Le satyre de Mazara del Vallo est une statue grecque en bronze, découverte en mer en 1997-1998, et représentant un satyre dansant de plus grande proportion que la figure humaine dont le raffinement et la proximité avec le style de Praxitèle en ont fait un sujet de débat.

Découverte

En mars 1997, alors qu'il pêche au large de Mazara del Vallo, dans les eaux internationales, un bateau ramène dans ses filets la jambe d'une statue en bronze. Une prospection électromagnétique permet de repérer, par 480 mètres de fond, une autre partie de la sculpture — le torse et la tête —, qui est remontée un an plus tard. La profondeur importante et la situation juridique complexe empêchent alors la fouille de se poursuivre.

Fortement abîmés par les organismes marins, les fragments sont restaurés et remontés par Paola Donati, de l'Istituto Centrale per Il Restauro de Rome. La statue est exposée à la Chambre des députés italienne du avril au 2 juin 2003, puis aux musées du Capitole du 6 juin au 6 juillet 2003Le Satyre Dansant aux Musei Capitolini.. Installée ensuite dans un musée à son nom, dans l'église Sant' Egidio de Mazara del Vallo, elle en est sortie depuis à deux reprises : pour l'exposition universelle d'Aichi, en 2005, et pour l'exposition Praxitèle au musée du Louvre, en 2007.

Description thumb|left|Exemple du type du satyre dansant, tenant un thyrse et une pardalide. Vase Borghèse, œuvre néo-attique du , musée du Louvre

La statue, plus grande que natureLa hauteur en l'état est de 2 mètres ; la hauteur originelle est estimée à 2,4 mètres. Martinez, p. 284., représente un satyre — reconnaissable à ses oreilles pointues et à sa queueAujourd'hui perdue, mais dont subsiste un trou de fixation au bas du dos. Martinez, p. 286. — ivre dansant, la tête renversée, les cheveux flottants, la bouche entrouverte et la jambe gauche violemment relevée en arrière.

La statue est en bronze et composée de six éléments fondus séparément : la tête, le torse, les jambes et les bras, selon toute vraisemblance selon la technique de la cire perdue indirecte. En l'absence de trace du noyau en terre, l'origine de l'œuvre ne peut pas être déterminée avec précision. Les yeux sont en albâtre et comportent un creusement où étaient fixés l'iris et la pupille, aujourd'hui perdus. Seules ont survécu la tête, le torse et la jambe gauche. Manquent donc une partie de la chevelure, le bras gauche, cassé au niveau de l'épaule, le bras droit jusqu'à mi-biceps et la jambe droite, cassée à mi-cuisse. Une armature en métal a été placée dans l'œuvre au cours de sa restauration afin de lui rendre sa station debout ; il n'a toutefois pas été possible de rendre pleinement le renversement en arrière du satyreMartinez, p. 291, note 10..

Le bronze, épais en moyenne de 6 mm, porte sept marques sur l'épaule droite, avec des restes de soudure qui ont dû servir pour fixer un attribut. Le talon gauche porte deux trous de fixation permettant le passage d'un tenon, peut-être pour fixer un attribut, ou pour relier le Satyre à une autre statue. L'épaule gauche a fait l'objet d'une réparation antique ; la statue comporte également des tasseli destinés à réparer des défauts de surface à ou à cacher les jets de fusion.

Interprétation thumb|Satyre dansant, intaille en sardonyx du ou des débuts de l'ère chrétienne, Cabinet des médailles, Bibliothèque nationale de France

L'attitude du satyre, dansant et en extase, est bien connue dans l'art grec : on la retrouve pour Pan et les satyres dans la peinture sur vases attique des Martinez, p. 286., dans la sculpture ornementale et dans les arts mineurs. Le satyre danse probablement la / , danse traditionnelle du chœur de satyres dans le drame satyriqueVoir notamment (v. 37) et (XIX, v. 265-310)., pleine de sauts et d'entrechats, ou encore la / , une danse tournoyante que l'on rencontre chez AristophaneLa Paix (v. 864). Voir aussi (XIV, 630a)..

Du fait de la perte des bras, le Satyre ne porte plus d'attributs. Sur la base notamment d'un camée du Musée archéologique national de Naples, on l'a proposé tenant un thyrse dans la main droite et un canthare dans la main gauche, avec une pardalideLa pardalide (de / , panthère) est une peau de panthère, attribut traditionnel de Dionysos et de son thiase. sur le bras gaucheReconstitution proposée par Paolo Moreno. Petriaggi, p. 201, fig. 5.. Dans cette hypothèse, les marques portées par le bronze sur l'épaule droite correspondraient au contact des bandelettes du thyrse, et le tenon sur la cheville gauche servirait à supporter l'extrémité du thyrse. D'après des représentations sur des sarcophages ou des margelles de puits, on a également restitué le satyre comme portant un lagobolon (bâton pour chasser les lièvres) dans la main droite ou un cabri sur le bras droitMartinez, p. 287..

