Nicolas Offenstadt, né le à Suresnes (Hauts-de-Seine), est un historien français, professeur d'histoire et historiographie à l'université Panthéon-Sorbonne.

Biographie Famille Issu de la bourgeoisie, fils de médecins tous deux férus de culture classique, Nicolas Offenstadt passe son enfance à Neuilly-sur-Seine. Son père Georges Offenstadt (1944-2019) était chef de service de réanimation à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, et le petit-fils de Georges Ernest Offenstadt, éditeur de presse. Sa mère, Claudine Lévy, est la petite-fille d'Isidore Lévy, professeur au Collège de France..

Formation Il effectue une scolarité peu brillante jusqu'à son entrée en histoire à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, où il s'inscrit sans conviction avant de se passionner très vite pour la matière.

Agrégé et docteur en histoire. , diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (1989)Nicolas Offenstadt sur Sciences-Po alumni., il est ancien pensionnaire de la fondation Thiers..

Carrière universitaire Disciple de Claude Gauvard, il est maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l'université Panthéon-Sorbonne. Il travaille sur les pratiques de la guerre et de la paix du Moyen Âge à l'époque contemporaine..

Il se dit Sophie Bober, « Nicolas Offenstadt : "J’ai toujours eu une forme d’interrogation profonde liée à cette expérience-là" », France Culture, émission La leçon de choses, 11 novembre 2018., dès l'enfance, ce qui peut expliquer son intérêt ultérieur pour la Grande Guerre et la postérité de la RDA où il pratique régulièrement l'urbex..

Commentaires Il est décrit par Libération comme ambitieux et travailleur. Claude Gauvard, son ancienne directrice de thèse et actuelle collègue, note qu'

Autres activités Il collabore régulièrement au Monde des livres, à L'Histoire et aux activités du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 1914-1918 et du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) à la création duquel il a participé..

Thèmes de recherche Nicolas Offenstadt a travaillé sur le Moyen Âge (État, espace public, guerre et paix), la Première Guerre mondiale (conflit, soldats, mutineries) et la République démocratique allemande (RDA) (mémoire, ruines urbaines), tout en abordant des questions historiographiques.

Sa thèse de doctorat, publiée en 2007, porte sur les rituels de paix pendant la Guerre de Cent Ans. En collaboration avec Patrick Boucheron, il a mené des recherches sur la notion d'espace public au Moyen Âge en partant des travaux de Jürgen Habermas portant sur l'Époque moderne. Il s'intéresse à la pratique sonore, comme avec le crieur public du Jean de Gascogne, auquel il consacre un livre tiré de son mémoire d'habilitation à diriger des recherches..

Membre du comité scientifique des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, il a participé à la rédaction d'un rapport sur la réintégration des fusillés de ce conflit dans la mémoire collective, qui a notamment conduit à créer des espaces consacrés aux 639 fusillés à l'hôtel des Invalides.

Pendant l'été 2018, il tient une chronique dans La Croix et sur France Inter pour évoquer la « sortie de la guerre » du premier conflit mondial à travers l’EuropeBéatrice Bouniol, « Nicolas Offenstadt, sur les traces de la Grande Guerre », La Croix, 7 juillet 2018..

Il a mené une enquête sur l'ex-République démocratique allemande, au cours d'une exploration urbaine (urbex), visitant plus de 200 sites délaissés et inventoriant divers objets, archives et traces matérielles, notamment des inscriptions, des statues et des mémoriaux.. Il avance notamment que la RDA a subi un « écrasement » économique et symbolique depuis la réunification.. Dans Urbex RDA. L’Allemagne de l’Est racontée par ses lieux abandonnés (2019), il étudie, photographiee à l'appui, des lieux « en déshérence » tels qu'usines, magasins, maisons de la culture, tours, abattoirs, grâce auxquels l'historien peut « faire parler les ruines ». Au-delà de l'exploration des friches urbaines, l'ouvrage relativise le passage de la RDA à la « démocratie heureuse » au moment de la réunification..

