Manassès d'Arles (? - † ou 963), fut archevêque d’Arles (914-962/963), évêque de Vérone, de Trente et de Mantoue, ainsi qu'archevêque de Milan (946-954). Il était par sa mère Teutberge, le neveu d'Hugues d'Arles qui fut roi de Provence et d'Italie.

Biographie Un proche d'Hugues d'Arles D’origine bourguignonne, Manassès est le fils de Teutberge d'Arles, la sœur d'Hugues d'ArlesCartulaire de Cluny n° 726, datant de 948 : il y nomme son père Vuarnerius et, à un autre endroit du texte, sa mère Teutberge et ses frères Hugues, Richard et Boson. et du comte Warner/Garnier (Warnarius) (Warnarius), vicomte de Sens. Le nom de Manassès doit provenir des ancêtres de ce Garnier, qui est tué en combat le contre les Normands.

Un évêque puissant sous Hugues d'Arles À Arles Manassès reçoit l’archevêché d’Arles vers 914, à la suite de l’installation d'Hugues d'Arles dans la cité provençale en 911 et, peu après, en 921 reçoit du roi des droits sur la ville, dont ceux perçus sur les Grecs et les autres gens venant à ArlesLouis Stouff - Arles au Moyen Âge, page 62.. Son installation sur le siège archiépiscopal arlésien s'inscrit dans le cadre des conflits de cette époque. La venue d'Hugues crée en effet une forte opposition entre l'aristocratie locale et la nouvelle aristocratie bourguignonne amenée par le comte. Ces tensions, qui se traduisent parfois par des meurtres, culminent dans les années 915-920Cf. Meurtre par exemple des parents de l'Mayeul, le futur abbé de Cluny.. En 923, il cède à l’Église de Marseille, menacée par les bandes sarrasines, les églises de FosConcédée un temps à l'évêque de Marseille par l'archevêque d'Arles, Manassès, elle fut ensuite restituée à ce dernier une cinquantaine d'années plus tard. et l’abbaye Saint-André de la Cape où l’évêque de Marseille, Drogo peut se réfugier.

En Italie En 926, quand Hugues part en Italie, Manassès le suitManassès n'aurait peut-être rejoint Hugues que plus tard, en 933., tout en conservant l'archevêché d'Arles. Il se fait néanmoins nommer sur les autres évêchés de Vérone, de Trente et de Mantoue et reçoit de nombreuses abbayes tout en assumant la fonction de premier ministre auprès de son oncle. Tant de faveurs soulèvent jalousie et rancœurs auprès de la noblesse italienneAugustin Fabre, Histoire de Provence, page 376 (lire en ligne) :.

En 947, Manassès est signalé à PavieJean-Pierre Poly, La Provence et la société féodale 879-1166, page 36..

Des temps plus difficiles après la disparition d'Hugues En 947 Le 10 avril 948., la disparition de son protecteur et oncle Hugues d'Arles, qui avait dû fuir l'Italie, ouvre pour lui et les proches du comte une période pleine d'aléas.

Des actes de repentance Dès le mois de , peut-être en Provence mais plus probablement à Cluny Jean-Pierre Poly - La Provence et la société féodale 879-1166 - page 36., Manassès fait une donation - des biens sis dans le comté de Chalon (Jully-lès-Buxy)Manassès ... donne en 948 des possessions sises dans le comté de Chalon (CLU n° 726) d'après Eliana Magnani - « Cluny, Saint-André de Gap, le Dévoluy, L'implantation clunisienne en Haute-Provence – milieu - » ( lire en ligne). à Cluny, pour l’âme de ses proches récemment décédés dont sa mère Theutberge d'Arles "matris mee Theotberg" in the Sep 948 donation to Cluny of her son "Manases archiepiscopus Arelatensis" made for her soul, presumably indicating that she was then deceased. Compte tenu de la date de cette donation - après le décès de son protecteur et oncle Hugues - on peut supposer que Manassès essaye de renouer des liens avec le puissant coadjuteur de Cluny, l'abbé Mayeul. et son frère Hugues de Vienne ; peu après, le , il organise l'élection d'Honorat Honorat est nommé le 7 octobre 948 évêque de Marseille par une transaction entre Theusinde, Manassès et le chapitre d'Arles (Albanès, Ev. de mars. n° 65)., évêque de Marseille, de la famille des vicomtes de Marseille. Il vend, en 949, le domaine de Montmajour à Theusinde dite aussi Teucinde, femme appartenant à une famille aristocratique d’origine bourguignonne, qui le cède aux moines bénédictins vivant sur cette île entourée de marécages.

