Saint-Esprit est une commune française, située dans le département de la Martinique. Ses habitants sont appelés les Spiritains.

Géographie

Localisation La commune de Saint-Esprit se situe sur l'île de la Martinique au sein de l'océan Atlantique. Le climat y est de type tropical.

Urbanisme

Typologie Saint-Esprit est une commune urbaine, car elle fait partie des communes denses ou de densité intermédiaire, au sens de la grille communale de densité de l'InseeSelon le zonage des communes rurales et urbaines publié en novembre 2020, en application de la nouvelle définition de la ruralité validée le en comité interministériel des ruralités..... Elle appartient à l'unité urbaine du Robert, une agglomération intra-départementale regroupant . et en , dont elle est une commune de la banlieue...

Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Fort-de-France, dont elle est une commune de la couronneLa notion d'aire d'attraction des villes a remplacé en celle d'aire urbaine, pour permettre des comparaisons cohérentes avec les autres pays de l'Union européenne.. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de à moins de ...

Toponymie

Ville située à l'intérieur des terres, c'est une région habitée par les caraïbes qui vivent essentiellement de la chasse, de la pêche et des racines. À l'embouchure de deux rivières, ils construisent leurs cases et y vivent paisiblement jusqu'à l'arrivée des premiers colons en 1635.

Histoire

Le Saint-Esprit est né vers 1746 de la division de l’ancienne paroisse « Cul-de-Sac-à-Vache » qui regroupait les communes actuelles de Rivière-Salée, Trois-Ilets et Trou au Chat (Ducos). Il était autrefois appelé Bourg-des-Coulisses en raison de sa position stratégique qui permettait la culture de la canne sur les mornes environnants, et l’installation de longues « gouttières », les coulisses, par lesquelles la canne était acheminée, rapidement et à moindre effort, jusqu’aux moulins à eau ou à bêtes des quatre premières sucreries qui s’étaient toutes positionnées au centre de la cuvette où se trouve actuellement le Bourg.

Cette solution s’était imposée en raison de la nature des terrains constitués de couches d’alluvions apportées par les deux rivières principales, rendant très difficile la circulation de lourds « cabrouets » chargés de cannes, systématiquement embourbés. Peu à peu la paroisse se structure en bourg autour de la première église et de la place d’arme à l’emplacement de l’actuel cimetière. Vers 1820, la commune compte une dizaine de sucreries en activité, chiffre qui passera en 1882 à dix-huit habitations sucrières avant la disparition totale de cette industrie avant la Seconde Guerre mondiale.

Les deux rivières principales qui traversent le Saint-Esprit s’appellent la Rivière des Coulisses et la Rivière des Cacao. Elle coulent aujourd’hui très peu, sauf pendant l’hivernage où de grandes avalasses d’eau peuvent provoquer des inondations. Cependant, au , la Rivière des Coulisses connaissait des crues régulières et c’est pour échapper à celles-ci que le cimetière et les maisons du bourg furent déplacés sur une terrasse, à la suite de l’ouragan de 1788.

Le bourg, qui se réduisait au début du à quelques maisons situées à proximité de l’église et du presbytère, va se développer de façon considérable. En 1833, le Saint-Esprit évolue en commune. Les premières écoles primaires de garçons, puis de filles, furent d’abord des écoles religieuses et furent créées en 1839. À partir de 1881, comme dans le reste de la Martinique, les écoles deviennent laïques.

À cause des inondations récurrentes, la commune connait des vagues d’épidémies de variole et de fièvre jaune, à la fin de l’esclavage. En 1855, le cimetière est alors remis à son emplacement initial et un hôpital est construit dans le bourg. Le , le Saint-Esprit devient chef-lieu du canton qui comprend Ducos, le François et Rivière-Salée. Ce statut entraîne l’arrivée massive de petits fonctionnaires, instituteurs, magistrats, ouvriers du bâtiment, ferronniers, forgerons, menuisiers et charpentiers. La proximité des usines centrales sucrières de Rivière-Salée en 1868 et de Petit-Bourg en 1869 augmentera l’importance économique de la commune, qui se signalera comme un réservoir important de main-d’œuvre. À cette même période, la commune connaît l’insurrection du Sud venue de Rivière-Pilote, causant l’incendie de 7 habitations entre le 22 et le de la même année.

