L'abbé Angot parle de la question des fables qui encombrent les origines de l'histoire de Mayenne. Il développe par la suite ses prétendus seigneurs antérieurs au .

Après avoir démontré péremptoirement que la féodalité héréditaire n'existe pas en Mayenne avant le , M. Bertrand de BroussillonLa Maison de Laval, 1020-1605, par B. de Broussillon, illustrée de nombreux sceaux et monuments funéraires par Paul de Farcy ; Paris, Alph. Picard, 1895 ; I, . en arrive à Mayenne : « Pour Mayenne, dit-il, qui passe pour avoir été un fief dès le , et à qui Guyard de la Fosse donne pour seigneurs à cette époque : Méen, Ruellon, Aubert, Geoffroy et Juhel, la charte 245 du Cartulaire de Saint-Vincent vient préciser les faits de manière à ne laisser aucun doute sur le nom de son premier seigneur, et sur la date de son inféodation. Cet acte, dont la rédaction se place entre 1067 et 1070, fut approuvé par Geoffroy, fils d'Hamon, lequel Geoffroy avait reçu de Foulques Nerra, comte d'Anjou, soit entre 1014 et 1040, la propriété du château de Mayenne. Cette inféodation ne saurait évidemment être placée avant l'an mil, sans attribuer à Geoffroy une longévité d'autant plus exagérée qu'il vivait encore après 1082. »

Ainsi Mayenne a cet avantage, au point de vue de la clarté historique, qu'un texte écrit vient corroborer à son sujet les données générales de l'histoire. Le procès est donc jugé sous ce rapport : il n'y a point de seigneur de Mayenne avant Geoffroy, fils d'Hamon.

L'abbé Angot apporte une preuve indirecte de ce fait acquis, en montrant comment s'est formée la légende qui prétendrait donner à Mayenne plusieurs générations de seigneurs antérieurs à la féodalité héréditaire.

Légende Les comtes d'Anjou, les ducs de Bretagne, d'après leurs anciens annalistes, avaient eus aussi des origines fabuleuses et remontaient aux Troyens. Les sires de Laval, se contentaient de descendre d'un neveu de Charlemagne. Mais ces légendes au moins avaient pour elles la consécration d'une antiquité assez reculée. Guy-Walla en particulier et ses premiers successeurs étaient admis par la tradition quand le chanoine Pierre Le Baud leur donnait entrée dans son histoire au commencement du . Méen, au contraire, et ses héritiers apocryphes sont d'invention récente, et la source unique où leur légende prend naissance est selon l'abbé Angot, parfaitement connue ou du moins facile à connaître.

Gilles Ménage Gilles Ménage qui est le premier à imprimer ces faussetés, en mettant des restrictions à sa croyance, nous dit : « J'apprans d'un écrit, intitulé Remarques sur l'histoire des Sgrs du Duché de Maïenne, qui m'a été communiqué par M. Hoyau, procureur du Roi de la Prévosté du Mans, et qui a esté composé par M. Le Goué, lieutenant général de Maïenne, que Méen, sgr de Maïenne fut père de Ruellan, aussi sgr de Maïenne ; et que ce Ruellan de Maïenne eut une fille unique qui s'appela Melissande, laquelle fut mariée à Aubert, sgr de Maïenne, du chef de cette Melissande… »

Et pour la confirmation de toutes ces choses, continue Ménage, M. Le Goué cite un ancien Mémoire dressé par un Religieux de Saint-Mars-sur-la-Futaie. Le même auteur invoque aussi le témoignage d'un autre Mémoire dressé par Foulques de SavignyIl est comme Jean de la Futaye une création de Jean-Baptiste de Goué, qui leur prête des légendes et récits qu'il dit leur emprunter., moine de SavignyHistoire de Sablé, .. Telle est l'unique autorité mise en avant par l'auteur de l'Histoire de Sablé.

Ménage indique carrément que les affirmations de M. Le Goué contiennent des invraisemblances par trop fortes. Aubert, pour obtenir la main de l’héritière de Mayenne, devait s'engager « à porter le nom et les armes de Maïenne. ».

