Augusta Holmès, née Holmes le à Paris et morte le dans la même ville, est une compositrice française aux origines britannique et irlandaise, et une poétesse. Elle grandit à Versailles, où elle côtoie les salons et sociétés artistiques de son époque, fréquentant des personnalités comme Charles Gounod ou Camille Saint-Saëns. En 1879, elle prend la nationalité française et ajoute un accent grave à son nom de famille.
Grande mélodiste, élève de César Franck, amie de Franz Liszt et émule de Richard Wagner, elle compose avec un grand succès plusieurs symphonies et poèmes symphoniques, à l'image des Argonautes qui fit sa renommée, ainsi que quatre opéras, dont le plus célèbre, La Montagne noire, est représenté à l'opéra de Paris en 1895. Dans un autre genre, elle est l'autrice du noël Trois anges sont venus ce soir, popularisé par Tino Rossi.
À l'image de son idole Richard Wagner, dont elle possédait un portrait dans son salon de travail, elle écrit elle-même les textes de ses œuvres, qu'il s'agisse de ses très nombreuses mélodies, du texte de ses poèmes symphoniques avec voix ou même des livrets de ses opéras. Elle a été pendant un temps la compagne de l'écrivain Catulle Mendès, avec qui elle a eu plusieurs enfants.
Biographie Famille vignette|gauche|redresse|Augusta Holmès à l'âge de . Augusta Mary Anne Holmes naît rue Neuve-de-Berry, dans l'ancien premier arrondissement de Paris, le .. Ses parents sont Charles William Scott Dalkeith Holmes (né le à Youghal et mort le à Versailles)., officier irlandais des dragons légers en demi-solde à partir d', et Tryphina Anna Constance Augusta Shearer (née en 1811 dans le Hampshire et morte en 1858). Le couple s'est marié en 1827.
Elle a pour parrain Alfred de Vigny, qui, selon certains, serait son père biologique.. En 1855, la famille Holmes s'installe à Versailles, au 15 rue de l'Orangerie..
Formation Holmes peut commencer des études de musique en 1858, à la mort de sa mère, car celle-ci refusait même la présence d'un piano au domicile familial. Son père lui donne aussi une éducation littéraire et linguistique (elle parle couramment le français et l'anglais, mais aussi l'italien et l'allemand). Elle fréquente le salon du musicien Guillot de Sainbris, ce qui lui permet de faire de la musique d'ensemble autant que de chanter. Elle y fait la connaissance de Charles Gounod et d'Ambroise Thomas. Elle y rencontre d'autres personnalités comme les peintres Henri Regnault et Georges Clairin, les écrivains Henri Cazalis, Armand Renaud, Louis de Lyvron, André Theuriet et le compositeur Camille Saint-Saëns qui et la demande en mariage à deux reprises.. Elle participe aux soirées organisées par Regnault, Clairin et Blanchard à l'atelier du boulevard Saint-Michel, à Paris, ainsi que chez Saint-Saëns, au 168 faubourg Saint-Honoré.
Bien qu'elle étudie aussi la peinture, elle s'intéresse principalement à la musique. Elle commence ses études musicales avec , apprenant les grandes œuvres de Bach, Beethoven et Haendel, qu'elle connaissait par cœur. Tout comme son ami Camille Saint-Saëns, elle est considérée comme une pianiste prodige. Après l'étude du piano, Augusta devient élève d'Henri Lambert. pour l'orgue, l'harmonie et le contrepoint, ainsi que du clarinettiste Hyacinthe Klosé. Elle apprend également le chant auprès de Guillot de Sainbris. Selon Henri Gauthier-Villars, sa tessiture . Elle chante en s'accompagnant elle-même au piano sur des mélodies dont elle écrit le texte et la musique, et devient l'élève de César Franck.. Consciente de , elle publie ses premières partitions sous le pseudonyme d'Hermann Zenta, avant d'abandonner cet usage pour publier sous son nom propre.
Carrière alt=Photographie en noir et blanc d'Augusta Holmès dans un salon bourgeois|gauche|vignette|upright=1.3| dans son salon, au 30 rue Juliette-Lamber, photographie d'Henri Mairet (15 décembre 1894).
