vignette|La façade et la cour de l'hôtel de Soubise, à Paris.

Un hôtel particulier est une maison urbaine luxueuse, conçue pour n'être habitée que par une seule famille, et sa domesticité. La maisonnée pouvait compter quelques dizaines de personnes. Des hôtels particuliers sont construits en France, en Suisse et en Belgique, du Moyen Âge au début du , souvent à des fins de reconnaissance sociale, d'ostentation, voire d'émulation entre aristocratie et bourgeoisie.

Définition Un hôtel particulier se caractérise avant tout comme étant une demeure urbaine appartenant et occupée à l'origine par un unique propriétaire. Ce sont là ses deux seules caractéristiques précises et quantifiables. Il se distingue ainsi en zone urbaine de l'hôtel de rapport, construction urbaine généralement luxueuse, mais dont les appartements sont loués ou vendus à plusieurs particuliers, du palais habité par un prince de sang même si les contre-exemples sont nombreux, ainsi que de la maison bourgeoise, qui n'a quant à elle pas le prestige des trois précédents. Cette résidence urbaine d'un personnage important, de sa famille et de sa domesticité (maisonnée pouvant comprendre plusieurs dizaines de personnes), tranche sur les constructions voisines par son échelle (inférieure à celle du palais), ses matériaux, ou son décor.

Caractéristiques vignette|Ailes et pavillons flanquants le corps de logis servent souvent de cache-misère destiné à masquer les mitoyens disgracieux et fermer la résidence aux vues latérales (vue historique de l'Hôtel de Cluny). Un hôtel particulier, demeure urbaine des élites, est en général plus vaste qu'une habitation ordinaire, puisqu'il peut s'étendre sur plusieurs centaines de mètres carrés. Néanmoins, la taille ne peut être intégrée dans la définition de l'hôtel particulier, car il existe de grandes maisons bourgeoises plus vastes que de petits hôtels particuliers. Dans le contexte dense de certaines villes, l'hôtel particulier s'adapte à la taille et à la forme du parcellaire.

Les élites urbaines ne se contentant plus du modèle médiéval et renaissant du pavillon bourgeois, elles font construire des hôtels qui possèdent généralement un portail cocher, un corps de logis central, une cour intérieure (voire deux : une cour d'honneur et une cour de service) ainsi que suivant la place disponible, un jardin d'agrément. .gauche|redresse|vignette|Façade sur rue de l'hôtel Maillard, à Baugé. vignette|Les cours, trop petites pour une révolution complète des carrosses, sont percées de deux portails cochers (plan de l'hôtel de Beauvais).

