(« lézard du vignoble ») est un genre de dinosaures sauropodes de la famille des Titanosauridae découvert dans le Crétacé supérieur du sud de la France. Ses restes ont été découverts près du village de Campagne-sur-Aude dans le département de l’Aude en région Occitanie. Ils proviennent de la formation des marnes rouges inférieures et plus précisément de la partie inférieure du membre des marnes rouges de la Maurine qui est datée du Maastrichtien inférieur, il y a .
Comme la plupart des titanosaures, il avait un long cou et une longue queue, et portait également des ostéodermes. Avec plus de mille ossements découverts, Ampelosaurus est considéré comme l'un des dinosaures les mieux connus de France. Cependant, des études récentes suggèrent que la localité type n'est pas un bone bed de titanosaure monospécifique et qu'une partie des os attribués à Ampelosaurus appartiennent probablement à d’autres espèces de titanosaures.
Ampelosaurus vivait sur ce qui était l'île Ibéro-Armoricaine, une masse continentale comprenant une grande partie de la France et de la péninsule Ibérique. Des études paléohistologiques montrent des caractéristiques liées à un environnement insulaire telles qu'un taux de croissance ralenti. Cependant, avec une taille d'environ de longueur pour le plus grand individu connu, Ampelosaurus n'était pas un nain insulaire contrairement à d’autres titanosaures ibéro-armoricains plus petits comme Lirainosaurus et Atsinganosaurus, ou le genre Magyarosaurus de l'île Hateg.
Plusieurs spécimens trouvés ailleurs en France et en Espagne ont été attribués à Ampelosaurus mais ont ensuite été identifiés comme appartenant à d'autres titanosaures.
Découverte Ampelosaurus est connu par des restes abondants provenant du site de Bellevue près du village de Campagne-sur-Aude dans la Haute vallée de l'Aude. Historiquement, les dinosaures de la Haute vallée de l’Aude furent signalés pour la première fois par Paul Gervais en 1877 à partir de deux vertèbres découvertes sur la commune de Fa. Les premières découvertes d’os de dinosaures à Campagne-sur-Aude remontent au début du vingtième siècle, mais elles restèrent isolées et furent rapidement oubliées. Ce n’est qu’en 1982 que les gisements de la Haute vallée de l’Aude furent redécouverts par des amateurs de la région, Pierre Clottes et Christian Raynaud, à la suite de la découverte fortuite d’un os fossile à Campagne-sur-Aude par un chasseur un an plus tôt. Clottes et Raynaud découvrirent principalement des vertèbres caudales et des os des membres lors de simples ramassages de surface effectués sur plusieurs sites autour des villages de Campagne-sur-Aude et d’Espéraza. En 1989, les premières fouilles systématiques conduites par des paléontologues professionnels débutent sur le gisement principal, situé sur la colline de Bellevue. Plusieurs campagnes de fouilles ont mis au jour de nombreux ossements d’un sauropode inconnu. Ce nouveau dinosaure fut nommé Ampelosaurus atacis par le paléontologue français Jean Le Loeuff dans une description préliminaire publiée en 1995. Le nom générique est dérivé des mots grecs ampelos (vigne) et sauros (lézard), parce que les restes fossiles ont été trouvés près du vignoble de la blanquette de Limoux. Le nom spécifique de l’unique espèce, Ampelosaurus atacis, vient de l’Aude qui se dit Atax en latin. Seule une dent, trois vertèbres dorsales articulées (l’holotype MDE-C3-247) et une épine neurale d’une autre vertèbre dorsale ont été illustrées alors que le matériel connu à cette époque comprenait également d’autres vertèbres dorsales, des vertèbres caudales, des côtes, des chevrons, des os des membres, des épaules et du bassin, provenant de plusieurs individus. Quatre ostéodermes découverts à Bellevue et décrits en 1994 ont été attribués à Ampelosaurus en 1995. En 2005, Le Loeuff a publié une description plus complète des ossements découverts depuis 1989 incluant une boîte crânienne et un dentaire droit. Un squelette relativement complet (incluant un crâne désarticulé), découvert en 2001 a également été provisoirement attribué à A. atacis. Plusieurs campagnes de fouilles furent nécessaires (jusqu’en 2006) pour extraire ce squelette surnommé "Eva" d’après le nom d’Eva Morvan l’étudiante qui a découvert les premiers éléments. Ce spécimen n’a toutefois pas encore été publié.
