L'enceinte gallo-romaine du Mans, appelée aussi enceinte romaine du Mans, dans la ville dénommée anciennement Vindinum ou Vindunum, capitale du peuple gaulois des Aulerques Cénomans, a été édifiée au Bas-Empire romain, à une époque longtemps supposée être la fin du mais que des études plus récentes placent désormais au début du .

Les recherches ont pu démontrer que les travaux de construction ont été réalisés selon un plan organisé et pour un coût important, selon Joseph Guilleux, et conditions nécessitant une stabilité politique. L'enceinte garde sa fonction militaire pendant le Moyen Âge, et est conservée également parce que l'élévation du niveau du sol intra-muros lui donne un rôle de soutènement. Après le Moyen Âge, des bâtiments construits à ses abords immédiats contribuent à sa pérennité.

D'une longueur initiale de , elle est très bien conservée sur environ et présente de très belles ornementations géométriques réalisées avec les matériaux polychromes de sa construction, selon Joseph Guilleux. Les couleurs de l'enceinte ont valu au Mans le nom de .

Le monument est étudié ponctuellement à partir du puis de manière scientifique à partir du . Le nombre de recherches qui lui sont consacrées augmente considérablement à partir des années 1980 à la suite d'un mouvement lancé par la communauté locale émue par la dégradation qu'il subissait et le risque de perte irrémédiable. Grâce aux travaux dont l'édifice a été l'objet, il appartient selon Estelle Bertrand au cercle .

Classé au titre de monument historique depuis 1862, le monument est candidat au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2016.

Historique durant l'Antiquité

Contexte général

Des origines à la crise du Les enceintes urbaines ont un triple rôle : délimiter les villes, les défendre et témoigner de leur puissance. Dans le contexte de la paix romaine, peu d'enceintes sont construites en Gaule : la sécurité est assurée par une cohorte à Lyon et des légions positionnées le long du Rhin. Les villes pourvues d'une muraille sont peu nombreuses, dix-neuf avant le milieu du , surtout dans le cadre d'une et à finalité de prestige. Ces édifices sont des et symbolique. Les chefs-lieux ne sont pas dotés de murailles en majorité.

Avec l'assassinat d'Alexandre Sévère en 235 débute une crise qui dure jusqu'en 284. La crise a été politique, militaire, économique mais aussi une période d'insécurité du fait de pressions sur les frontières de l'Empire et de révoltes paysannes, outre une crise climatique et épidémique. Les crises entraînent de nombreuses transformations économiques et civiques. On constate dans ce contexte , avec une réduction de la population.

Certains édifices publics sont désaffectés pour des raisons financières ou du fait de ces mutations.

Bas-Empire À l'issue de la crise, une profonde réorganisation a lieu et se poursuit sous les règnes de Dioclétien et Constantin. Sont mises en place alors de profondes réformes administratives, économiques et politiques. Les provinces romaines sont divisées afin d'être plus facilement administrées. Cette réorganisation dure jusqu'aux -début selon Joseph Guilleux en 2000.

vignette|alt=Vue d'un long mur et de tours avec au premier plan des arbres.|À Rome, mur d'Aurélien entre la porte San Sebastiano et la porte Aredatina.

Les enceintes tardives sont liées à un , avec notamment la réduction de la surface protégée par rapport à la surface antérieure des villes. La reprise en main se marque à Rome par la construction du mur d'Aurélien, long de . Les capitales de en sont dotées, ainsi que d'autres sites au nouveau rôle administratif ou stratégique. Le mouvement débute dans le dernier quart du .

Le dispositif militaire romain est alors renforcé, un système de villes fortifiées se constitue dans l'Empire et est . La frontière du Rhin et du Danube est en particulier réorganisée, et les chefs-lieux de cités sont dotés d'enceintes, signes de .

