L'histoire de Tunis, la principale ville de la Tunisie, commence avant même celle de Carthage. L'existence de la localité est attestée dès le début du . En raison de sa position géostratégique, elle attire la convoitise de toutes les civilisations méditerranéennes et passe successivement sous la domination des Numides, des Phéniciens, des Grecs, des Romains, des Arabes, des Espagnols, des Ottomans et des Français, avant que le pays ne devienne indépendant.

Tunis est située au nord-est de la pointe extrême du continent africain, au bord du golfe de Tunis, à proximité immédiate de Carthage. Elle devient la capitale de la Tunisie avec l'avènement de la dynastie des Hafsides en 1229. Confirmée dans son statut après l'indépendance, elle devient également le chef-lieu du gouvernorat du même nom depuis sa création en 1956.

Étymologie « Tunis » est la transcription française d’un nom qui se prononce en arabe tûnus, tûnas ou tûnis (û ayant la valeur du « ou » français). Les trois vocables sont indiqués par le géographe arabe Yaqout al-Rumi dans son ouvrage Mu’jam al-Bûldan (Le dictionnaire des pays). Le dernier est celui qui prédomine dans le nom de la ville de même que dans le gentilé tûnisi ou tûnusi (tunisien).

Ce vocable, issu du terme verbal ens des dialectes berbères, se définit comme « être couché » ou « se coucher » et par extension « aller passer la nuit à », « arriver de manière à passer la nuit », « aller passer la nuit chez ». Parmi les très nombreux dérivés de ce terme, on trouve tinés (pluriel de ténésé) indiquant « le fait d’être couché » et par extension le « fait de passer la nuit ».. Compte tenu des variations vocaliques dans le temps et l’espace, le nom de Tunis a donc très probablement le sens de « campement de nuit », « bivouac » ou « halte ». Dans la toponymie antique de l’Afrique romaine, on note également les noms voisins de Tuniza (actuelle El Kala), Thunusuda (actuelle Sidi Meskine), Thinissut (actuelle Bir Bouregba), Thunisa (actuelle Ras Jebel) ou Cartennæ (actuelle Ténès en Algérie). Toutes ces localités berbères se situaient sur des voies romaines et ont sans doute servi de relais ou de halte.

Pour désigner le pays dont Tunis est devenu la capitale, les géographes et historiens français ont employé le terme , formé sur le même modèle que le nom , créé à partir d’Alger. Le terme s’est ensuite répandu dans toutes les langues européennes. En revanche, la forme arabe désigne à la fois la ville et le pays ; c'est seulement le contexte qui permet de savoir s'il est question de l'un ou de l'autre.

Origines La ville voit le jour à une époque reculée, au carrefour de routes qui s'étaient naturellement formées à travers l'étroite bande de terre resserrée entre les vastes lagunes du lac de Tunis et de la sebkha Séjoumi. La première de ces lagunes s'étend à l'est de la cité et communique avec la mer Méditerranée, la seconde étant située sur son flanc ouest. L'isthme qui les sépare l'une de l'autre constitue ce que les géologues appellent le « dôme de Tunis » qui comprend des collines de roches calcaires et des sédiments d'origine éolienne et lacustre. C'est une sorte de « pont naturel » par où passent, dès l'Antiquité, plusieurs routes importantes. La première est la grande voie littorale des migrations humaines et des pèlerinages relie la Berbérie à l'Égypte et dont le trajet tunisien est représenté par la vieille route d'Utique aux Emporia en passant par Hadrumète. La deuxième route est celle reliant Vaga (actuelle Béja) et les grandes plaines qui longent la Medjerda et rejoint à Tunis la route d'Utique aux Emporia. La troisième est la route de Sicca qui met la Numidie en communication avec Hadrumète et les Emporia via Tunis. Ces routes sont tributaires de Carthage dès que celle-ci affirme sa primauté politique et économique en Afrique du Nord mais passent obligatoirement par l'isthme de Tunis, compte tenu de la mauvaise desserte représentée par le lido Radès-La Goulette.

Sur ces parcours routiers, les courants de trafic ont favorisé la naissance de relais et d'étapes, parmi lesquels Tunis qui devait connaître un destin particulier sous l'influence d'événements historiques ultérieurs. Tunis apparaît donc à l'origine comme une véritable création de la route. Aux voyageurs, pèlerins et marchands, Tunis, juchée sur une colline abrupte aux pentes ravinées comme le sont beaucoup de villages berbères à l'époque, offre l'hospitalité de son refuge, d'où son nom. D'après cette étymologie et la position du village commandant un nœud de route, Tunis constitue déjà un gîte d'étape pour les Libyens, une mansio suivant l'expression latine, et beaucoup plus qu'un relais intermédiaire ou mutatio, titre qu'elle porte officiellement.

La naissance de Carthage est, à quelque chose près, de même nature que celle de Tunis, Carthage étant liée à la route maritime qui relie Tyr et Sidon aux colonnes d'Hercule. Bien avant la fondation de la cité, les marins phéniciens fréquentent les côtes de Libye où ils établissent des relais et des comptoirs dont quelques-uns comme Utique, Hadrumète, Oea (actuelle Tripoli) sont antérieurs à Carthage. L'emplacement où devait s'élever la future rivale de Rome sert d'abord de relais aux navigateurs phéniciens mais sa situation au bord du golfe de Tunis et d'autres avantages contribuent à retenir les Tyriens sur cet emplacement.

