Joseph du Chesne, (en latin Josephus Quercetanus), sieur de la Violette, est un chimiste, médecin, écrivain et diplomate français né en 1546 à Lectoure en Armagnac, mort le à Paris..

Fuyant la persécution des huguenots, il voyage et séjourne en Allemagne et en Suisse, où il découvre une réinterprétation de la médecine paracelsienne qui le séduit et à laquelle il se forme. Revenu à Paris après le couronnement d'Henri IV, il obtiendra le titre de médecin ordinaire du roi et se fera le champion d'une forme modérée du paracelsisme, loin du militantisme des premiers partisans allemands.

Il est le plus illustre représentant français de la médecine paracelsienne, à une époque où la confrontation entre médecins humanistes et médecins paracelsiens faisait rage. Bien connu par ses affrontements avec les médecins galénistes, Joseph du Chesne est toutefois le premier paracelsien français à adopter un ton conciliateur, cherchant à ne garder de l’abondante œuvre théologico-médicale de Paracelse, très largement marquée par la magie et le surnaturel, que les éléments porteurs d’innovations intéressantes, susceptibles d'être intégrés à la médecine défendue par l'École. Il ne se présente donc pas comme un fidèle disciple de Paracelse mais plutôt comme partisan d'un renouveau de la médecine galénique, enrichie par la pharmacopée (al)chimique de ce qu'il appelle la « médecine hermétique »Il ne faut pas se laisser abuser par le terme d'« hermétisme », il ne renvoie pas aux notions d'hermétisme, d'occultisme et d'ésotérisme telles qu'elles ont été développées au milieu du . La médecine chimique de Joseph du Chesne est largement inspirée de Paracelse et Petrus Severinus. L'invocation d'Hermès a pour but d'affirmer l'antiquité et donc la légitimité de cette nouvelle doctrine. À cette époque la dimension hermétique de la médecine alchimique ne relève pas de l'irrationnel, comme l'a défendu avec force .

Dans Le Grand Miroir du Monde (1587, 1593), il expose sa théorie des Trois principes et deux éléments, qui sera reprise par pratiquement tous les chimistes du .

Biographie Années de formation Joseph du Chesne est originaire de Lectoure, l'ancienne capitale du comté d'Armagnac, rattachée au royaume de France par Louis XI en 1481. Né vers 1544, c'est le fils d'un chirurgien du nom de Jacques du Chesne, patronyme qui en gascon se dit Du Casse et en latin Cassius et Quercetanus.

C'est le début des guerres de religion, et il connaitra dans sa jeunesse la conversion de la population de Lectoure au protestantisme. Après la prise de la citadelle en 1563 par Blaise de Monluc, adversaire sans pitié des protestants, les huguenots seront juste tolérés.

Il commence ses études à Bordeaux où il est le condisciple du futur poète Du Bartas Du Chesne dans La Morocosmie 1583. Dans les années 1564-1566, il étudie à l'université de médecine de Montpellier, sans doute la chirurgie. Il est l'élève des professeurs Rondelet et Laurent Joubert.

Exil et voyages Le jeune chirurgien gascon doit fuir les persécutions qui frappent les huguenots., il voyage à travers l'Allemagne et exerce la chirurgie en suivant les armées, (Sclopetarius, 1576, ).

À Tübingen, il fait la connaissance de l'universitaire , qui l'influença considérablement. Il suit ses cours et c'est probablement à son contact qu'il doit son indéniable formation scolastique. vignette|upright=1.3|L'alchimiste, par David Teniers le Jeune (1610-1690. Une autre rencontre marquante fut quelques années plus tard, vers 1572 à Cologne, celle de Théodore Birckmann, médecin paracelsien de la famille du fameux libraire Arnold Birckmann (1525-1576).. Celui-ci l'accueillit chez lui pendant près de dix mois et lui fit découvrir le paracelsisme à travers la lecture de l'alchimiste danois Severinus.

Le jeune médecin gascon semble avoir été séduit par la réinterprétation de Paracelse toute empreinte de néoplatonisme qu'offrait Severinus. Il fut conquis par cette nouvelle conception générale du monde, liant la vision de l'harmonie universelle à une pratique alchimique au service de la guérison des malades. Il rendra hommage plus tard à ces « lumières » que furent pour lui, Birckmann et Séverin.

