Citizen Kane, ou Citoyen Kane au Québec, est un film dramatique américain, réalisé par Orson Welles et sorti en 1941.
Considéré comme le plus grand film de tous les temps, ou du moins, comme un des plus grands, c'est une des œuvres qui a eu, semble-t-il, la plus grande influence dans l'histoire du cinéma.
Genèse du projet Citizen Kane est le premier film d'Orson Welles, qu'il a coécrit et coproduit, tout en y tenant le rôle-titre. Les acteurs viennent pour la plupart de sa troupe de théâtre, le Cf. générique de fin du film : .
Après le succès de celle-ci dans les théâtres de Broadway et après la radiodiffusion controversée de La Guerre des mondes en 1938, dans l'émission , Welles est courtisé par Hollywood. Il signe un contrat en or avec la RKO Pictures en 1939. Alors qu'il n'a aucune expérience dans le cinéma, on l'autorise à mettre en scène son propre scénario, à choisir ses acteurs, et à avoir, chose très rare à l'époque, le dernier mot sur le montage final. Après deux tentatives infructueuses de lancer un projet, il écrit le avec Herman J. Mankiewicz.
Film quasi-biographique, Citizen Kane conte la vie de Charles Foster Kane, un personnage inspiré en partie par le magnat des journaux américains William Randolph Hearst (1863-1951), qui s'était réfugié dans un château, le Hearst Castle, à la fin de sa vie, comme Kane à XanaduD'autres sources, et certains auteurs comme Peter Harry Brown et Pat H. Broeske, ont fait valoir que le film devait être, à l'origine, une biographie plus ou moins fidèle du millionnaire Howard Hughes, alors autant connu pour ses entreprises cinématographiques (Les Anges de l'enfer, Scarface), pour ses exploits et ses activités dans l'aviation, que pour certaines de ses excentricités : il était victime de troubles obsessionnels compulsifs, lui faisant par exemple répéter plusieurs fois de suite la même phrase, et souffrait d'une phobie des microbes. L'ironie veut que Howard Hughes soit devenu quelques années plus tard le patron de la RKO qui a produit le film., ainsi que des hommes d'affaires Samuel Insull et Harold McCormick, et quelques aspects de la vie de Welles lui-même.
La carrière de Kane dans le monde de la presse quotidienne naît d'un idéalisme d'intégrité, mais évolue progressivement vers une accumulation sans limite de pouvoir et de richesse. La presque totalité de la narration est constituée de flashbacks racontés à un journaliste d'actualités cinématographiques qui cherche à résoudre le mystère du mot prononcé par le magnat juste avant de mourir : « Rosebud » (« bouton de rose ») (ce mot est également employé par La Mettrie pour désigner le clitoris, notamment dans L'Art de jouir)..
Synopsis vignette|thumbtime=1|upright=1.5|Bande-annonce du film. vignette|gauche|Kane, favori pour le poste de gouverneur, tient son discours de campagne. Au début des années 1940, Charles Foster Kane meurt dans son manoir de Xanadu, vaste domaine palatial de Floride, en prononçant dans un dernier souffle « » (bouton de rose) et en laissant échapper de ses mains une boule à neige. Une nécrologie en forme d'actualités cinématographiques raconte l'histoire de la vie de Kane, un éditeur de journaux extrêmement riche. La mort de Kane fait sensation dans le monde entier et le journaliste Jerry Thompson a pour mission de découvrir le sens du mot « Rosebud ». Est-ce un lieu caché ou le surnom d'une femme ? Pour percer le mystère, Thompson va rencontrer tous ceux qui ont connu Kane, amis et associés qui, tous, sont devenus des vieillards. Ces interviews sont accompagnées à chaque fois de flashbacks qui lèvent toujours un peu plus le voile sur sa vie.