Le choix du site de Carthage comme celui de Tunis, en tant que future capitale de l'Ifriqiya, s'est imposé aux hommes par leur position-clé résultant de la proximité de la mer, de la salubrité du climat et des régions fertiles qui les environnent : plaines de la Medjerda, de l'oued Miliane et du cap Bon. Comme Carthage, Tunis est à peu près à égale distance des principaux ports du bassin méditerranéen et non loin du canal de Sicile, de grande importance stratégique et commerciale, qui met en communication les bassins oriental et occidental de la mer Méditerranée, dont la Tunisie forme le trait d'union naturel.

La position de Carthage-Tunis correspond si bien aux conditions politiques et économiques exigées pour la domination du pays, que les tentatives qui se sont produites au cours des siècles, en d'autres endroits, pour ériger une capitale ont abouti à des échecs : la fondation d'Utique comme chef-lieu de la province romaine d'Afrique après la destruction de Carthage, la fondation de Kairouan en 670 dans une plaine steppique à l'écart des grandes voies terrestres et maritimes de transit même si elle connaîtra un rayonnement politique et culturel considérable s'étendant à toute l'Afrique du Nord, la fondation de Mahdia et la création de Al-Mansuriya, près de Kairouan, qui connaît pendant un siècle.

Antiquité Bourgade punique Carthage, à l'abri de ses hautes murailles, porte durant les premiers siècles de son existence toute son activité en Méditerranée en créant un vaste empire maritime et colonial dont ses habitants tirent profit, puissance et prestige. Entre 480 et 450 av. J.-C., après des guerres victorieuses contre les Libyens, elle cesse de payer le tribut auquel les Maxitani (Berbères) l'avaient contrainte à sa fondation et juge utile de conquérir un territoire assez vaste pour en tirer de nouvelles garanties de sécurité et de prospérité. Elle annexe une grande partie de leur territoire qu'elle met en valeur par une exploitation agricole rationnelle.

Tunis est l'une des premières cités libyennes à passer sous la domination carthaginoise étant donné son voisinage avec la grande cité et sa position stratégique : elle commande un nœud de routes commerciales et militaires et, bien fortifiée, elle peut même couvrir Carthage en cas d'attaque venant du continent. Il s'agit alors probablement d'un petit groupement de huttes en pierres sèches recouvertes de branchages et il est probable que ses habitants se livraient au troc avec les voyageurs de passage.

C'est pourquoi les stratèges puniques la font ceindre de murailles et d'ouvrages défensifs, caractère qu'elle gardera jusqu'à la chute de Carthage puisque Polybe, qui la voit au moment où Scipion l'Africain assiège Carthage, indique que « Tunes est bien défendue par la nature et l'ouvrage des hommes », ce que confirme Tite-Live. Elle est d'ailleurs si bien défendue que, tout au long de l'histoire de Carthage, elle sera souvent conquise par les ennemis de la grande cité punique. Diodore de Sicile indique qu'en 396 av. J.-C., les Libyens se révoltent et, au nombre de , s'emparent d'abord de Tunis. Perchée sur sa colline, Tunis est un excellent observatoire d'où ils peuvent suivre aisément les manifestations extérieures de la vie de Carthage (allées et venues des navires ou des caravanes vers l'intérieur du pays). Ils bloquent ensuite Carthage mais doivent lever le siège, faute d'entente entre eux et de moyens militaires suffisants..

Occupation grecque Durant l'expédition d'Agathocle de Syracuse, qui débarque en 310 av. J.-C. au cap Bon (dont les cultures font l'admiration de l'armée grecque), Tunis change de main à plusieurs reprises. Les Grecs s'emparent de la cité et établissent leur camp dans son voisinage d'où ils menacent Carthage. Mais pendant qu'Agathocle part assiéger Hadrumète, les Carthaginois prennent le camp grec et commencent le siège de Tunis où les Grecs s'étaient enfermés. Agathocle en apprenant la défaite de ses troupes, revient en hâte et oblige les Carthaginois à lever le siège. Pendant près de trois ans, Tunis reste entre l'une des bases d'opérations grecques durant leur campagne africaine. De là, ils peuvent surveiller Carthage. Toutefois, après des revers, Agathocle laisse la cité à ses deux fils pour chercher des renforts en Sicile. Il revient avec des troupes nouvelles pour continuer la lutte contre Carthage. Il peut ainsi, selon Diodore de Sicile, réunir près de , dont , et plusieurs milliers de chars. Mais au cours d'une bataille qu'il livre dans la région de Tunis, il est vaincu par les Carthaginois. Agathocle fuit durant la nuit pour la Sicile en abandonnant ses deux fils et ses troupes. Celles-ci se révoltent et, après avoir massacré les fils d'Agathocle, négocient avec Carthage pour évacuer Tunis et les principales villes restées entre leurs mains.

Guerres puniques Première guerre punique

À l'exemple d'Agathocle de Syracuse, les Romains portent les hostilités en Afrique du Nord (256 av. J.-C.) au cours de la première guerre punique. Commandés par Marcus Atilius Regulus, les Romains débarquent à Clupea (actuelle Kélibia) et ravagent les villes et les riches campagnes du cap Bon. Après leur victoire d'Adyn (Oudna), ils s'emparent de Tunis où ils établissent leur camp. De là, ils menacent Carthage à l'abri de ses remparts mais manquant de généraux capables de vaincre les Romains. Cependant, le Sénat de Carthage confie le commandement de l'armée punique à un aventurier spartiate dénommé Xanthippe qui inflige une lourde défaite à Regulus, lequel est fait prisonnier et ramené à Carthage avec ses principaux officiers tous relâchés sur parole. La guerre reprend en Sicile et sera perdue par les Carthaginois qui devront évacuer pour toujours l'île.

Guerre des Mercenaires