On trouve ensuite du Chesne à la Faculté de médecine de Bâle en 1573 sous le rectorat de Zwinger. La soutenance de son doctorat se fit en privé en 1575, dans la demeure de Theodor Zwinger l'Ancien, en présence d'éminents docteurs comme Jean Bauhin mais hors des règles ordinaires de l'Université.

Il épouse Anne Trye, petite-fille de Guillaume Budé, le . Sa femme est une très riche héritière..

Entré au service de François de Valois en 1576, Joseph du Chesne suivit un temps son maître qui se trouvait alors en Bourgogne.

Citoyen de Genève Il se fixe à Genève et se convertit au calvinisme, la religion de sa femme. Il trouve alors dans l'exercice de la médecine spagyriqueParacelse a introduit le terme d' « art spagyrique » pour désigner la technique alchimique de décomposition des substances, notamment par distillation et filtration, pour séparer le pur de l'impur le moyen de concilier sa morale calviniste et l'espoir de pouvoir disposer de nouveaux remèdes rendus efficaces par les purifications alchimiques.

À la mort de son jeune maître en 1584, ce calviniste convaincu, se tourna naturellement vers Henri de Navarre, le futur Henri IV. La même année, bien établi à Genève, il devient citoyen de la cité, probablement pour services rendus.

En , il est élu au Conseil des Deux-Cents de Genève. En , La république de Genève, devant la menace d'une guerre contre le duché de Savoie, charge du Chesne d'une mission diplomatique. Il doit rencontrer l'ambassadeur de France en Suisse, Nicolas Brulart de Sillery, pour obtenir de l'argent ou des soldats. Il deviendra le principal intermédiaire entre Sillery et le Conseil des Deux-Cents et restera ami de Sillery.

Médecin du roi Henri IV, à Paris Finalement, deux ans après le couronnement d'Henri IV, il vient s'établir à Paris en 1596 et obtient le titre de médecin ordinaire du roi. vignette|Banquet en plein air pour Henri IV et la famille royale, peintre inconnu, (musée des Beaux-Arts de Nantes). Sous le règne d'Henri IV, il y avait vingt-cinq médecins pour la personne du Roi, et dix autres ou plus pour la famille royale. Le poste de Premier médecin du Roi est tenu par Jean Ribit de la Rivière, et celui de médecin ordinaire (assistant du Premier médecin) par du Chesne puis par Théodore de Mayerne. Huit autres médecins servent par quartiers (trimestres), et quinze autres comme consultants éventuels. Henri IV favorise les médecins protestants, et les trois dominants (de la Rivière, du Chesne, et de Mayerne) sont adeptes de Paracelse et de la médecine chimique..

Ces médecins de Cour forment un puissant groupe médical, car la Faculté de Paris est alors dans une phase de déclin, ne comptant guère plus de 40 médecins (contre près d'une centaine au cours du ). Allen G. Debus y voit les bases d'un conflit de pouvoir entre les deux groupes, tout autant qu'un conflit de doctrine (chimistes contre galénistes).

Joseph du Chesne consacrera le reste de sa vie à défendre la médecine chimique haut et fort, face à l'obstination des médecins de la Faculté de médecine de Paris, qui en tant que tenants péripatéticiens rationalistes, rejetaient catégoriquement la totalité de l’œuvre de Paracelse, en raison de la contamination de sa pensée par le surnaturel et la magie.

En 1601, Nicolas Brûlart de Sillery l’envoie en mission diplomatique dans les cantons suisses, lors de la guerre franco-savoyarde (1600-1601).

Après la mort du doyen de la Faculté de Paris, Jean Riolan l'Ancien en , la guerre des pamphlets entre chimistes et galénistes se poursuivit encore quelque temps. Le roi Henri IV ordonna que du Chesne et Mayerne, bannis par la Faculté, soient à nouveau admis à pratiquer la médecine à Paris. Chacun fit semblant d’accepter un compromis mais l'affaire resta pendanteFrappé d'ostracisme par la Faculté, Mayerne quitte la France pour l'Angleterre en 1606, et y reste définitivement après l'assassinat d'Henri IV. Le conflit entre médecins chimistes de la Cour et médecins galénistes de la Faculté ne prendra fin qu'en 1666, lorsque la Faculté de Paris approuvera elle-même, par 92 voix contre 10, l'utilisation de médicaments chimiques. ..

