Le Grand Prix du Canada 1978 (Labatt's 50 Grand Prix du Canada), disputé sur le circuit de l'Île Notre-Dame à Montréal le , est la trois cent treizième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950, la seizième et dernière manche du championnat 1978. Il s'agit du premier Grand Prix de Formule 1 disputé sur le tracé montréalais ; il est remporté par l'enfant du pays Gilles Villeneuve sur Ferrari, obtenant la première de ses six victoires.
Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde vignette|gauche|upright=1.2|alt=Lotus 79|Les Lotus 79 (ici Andretti devant Peterson à Zandvoort) ont nettement dominé la saison 1978.
La saison 1978 a été dominée par l'équipe Lotus, qui a enlevé huit Grands-Prix, dont six à l'actif de l'Italo-américain Mario Andretti, premier pilote de l'écurie. Andretti est assuré du titre mondial depuis le Grand Prix d'Italie où son coéquipier Ronnie Peterson (vainqueur à deux reprises cette année et second du championnat) a été victime d'un accident mortel au départ. Leader de la Scuderia Ferrari et ayant remporté quatre Grands Prix, l'Argentin Carlos Reutemann peut encore viser la deuxième place du championnat en cas de victoire dans cette dernière épreuve. Champion du monde 1977 et vainqueur à deux reprises cette saison au volant d'une Brabham à moteur Alfa Romeo, l'Autrichien Niki Lauda a le même objectif.
Le circuit
vignette|upright=1.1|droite|alt=Île Notre-Dame|Une vue de l'épingle des stands (rebaptisée depuis épingle du casino) dans les années 2000. Au fond, le pont Jacques Cartier qui relie l'Île Notre-Dame à l'Île Sainte Hélène. À la suite de l'interdiction de la Commission sportive internationale (CSI) d'organiser un Grand Prix sur le circuit de Mosport (l'édition de 1977 s'était déroulée dans des conditions déplorables au niveau de l'état de la piste et de l'organisation), c'est le tout nouveau projet de l'Île Notre-Dame, à Montréal, qui a été retenu pour l'épreuve canadienne du championnat du monde. Bénéficiant des installations de l'exposition universelle de 1967 et des jeux olympiques de 1976, le circuit de Montréal a été réalisé en quelques mois seulement. Le tracé est l'œuvre de Roger Peart, un ancien mécanicien de Mike Hawthorn, et de Basil Tye, inspecteur de la CSIRevue Sport Auto n°202 - novembre 1978. Développant 4,5 kilomètres, il se compose de deux épingles (l'épingle de l'Île et l'épingle des stands) reliées par une succession de chicanes. L'inauguration a eu lieu deux semaines avant le Grand Prix, avec une course de formule Atlantic remportée par l'Américain Jeff Wood.
Monoplaces en lice La plupart des constructeurs font appel au moteur Cosworth DFV (V8, 475 à 485 chevaux) à l’exception des équipes Scuderia Ferrari, Brabham, Ligier et Renault. Michelin fournit Ferrari et Renault, les autres écuries étant équipées de pneus Goodyear.
Brabham BT46 vignette|upright=1.2|gauche|alt=Brabham BT46|La Brabham BT46 à moteur Alfa Romeo. Champion du monde 1977, Niki Lauda arbore le numéro 1. Brabham est la seule équipe à bénéficier du 12 cylindres Alfa Romeo, l'un des deux plus puissants du plateau (520 chevaux) avec le V12 Matra. Apparue en mars à Kyalami, la BT46, conçue par Gordon Murray, est un peu plus légère ( à vide) et mieux profilée que la précédente BT45, mais reste cependant la plus gourmande du plateau. Trois voitures ont été engagées : Niki Lauda et John Watson pilotent leurs montures habituelles, le mulet ayant été confié à Nelson Piquet qui fait ses débuts au sein de l'équipe. En milieu de saison, Murray avait contré la domination Lotus par une version BT46B à ventilateur créant un important effet de sol, mais la voiture fut interdite aussitôt sa sortie victorieuse à Anderstorp.
