistance japonaise, les combats ont duré plus de deux mois. Cette bataille est sûrement la plus controversée de la guerre, en raison de la valeur stratégique douteuse de l'île et du grand nombre de morts. En effet, après la victoire américaine décisive dans la bataille de la mer des Philippines, l'amiral William Halsey estimait que l'aviation japonaise ne représentait plus une menace aussi sérieuse et l'objectif de Peleliu apparaissait donc moins stratégique.

Proportionnellement au nombre d'hommes impliqués, Peleliu a été après Iwo Jima la seconde bataille la plus meurtrière de la guerre du Pacifique pour les Américains, un tiers de ceux y étant engagés ayant été soit tués soit blessés ; en ne prenant en compte que les unités et bataillons d'infanterie de combat le taux de pertes sur l'île atteignit près de 65 %. Plus de 97 % des défenseurs japonais périrent de leur côté. Les deux armées se sont mutuellement annihilées dans une bataille d'attrition où la sauvagerie des deux camps et l’âpreté des combats, ont été jugées comme inégalées après-guerre par les vétérans des affrontements précédents et des suivants contre l'Empire nippon (politique d'absence de prise de prisonniers encore plus prononcée que lors de la plupart des autres batailles du Pacifique, prise de trophées et souvenirs de guerre à base de parties de corps humains, mutilation des cadavres, torture…).

Après la fin de la bataille, quelques escarmouches ont continué à éclater sporadiquement. Le dernier groupe de soldats japonais, constitué de 26 hommes, ne s'est rendu aux troupes américaines stationnées sur place que le , soit près de deux ans et demi après la fin de la conquête de l'île.

Contexte Durant l'été 1944, les victoires dans le Sud-Ouest et le Centre du Pacifique ont amené la guerre assez près du Japon pour permettre aux bombardiers américains de frapper le territoire japonais lui-même. Mais il y avait désaccord entre les deux stratégies proposées pour écraser l'empire du Japon. La stratégie de MacArthur était de reconquérir les Philippines, pour pouvoir se lancer ensuite à la conquête de l'archipel japonais. La stratégie de l'amiral Nimitz passait quant à elle par une reconquête méthodique des îles du Pacifique afin de pouvoir ensuite conquérir les îles du Japon les plus au sud.

Ces deux stratégies incluaient la conquête de l'archipel des Palaos, notamment des îles d'Angaur et de Peleliu, et la de Marines avait déjà été choisie pour l'assaut sur Peleliu. Peleliu est une petite île de treize kilomètres carrés à l'extrémité nord-est de l'archipel de Palau, à à l'est de Mindanao aux Philippines. Les deux commandants voulaient neutraliser une menace aérienne japonaise et construire leur propre terrain d'aviation. La nécessité d'une telle bataille a souvent été remise en question, même avant le début de celle-ci, et elle a été plus tard considérée comme inutile.

Préparatifs Préparatifs japonais Pendant l'été 1944, l'archipel des Palaos est défendu par environ Japonais, avec environ à Peleliu, constitués de la d'infanterie ainsi que de travailleurs coréens et d'Okinawa. Le colonel , commandant du de la division, dirige l'aménagement des défenses de l'île.

Après la perte des îles Salomon, Marshall, Mariannes et Gilbert, l’armée impériale japonaise a mis sur pied une équipe de recherche chargée de mettre au point de nouvelles techniques de défense des îles. Avec l’assentiment du quartier-général impérial, le colonel Kunio Nakagawa choisit d’abandonner la stratégie de défenses sur les plages, ainsi que les contre-attaques suicides pour adopter la guerre d’usure (fukkaku).

Les débarquements ne seraient plus perturbés que par des positions fortifiées, et des contre-attaques coordonnées. Nakagawa concentre le gros des défenses à l’intérieur des terres, en utilisant au mieux la topographie du terrain accidenté de l’île, et en construisant un système de bunkers, de positions souterraines et de grottes fortifiées.

vignette|300px|Fortifications japonaises. La majorité des défenses de Nakagawa fut concentrée sur le point le plus élevé de l'île, les monts Umurbrogol (dominés par le rois Kar), ainsi que sur plusieurs collines et crêtes escarpées. Situé au centre de Peleliu, le mont Umurbrogol dominait une large partie de l’île, y compris le stratégique terrain d'aviation. Cette montagne comprenait quelque 500 grottes calcaires, connectées entre elles par des tunnels. Beaucoup étaient d'anciennes galeries de mine qui furent transformées en positions défensives. Les ingénieurs y ajoutèrent des portes coulissantes blindées en acier, munies de multiples ouvertures permettant de tirer avec des mitrailleuses, voire avec de l'artillerie. Les Japonais creusèrent et installèrent, en plus, diverses positions dans le mont Umurbrogol, armées de mortiers de et de , de canons de , et soutenues par des blindés légers et des détachements anti-aériens. Les entrées des grottes étaient construites de manière à résister aux grenades et aux lance-flammes. Toutes ces grottes et ces bunkers étaient reliés entre eux, par un vaste système de tunnels s'étendant dans tout le centre de Peleliu, permettant aux Japonais de reculer et de réoccuper les positions au gré des besoins, tirant ainsi le meilleur parti de toutes ces positions.

