L’Aunis est une ancienne province historique de France, située dans le quart nord-ouest du département de la Charente-Maritime. Sa capitale historique est La Rochelle, celle-ci ayant succédé à Castrum Allionis (Châtelaillon), l'ancienne capitale ayant vraisemblablement donné son nom à la petite province.
L’Aunis constitue la plus petite province de France, pour ce qui est de la superficie.
Cette province a été officiellement reconnue par le roi Charles V en 1374 : « En 1374, Charles V détacha La Rochelle de la Saintonge pour en faire un gouvernement particulier qui comprit dans la juridiction Rochefort, Marennes et quelque temps Benon. C'est alors que l'Aunis apparait légalement comme une province distincte »L. DELAYANT, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. PETIT, libraire-éditeur, 1872, p. 141.
Le gentilé de l'Aunis est Aunisien.
Géographie
Toponymie
Le nom de cette petite province de l'Ouest de la France apparaît pour la première fois dans l'Histoire, en 785. À la suite de la partition de l'Aquitaine en neuf comtés, décrétée par Charlemagne en 778, le nom de l'Aunis, orthographiée « pagus Alnensis », apparaît alors dans le testament du comte RogerF. de VAUX de FOLETIER, Histoire d'Aunis et de Saintonge, Princi Néguer Editor, 2000, p. 18.
Mais l'étymologie de cette petite province a donné lieu à bien des interprétations différentesMême le grand historien du , L. DELAYANT exprimait, dans son Histoire de la Charente-Inférieure, une attitude prudente sur l'interprétation du nom de cette petite province : "L'étymologie de ce nom d'Aunis, qu'on trouve écrit en latin de plusieurs manières fort différentes, a été l'objet de suppositions entre lesquelles il est difficile de choisir". L. DELAYANT, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. PETIT, libraire-éditeur, 1872, p. 54, et même à des fantaisies qui ont encore cours aujourd'huiAinsi, certaines personnes pensent que "l'origine la plus probable est celle du village d'Aulnay (Aulnay en Saintongeais) qui était beaucoup plus important au Moyen Âge qu'aujourd'hui. Aulnay faisait frontière entre Santons et Pictons. Peu à peu la province s'est réduite jusqu'à se situer loin d'Aulnay. C'est la plus petite province française". Cette interprétation ne tient pas et ne résiste nullement à l'examen, car elle ne s'accorde absolument pas avec les noms originaux pour Aulnay qui, en latin, s'écrivait Odenaco (en 951) ou encore Audeniaco (en 970), alors que l'Aunis, dans son nom le plus ancien qui nous soit parvenu, s'orthographiait "pagus Alnensis " ou encore "pagus Alienensis". De nos jours, elle ne fait toujours pas l'unanimité parmi les historiens et étymologistesJ.M. CASSAGNE - M. KORSAK, Origine des noms de villes et villages de la Charente-Maritime, éditions Bordessoules, p.8.
Cependant, trois interprétations intéressantes sont émises par les étymologistes, sans qu'il soit possible de trancher.
Selon certains étymologistes, il faudrait lier le nom de la province à ses origines sylvestres, où les aulnes étaient des arbres très fréquents à l'époque médiévale ; ce serait le « pays des aulnes »"L'Aunis constituerait un ancien pagus aliennensis ou pagus alnisius ; autrement dit le pays des aulnes. Logique si l'on se souvient qu'autrefois la mer s'avançait beaucoup plus vers l'intérieur des terres qu'aujourd'hui et que ce pagus aliniensis constituait donc une région lacustre. Rappelons que l'aulne (alnus en latin) pousse en milieu humide", in J.M. CASSAGNE - M. KORSAK, Origine des noms de villes et villages de la Charente-Maritime, éditions Bordessoules, p.9. Pour d'autres, il faut interpréter l'étymologie de la province en la rapprochant à celle d'un ancien peuple barbare, duquel elle tirerait son nom. Ainsi, selon certains historiens, l'Aunis aurait été peuplée par la tribu des Alains, qui envahit la Gaule en 406L.DELAYANT décrit les idées qui avaient cours en son temps pour lesquelles les Alains se seraient implantés en Aunis : "Leurs attaques eurent d'abord pour but le pillage plutôt que la conquête. Les Vandales, les Alains ne firent que passer. Il faut noter ces derniers. Quelques retardataires d'entre eux refoulés par les Wisigoths se cachèrent, dit-on, dans cette terre de refuge, entre la Sèvre et la Charente, et leur nom fournit une des nombreuses étymologies qu'on donne au mot Aunis", in L. DELAYANT, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. PETIT, libraire-éditeur, 1872, p. 42. Enfin, la troisième interprétation relie le nom de l'Aunis à l'histoire mouvementée de la ville de Châtelaillon dans sa période médiévale. La première capitale de l'Aunis fut en effet Châtelaillon (aujourd'hui Châtelaillon-Plage), désignée sous le nom de « Castrum Allionis » signifiant « château d'Aunis ». Cette dernière théorie est celle qui semble avoir la faveur d'un grand nombre d'historiensdont le célèbre historien du département, L. DELAYANT, qui n'hésite pas à émettre sa pensée dans son Histoire de la Charente-Inférieure, livre dans lequel il écrit : "La moins improbable paraît celle qui le fait venir de sa principale localité dans ce temps, le Castrum Allionis"", in L. DELAYANT, Histoire de la Charente-Inférieure, La Rochelle, H. PETIT, libraire-éditeur, 1872, p. 54.