Jerry Thomson tente d'approcher Susan Alexander Kane, aujourd'hui devenue alcoolique, qui gère sa propre discothèque, El Rancho. Mais elle refuse de lui parler. Le journaliste se rend alors aux archives privées du défunt banquier Walter Parks Thatcher. À travers les mémoires écrits de Thatcher, on apprend que l'enfance de Charles Foster Kane a débuté dans la pauvreté dans le Colorado. En 1871, après la découverte d'une mine d'or sur sa propriété, sa mère, Mary Kane, l'envoie vivre chez Thatcher, qui dirige une banque, afin qu'il soit correctement éduqué et qu'il gère la toute récente fortune familiale. Elle veut éloigner son fils car elle pense que le père de Charles pourrait être violent avec lui. Alors que Thatcher et les parents de Charles discutent des modalités à l'intérieur de la maison, dont notamment le fait qu'il touche à le capital mis de côté par la banque, le jeune garçon joue avec bonheur avec une luge dans la neige devant leur pension de famille. Mais lorsqu'il apprend qu'il doit partir vivre avec Thatcher sans sa mère, Charles proteste. Furieux de quitter les siens pour vivre avec un homme qu'il ne connaît pas, il frappe Thatcher avec sa luge et tente de s'échapper.
thumb|Luge d'enfant semblable à celle du jeune Charles.
Devenu un grand magnat de la presse, il épouse la nièce du président des États-Unis et espère faire une carrière politique, carrière qui s'interrompt lorsque l'on apprend qu'il trompe sa femme avec Susan, une cantatrice sans talent dont il essaye en vain de faire une diva. Sa conjointe demande le divorce et Kane se remarie alors avec Susan, qui le quitte par la suite. Kane finit par mourir seul dans son immense manoir inachevé.
Chaque témoin qui l'a côtoyé – comme Thatcher, Bernstein, Jedediah Leland, Susan Alexander Kane, et son majordome – a une perception bien particulière du personnage, souvent très différente de celle des autres : les récits, même entrecroisés, ne font qu'éclairer certains aspects du caractère difficile de Charles Foster Kane sans pour autant expliquer l'énigmatique « Rosebud ».
De retour à Xanadu, les affaires de Charles Foster Kane sont cataloguées ou jetées. Jerry Thompson conclut qu'il est incapable de résoudre le mystère et que la signification du dernier mot de Charles restera à jamais une énigme. À la fin du film, la caméra révèle au spectateur que « Rosebud » est en fait la marque de la luge sur laquelle jouait Kane, le jour où il est emmené loin de chez lui. La luge est brûlée par le personnel du manoir, avec d'autres choses encombrant son palais, ce dernier l'ayant rempli de multiples objets et œuvres d'art au fil des années, dans sa fièvre de collectionneur.
Fiche technique Titre original : Titre québécois : Citoyen Kane Réalisation : Orson Welles Assistant de réalisation : LLoyd Richards Scénario : Herman J. Mankiewicz et Orson Welles Musique : Bernard Herrmann Photographie : Gregg Toland et Harry J. Wild (scènes additionnelles, non crédité) Montage : Mark Robson et Robert Wise Son : Bailey Fesler et James G. Stewart Direction artistique : Van Nest Polglase et Perry Ferguson Décors de plateau : Darrell Silvera (non crédité) Costumes : Edward Stevenson Effets spéciaux : Vernon L. Walker Affiche : William Rose Production : Orson Welles Sociétés de production : et RKO Pictures Société de distribution : RKO Pictures Budget : Page « Business » sur IMDb. (soit un peu plus de de dollars de 2015) Pays de production : Langue originale : anglais Tournage : studios de la RKO à Hollywood (Californie), du au . Format : noir et blanc - 1,37:1 Spécification technique du film sur IMDb. - mono (RCA Sound System)- Genre : drame Durée : Dates de sortie Dates de sortie sur IMDb. : États-Unis : (première mondiale à New York) ; (première à Chicago) ; (première à Los Angeles) ; (sortie nationale) ; (ressortie) Royaume-Uni : France : ; (ressortie) Belgique : Box-office : France :