Attribution thumb|left|Tête du type de l'Aphrodite de Cnide, musée du Louvre (Ma 421)

On a proposé de voir dans le Satyre dansant un original de PraxitèlePaolo Moreno (2003), p. 102-113. sur la base d'une nouvelle interprétation d'un passage de Pline l'Ancien mentionnant « un satyre que les Grecs appellent periboētos » qui accompagne un Liber Pater (Dionysos) et une Méthè (ivresse) (XXXIV, 69).. Depuis Winckelmann« Le monde entier parle de son Satyre, objet d'innombrables louanges (). », Histoire de l'art dans l'Antiquité, Livre de Poche, 2005, p. 493. Traduction de Dominique Tassel., ce mot est traditionnellement traduit par « fameux », et l'on identifie l'œuvre citée par Pline avec le Satyre au repos ou le Satyre verseur.

La nouvelle hypothèse, fondée sur un passage d'un discours de PlatonPhilèbe (45e) : « … » (« le plaisir intense (…) les fait crier avec frénésie »). On trouve également le terme comme épiclèse d'Arès dans le sens voisin de « qui se plaît au milieu du tumulte » : (; 192)., propose le sens « qui crie avec frénésie », et note des ressemblances stylistiques avec des types statuaires rattachées avec Praxitèle. Ainsi, la clarté des contours évoquerait le Satyre au repos, l’Aphrodite de Cnide ou encore l'Apollon sauroctone. En particulier, la tête du Satyre se rapprocherait, pour ce qui est du format, de la bouche et du menton, de la tête Borghèse (Ma 421) du musée du Louvre et, pour ce qui est du nez, des arcades sourcilières et de la coiffure, de celle de la Diane de Gabies. Ce satyre periboêtos serait celui que Pausanias voit dans la rue des Trépieds à Athènes et qui était l'une des deux œuvres préférées de PraxitèleDescription de la Grèce (I, 20, 1-2). Voir aussi Athénée (XIII, §591 B). : ce serait un monument chorégique dédié à la suite de la victoire du poète tragique Xénoclès, ce qui place l'œuvre vers 360 av. J.-C. Il serait à l'origine de toutes les représentations de satyre en extase que l'on connaît dans l'art grec et romain.

On a reproché à cette hypothèse des rapprochements stylistiques forcésMartinez, p. 288 et Pasquier, p. 88., d'autant que le nez de la Diane de Gabies est une restauration moderne, et non conclusifs : cette statue a été récemment sortie du corpus praxitélienCf. la tête Despinis. G. Despinis, « Neues zu einem alten Fund », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Athenische Abteilung, 109 (1994), p. 173-198.. De manière générale, le style du Satyre dansant a paru trop étranger au style connu de Praxitèle. S'agissant des sources littéraires, on a signalé que le Satyre vu par Pline à Rome au ne pouvait guère être celui que Pausanias voit à Athènes au .

Il faut en fait distinguer le sujet du Satyre dansant du bronze de Mazara del Vallo à proprement parler. S'agissant du prototype, on distingue deux écoles de pensée : l'une rattache le type au , sans mentionner Praxitèle précisément ; l'autre en fait une création néo-attiqueOn appelle « néo-attiques » les ateliers grecs de la fin de l'époque hellénistique et de l'époque romaine, reprenant des types de l'époque classique pour une clientèle romaine.. Quant au bronze lui-même, sa forte proportion en plomb et la forme rectangulaire des tasselli plaident en faveur d'une production romaine : il pourrait s'agir d'une copie en bronze, phénomène attesté par exemple par l'Apoxyomène d'Éphèse.

Notes

Voir aussi Articles connexes

Autres statues de satyres attribuées à Praxitèle : Satyre au repos, Satyre verseur. Autres bronzes grecs découverts en mer : bronzes de Riace, dieu de l'Artémision, Apoxyomène d'Éphèse, éphèbe de Marathon, éphèbe Getty.

Bibliographie

Praxitèle, catalogue de l'exposition au musée du Louvre, 23 mars-18 juin 2007, éditions du Louvre & Somogy, 2007 Alain Pasquier, « Praxitèle aujourd'hui ? La question des originaux », 86-88, Jean-Luc Martinez, « Les Satyres de Praxitèle », cat. 72, 284-291. Paolo Moreno, « Satiro di Prassitele », Il Satiro danzante. Camera dei Deputati, 1 aprile–2 giugno 2003, Milan, 2003, 102-113. Roberto Petriaggi (dir.), Il Satiro Danzante di Mazara del Vallo, il Restauro e l'Immagine, acte du colloque de l'Istituto Centrale per il Restauro, Rome, 3 et 4 juin 2003, Electa, Naples, 2005. Claudio Parisi Presicce, « Il Satiro Mainomenos di Mazara del Vallo: un Possibile Contesto Originario » dans Sicilia Archaeologica 36 (2003), 25-40.

Liens externes Photos du Satyre dansant : Mazaraonline.it Site Web de Mazara del Vallo Un camée romain figurant un satyre en extase

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