Entre 1920 et 1935, des bâtiments publics importants sont construits : l’hôtel de Ville bâti en 1924 ; son architecture délicieuse est caractéristique de cette période post-art-nouveau. D’autres bâtiments sont également réalisés le palais de justice (Justice de Paix) et le marché couvert, bâtiment métallique construit à l’emplacement même où se tenait traditionnellement le marché du bourg. Ces constructions renforcent le chef-lieu de canton, également centre régional et administratif, siège de la justice de paix, de la perception et centre culturel. Le Saint-Esprit est alors une ville bourgeoise, dont la population est essentiellement composée des fonctionnaires issues des communes voisines et de Saint-Pierre.

Le bourg conservait sa fonction de marché actif. « On y trouvait, outre les produits agricoles traditionnels, de menus objets fabriqués par les artisans des quartiers et de la petite métallurgie. Le dimanche, les petits propriétaires, spécialisés dans les cultures secondaires, surtout vivrières, faisaient une « entrée triomphale » dans le bourg, montés sur leurs chevaux luisants à force d’avoir été astiqués; les femmes souvent aidées des domestiques, vendaient leur production au marché du bourg. On y trouvait les produits des chaisiers du morne Acajou, qui utilisaient le poirier vert et les joncs de la Mirame. Les cordiers des mornes Barbay, Acajou et Fonds-Coulisses vendaient des cordes de balisier d’environ deux mètres cinquante. Ces cordiers travaillaient aussi pour les usines de la plaine de Rivière-Salée pour lesquelles ils tressaient, avec des joncs, des revêtements protecteurs pour les tuyaux à vapeur de plus de cinquante mètres de long. Les vanniers de la Suin vendaient des paniers, des nattes ou des balais qu’ils fabriquaient avec des fibres de bambous, des feuilles de balisier ou des lianes... » (Histoire des communes).

Après la fermeture des deux usines de Rivière-Salée, la population diminue à partir 1950 et se tourne vers la culture de la banane, des agrumes et de produits vivriers. La commune perd alors ses titres de chef-lieu de canton ainsi que de centre administratif du sud. Dans les années 1970, la crise de la filière de la canne à sucre et le chômage en résultant, ont incité beaucoup de Spiritains à de nouveau délaisser leur commune, en quête d’un emploi dans la capitale. Cet exode rural entraîne une forte chute de la population jusqu’à la fin des années 1980.

Aujourd’hui, grâce à sa position proche des grands centres économiques (Fort-de-France, aéroport du Lamentin, Le François, Ducos), des plages, de la fraîcheur de son climat et de son caractère rural proche de la nature, le Saint-Esprit attire de nouveau. Actuellement, l’augmentation constante de la population a permis à la commune de dépasser le seuil des .

ORIGINE PRÉ-CÉRAMIQUE DE LA COMMUNE : Les trouvailles archéologiques de l’époque pré-céramique dans des lieux comme Baldara, la Suin, Valatte, sur la route des roches gravées du sud témoignent du passé amérindien. Les recherches effectuées laissent penser que sur les hauteurs devaient se trouver des « ichalis », jardins caraïbes situés beaucoup plus loin des habitations. En outre, on trouve des lieux-dits « Caraïbes » comme celui où se situe la vasque en contrebas du morne Baldara creusée dans la pierre et qui n’a pas encore révélé tous ses secrets. LA RÉVOLUTION FRANÇAISE ET SES PROLONGEMENTS SPIRITAINS : Le Saint-Esprit eut sa place dans le mouvement révolutionnaire à la Martinique. Le , Rochambeau gouverneur des Iles françaises du Vent débarque à la Martinique, et grâce à Bellegarde mulâtre, ancien esclave au Trou-au-Chat, put mobiliser des troupes de nègres et libres de couleur dont des habitants du Saint-Esprit, contre les aristocrates.