En France, après le modèle de l'hôtel en façade sur rue de style gothique ou Renaissance comme l'hôtel Maillard, se développe à partir du une disposition qui nécessite de la place (disposition régulièrement employée après la Révolution française, la rue ayant perdu de son prestige) : l'architecte écarte le corps de logis principal le plus loin possible de la rue pour s'établir en retrait en fond d'une courLe visiteur qui franchit le portail, suit une séquence qui joue un rôle important de représentation.. La façade arrière donne sur un jardin loin des nuisances des villes, d'où l'expression « entre cour et jardin ». Quand la surface de la parcelle le permet, ce corps de logis se prolonge par deux ailes latérales (plan en U), formant une cour d'honneur fermée par un mur écran (ce mur de clôture respecte ainsi le continuum des fronts bâtis et la règle d'alignement des façades), voire par deux ailes sur jardin (plan en H)Une variante de ce modèle est le développement uniquement d'ailes sur jardin, dégagements qui donnent à la cour un aspect plus monumental, permettent de masquer les vues des voisins et d'établir de nouveaux appartements. Ces ailes pouvaient être relativement courtes, n'abritaient que des petits cabinets ou encore l’escalier.. Ce modèle canonique de l'hôtel entre cour et jardin qui perdure jusque dans les années 1930 est ainsi typiquement une demeure aristocratique qui exprime une volonté de manifester publiquement le prestige du propriétaire avec une grande cour (il existe cependant une volonté de ne pas être ostentatoire, par piété, prudence ou souci de discrétion) et parfois d'autant plus d'ostentation que la noblesse est de fraîche date ou que la haute bourgeoisie, de fortune récente, aspire à se fondre dans l'aristocratieLe modèle de l'hôtel particulier entre cour et jardin répond ainsi à des impératifs contradictoires : être vu, admiré, marquer le paysage et, en même temps, vivre à l'abri des regards des voisins et de la rue sale, malodorante, bruyante et potentiellement dangereuse (d'où la position du logis tourné vers le cœur de la parcelle). . Une variante de ce modèle en France, à partir du règne de Louis XIV, est le type pavillon ou maison de plaisance lorsque le propriétaire dispose d'un terrain suffisant (le plan en quadrilatère usuel, plus ou moins régulier, fait place à un plan massé qui existait déjà au , avec le corps de logis sans ailes, flanqué de pavillons carrés débordants et s'éloignant des murs mitoyens au lieu de s'y appuyer, ce qui évoque ainsi les dispositions du château). Au fil des siècles ou en fonction du site (hôtel se donnant à voir sur une place urbaine, hôtel sur le bord d'un cours d'eau), la rue regagne ses lettres de noblesse, et la structure de l’hôtel particulier subit une véritable révolution : le logis principal vient se replacer sur le devant (hôtels entre rue et cour avec ou sans jardin), mais devient souvent plus petit en raison de la pression immobilière, ses propriétaires bourgeois préférant vivre le long du domaine public, associé au commerce.

Le est marqué par un doublement des logis en hauteur et en profondeur pour certains hôtels, dans un souci d'agrandissement des appartements et de commodité plus grande. La formule du corps de logis « simple en profondeur » (avec des fenêtres pouvant créer un effet de « lanterne et de transparence » si elles sont placées dans l'axe les unes des autres) est remplacée par celle du « double en profondeur » (deux logis en parallèle, séparés par un mur de refend). Cette dernière favorise le développement du comble à la Mansart qui évite de construire d'immenses combles droits coûteux en bois et de perdre beaucoup d'espace, et facilite la distributionLes théoriciens de l'architecture du comme Blondel développent l'art de la distribution, recommandant un programme distributif qui doit au moins comprendre les trois appartements relatifs à des usages codifiés : un appartement de parade qui se compose de pièces en enfilade, de grande taille (salon d'assemblée, chambre de parade, galerie, auxquels on accède par un vestibule suivi d'une ou plusieurs antichambres), réservé à la représentation sociale et aux réceptions officielles ; un appartement de société réservé aux réceptions privées destinées à un cercle familial ou amical plus restreint ; un appartement de commodité, suite de petites pièces ordonnées transversalement et réservées aux plus proches. ., en multipliant le nombre de piècesL'appartement se compose d'une séquence de pièces qui se fixe au cours du : l'enfilade classique, allant du plus ouvert au plus fermé, comprend l'antichambre, la chambre, les cabinets (cabinet de toilette, cabinet d'aisances dont le cabinet de chaise.) et la garde-robe. La chambre d'apparat est complétée, à partir de la fin du règne de , par la chambre à alcôve : plus petite et plus pratique (ce petit renfoncement dans lequel est placé le lit, conserve mieux la chaleur à l'aide de rideaux), elle peut être aussi le prétexte d'une mise en scène du lit assez théâtrale. Par la suite, cette distribution en simple ou double enfilade cède la place à des « petits appartements » constitués de pièces ordonnées transversalement, assurant un certain confort (chaleur, intimité) mais correspondant surtout à une diversification des activités et une spécialisation des espaces selon les milieux sociaux. . ., variant leur taille et leur forme (pièces ovales ou octogonales à la place des traditionnelles pièces carrées ou rectangulaires)..