Le , Joseph du Chesne meurt à Paris, laissant une fille unique Jeanne.

Doctrine et travaux Profondément imprégné de la conception chrétienne du monde, du Chesne considère que le médecin, en soignant les malades, manifeste la grandeur de Dieu qui a créé pour tout mal un remède. Sa conception du monde et de la médecine va tendre désormais vers une forme « douce » du paracelsisme, compatible avec la médecine hippocrato-galénique.

Il pense que le médecin doit voyager pour étudier les maladies locales qui n'existent pas dans sa région d'origine. Ainsi dans Le Pourtraict de la Santé, publié en 1618, il parle de nouvelles et étranges maladies inconnues des Anciens : la suette anglaise, le scorbut allemand, la colique alsacienne, la fièvre hongroise, la plique polonaise.. Pour les paracelsiens, l'existence de ces maladies nouvelles justifie la nécessité de nouveaux remèdes (minéraux et métaux) jamais encore utilisés en médecine..

Il est l'un des premiers à séparer le gluten à partir de la farine de blé, en le décrivant comme une substance « tenace, cireuse et glutineuse »..

La querelle avec Jacques Aubert, à Genève (1574-1576) Le , Jacques Aubert, médecin partisan d'Aristote, publie un livre polémique sur l'origine des métaux et les médicaments chimiques De mettallorum ortu & causi contra Chemista brevis & dilucida explicatio, de l'éditeur genevois Jean Berjon. Dans cet ouvrage, Aubert traite Paracelse, d'homme impie, de sorcier associé au diable, scélérat, débauché etc. Il accuse les chimistes d'utiliser des produits violents et dangereux, et de croire que les métaux croissent sous la terre par l'influence des étoiles.

À Genève s'en prendre aux chimistes, c'était désigner implicitement Joseph du Chesne et son ami François Hotman. Sans se démonter, du Chesne répond rapidement, par un petit ouvrage vif mais pondéré, intitulé Ad Jacobi Auberti Vindonis De ortu et causis metallorum [...] brevis Responsio (Brève réponse à l’épitre diffamatoire d'Aubert...). Il précise qu'il n'a jamais pensé . vignette|La rosée céleste féconde le monde. Illustration d'un traité d'alchimie, Leyde 1526, auteur inconnu. Il ne se présente donc pas comme un disciple aveugle de Paracelse mais comme un rénovateur du galénisme, cherchant seulement à le corriger et à le compléter. Il explique que les nouveaux paracelsiens ne se limitent pas à la prescription de métaux et de minéraux, qu'ils sont aussi des partisans de l'ancienne médecine en appréciant la valeur des médicaments traditionnels. Enfin, les médicaments chimiques ne sont pas dangereux s'ils sont correctement préparés de manière à devenir « doux et familiers à notre nature ».

Contre l'argument d'Aubert accusant les alchimistes de croire aux influences astrales, il répond que la cause efficace de la formation des métaux est, non pas les étoiles, mais la «chaleur des boyaux terrestres» qui les assemble et les digère, pour les mener à leur perfection.

Ici, il se démarque de l'idée paracelsienne selon laquelle les métaux proviennent d'une union sexuelle entre une semence astrale et une matrice terrestre. Mais comme les autres paracelsiens, du Chesne voit la terre comme un énorme alambic, avec un feu central chauffant des eaux souterraines. Ce feu interne cause les éruptions volcaniques, et forme les métaux. De même, la pluie et les rivières de montagnes s'expliquent par un processus de distillation.

Du Chesne fait preuve d'une souplesse d'esprit. Il montre sur un ton conciliateur que l'on peut à la fois respecter la médecine antique et accepter les innovations médicales efficaces et raisonnables. Du Chesne est le premier paracelsien français à se ranger dans le camp des conciliateurs.