Tyrrell 008 La Tyrrell P34 à 6 roues n'a pas tenu toutes ses promesses et l'équipe de Ken Tyrrell est revenu à une monoplace conventionnelle pour la saison 1978. Dessinée par Maurice Philippe, la Tyrrell 008 pèse à vide. Après un début de saison encourageant marqué par la victoire de Patrick Depailler à Monaco, elle s'est ensuite révélée nettement moins performante sur les circuits rapides. Depuis leurs débuts en 1970, les Tyrrell ont toujours utilisé le moteur Cosworth. Pilote officiel de la marque depuis 1974, Depailler est secondé par Didier Pironi, dont c'est la première saison en F1.
Lotus 78 & 79 Apparue au Grand Prix de Monaco et débutant en course au Grand Prix de Belgique, la Lotus 79 a dominé le championnat 1978, Mario Andretti et Ronnie Peterson ayant occupé le devant de la scène lors de toutes les épreuves européennes. La supériorité de cette monoplace est dû à la parfaite exploitation de l'effet de sol obtenu grâce à des pontons à profil d'aile inversée, un concept développé par Colin Chapman sur la Lotus 78 de l'année précédente et optimisé sur le modèle 79 grâce à l'utilisation de jupes latérales coulissantes. Vainqueur à six reprises cette saison (dont une victoire sur Lotus 78 lors de la manche inaugurale), Andretti est d'ores et déjà assuré du titre mondial, un triomphe malheureusement terni par l'accident mortel dont fut victime Ronnie Peterson lors du Grand Prix d'Italie en septembre. L'équipe a fait appel à Jean-Pierre Jarier pour le remplacer lors des deux manches nord-américaines. Fin 1977, le pilote mexicain Héctor Rebaque a racheté au Team Lotus un modèle 78 avec lequel il dispute la saison complète.
McLaren M26 Régulièrement en haut de l'affiche en 1977 (trois victoires avec James Hunt), la McLaren M26 a été très décevante cette saison, avec pour meilleur résultat une troisième place au Grand Prix de France. La compétitivité de cette monoplace de conçue par Gordon Coppuck s'est constamment détériorée, James Hunt et Patrick Tambay étant souvent relégués bien loin des avant-postes lors de la deuxième demi-saison.
ATS HS1 & D1 Après avoir engagé des Penske en 1977, le fabricant de jantes en alliage léger ATS, sous l'égide de son propriétaire Gunter Schmidt, s'est lancé dans la construction de monoplaces de formule 1, sans résultat tangible. L'équipe engage deux voitures : une HS1 de conception classique pour Michael Bleekemolen et la nouvelle D1, à effet de sol, pour Keke Rosberg. Contractés pour 1978, Jochen Mass et Jean-Pierre Jarier ont tous deux quitté l'équipe en cours de saison.
Ferrari 312 T3 Bien aidée par ses pneus Michelin à carcasse radiale, la Scuderia Ferrari s'est révélée la principale rivale du Team Lotus cette saison. Ayant débuté l'année avec l'ancienne 312 T2 (victorieuse au Brésil), Carlos Reutemann a gagné trois autres grands prix avec la 312 T3 apparue à Kyalami. Le pilote argentin est épaulé par le Québécois Gilles Villeneuve, qui a réalisé quelques coups d'éclat pour sa première saison complète en F1, mais que la malchance a jusqu'à présent privé de résultats probants hormis une belle troisième place en Autriche. Conçue par Mauro Forghieri, la 312 T3 pèse et son moteur 12 cylindres à plat développe 510 chevaux à 12400 tr/min.
Copersucar-Fittipaldi F5A vignette|upright=1.2|gauche|alt=Copersucar F5A|La Copersucar F5A d'Emerson Fittipaldi. Créée fin 1974 sous le nom Copersucar, l'écurie a été rebaptisée Fittipaldi Automotive en début d'année. La F5A, conçue par Dave Baldwin, est fortement inspirée de la Lotus 78. Cette monoplace à effet de sol pèse et a permis à l'équipe, qui n'engage qu'une seule voiture, de réaliser sa meilleure saison depuis sa création, avec à la clef une seconde place d'Emerson Fittipaldi au Grand Prix du Brésil.