L'accession à l'archevêché de Milan Après la mort de l'archevêque Ardaric décédé le , Manassès retourne en Italie dès 949 et parvient alors à se hisser enfin sur la chaire d'Ambroise : il est en effet nommé à l’archevêché de Milan par et son épouse Willa, la fille de Boson d'Arles. Il s'ensuit alors une période de conflits avec deux autres prétendants, Adelman et Walpert, qui se termine par le triomphe de ce dernier en 953 Liutprand de Crémone (c. 920-972) écrit vers 961 : ou 954.

Les dernières années : repli sur Arles Les dernières années de Manassès sont peu connues. D'après l'historien Jean-Pierre Poly, il ne revient en Provence qu'en 952 / 953, après avoir été condamné au concile d'AugsbourgJean-Pierre Poly, La Provence et la société féodale 879-1166, Bordas, Paris, 1976, , page 29., que les historiens placent en 952Louis de Mas Latrie, Chronologie historique des papes, des conciles généraux et des conciles des Gaules et de France, Paris, 1836, page 383 (lire en ligne).. Il y serait allé pour se justifier après le raid d' en Italie. Au cours de ces années d'errance, il semble que le roi Conrad, profitant de l'absence de ce puissant prélat, donne le gros des fiscs marseillais, à Arnulfe, l'ancêtre des vicomtes de Marseille.

Depuis au moins l'an 951, il est secondé par un coadjuteur nommé Radon et décède en 962 ou 963 Jean-Pierre Papon, Histoire générale de Provence, Moutard, 1777 - t. 1, page 307 (lire en ligne) : . L'historien Jean-Pierre Poly en précise le jour : le .

Un rôle prépondérant À propos de Manassès, on a pu parler de la « prépondérance écrasante de l'archevêque d'Arles » (J.-P. Poly). L'archevêque d'Arles devient le seul métropolitain en Provence. Il réussit à placer à la tête des évêchés des clercs de son entourage. Les évêques de Fréjus, de Vaison, de Venasque, résident à Arles et exercent les fonctions de prévôt du chapitre. Les évêques ne jurent plus fidélité au roi, mais à l'archevêque d'Arles.

Prélat puissant, Manassès est aussi un riche propriétaire terrien. L'inventaire du domaine de l'archevêque établi peu après son décès vers 961, montre que Manassès possédait un grand domaine foncier qui s'étendait sur la totalité du territoire du diocèse d'Arles, notamment en Argence, Autavès, Camargue et Crau Martin Aurell, Jean-Paul Boyer, Noël Coulet - La Provence au Moyen Âge, page 20.. Lui étaient également rattachées les trois abbayes d'Aniane, de Goudargues et de CruasÉdouard Baratier (sous la direction de), Histoire de la Provence, page 117..

L'importance des archevêques du résulte aussi d'un pouvoir et d'une richesse foncière qui ne sont pas encore diminués ni par les monastères ni par les papes. Mais l'Église d'Arles, comme plus généralement celle de Provence, doit commencer à composer avec les grandes familles comtales et vicomtales qui, à partir de la seconde moitié du , essayent de faire entrer la mense ecclésiastique dans leur patrimoine familial.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Sources Louis de Mas Latrie, Chronologie historique des papes, des conciles généraux et des conciles des Gaules et de France - Paris, 1836. Jean-Pierre Poly, La Provence et la société féodale 879-1166 - Bordas - Paris, 1976 . Martin Aurell, Jean-Paul Boyer, Noël Coulet, La Provence au Moyen Âge .

Articles connexes Histoire d'Arles à l'époque haute-médiévale Archevêché d'Arles Liste des archevêques d'Arles

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