L' est une opération militaire israélienne de la guerre israélo-arabe de 1948 menée entre les 28 et dans le nord de la Galilée. Inscrite dans le plan général d’opérations israélien dit plan Dalet ou plan D, elle répond à ses objectifs généraux de conquête des territoires palestiniens et de nettoyage ethnique par l’expulsion de la majorité arabe (chrétienne ou musulmane), et s’accompagne de nombreux massacres. Deux lots d’archives, certaines déclassifiées, d’autres découvertes fortuitement en 2024, confirment que les expulsions et massacres faisaient partie des ordres donnés aux unitésAdam Raz, « Terror Was Needed to Make Arabs Leave’: What the Israeli Army Did in 1948, Revealed », Haaretz, 27 février 2026.Alex McDonald, « 'Everyone was killed': Documents shine light on 'annihilation' of Palestinians during 1948 Nakba », Middle East Eye, 27 février 2026.Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). , chapitre « Achever le travail : octobre 1948-janvier 1949 », 227 et suivantes..

Contexte

Guerre israélo-arabe

Fin 1948, avec des effectifs de près de , grâce à un ordre de mobilisation générale décidé en par David Ben Gourion, et du matériel, de l’armement lourd et un approvisionnement en munitions suffisant, Israël dispose d'une supériorité militaire face aux armées arabes et aux milices palestiniennes. Depuis juillet, à la suite de la campagne des 10 jours, elle a pris l'initiative dans toutes les opérations militaires.

En face, la coalition arabe est inefficace. Les responsables politiques sont divisés et ne se font pas confiance. Leurs armées et forces expéditionnaires, souvent mal commandées, agissent sans coordination, souffrent de l'embargo imposé aux belligérants par les Nations unies et sont généralement démoraliséesVoir par exemple dans , Avi Shlaïm, Israël et la coalition arabe en 1948.. L’Armée de libération arabe, formée de volontaires, manque du matériel le plus élémentaire rapporte que la moitié des hommes de l'Armée de libération arabe n'ont pas de chaussures. Il parle aussi d'un manque de couvertures et d'épidémies au sein des troupes..

Après l'opération Yoav qui a vu les forces égyptiennes reculer dans le Néguev, l'état-major israélien étudie où placer l'action suivante. Yigal Yadin pense qu'il faut placer un effort majeur dans le secteur Nord menacé par les Syriens et les Irakiens qu'il considère comme les adversaires les plus dangereux. Dans la foulée, il éliminerait l'Armée de libération arabe de Galilée. Le reste de l'état-major considère néanmoins que le véritable danger reste le secteur central avec la Légion arabe et les Irakiens. David Ben Gourion décide en définitive que seule une « petite opération » sera lancée contre les forces de l'Armée de libération arabe dans le but de conquérir la Galilée.

Front de Galilée

Depuis la débâcle arabe consécutive à l', la situation en Galilée est calme. Le cessez-le-feu y est respecté et la situation des qui y vivent, parmi lesquels de nombreux réfugiés, est la moins mauvaise du pays.

Fawzi al-Qawuqji y a redéployé l'Armée de libération arabe. Il dispose de , cite le chiffre de ; parle de . Peut-être Morris englobe-t-il les forces de l'Armée de libération arabe présentes au Liban ? hommes répartis en 2 bataillons sous-encadrés et de quelques pièces d'artillerie ainsi que de transports blindés. Toutefois, il manque du matériel de base, ses hommes sont démoralisés, malades, ne sont pas payés à temps et beaucoup désertent. Les tactiques de l’ALA (tirs sur les convois et les soldats isolés) sont inefficacesI. Pappé, , 229.. Fawzi al-Qawuqji et ses officiers n'ont plus confiance dans les politiciens palestiniens ou arabes et les généraux des armées arabes. Réciproquement, lui-même a fait l'objet de tentatives de limogeages durant l'été et l'automne. Il agirait depuis pour son propre compte, fomentant le renversement des gouvernements libanais et syriens.