Guyard de la Fosse Pour Guyard de la Fosse : « Nous tirons le commencement de la liste des seigneurs de Mayenne, dit-il, de quelques anciens manuscrits ; d'un, entre autres, dressé par un moine de Saint-Médard-sur-la-FutayeHistoire de Mayenne, , 4 et suiv.. » Ne croyons pas, d'après cela, que l'abbé Guyard connaissait de visu le manuscrit du moine, il affirme seulement que M. Le Goué l'avait vu ; il affirme la même chose du Mémoire de Foulques, religieux de Savigny, et jamais, en fait, il n'invoque d'autres autorités quand il s'agit des seigneurs de ces âges nébuleux. Seulement, l'exemplaire du travail de M. Le Goué consulté par Guyard, n'était pas le même que celui qui fut mis à la disposition de Ménage. « M. Le Goué, président au grenier à sel de Mayenne, m'a prêté, dit-il, le petit manuscrit de son aïeul. »

Ainsi, pour l'abbé Angot, M. Le Goué seul a vu les deux Mémoires attribués à deux religieux, l'un du Prieuré de la Futaie, l'autre, nommé Foulque, moine de Savigny, ou même Foulque de Savigny. Ménage et Guyard de la Fosse ont vu deux exemplaires du manuscrit de Jean Le Goué, qui vivait au milieu du .

L'abbé Angot ajoute que René de Quatrebarbes, l'auteur de la Généalogie de la Maison de Quatrebarbes, connaissait aussi ce travail du lieutenant de Mayenne, son contemporain. Mais depuis, personne ne l'a vu et jusqu'à ce qu'il s'en retrouve une copie on ne le connaîtra que par des mentions d'auteurs de seconde main. Ceux mêmes qui l'ont copié en avaient assez pauvre opinion. Guyard de la Fosse le trouve presque toujours en défaut à partir de l'époque où les documents vraiment historiques lui permettent de contrôler ses affirmationsCe qui ne prouve pas beaucoup en faveur de son discernement et permet de croire qu'il a été facile à duper ou sujet à se tromper lui-même pour les époques antérieures.. « Toutes ces choses me sont suspectes, dit l'abbé, et à l'égard des armes de la Maison de Maïenne on ne peut avoir stipulé que cet Aubert les porteroit puisqu'il vivoit au commencement du , et que les armes de famille qui passent aux successeurs ne sont que du commencement du . »

Généalogie (historicité discutée) Méen de Domnonée, prince breton, descendant des rois de Domnonée. │ ├─>Ruellan du Cotentin (870-933), gouverneur du Cotentin │ X │ │ │ ├─> Mélissende de Mayenne (890), dame de Mayenne │ │ X Aubert du Maine │ │ │ │ │ ├─> Geoffroy de Mayenne (915-980) │ │ │ X │ │ │ │ │ │ │ ├─> Méen de Fougères (965-1005), seigneur de Fougères │ │ │ │ X │ │ │ │ │ │ │ X │ │ │ │ │ │ │ ├─> Isemberg de Mayenne (970), seigneur du Lude │ │ │ │ X Ildeburge du Château du Loir │ │ │ │ │ │ │ X │ │ │ │ │ │ │ ├─> Sigebrand de Mayenne (970), seigneur de Lavardin │ │ │ │ X Eveline de Lavardin

Une pièce falsifiée Si les deux mémoires de la Futaye et de Savigny, si le manuscrit même de M. Le Goué sont perdus, il nous reste une des pièces qui furent falsifiées pour établir la filiation d’Aubert de Mayenne. Elle a été utilisée plusieurs fois, soit à cause des notions généalogiques qu'elle contient, soit pour les renseignements qu'elle donne sur des fondations religieuses.