Prestige du propriétaire vignette|Façade côté cour de l'hôtel de Rohan. vignette|Portail en demi-lune du palais Rohan, servant autrefois à faciliter la manœuvre des carrosses.

Ces hôtels sont la propriété de personnages éminents. Cela peut être par leur rang social (noblesse sous l'Ancien Régime, grande bourgeoisie à l'époque industrielle, membres éminents du clergé). À l'exemple de l'hôtel de Rohan (Paris, arrondissement) appartenant à la famille du même nom, une des plus grandes maisons de France. Ou encore l'hôtel de Soubise (actuelles Archives nationales) qui fut la propriété de plusieurs princes et princesses à l'exemple de Marie de Guise (1615-1688), princesse de Joinville. L'hôtel aurait alors dû s'appeler palais de Guise eu égard à l'ascendance princière de sa propriétaire. A contrario, le cardinal de Richelieu, peu de temps après avoir fait ériger son hôtel particulier (l'hôtel de Richelieu, actuel Palais-Royal), le fait rebaptiser Palais-Cardinal alors qu'il n'a pas le titre de prince. La définition d'un hôtel particulier suivant l'éminence de son propriétaire trouve ainsi vite une limite au vu du nombre de contre-exemples.

L'hôtel de Villemaré (, Paris, place Vendôme) a quant à lui été durant l'Ancien Régime la propriété de grands financiers du royaume, mais issus de la petite noblesse voire de la bourgeoisie. Il appartient de ce fait à la catégorie des hôtels particuliers, propriété de riches personnages, financiers ou commerçants, parfois récemment anoblis. Ces hôtels se multiplient principalement au . À Paris, ce sont principalement de grands financiers qui en sont les maîtres d'ouvrage. En province, cela varie selon le statut de la ville. Dans les grandes villes parlementaires (comme Rennes ou Aix-en-Provence), c'est principalement la noblesse de robe qui en est à l'origine quand dans les villes et ports de commerce (comme Bordeaux ou Nantes), ce sont principalement les riches commerçants ou armateurs qui se font édifier ces grandes demeures.

La possession d'un hôtel particulier constitue un signe de richesse évident pour une famille, du fait des fonds importants nécessaires tant pour sa construction (achat de vastes terrains en milieu urbain ou semi-urbain, services d'un architecte, achat de matériaux de construction de grande valeur comme la pierre de taille), que pour son entretien et le paiement du personnel qui y travaille (domestiques, femmes de chambre, cuisiniers, palefreniers).

À partir du règne de , certains propriétaires accroissent encore leur prestige : ne respectant pas la règle de l'alignement des façades, ils s'arrogent le droit d'incurver selon un plan semi-elliptique leur mur de clôture au niveau du porche. Cet élément architectural du portail en retrait de la rue encadré par deux murs en arc de cercle est une invitation à entrer et, lorsque la rue est trop étroite pour la manœuvre des carrosses, une façon de l'élargir pour permettre une giration plus aisée des attelages.

Origine du terme vignette|La façade Est de l'hôtel Pétremand (), à Vesoul (Haute-Saône). Le terme d'hôtel provient du latin hospitale [cubiculum] (« [chambre] hospitalière (pour recevoir les hôtes) » puis le lieu où l'on habite enfin à la fin du un lieu officiel ou prestigieux. Il recouvre ainsi très tôt de nombreuses significations. Martin Lister en 1698 écrit qu'il . Est donc prise en compte dès 1698 la double définition du terme hôtel. À laquelle s'y ajoute une troisième, celle des édifices de prestige d'une ville (hôtel de ville, hôtel-Dieu). On retrouve ici une double ascendance étymologique. Celle de l'auberge tout d'abord, où l'hôtel (ostel) est un lieu d'accueil (hôte, hôtellerie, hospitalité). Celle ensuite de l'édifice à caractère public tel que l'hôtel du roi, hospitium regis, regroupant les officiers chargés du service domestique du souverain..