Le Rappel à l'ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires est un pamphlet de l'historien et essayiste français Daniel Lindenberg, publié en 2002. Cet ouvrage très médiatisé met en cause de nombreux intellectuels français et crée la polémique dans le milieu culturel français.

En 2016, le livre fait l'objet d'une nouvelle édition augmentée d'une postface.

Présentation Le Rappel à l'ordre est publié au Seuil, dans la collection « La République des idées » dirigée par Pierre Rosanvallon. Publié quelques mois après l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, ce court essai (94 pages) dénonce la dérive jugée « réactionnaire » d'un certain nombre de figures intellectuelles françaises. Lindenberg y cible explicitement des intellectuels et pamphlétaires qu'il juge passés de gauche à droite, tels que Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet ou Pierre-André Taguieff.

Les cibles de Daniel Lindenberg

Dans ce livre, l'appellation de « nouveaux réactionnaires » désigne des intellectuels dont Daniel Lindenberg juge les idées conservatrices ou réactionnaires, voire racistes ou sexistes.

Les arguments de Daniel Lindenberg concernent notammentCités par Lindenberg : Dantec, Houellebecq, Muray, Badiou, Manent, Gauchet, Taguieff, le journaliste Algamondo. : les écrivains Maurice G. Dantec, Michel Houellebecq, Philippe Muray ; et parfois Pascal Bruckner et Alain Minc ; les philosophes Alain Badiou, Pierre Manent, Luc Ferry, Jean-Claude Milner, Alain Finkielkraut ; les historiens Pierre-André Taguieff, Pierre Nora, Shmuel Trigano, Alain Besançon, Marcel Gauchet.

Réception Pour Brice Couturier, a contrario de ce qu'avance Daniel Lindenberg dans son essai, les intellectuels désignés sous le terme de « néo-réactionnaires » n'avaient pas conquis le pouvoir intellectuel. « L'hégémonie intellectuelle est toujours détenue par (une) « presse qui pense », même si elle a de moins en moins de lecteurs : Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C'est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu'ils appellent les « dérapages ». » « Ces contestataires professionnels » seraient simplement « étonnés et furieux d'être à leur tour contestés. »Brice Couturier : le Parti des médias et l'intelligentsia méprisent la réalité, entretien, lefigaro.fr, 19 août 2016.

Réaction de personnalités concernées Certaines personnalités dont parle le livre jugent très sévèrement le travail de leur critique.

Ainsi l'écrivain Michel Houellebecq écrit dans Le Figaro : ..

C'est également le cas de Pierre-André Taguieff qui écrit : .. En 2007, Pierre-André Taguieff poursuit sa contre-attaque dans un ouvrage intitulé Les Contre-réactionnaires. où il passe au crible ce qu'il nomme la C'est le titre de la première partie de son ouvrage : Fabrication d'une légende : les « nouveaux réactionnaires »., inscrivant cette entreprise dans l'histoire des dérives du progressisme, proche du terrorisme intellectuelTaguieff, ibid, 485. voire de l'inquisitionTaguieff, ibid, 62.. Il reprend également les idées qu'il avait développées en 2002 et écrit ainsi : .

Dans sa réponse, Philippe Muray souligne avec humour le caractère « hétéroclite » des personnes visées par Daniel Lindenberg et s'amuse de ses « moins de cent pages d’insanités haineuses sur des individus coupables de ne pas se réjouir des immenses saccages du tourisme de masse ou de la barbarisation de l’école » et « tergiversations bouffonnes expédiées à la va-vite » « avec un sérieux gris et morne d’employé moyen à la Police de la Pensée »Philippe Marray, Les nouveaux actionnaires, Le Figaro du 16 février 2002.. Muray souligne également les déformations et mensonges de ce dernier à son égard et la complicité de Monsieur Lindeberg avec le monde médiatique et censeur - incarné par Edwy Plenel et Pierre Rosanvallon -.

Autres réactions Sandra Laugier, en revanche, s'inscrit en faux contre ces critiques. : si, selon elle, le livre de Lindenberg présente de grandes faiblesses, elle estime que le fond n'en reste pas moins pertinent et juste. Elle s'étonne en outre de la virulence des critiquesLaugier, ibid, 9. :

De son côté, Jacques-Alain Miller règle lui aussi ses comptes avec Lindenberg par la publication d'un volumineux ouvrage, Le Neveu de Lacan.. Le débat continue si l'on lit "un cerbère de l’ordre nouveau aboyant dès qu’il le pourra un « rappel à l’ordre » contre les « nouveaux réactionnaires »".

Didier Eribon donne une piste sur l'utilité du pamphlet comme aide à Pierre Rosanvallon dans sa tentative de succéder à Pierre Bourdieu. Pour lui, « l’objectif du livre de Lindenberg, petit soldat zélé d'Esprit et de La République des idées, était en effet d'afficher le prétendu repositionnement à « gauche » de Rosanvallon ». Il décrit l'appui réitéré d'Edwy Plenel à ce « pauvre factum » qui lui consacre la « Une » du Monde, ainsi que deux pleines pages intérieures.

Pour le philosophe Jean-Claude Michéa, qui mentionne le fait que l'ouvrage a été commandé par Pierre Rosanvallon membre du club Le Siècle, l'essai est symbolique d'une nouvelle posture intellectuelle associant tout refus « d'acquiescer à l'économie de marché » à un retour aux idées de Charles MaurrasMichéa face à la stratégie Godwin, Jean-Claude Michéa, marianne.net, 4 janvier 2014.

Édition

Notes et références

Voir aussi Liens externes

Compilation d'articles de presse parus dans Le Monde, Le Figaro, L'Express et Libération Philippe Muray, « Les nouveaux actionnaires », dans Le Figaro, 2002 et Exorcismes spirituels IV (publié dans le volume Essais, ).

Catégorie:Pamphlet Catégorie:Essai français paru en 2002 Catégorie:Essai sur la politique