Réception de ses publications Les Fusillés de la Grande Guerre… (2000) Pour Édouard Lynch, le livre a le mérite d'être , qui vient en contrepoint d’une histoire trop souvent franco-françaiseÉdouard Lynch, « Nicolas Offenstadt, Les fusillés de la grande guerre et la mémoire collective, Paris, Éditions Odile Jacob, 2000 », Cahiers d'histoire, 46, 3/4, 2001..

A contrario, pour Jean-Jacques Becker, si l'ouvrage n'est pas inutile, l'auteur ne traite pas le sujet annoncé et pour la part qu'il traite en déforme Jean-Jacques Becker, « Nicolas Offenstadt, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999) » [compte-rendu), Annales, Année 2001, 56-1, ..

Sur la RDA Michel Fabréguet, professeur à Sciences Po Strasbourg, dans sa réception de l'ouvrage Le Pays disparu. Sur les traces de la RDA (2018), juge que Nicolas Offenstadt restitue le passage de la présence de l'ancien État communiste « avec talent » aux détours d’une brocante, par la découverte d’archives dans des friches industrielles isolées et en dénichant les plaques ou les noms de rues disparues en exploitant les vieux guides urbains du temps de la RDAMichel Fabréguet, « Nicolas Offenstadt, Le Pays disparu. Sur les traces de la RDA », Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, 51-1|2019, 270-272.. Pour sa part, l'historien René Schlott du Zentrum für Zeithistorische Forschung estime que l'essai est innovateur sur le plan méthodologique, mais contestable quant au contenu, l'histoire de la RDA par Offenstadt se réduisant au « seul récit des pertes ». Aussi « inspirantes » que soient les méthodes de l’exploration urbaine, les conclusions sont, selon lui, « problématiques ». Offenstadt utilise à maintes reprises les expressions « pays vaincu » et « le vainqueur », donnant au lecteur Schlott considère ainsi que

Pour le journal Le Monde, Urbex RDA apporte Pour Libération, Urbex RDA montre L'historienne Sonia Combe souligne que son exploration urbaine en RDA lui fait , en tentant de ramener au grand jour tant d'

Dans un article consacré à l'historiographie de la RDA en France, l'historien Ulrich Pfeil estime que, quand Nicolas Offenstadt se plaint de la double éradication des mémoires de la RDA et des traditions du mouvement ouvrier allemand, il oublie, d'une part, que la culture historique ouest-allemande a , de l'autre, il omet le fait que la commémoration antifasciste en RDA avait un caractère hagiographique et d'endoctrinement Ulrich Pfeil, « Die DDR als Zankapfel in Forschung und Politik », bpb.de, 9 avril 2020.. Pfeil considère que la méthode d'« exploration urbaine » (urbex) utilisée par Offenstadt a un potentiel innovant, mais, d'un point de vue historiographique, elle devient problématique si elle se limite à un seul aspect et l'utilise pour expliquer toute l'histoire de la RDA et la manière dont ces régions ont été traitées après 1989-1990. Cette « Ostalgie à la française » correspond, selon lui, à

Dans un article en réponse, Nicolas Offenstadt critique la présentation que fait Ulrich Pfeil de ses travaux. Il affirme notamment juger très regrettable qu', qu'il dit lui-même rejeter. Il se défend de partager l'idée que , ni même la moindre « nostalgie » pour le régime de la RDA. Surtout, il estime que Pfeil n'a manifestement pas lu le livre sérieusement et que son attaque est avant tout une prise de position politique de sa part, sans égards pour le contenu de l'ouvrage Nicolas Offenstadt, « Die DDR als Zankapfel in Forschung und Politik – Französische Blicke auf den zweiten deutschen Staat », bpb.de, 25 mai 2020..

Prises de position Très présent dans les médias, Nicolas Offenstadt prend position régulièrement dans les débats qui traversent la société française. Homme de gauche, il défend la place d'un « historien dans la cité », prônant une histoire « hors les murs », qui s'appuie sur les lieux et vise tous les publics. Il critique régulièrement les journalistes et essayistes historiques Lorànt Deutsch et Stéphane Bern, les considérant comme des « histrions réactionnaires »..