Histoire
Longtemps, deux courants de pensées diamétralement opposés se sont heurtés concernant l’histoire ancienne de l’Aunis (L’Aunis antique, un déni d’histoire – Gil Arqué - in : revue Le Picton N°243 – mai- – pp 4-7) :
Le premier, issu d’historiens illustres à partir du , a perduré dans la mémoire collective jusqu’à nos jours. Il peut se résumer en trois phrases :
- « Pendant l’antiquité, la région, qui sera tardivement appelée Aunis et reconnue comme une province, sera longtemps à l’écart de la civilisation »
- « A l’époque celtique, puis gallo-romaine, la partie septentrionale de la Santonie qui sera nommée à l’époque médiévale l’Aunis est une région longtemps délaissée, à l’écart de la civilisation, comme de tout axe de communication »
- « Toutes ces caractéristiques naturelles réunies feront de « cette région, (…), souvent inondée, marécageuse, peu saine, peu riche, facile à défendre, mais ne pouvant servir de point d’appui pour une attaque une contrée inhospitalière pendant de longs siècles »
Le second est résumé dès 1885 par Georges Musset en introduction à son ouvrage sur la préhistoire de la Charente-Inférieure (La Charente-Inférieure avant l’histoire et dans la légende – La Rochelle – 1885 – Georges Musset – pp1/2) :
« La Saintonge, de l’avis de tous, très anciennement peuplée, a joué un rôle à l’époque gallo-romaine et même gauloise, tandis que l’Aunis aurait été une sorte de Thébaïde, un pays désert, enfiévré, malsain, coupé par des fondrières et des marécages, le refuge de tous les malhonnêtes gens et des déclassés. Ce n’est que tardivement selon tous qu’il se serait peuplé, et l’unanimité des affirmations de cette nature nous dispense de renvoyer à aucune d’elles, tant cette opinion a été celle de tous ceux qui se sont occupés de l’histoire de l’Aunis, sauf peut-être Lesson et Fleuriau de Bellevue. Cette idée nous l’avons combattue plusieurs fois, notamment à l’Association française pour l’avancement des sciences, à La Rochelle. Nous ne recommencerons pas ce plaidoyer. Nous nous contenterons simplement de dire que l’Aunis comme la Saintonge a été peuplé aux époques de la préhistoire, que nous retrouvons dans ce coin de terre les traces de la civilisation de la pierre et du bronze, et que si, toutes choses égales, le nombre des stations découvertes en Aunis n’est pas aussi considérable que celui des stations saintongeaises, la raison en est dans ce fait que l’exploration de l’Aunis, à ce point de vue spécial, ne remonte qu’à peu de temps, et qu’un très petit nombre d’archéologues s’y emploient. »
Celui-ci s’appuie sur un constat : Les découvertes archéologiques existent, elles sont nombreuses et contredisent les affirmations précédentes. Si l’ouvrage de Musset présente la liste des traces préhistoriques signalées en Charente-Maritime et notamment en Aunis à la fin du , il faut attendre 1978 pour qu’un état des lieux sur l’Aunis antique soit publié dans les pages de la Revue de la Saintonge et de l’Aunis (Inventaire archéologique de l’Aunis. Période gallo-romaine, par Jean Métayer et Jean Flouret – in : Revue de la Saintonge et de l’Aunis – Tome IV – 1978).
Aujourd’hui, la synthèse des découvertes archéologiques présente de l’Aunis un territoire rural constellé de petites exploitations agricoles, puis de villas gallo-romaines, reliées entre elles par un maillage de chemins secondaires. Depuis la préhistoire, jusqu’au début ou peut-être milieu du Moyen-Âge, la configuration géographique très particulière de cette contrée diffère peu. C’était une presqu’île entourée d’îlots émergents. Les actuels marais (marais poitevin bordant le nord et marais de Rochefort le sud) étaient des indentations maritimes pénétrant profondément le tracé du littoral que nous connaissons aujourd’hui. La carte archéologique démontre une activité humaine importante à toutes les périodes, y compris sur la presque totalité des émergences isolées. (Histoire de l’Aunis et de la Saintonge – Des origines à la fin du – Collectif sous la direction de Louis Maurin – 2007).
Certains signes confirment une activité économique organisée autour d’au moins 3 axes principaux : L’exploitation du sel de mer dès la protohistoire, la viticulture et la pèche. La découverte de très nombreuses monnaies romaines, y compris des trésors monétaires, issues de tout l’empire et couvrant les 4 premiers siècles de notre ère, précise l’importance du commerce local (Le médaillier des musées d’art et d’histoire de La Rochelle – l’empire romain – le trésor monétaire du de « Puy Lizet » découvert sur la commune de La Flotte – Gil Arqué – Archéaunis 2016).
Les sites étudiés sont riches de productions importées démontrant un commerce très ouvert, facilité par les voies maritimes. (voir les travaux et publications de l'association rochelaise ARCHEAUNIS : https://archeaunis.blogspot.fr/)
La Commune de Saint-Georges-du-Bois a livré deux découvertes d’importance pour l’histoire antique de l’Aunis : Un amphithéâtre estimé à 3000 places et un temple de type « fanum »(Un fanum découvert à Saint-Georges-du-Bois ? par Michel Bernard, Denis Briand et Georges Durand – in : La lettre d’Archéaunis N°33 – 2009 - - pp2–4), deux lieux de rassemblement qui précisent bien une organisation humaine structurée.
Son nom, pagus Alnensis, apparaît pour la première fois en 785F. de VAUX de FOLETIER, Histoire d'Aunis et de Saintonge, Princi Néguer Editor, 2000, p. 18. Elle dépendait alors des comtes du Poitou. Vers la fin du , à la suite de l'effondrement du pouvoir carolingien, l'Aunis se détacha de la Saintonge et eut pour première capitale, ChâtelaillonLe Guide des départements, la Charente-Maritime, éditions du Terroir, Tours, 1985, p. 31.