L'abbé de la Fosse, Ménage aussi peut-être, en connaissaient le texte. Depuis on n'a jamais eu recours qu'à l'analyse qu'en donnent ces deux auteurs. Il en existe plusieurs copiesLa première des deux copies de la charte supposée du faux Aubert de Mayenne, se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale de France qui porte le numéro 1254 aux nouvelles acquisitions du fonds latin. Sauvé, au mois de mai 1871, des flammes qui dévorèrent la bibliothèque du Louvre, probablement par l'un des incendiaires, cette copie alla échouer sur le comptoir d'un marchand de vin, et y fut abandonné pendant plusieurs mois ramassant des souillures qui témoignent des habitudes de la clientèle. Enfin un employé de la Bibliothèque nationale le trouva, l'obtint sans peine et le rendit au dépôt qui l'abrite aujourd'hui. Il est intitulé Cartulaire de Savigny. Ce titre est inexact, mais met néanmoins sur la voie pour deviner sa provenance première. Les pièces qu'il contient, extraites des chartriers de Marmoutier, de Savigny, du Mont-Saint-Michel, de Montguyon, de Fontaine-Daniel, de Fontaine-Géhard, font croire à l'abbé Angot qu'il a été composé pour servir à la rédaction de l'Histoire de Mayenne par Guyard de la Fosse. L'abbé Angot a rencontré la seconde copie dans un dossier concernant le prieuré de Saint-Jacques et la cure d'Ernée, restitué, en 1893, aux archives départementales de la Mayenne par M. l'archiviste d'Alençon qui l’avait trouvé dans son dépôt. Le document était ici tout à fait à sa place, puisqu'il y est question du don, fait à l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, du prieuré de Saint-Jacques. Ce second texte est accompagné d'une notice qui n'en est qu'une sorte d'analyse. En tête on lit : Extrait des fondations des bénéfices du duché de Mayenne, faites en divers temps par les seigneurs et possesseurs de cette ville. L'écriture est de la seconde moitié du .Ce texte est celui du manuscrit de la Bibliothèque nationale (f. 1. nouv. acquisit. 1254, fol. 49-50) que M. Bertrand de Broussillon a bien voulu collationner pour l'abbé Angot, en complétant la copie qu'il avait effectuée. Le manuscrit de Laval présente des variantes qui semblent dues à des fautes de lecture. Deum ac Dominum nostrum, qui nos vocavit in regnum suum et gloriam, admonentem debemus audire, qui nos per prophetam suum praecepit dicens : Date eleemosinam et omnia munda sunt vobis. Quamobrem ego in nomine Dei Aubertus, Geslini filius et Meduanae dominus, bona compunctus voluntate, vocata itaque uxore mea Mellisende, et filiis meis, hominibusque meis ac sapientibus consiliariis, decrevi ut in eleemosinam darem Simoni, abbati Sancti Jovini et Sancti Martini Vertavensis, et monachis B. Mariae de Fustaya ibi Deo famulantibus et eorum servitoribus, pro salute vivorum et defunctorum jugiter Deum exorantibus, et animae mea redemptione, et peccatorum meorum remissione, videlicet ecclesiam ipsam de Fustaya, quae olim constructa est in honorem Beatae Mariae Virginis, cum omnibus quae ibi offeruntur, et sepultura, et confessione, et baptisterio, vel quaecumque esse videntur. Item dono eis alodum et usum in Sylva de Meduana, quae mihi ex parte uxoris meae contigit, scilicet in pratis, aquis, lignis et omnia quae ibi visus sum habere ; ac etiam dono dictis monachis de Fustaya pro redemptione animae meae et parentum meorum omne jus, alodum et donationem quam possumus habere, videlicet ecclesiam parochialem sancti Medardi super Fustayam. Ecclesiamque parochialem Sancti Martini de Landevico. Ecclesiam et prioratum Sancti jacobi de Erneia, sitam prope castrum nostrum de Erneia. Ecclesiam et eremum Beati Bartholomei de Habitu, in sylva nostra de Meduana, et donationem sub alodum in dictis ecclesiis, beatorum scilicet Medardi, Martini, Jacobi et B. Bartholomei, cum omnibus juribus et omnia quae ibi offeruntur ; sepulturas, exequias, funeralia, confessiones, baptisteria, oblationes, decimas, primitivas et omnia jura ecclesiastica in omnibus parochiis et prioratibus supradictis, tam in hominibus vassallis, quam pratis, terris, molendinis, quam aliis locis et omnibus tam mihi quam uxori meae pertinentibus. Ita ut nullus vicarius neque aliquis ex hominibus meis in alodo illo possit aliquid requirere, nec ratum facere, sed cuncta quae exinde exierint habeant qui ibi permanserint. Hoc etiam huic addidi ut si in omni terra mea quidquam ad emendum invenerint seu aliquid ex meo (blanc) illis aliquid quoquo modo dare voluerit, ut neque ego neque quisquam meus successor aliquid ab eis propter concessionem ejus emptionis, vel donationis requirat nec accipiat. De hac autem donatione quam dedi ad locum Sancti Jovini, abbati et monachis de Fustaya qui ibi consistunt, facio eis conscriptionem vel perpetualiter teneant et possideant sine ulla contradictione. Facio igitur hoc una cum authoritate senioris Gaufridi, militis, et Agnetis, uxoris ejus ; simulque cura assensu uxoris meae, filiorum, filiae, parentum et hominum meorum. Quibus etiam omnibus hanc descriptionem tradidi roborandam. S. Emerici de Doreta, Gelini de Erneia.