Holmès rencontre le compositeur italien Gioachino Rossini, qui l'encourage dans la voie musicale après l'avoir entendue déchiffrer un morceau à vue et chanter.
En 1869, elle assiste à la création de L'Or du Rhin en compagnie de Franz Liszt, qui lui écrira plus tard avoir . La même année, elle donne naissance à Raphaël, dont le père est le poète Catulle Mendès, alors époux de Judith Gautier.
En 1870, sous la guerre franco-prussienne, elle sert comme ambulancière. Éminemment patriote, elle compose Vengeance !, un chant guerrier, et une ode à la France sous le titre Dieu sauve la France à la fin de l'année 1870. Elle ajoute un accent grave à son nom.
C'est à partir de 1875 qu'elle étudie auprès de César Franck. En 1876, elle fait le voyage à Bayreuth pour l'inauguration du palais des festivals. À Tribschen, elle rencontre Richard Wagner, qui imprégnera ses compositions comme le poème symphonique Lutèce. ou son opéra Astarté. Comme lui, elle écrit elle-même les textes de ses compositions vocales, des mélodies, oratorios, symphonies vocales et opéras.
En 1876, elle compose sa première symphonie, Roland furieux, qui ne sera créée qu'en 2019 par l’Orchestre national de la BBC du Pays de Galles, à Cardiff.. Cependant, lAndante pastoral, qui constitue le deuxième mouvement, a souvent été joué séparément et fut créé dès à Paris, sous la direction d'Édouard Colonne. Octave Mirbeau rapporte que, lors de l'une de ces représentations à laquelle il assiste, l'œuvre a été sifflée, non pas à cause de sa qualité que l'auteur souligne, mais parce qu'Augusta Holmès était considérée comme wagnérienne.. En 1876, elle fait notamment le voyage à Bayreuth pour assister à l'inauguration du Palais des festivals de Bayreuth et à la création de L'Anneau du Nibelung Sa seconde symphonie, Lutèce, est composée l'année suivante.
Avant 1877, elle adhère à la Société des compositeurs de musique, à laquelle elle restera jusqu'à sa mort.
En 1879, elle est naturalisée française..
En 1880, Augusta Holmès compose son deuxième poème symphonique avec voix, Les Argonautes, qui remporte un vif succès malgré son échec au concours de la ville de Paris, et qui lui permet de faire jouer en 1882 son troisième poème symphonique, Irlande, d'allure très patriotique et vantant le pays de ses origines. Elle reverse d'ailleurs les droits d'auteur que lui rapportent les représentations de l’œuvre à des organisations nationalistes irlandaises. En 1883, elle compose deux autres poèmes symphoniques, Andromède, qui s'inspire à nouveau de la mythologie grecque, et un second poème symphonique patriotique, Pologne.
alt=Photographie en noir et blanc d'Augusta Holmès dans son cabinet de travail|gauche|vignette|upright=1.3| dans son cabinet de travail, au Juliette-Lamber, photographie d'Henri Mairet.
En 1884, elle écrit son quatrième opéra, La Montagne noire : créé à l'opéra Garnier, le , cet ouvrage remporte un succès mitigé avec treize représentations, et n'est pas repris à Paris. Cependant, le talent de la compositrice n'est pas ignoré, salué par Debussy., .
En 1887, elle compose son célèbre cantique de Noël Trois anges sont venus ce soir, qui connait un succès équivalent à Minuit, chrétiens, le chant composé par Adolphe Adam. Il sera chanté par Tino Rossi et d'autres chanteurs populaires.
En 1888, elle compose pour glorifier la France une ode symphonique, Ludus pro Patria, inspirée du tableau homonyme de Puvis de Chavannes. Dans la même veine, 1889 est l'année d'une certaine reconnaissance officielle : elle compose une Ode triomphale pour célébrer le centenaire de la Révolution française, une œuvre monumentale pour un orchestre de trois cents musiciens et un chœur de neuf cents chanteurs et chanteuses costumés sur un plateau de . Ce qui fait dire à Saint-Saëns, dans Le Rappel : . La première se déroule le au palais de l'Industrie, devant quinze mille spectateurs et spectatrices : la pièce, grandiose, au caractère à la fois solennel et populaire, est un véritable succès public. Les représentations se poursuivront le 12 et le . Ces célébrations sont dans la lignée des grandes cérémonies révolutionnaires de François-Joseph Gossec ou de Étienne Nicolas Méhul.