La construction d'enceintes, très diverses tant pour les surfaces protégées que pour le caractère des constructions, dure jusqu'au . Au milieu du , la majeure partie des capitales et agglomérations secondaires possède des enceintes. Les constructions, réalisées sans doute avec l'autorisation de l'empereur, réutilisent des éléments monumentaux des constructions du Haut-Empire et sont une manifestation de prestige, même si les zones enceintes sont moindres que les superficies atteintes par les agglomérations.

Durant les et , les troubles alternent avec les périodes de calme, et au début du débutent de .

Contexte local Site de et histoire jusqu'au Haut-Empire vignette|alt=Fragment d'inscription latine avec quelques lettres du nom latin des Aulerques Cénomans.|Fragment d'inscription datée des - comportant une mention du peuple des Aulerques Cénomans.

La cité s'étend sur le site du type éperon barré du plateau de Sargé, entre la Sarthe et un affluent, l'Isaac. Le relief est marqué vers la Sarthe et plus doux à l'opposé. Du côté de la Sarthe, le site de l'actuelle enceinte est protégé des crues même si la rivière ne possède alors pas de digues : la Sarthe peut protéger d'éventuels ennemis et être un atout économique.

Le site du Mans est occupé entre le et le . Le lieu est connu comme capitale des Aulerques Cénomans dès Ptolémée (Géographie, II, 8), mais la présence d'un sur le site n'est pas certaine, en dépit de la découverte en 2010 d'une occupation du milieu du interprétée comme un sanctuaire des eaux, .

vignette|alt=Fragment de relief sur pierre figurant deux personnages dont un personnage féminin sur la gauche|Tambour de colonnes du temple de Mars Mullo et conservé au Musée d'archéologie et d'histoire du Mans.

Après la conquête romaine, la ville est intégrée à la nouvelle organisation augustéenne de la Gaule lyonnaise. La connaissance de la ville du Haut-Empire est . L'agglomération prend forme au début de l'ère commune. L'agglomération occupe environ vers 50, et environ à la fin du -début . Le site est modifié par l'installation de terrasses destinées à faciliter l'urbanisation.

La période de la plus grande vitalité de la ville va de la dynastie flavienne au . La romanisation à l’œuvre entraîne un changement de mode de vie et d'apparat urbain aux -, et certains habitants accèdent à la citoyenneté romaine dès le milieu du . La ville se dote d'institutions calquées sur le mode romain et un temple monumental à Mars Mullo, déjà présent à Allonnes, est construit à la fin du . La ville possède alors la parure monumentale destinée à marquer son rôle politique, religieux et de loisirs ; en outre elle est peut-être équipée d'un port fluvial.

La superficie de la ville est de à selon Joseph Guilleux au , même si les synthèses récentes évoquent vers 200.

Contraction de la ville et histoire au Bas-Empire

Crise vignette|gauche|alt=Carte de l'Empire romain en 271 avec figuration de l'Empire des Gaules.|Carte de l'Empire romain en 271. La ville change de nom dès le , passant de à . Elle appartient à l'empire des Gaules (260-274) pendant la période de troubles.

vignette|Présentation d'une cruche et de monnaies du dépôt monétaire dit trésor d'Allonnes, daté de 275.|alt=Présentation d'une cruche et d'un tas de pièces de monnaies dans une vitrine. L'extension de la ville s'arrête au début du . La superficie est de au milieu du , et encore d'une trentaine d'hectares à la fin du siècle. Les secteurs abandonnés de la ville alternent avec d'autres sites toujours occupés, ainsi l'édifice de spectacles ou une taverne. La période 270-280 connaît un retrait important des espaces occupés par l'habitat, hormis ceux situés à proximité de la Sarthe, et la fin des activités artisanales. Les secteurs inoccupés sont en ruines ou retournent à l'agriculture.