Il a également déployé un contingent au Liban pour organiser son approvisionnement avec l'armée libanaise qui constitue une force de réserve potentielle et une centaine d'hommes, la Jihad al-Muqadas, bien que dépendant du Mufti, servent sous ses ordres. Benny Morris fait état également de la présence de 2 régiments d'infanterie de l'armée régulière syrienne mais Yoav Gelber semble présenter leur présence une fois l'opération Hiram commencée. Les milices villageoises, épaulées par ces volontaires, fortifient les villages dans l’espoir de résisterI. Pappé, , 230..

Côté israélien, le front Nord a été confié à Moshe Carmel qui a sous ses ordres la brigade Golani, la brigade Carmeli et la blindée Sheva, qui totalisent une force de 9 bataillons complets. Il peut également compter sur l'appui des forces aériennesVoir Ordre de bataille des forces engagées dans la guerre de Palestine de 1948..

Événements

Bataille de Manara

Le , en liaison possible avec des émissions radios diffusées depuis Damas et au caractère de plus en plus martial, Fawzi al-Qawuqji attaque et prend une position israélienne près du kibboutz de , menaçant de couper la vallée de la Houla du reste du pays. Il semble également que l'armée libanaise serait prête à exploiter la situation en attaquant la colonie frontalière de Metoula.

Moshe Carmel demande alors d'activer le plan de conquête du nord de la Galilée mais David Ben Gourion et Yigaël Yadin ne l'autorisent qu'à attaquer les positions occupées par l'Armée de libération arabe à la suite de la réponse positive donnée par Israël au conseil de sécurité des Nations unies pour l'établissement d'un cessez-le-feu dans le Néguev.

L'assaut mené par la brigade Carmeli échoue et cette dernière souffre de lourdes pertes avec 33 morts et 40 blessés.

David Ben Gourion revoit alors sa position et donne l'ordre à Yigaël Yadin de renforcer le secteur nord avec la Oded - qui vient de participer à l' - et de prendre la Galilée durant le mois.

Opération Hiram

À partir du , en préparation à l'opération, les villages principaux de Tarshiha, Jish et Sa'sa' sont bombardés quotidiennement par des B-17 et des C-47. Ar-Rameh, Suhmata, Malikiyya et Kfar Bir'im souffrent aussi fortement de ces bombardementsI. Pappé, , 231..

Le , l'opération principale, baptisée Hiram en référence au nom biblique du roi de Tyr, est lancée. Elle débute par le bombardement par les forces aériennes israéliennes des villages de Galilée et du sud Liban soupçonnés de servir de base à l'Armée de libération arabe. Durant la nuit du 28 au , de bombes sont déversées sur 7 villages de Galilée au cours de 13 raids successifs. Ceux-ci sont dévastateurs : ils provoquent par exemple la mort de 24 personnes, 60 autres dans le village de Tarshiha et sont la cause du début de l'exode massif de la population.

Le matin du , les forces israéliennes rassemblant 11 ou 12 bataillons se lancent à l'attaque de l'enclave. La Sheva fait mouvement de Safed jusqu'à Miron puis poursuit sur Jish, où les forces arabes déplorent de fortes pertes, et Safsaf. S’étant déjà emparé de Safsaf en mai, les soldats israéliens et druzes submergent les défenses, massacrent 70 villageois et expulse le reste. Les soldats violent plusieurs femmesI. Pappé, , 234.. De son côté, la Oded fait mouvement vers l'est, prenant Tarshiha et d'autres villages arabes. Ensuite, dans un mouvement de prise en tenaille est-ouest, les et se dirigent vers le carrefour stratégique de Sa'sa. En s’emparant de ce village, les troupes israéliennes massacrent une quinzaine de Palestiniens et détruisent la quasi-totalité des maisonsI. Pappé, , 233..