Ses poèmes symphoniques Irlande et Pologne la font connaître comme compositrice de musique à programme à tendance nationaliste. Elle est louée pour sa musique aussi puissante et virile qu'ayant un beau génie mélodique..
En 1890, elle est nommée officier de l'Instruction publique. Sa renommée franchit les frontières : la ville de Florence lui commande une partition pour les cérémonies du sixième centenaire de la mort de Béatrice Portinari, amour de Dante. Ce sera l'Hymne à la Paix, créé à Florence en , en présence de la compositrice, qui recueille de vifs éloges. La même année, elle compose le prélude pour piano Ce qu'on entendit dans la nuit de Noël, qui ouvre les Contes mystiques de Stephan Bordèse, recueil de poèmes directement mis en musique par plusieurs compositeurs contemporains parmi lesquels Edmond Diet, Théodore Dubois, Gabriel Fauré, Charles Lecocq, Charles Lenepveu, Jules Massenet, Émile Paladilhe, Camille Saint-Saëns, Pauline Viardot et Charles-Marie Widor..
En 1891, elle fait partie du jury du concours de la ville de Paris, auprès des compositeurs Ernest Guiraud, Vincent d'Indy, Emmanuel Chabrier, Théodore Dubois, Jules Massenet, Charles-Marie Widor et Gabriel Fauré..
Le , son opéra La Montagne noire est créé à l'Opéra national de Paris, ce qui fait d’elle la troisième compositrice à être programmée par cette institution après Élisabeth Jacquet de La Guerre et Louise Bertin. Après l'échec de cet opéra, Augusta Holmès diminue drastiquement la composition, ne donnant que quelques mélodies avec piano, une Fantaisie pour clarinette et piano et une dernière œuvre orchestrale : Le Jugement de Naïs.
Au cours de sa vie, elle entretient une correspondance fournie, notamment avec Camille Saint-Saëns. et Jules Massenet..
Fin de vie alt=Bâtiment du 30, anciennement 40, rue Juliette Lamber, lieu de résidence de la compositrice Augusta Holmès.|vignette|Bâtiment du 30, anciennement 40, rue Juliette-Lamber, lieu de résidence de la compositrice Augusta Holmès. À la fin de sa vie, Augusta Holmès fréquente le salon de Nina de Villard. Elle s'intéresse aussi au spiritisme, donne des cours de piano et de chant pour pouvoir survivre et continue de composer, sans que ses œuvres lui rapportent beaucoup d'argent. La mélodie Trois anges sont venus ce soir n'a été vendue à son éditeur de musique qu'au prix de .
Elle se convertit au catholicisme et est baptisée le . Elle meurt d'une attaque cardiaque le à Paris ( arrondissement)Acte de décès ( arrondissement, de 1903. Vue 3/31) sur le site des Archives de Paris.., dans son domicile au 40 rue Juliette-Lamber. Claude Debussy lui consacrera une nécrologie courte mais élogieuse dans le Gil Blas du . La cérémonie funéraire a lieu à l'église Saint-Augustin, où Camille Saint-Saëns a officié comme organiste. Aux termes de son acte de décès, Augusta Holmès est officier de l'Instruction publique. Elle lègue ses manuscrits musicaux à la bibliothèque du Conservatoire national de musique, sa bibliothèque à la bibliothèque municipale de Versailles et six portraits la représentant au musée de Versailles..
Augusta Holmès est enterrée avec son père au cimetière Saint-Louis de VersaillesObsèques provisoires au cimetière Montmartre avant transfert à Versailles, Le Figaro du .. Son tombeau, inauguré le . avec un hommage de Maud Gonne., est sculpté par Auguste Maillard. Sur le socle sont inscrits deux vers tirés de sa symphonie avec voix Lutèce : .
Vie privée