Sur les plages, les Japonais utilisèrent, là aussi, le terrain à leur avantage. Le nord des plages de débarquement était situé en face d'un promontoire en corail de , qui avait une vue sur les plages à partir d'une petite péninsule, un endroit appelé plus tard « le Point » par les Américains. Des trous furent creusés dans l'arête pour y installer un canon de , et 6 canons de . Ces positions étaient fermées hermétiquement, laissant juste une meurtrière permettant de faire feu sur les plages. Des positions similaires étaient disposées le long des de plages. Les Japonais couvrirent les plages de centaines d'obstacles contre les péniches de débarquement, principalement des mines, de même qu'un grand nombre d'obstacles lourds pouvant parfois exploser s'ils étaient renversés. Un bataillon fut placé le long des plages pour les défendre contre les débarquements, même si les défenses sur les plages n'avaient pour but que de retarder l'avance américaine.

Préparatifs américains DésignationCommandantEffectifs Flotte du Pacifique Amiral Chester Nimitz    FlotteAmiral William F. Halsey    TF 31 Joint Expeditionary ForceVice-amiral Theodore S. Wilkinson      TF 32 Western Attack ForceContre-amiral Fort        TF 32.1 Peliliu Attack GroupCommodore Loud    TF 36 Expeditionary TroopsGénéral Holland SmithTroupes débarquées      TF 36.1 Western Landing GroupGénéral Roy GeigerIII Amphibious Corps, commandement au combat        TF 36.1.1 Peliliu Landing ForceGénéral Rupertus division des Marines À l'inverse des Japonais qui avaient radicalement changé de tactique, le plan d'invasion américain était similaire aux débarquements précédents déjà effectués dans le Pacifique. Ils choisirent de débarquer sur les plages du sud-ouest, à cause de la proximité du terrain d'aviation. Le régiment de Marines, commandé par Chesty Puller, avait pour mission de débarquer au nord des plages choisies, le régiment de Marines, commandé par , devrait débarquer au centre, et le régiment, commandé par Herman Hanneken, débarquerait au sud. Un régiment d'artillerie, le régiment d’artillerie de l’USMC, débarquerait après les régiments d'infanterie. La mission des et régiments était de garder les flancs du régiment pour lui permettre de s’emparer du terrain d'aviation. Le régiment devait ensuite pousser jusqu'à la rive est pour couper l'île en deux. Le régiment devrait alors avancer au nord jusqu'au mont Umurbrogol, tandis que le régiment nettoierait le Sud de l'île. Seul un bataillon était en réserve, et la division d'infanterie pouvant venir en soutien depuis Angaur, une île au sud de Peleliu.

vignette|300px|Une première vague de chalands américains se dirige vers la plage de débarquement le , alors que les navires bombardent le secteur en appui. Le , les Marines embarquèrent à Pavuvu, au nord de Guadalcanal, pour une traversée de à travers le Pacifique jusqu'à Peleliu. Des équipes spécialisées de la marine, les UDT (Underwater Demolition Team, équipes de démolition sous-marine), commencèrent à nettoyer les plages de leurs obstacles, tandis que les navires de la marine commençaient à bombarder Peleliu le .

Les cuirassés , , , et , les croiseurs lourds Columbus, , Louisville, Minneapolis et , les croiseurs légers Cleveland, Denver et , 3 porte-avions, et 5 porte-avions léger lancèrent 519 obus de , obus de , de bombes, et tirèrent environ cartouches de calibre sur la minuscule île de . Les bombardements furent tels que le contre-amiral Jesse B. Oldendorf devait même déclarer la veille du jour-J : « Nous n’avons plus de cibles ».

Les Américains crurent les bombardements efficaces, comme le contre-amiral Jesse B. Oldendorf qui déclara que la marine avait atteint ses objectifs. En réalité, la majorité des positions japonaises étaient intactes. Même le bataillon laissé pour défendre les plages était pratiquement indemne. Durant cette phase, les défenseurs de l'île firent feu avec parcimonie, afin d'éviter de révéler leurs positions. Le bombardement réussit seulement à détruire le terrain d'aviation japonais sur l'île, ainsi que les bâtiments entourant le terrain. Les Japonais restèrent dans leurs positions fortifiées, prêts à attaquer les troupes qui n'allaient pas tarder à débarquer.

La bataille Le débarquement Les Marines débarquèrent à le , le régiment de Marines au nord sur « White Beach », et les et régiments respectivement au centre et au sud sur « Orange Beach ». Durant l'approche des péniches de débarquement, les Japonais ouvrirent le feu avec des munitions anti-navires de et des canons de . À , les Japonais avaient coulé 60 véhicules amphibies LVT et DUKW.

vignette|300px|Des Marines s'apprêtent à poser pied sur la plage. Le régiment fut rapidement bloqué par un feu nourri venant du « Point ». Le commandant Chesty Puller échappa lui-même de peu à la mort quand un obus s'écrasa sur son véhicule LVT. Les moyens de communication furent anéantis par un obus de . Le régiment fit lui-même face à des problèmes similaires. Beaucoup de leurs LVT furent mis hors d'état durant l'approche, laissant leurs occupants s'échouer sur la barrière de corail, blessés, tout en étant fauchés par les mitrailleuses japonaises. Les pertes humaines étaient terrifiantes et ceux qui réussirent à rejoindre la plage vivants avaient perdu leurs fusils et d'autres équipements essentiels.

Le régiment fit les meilleures avancées ce jour-là, grâce à son éloignement des positions de bombardement japonaises. Ses hommes poursuivirent en direction du terrain d'aviation, mais durent affronter la première contre-attaque de Nakagawa. La division blindée de ce dernier traversa le terrain d'aviation pour repousser les Marines, mais fut bientôt assaillie par tous les tanks américains disponibles, par les bombardements de la marine et des bombardiers en piqué. Les tanks de Nakagawa furent anéantis, avec l'infanterie qui les accompagnait.

vignette|gauche|250px|Des Marines attendent le moment de l'assaut dans une tranchée sur « Orange Beach ».