Renault RS01 En 1977, Renault a révolutionné le monde des Grands Prix en introduisant la technique du turbo-compresseur, une possibilité offerte par le règlement qu'aucun motoriste n'avait jusqu'alors exploitée, le seul mode de suralimentation auparavant utilisé en F1 étant le compresseur mécanique, comme sur les célèbres Alfa Romeo Alfetta championnes du monde en 1950 et 1951. D'un rendement énergétique très médiocre, cette technique avait depuis été délaissée. Malgré un coefficient d'équivalence de cylindrée de 2 (1500 cm3 pour un moteur suralimenté contre 3000 cm3 pour un moteur atmosphérique) plus défavorable qu'en endurance (1,4), les motoristes de Renault sont parvenus à tirer une puissance de 510 chevaux du petit V6, contre 485 chevaux pour les meilleurs V8 Cosworth. Le V6 Renault pêche toutefois par son temps de réponse à l'accélération et son manque de fiabilité, la mise au point étant loin d'être achevée. Jean-Pierre Jabouille vient toutefois d'obtenir une encourageante quatrième place à Watkins Glen. La Renault RS01, dessinée par François Castaing, est de conception classique et pèse . Une seule voiture est engagée par l'équipe française.
Shadow DN9 L'écurie de Don Nichols a perdu en 1978 son principal ingénieur Tony Southgate (parti chez Arrows) et une bonne partie de ses moyens financiers. Conçue par Southgate, la DN9, apparue en mars lors de l'International Trophy à Silverstone, n'a jamais répondu aux espoirs placés en elle. Malgré l'ardeur de ses pilotes Hans Joachim Stuck et Clay Regazzoni, Shadow a vécu sa plus mauvaise saison depuis son apparition en F1 en 1973.
Surtees TS20 vignette|upright=1.2|alt=Wolf WR6|La Wolf WR5 à moteur Cosworth (ici le châssis WR6 lors d'une course historique), engagée par le milliardaire canadien Walter Wolf. Tout comme Shadow, l'équipe de John Surtees a vécu une saison difficile. La TS20, qui a remplacé la TS19 en cours d'année, ne s'est jamais montrée compétitive, le meilleur résultat obtenu étant la sixième place de Vittorio Brambilla en Autriche. Surtees a remercié Rupert Keegan, remplacé par René Arnoux pour les épreuves nord-américaines. De même, Beppe Gabbiani remplace Brambilla, blessé lors de la collision du départ à Monza.
Wolf WR5 Le milliardaire canadien Walter Wolf est devenu constructeur en 1977, ayant engagé l'ingénieur réputé Harvey Postlethwaite qui a conçu en quelques mois une monoplace très compétitive, la Wolf WR1, avec laquelle Jody Scheckter est devenu vice-champion du monde. La saison 1978 a été moins fructueuse pour l'équipe, la nouvelle WR5 étant surclassée par les Lotus, Ferrari et Brabham. Scheckter a néanmoins obtenu quelques places d'honneur sur cette monoplace de également conçue par Postlethwaite, dont une belle seconde place à Hockenheim. Comme à Watkins Glen le week-end précédent, une seconde voiture a été engagée pour l'Américain Bobby Rahal.
Ensign N177 L'équipe de Mo Nunn, engagée en F1 depuis 1973, utilise pour la troisième année consécutive son modèle N177, conçu par Alec Baldwin. Malgré l'engagement de Jacky Ickx lors des premières épreuves européennes de la saison, l'écurie n'a enregistré aucun résultat tangible, et Ickx a jeté l'éponge, remplacé par le prometteur pilote irlandais Derek Daly.
Ligier JS9 Venue à la F1 en 1976, l'équipe Ligier fait appel au moteur V12 Matra Sports développant 520 chevaux à . Les voitures sont conçues par Gérard Ducarouge, également directeur de l'écurie. Apparue en cours d'année, la JS9 est une monoplace à effet de sol pesant . Ligier engage une seule voiture, confiée à Jacques Laffite.
Williams FW06 Après une interruption d'un an par suite de problèmes de budget, Frank Williams a fait son retour en F1 en 1978, avec l'appui d'un important sponsor saoudien. La FW06 conçue par Patrick Head est une monoplace assez compacte pesant , qui s'est révélée très à l'aise sur les circuits sinueux aux mains d'Alan Jones, auteur d'une belle seconde place à Watkins Glen le week-end précédent.
Arrows A1 vignette|upright=1.1|gauche|alt=Arrows A1|L'Arrows A1 de Riccardo Patrese à Monza. Cette monoplace a été conçue très rapidement pour pallier l'interdiction de la FA1.