Construction de l'enceinte

L'édification de l'enceinte romaine du Mans répond à la nécessité de protéger la ville. La question se pose du rôle militaire de la ville et de l'enceinte, plus vaste ou système autonome. L'enceinte du Mans est intégrée à un groupe d'édifices destinés à protéger les axes routiers. Une garnison était peut-être présente. Il s'agit également par cet édifice d'affirmer la puissance et la richesse de la ville.

L'enceinte a longtemps été datée comme remontant au règne de Dioclétien, entre 270 et 310. La thèse de Joseph Guilleux avançait une datation autour de 285 en raison des analyses archéométriques de briques, qui ont été réétudiées. Les dernières estimations de l'Inrap, en 2018-2019, l'établissent plutôt entre 320 et 360., au moins sa partie orientale.

La décision de bâtir une enceinte est datée de la fin du et du début du , mais ce qui peut être dit sur la préparation n'est que supposition. Les données archéologiques plaident pour une construction de qualité planifiée et réalisée en dehors de l'urgence..

Cette décision est prise par les autorités locales mais avec l'accord de l'autorité impériale. L'enceinte a aussi pour rôle de marquer le rétablissement de l'Empire après la période de troubles. Il a été nécessaire de mobiliser de la main-d’œuvre mais aussi des ressources financières, peut-être tout à la fois issues d'un évergétisme local et d'un impôt exceptionnel ou d'une exemption impériale, voire du reversement de taxes et impôts. L'évergétisme n'était plus de mise sur le territoire des Gaules depuis le .

Selon Joseph Guilleux, l'enceinte permet à la ville de maintenir sa sur un territoire. La construction est l'occasion de réaffirmer le statut du chef-lieu et la place des élites locales.

vignette|alt=Trois outils dont un compas présentés dans une vitrine.|Présentation de trois outils, dont un compas, nécessaires à la réalisation de l'enceinte et exposés en 2022-2023 au musée archéologique du Mans. Le plan est établi par un architecte ou ingénieur, , appartenant à l'armée ou fonctionnaire impérial. Le plan a prévu les portes et poternes nécessaires et a pris en compte le réseau viaire ainsi que les nécessités d'aménagements telles que les systèmes d'évacuation d'eaux usées et de pluie. Le centre civique a sans doute été intégré dans l'enceinte.

La construction a duré au minimum de trois à cinq ans avec au moins 200 maçons, jusqu'à vingt-cinq à trente ans si l'effectif employé était moindre. Joseph Guilleux donnait au chantier une durée d'une dizaine d'années. À titre de comparaison, l'enceinte d'Aurélien à Rome a été bâtie en cinq à dix ans. Le chantier a permis de relancer l'économie locale, avec la mobilisation de tous les corps de métiers. La main-d’œuvre était peut-être composée à la fois de militaires et de locaux astreints à des corvées.

Certains quartiers de la ville, des édifices publics et privés ont été détruits afin de permettre la construction et la mise en œuvre du chantier. Les arasements, d'une surface estimée entre et , ont pu avoir lieu .

Mutations urbaines et fin de l'Empire

vignette|alt=Fragment d'un mur en ruine avec une tour| Angle sud-est de l'enceinte romaine de Tours et tour dite du Petit Cupidon. L'enceinte enserre une superficie de et la ville couvre au maximum au , soit une superficie comparable aux nouvelles villes fortifiées, Angers et Tours, capitale provinciale () ; la majeure partie de la ville des est alors protégée. Une partie de la ville en est cependant exclue. L'enceinte exclut les thermes dits de l'école Claude-Chappe réutilisés comme habitat en dépit d'une destruction partielle et une fontaine monumentale. Le réseau viaire se simplifie.

L'intérieur de la cité est mal connu au plan archéologique du fait du statut de secteur sauvegardé à partir de 1966, tout comme l'histoire des quartiers situés hors de l'enceinte. De rares investigations archéologiques ont pu avoir lieu, ainsi qu'un réexamen des résultats de fouilles du . Les chercheurs évoquent un . Le tracé des rues évoque un urbanisme régulier peut-être hérité du Haut-Empire.