Distribution
Orson Welles : Charles Foster Kane Buddy Swan : Charles Foster Kane à Joseph Cotten : Jedediah Leland Everett Sloane : Mr. Bernstein Ruth Warrick : Emily Monroe Norton, la première épouse de Kane Dorothy Comingore : Susan Alexander, la seconde épouse de Kane Ray Collins : James W. Gettys, rival politique de Kane Paul Stewart : Raymond, le majordome de Kane Erskine Sanford : Herbert Carter, rédacteur en chef du Philadelphia Inquirer George Coulouris : Walter Parks Thatcher, banquier et tuteur du jeune Kane Agnes Moorehead : Mary, la mère de Kane Harry Shannon : le père de Kane, aubergiste dans le Colorado William Alland : Jerry Thompson, journaliste pour News on the March Philip Van Zandt : Mr. Rawlston, producteur de News on the March Fortunio Bonanova : Matiste, le coach vocal de Susan Alexander Gus Schilling : John, maître d'hôtel au club El Rancho Georgia Backus : Bertha Anderson, employée à la bibliothèque de Walter Parks Thatcher Sonny Bupp : Charles Foster Kane III, le fils de Kane et Emily Monroe Norton Arthur Yeoman : le speaker de News on the March (voix) Non crédités : Charles Bennett : un artiste Gino Corrado : Gino Alan Ladd : un reporter fumant la pipe (à la fin du film) Walter Sande : un reporter à Xanadu Roland Winters : un reporter à Trenton Town Hall
Analyse
Le , quelques .
À vingt-cinq ans, Orson Welles ne voulait pas suivre le chemin de ses aînés.
Une chronologie désarticulée
Le flashback, technique importée de la littérature et employée pour la première fois au cinéma par le Français Ferdinand Zecca pour son film Histoire d'un crime, réalisé en 1901, est par la suite très couramment utilisée dans les films muets, ...
Le principe qui consiste à raconter la vie de Kane seulement à travers les souvenirs de multiples témoins se trouve déjà dans un roman, I Am Jonathan Scrivener de Claude Houghton publié en 1930 : Bernard Herrmann suggéra dans un entretien qu'il a sans doute inspiré Welles et son scénariste Clinton Heylin, Despite the System: Orson Welles Versus the Hollywood Studios, Chicago, Chicago Review Press, 2005, . Michael Dirda, « The Quest for Scrivener », in: Readings: Essays and Literary Entertainments, Bloomington (IN), Indiana University Press, 2000, ..
Quand Orson Welles et son scénariste Herman J. Mankiewicz décident de raconter la vie de Charles Foster Kane sous la forme de plusieurs flashbacks, ce procédé de narration est devenu rare car le public ne s’y est pas encore aguerri. Cependant, afin de ne pas égarer le spectateur, le réalisateur dispose au début du film une sorte de « sommaire » qui résume la vie de Kane sous la forme d’actualités, , retraçant
Les deux scénaristes, poussés par leur désir de renouvellement du récit filmique, se permettent aussi une invraisemblance dès le début du film, avec le célèbre « » (bouton de rose), murmuré par Kane sur son lit de mort et rapporté aux oreilles de la presse. Mais qui a pu entendre ce dernier mot ? L’infirmière de garde n’intervient qu’après sa mort. Quand la boule à neige qu’il tenait à la main s’est brisée en tombant, sur les débris de verre apparaît le reflet de cette femme entrant dans la chambre. Elle n’a donc pas pu entendre le dernier mot de Kane et le communiquer aux journalistes. Le seul qui l'a entendu, c’est le public, et c’est suffisant pour camoufler cette manipulation qui aurait pu s’avérer hasardeuse et choquante.
Cette invitation à croire tout ce que raconte un film, c’est le miracle qui a fait écrire par le critique André Bazin, que Appliquée au film de Welles, cette vérité rappelle que le spectateur est entraîné par la force du récit cinématographique, il veut lui aussi savoir ce que signifie rosebud, il est prêt à suivre l’enquête sur les pas du journaliste et il ne lui viendrait pas à l’esprit de se demander comment rosebud a pu arriver aux oreilles de la presse.