Il a créé en 2005, avec Gérard Noiriel et Michèle Riot-Sarcey, le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH)..

Pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, dont il critique le , il déplore les cérémonies officielles visant à faire de Lazare Ponticelli un héros de la nationLe dernier poilu, 2008..

Lors du mouvement des enseignants-chercheurs, début , il est particulièrement impliqué, en participant par exemple à l'occupation de la Sorbonne contre la loi Pécresse le jeudi .

En , alors que Nicolas Sarkozy vient de se réclamer de Marc Bloch pour justifier sa politique concernant l'identité nationale lors d'un discours au plateau des Glières, Nicolas Offenstadt signe avec Suzette Bloch, petite-fille de Marc Bloch, une tribune dans Le Monde intitulée « Laissez Marc Bloch tranquille, »Suzette Bloch, Nicolas Offenstadt, "Laissez Marc Bloch tranquille, M. Sarkozy", Le Monde, 28 novembre 2009..

Pour le second tour de l'élection présidentielle de 2012, il cosigne, avec d'autres intellectuels, une tribune appelant à voter pour François HollandePour François Hollande Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle..

En 2015, il défend les projets de programmes d'histoire du collège émanant du Conseil supérieur des programmes en signant avec d'autres historiens une tribune dans Le MondeEnseignement de l’histoire au collège : halte aux mensonges et aux fantasmes !, lemonde.fr, 14 mai 2015..

En 2018, il s'oppose à l'introduction de la plate-forme d'orientation ParcoursupLouise Tourret, « Blocage des universités : le chiffon rouge des "examens en chocolat" », slate.fr, 19 avril 2018..

En , il commence une chronique historique hebdomadaire dans les colonnes de L'Humanité MagazineL'Humanité magazine, Nicolas Offenstadt, 11 novembre 2022, .., notamment consacrée à l'urbex. Il prolonge cette chronique en après avoir fait part d'une interrogation sur sa collaboration, reprochant au périodique d'avoir mis en valeur le rappeur controversé MédineNicolas Offenstadt, , humanité.fr, 4 septembre 2023.. En , il figure parmi les 180 signataires d'une tribune publiée dans L'Humanité appelant ..

Publications « Si je reviens comme je l'espère » : lettres du front et de l'arrière, 1914-1918, présentation et notes de Rémy Cazals et Nicolas Offenstadt, Grasset, 2003 Oyez ! Haro ! Noël ! Pratiques du cri au Moyen Âge, en coll. avec Didier Lett, Publications de la Sorbonne, 2003 La Grande Guerre en 30 questions, La Crèche, Geste éditions, 2007 Affaires, scandales et grandes causes, de Socrate à Pinochet, en coll. avec Stéphane Van Damme, Stock, 2007 Faire la paix au Moyen Âge, éditions Odile Jacob, Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), éditions Odile Jacob, 1999 L'Histoire bling bling. Le retour du roman national, Stock, 2009 Un Moyen Âge pour aujourd'hui, en coll. avec Olivier Matteoni et Julie Claustre, PUF, 2010 L’Historiographie, Paris, PUF , 2011 L’Espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, en coll. avec Patrick Boucheron, Paris, PUF, 2011 En place publique : Jean de Gascogne, crieur au , Stock, 2013 L'Histoire un combat au présent, conversation avec Régis Meyran, Textuel, , 2014 Le Pays disparu. Sur les traces de la RDA, Paris, Stock, , 2018.

Direction d'ouvrage Le Chemin des Dames. De l'évènement à la mémoire, Paris, Stock, 2004 Les Mots de l’historien, Presses universitaires du Mirail, 2009

Articles

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Notes et références

Voir aussi Documentaire Rendez-vous au monument aux morts (2014, 47 min), un film de Jacquie Chavance et Marie Mora Chevais, produit par CNRS Images

Liens externes

Collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 1914–1918