« Le Blanc créole Jean André La Rochette fils, marié depuis 1786 au Saint-Esprit, conduit avec l’arpenteur blanc La Corbière, une troupe d’esclaves enrôlés par Bellegarde à l’assaut des Trois-Ilets, où se trouve l’habitation familiale de Percin, et le camp d’Audiffredy qui est détruit ainsi que plusieurs autres habitations. Il se porte ensuite vers Rivière-Salée où se trouve un camp. Tandis que Bellegarde nettoie le Gros-Morne et Trinité, La Rochette refoule les « aristocrates » vers le Vauclin et le Marin, où ils s’embarquent sur la frégate La Calipso, commandée par Mallevault le .

L'AGITATION DES LIBRES DE COULEURS : « Le , le gouverneur Mathieu nous apprend qu’au Saint-Esprit, l’orfèvre Evitis (sans doute le même Evitis qu’on retrouve conseiller municipal en 1848) fait signer une pétition envoyée de Paris par Ledru-Rollin pour demander l’abolition immédiate de l’esclavage ; c’est ce qu’on a appelé la pétition des gens de couleur. Mathieu relève l’opposition du maire Peter Maillet qui assure qu’aucun habitant notable ne la signera. Evitis s’était déjà manifesté en 1833, au moment de l’affaire Bissette sous le nom de Hovitis dit Zélo et avait été déporté en 1827 comme « dangereux ».

En , presque immédiatement après l’installation du gouvernement de la République, un comité de colons se réunit à Paris chez Lepelletier de Saint-Rémy pour préparer l’abolition, au sein duquel on relève les noms de Tanguy Duchâtel et de Louis Tanguy Duchâtel, habitants propriétaires au Saint-Esprit.

Pour organiser le travail, les plus éclairés ont abordé le problème de « la case et du jardin », par conséquent celui de la propriété foncière. Il n’en est cependant pas discuté à Paris et, sur place, les notables de toutes couleurs ont résolu le problème dans le sens du respect de la propriété des biens immobiliers. De plus, aussi bien à Paris qu’à la Martinique, on craint que le développement de la petite propriété nuise au « travail », c’est-à-dire à la production du sucre. Ce problème de la propriété foncière ne trouve aucune satisfaction dans la proclamation du qui met fin officiellement à l’esclavage et explique les événements qui se produisent dès le lendemain dans le Centre et dans le Sud ».

LES LENDEMAINS DE L'ABOLITION : Selon M. Joseph-Gabriel : « Lors de la révolution esclavagiste de 1848, des troubles éclatèrent au Saint Esprit. Le soulèvement échoua après l’arrestation du nommé Fortuné Elore».

Dans son rapport du , le gouverneur Rostoland donne plus de détails : « … quand est arrivée la nouvelle de l’abolition de l’esclavage. Des bandes s’étaient déjà formées dans les hauteurs du François et du Robert et elles n’ont pu être dispersées par la force armée envoyée à cet effet du chef-lieu sous la conduite du citoyen Husson, Directeur de l’Intérieur […]. Le meneur de la bande principale serait un nommé Fortuné ».

LES ÉVÈNEMENTS DE 1870 : LA RÉVOLTE DU SUD Une bagarre oppose Léopold Lubin, un Noir originaire de la Commune du Marin à un Blanc Augier de Maintenon sur la route de Grand Fond au Marin. Deux thèses s’affrontent : Lubin déclare avoir reçu des coups de cravache de Maintenon pour ne s’être pas écarté de son chemin, l’autre thèse celle de Maintenon est que Lubin ne se serait pas écarté assez vite.

Lubin qui ne parvint pas à obtenir réparation des autorités locales, décida alors de se faire justice lui-même, et à infliger des coups de cravache à son agresseur. Il est arrêté, emprisonné et condamné le , à 5 ans de bagne et à de dommages et intérêts. Le caractère raciste de l’affaire était évident, car la lourde condamnation de Lubin par le Président Bourgoin était sans commune mesure avec celle infligée en 1875 au Blanc Esch à 5 mois de prison pour avoir agressé mortellement un Noir.