Les et continuent ensuite vers le nord vers Kafr Bir'im, Saliha et arrivent à al Malikiya tandis que le se dirige vers l'ouest, prenant Ras al Ahmar, Reihaniya, Alma et l'après-midi du Deishum.Dans le même temps, la brigade Golani attaque vers le nord depuis le carrefour de Lubya, prend Eilabun, Maghar puis oblique vers l'ouest et prend Rameh, Beit Jann, Suhmata et Majd al-Kroum où elle est rejointe par le . Au total, des dizaines de villages sont conquis et expulsés (hébreu moderne : tihour, nettoyage) ; cependant, sans qu’on en connaisse la raison, dans certains villages, les habitants ont été autorisés à rester, comme à Jish ou Rameh. À Rameh, c’est peut-être la présence d’une minorité Druze ou la forte population réfugiée qui ont conduit à cette décision.. Des centaines d’habitants, notamment chrétiens, sont incarcérés dans des camps situés sur le littoral. Les musulmans, ainsi que les chrétiens qui refusaient de faire allégeance à Israël, étaient déportés au LibanI. Pappé, , 232.. Parfois, le commandement israélien change d’avis : ainsi à Eilaboun, la population se retrouve expulsée à marcher vers le Liban, certains mourant en chemin. Puis les chrétiens reçoivent l’ordre de revenir, toujours à piedsI. Pappé, , 232-233..

Le dernier village à tomber est celui de Buleida. Après une résistance de 10 jours, les habitants préfèrent prendre la fuite vers le Liban (Blida étant à 4 ou 5 kilomètres à l’ouest)I. Pappé, , 234-235..

La nuit suivante, la Carmeli, gardée en réserve dans la vallée de Houla, fait mouvement jusqu'à Manara puis entre au Liban où elle prend le contrôle de 11 à 15 villages et atteint le fleuve Litani.

L'opération est couronnée de succès et le nord de la Galilée est conquis en 60 heures. Les archives de Rafi Kotzer, ainsi que des archives déclassifiées grâce à des recours en justice de l‘institut , apportent des précisions nouvelles à des opérations de nettoyage ethnique déjà connues de manière générale. Dans leur ensemble, ces opérations se distinguent par les ordres , y compris les femmes et les enfants. Selon un rapport de (ministre sans interruption de 1977 à 1992, notamment de la Justice et des Finances), ordre était donné par Moshe Carmel de . Les ordres donnés à la brigade Golani par Yitzhak Broshi sont : de tuer tout civil, qu‘il résiste ou non ; en juillet, ordre donné à toute la brigade Golani : au cas où une personne donne ses papiers d‘identité à une autre, ordre est donné de tuer les deux ; en cas de retard à une convocation militaire, exécution immédiate et destruction de la maison ; ordre de tuer un Arabe sur dix dans un village pris ; ordre de tuer tout Arabe n’appartenant pas au village conquis ; ordre de tuer tous les hommes d’une maison où seraient trouvés des biens juifs ; ordre de massacrer tous les Arab a-Zabah (tribu de Bédouins) ; ordre de tuer tout Arabe se cachant ; ordre précisant que tout homme au-dessus de 15 ans ne devait pas être considéré comme un civil. Les (des Palestiniens expulsés qui reviennent chercher leurs biens) doivent être abattus. Il était également interdit de faire des prisonniers. Selon Mordekhaï Maklef (futur chef d’état-major de l’armée israélienne), . Selon Maxim Cohen, commandant de la brigade Carmeli . Haïm Ben David, futur général de division et conseiller militaire de Ben Gourion, l’expulsion des Arabes était pratique courante, et que selon les circonstances, le nettoyage d’une zone se faisait par le meurtre. . Parmi les officiers, Lahis, responsable du massacre de Houla, est ensuite nommé à la tête de l’Agence juive .

Ces méthodes n’ont pas eu cours uniquement lors de l’opération Hiram : selon Yisrael Carmi, chef de bataillon à la 7e brigade : à propos de la conquête de Beersheba, dans le sud d’Israël. La justice israélienne a été très clémente : en cas de viol, le (ou les) soldats pouvaient éventuellement être jugé si la victime était morte. Si le crime se limitait au viol, il n’y avait pas de procès.

Réactions arabes