Durant plus de vingt ans, A. atacis a été considéré comme le seul titanosaure présent à Bellevue. Les différences observées dans les proportions des os longs étaient alors interprétées comme des exemples de variations individuelles. Depuis les années 2010, plusieurs études ont cependant suggéré la présence d'un assemblage multispécifique de titanosaures à Bellevue. En 2012, une étude morphométrique des fémurs des titanosaures de France et d’Espagne a suggéré la présence de trois morphotypes à Bellevue dont l’un a été provisoirement attribué au genre Lirainosaurus d’Espagne. En 2013, Veronica Díez Díaz , n’ont pas confirmé cette attribution générique, ces fémurs se distinguant de ceux appartenant à Lirainosaurus par plusieurs caractéristiques. En 2021, Veronica Diez Diaz s’accordent également sur l’existence à Bellevue d’un second titanosaure mais lui trouvent davantage de ressemblances avec le genre Garrigatitan du Campanien supérieur de Provence. Diez Diaz ont souligné ainsi la nécessité de réviser tous les ossements de titanosaures de Bellevue, car la présence d'une seconde espèce de titanosaure dans cette localité rend incertaine l'attribution des restes isolés à l'une ou l'autre de ces espèces. En 2023 et 2024, Bernat Vila ont présenté lors de plusieurs congrès scientifiques les résultats préliminaires d’une étude approfondie des fossiles de titanosaures de Bellevue confirmant la présence sur ce site de plusieurs espèces de titanosaures (possiblement jusqu’à quatre espèces). Les premiers résultats de cette étude impliquent une future modification de la diagnose d’Ampelosaurus et du matériel qui lui est attribué, ainsi que la description d'au moins une nouvelle espèce. En outre, lors d’un autre congrès en 2025, Sellés ont présenté une étude préliminaire basée sur la morphologie de la mandibule révélant que les mâchoires d’Ampelosaurus et celles du spécimen Eva représentent des écomorphotypes différents. Le dentaire d’Ampelosaurus suggère une alimentation au niveau de la canopée, tandis que le dentaire du spécimen Eva indique une alimentation dans les strates moyennes de la végétation.
Des restes présumés d’Ampelosaurus provenant d’autres localités La présence d’Ampelosaurus a également été signalée dans d’autres régions du sud de la France, ainsi qu’en Espagne, mais leur identification s’est jusqu’à présent avérée erronée (ou n’a pas été démontrée dans le cas de la formation des Grès de Labarre en Ariège). Dans une courte note publiée en 1998, Jean Le Loeuff précisait qu’Ampelosaurus était connu non seulement de la Haute vallée de l'Aude, mais aussi des Petites Pyrénées (Ariège), et du Chaînon de Saint-Chinian (Hérault). Cependant, cela n'a jamais été confirmé par une publication. Auparavant, Le Loeuff avait reconnu la présence de deux titanosaures différents dans la formation des Grès de Labarre (Ariège) à partir de deux types différents de centra de vertèbres caudales et de deux tibias très différents. Mais il considérait alors que, compte tenu de la nature fragmentaire du matériel, les spécimens devaient être considérés comme des titanosaures indéterminés. En 1999, Éric Buffetaut ont attribué à Ampelosaurus atacis des dents et des ossements postcrâniens découverts dans la formation des grès à reptiles à Cruzy (située dans le secteur appelé Chaînon de Saint-Chinian) dans l’Hérault. Une étude ultérieure a démontré que les dents de titanosaure de Cruzy sont différentes de celles d’Ampelosaurus, et appartiennent probablement à un taxon distinct. En 2012, Bernat Vila ont attribué à Ampelosaurus atacis deux fémurs incomplets provenant de Pourrières-Les Eysarettes et de Rousset-Autoroute 3, deux sites géographiquement très proches situés de part et d'autre de la limite entre les départements du Var et des Bouches-du-Rhône. Cependant, ces spécimens, ainsi que de nombreux autres restes provenant de la même région, appartiennent probablement à des titanosaures différents et sont actuellement à l'étude.
En 2009, Fernando Barroso-Barcenilla signalaient dans le gisement espagnol de Lo Hueco près de Fuentes, dans la province de Cuenca, la découverte de dents spatulées ayant la même morphologie que celles d’Ampelosaurus. Cependant, la description détaillée des dents de titanosaure de Lo Hueco a réfuté cette interprétation. En 2013, Fabien Knoll ont provisoirement attribué au genre Ampelosaurus une boîte crânienne provenant également du site de Lo Hueco. En 2019, Knoll ont finalement attribué cette même boîte crânienne à Lohuecotitan pandafilandi.
Ainsi, ces études révèlent qu’en l’état actuel des connaissances, Ampelosaurus atacis n’est connu avec certitude que du seul gisement de Bellevue.
Description Matériel connu Plus de 1400 os de dinosaures sont répertoriés du site de Bellevue, la majorité appartenant à des titanosaures. L’espèce Ampelosaurus atacis est fondée sur la base de trois vertèbres dorsales médianes articulées constituant l’holotype MDE-C3-247. Outre l’holotype, le matériel publié attribué à A. atacis inclus également MDE-C3-76, une boîte crânienne ; MDE-C3-396 , un dentaire droit ; MDE-C3-52, une dent ; MDE-C3-335, une vertèbre cervicale ; MDE-C3-265, une vertèbre cervicale postérieure ; MDE-C3-59, une vertèbre dorsale ; MDE-C3-58, une vertèbre caudale antérieure ; MDE-C3-1009, une vertèbre caudale médiane ; MDE-C3-101, une vertèbre caudale distale ; MDE-C3-1043, une scapula gauche ; MDE-C3-351, un coracoïde gauche ; MDE-C3-86, un humérus gauche ; MDE-C3-102, un radius droit ; MDE-C3-1296 et 1490, deux ulnas droites ; MDE-C3-non numéroté et MDE-C3-84, deux pubis gauches ; MDE-C3-594 et 1195, deux ischions droits ; MDE-C3-1182 et 87, fémurs gauche et droit ; MDE-C3-1303 et 138, deux tibias droits ; MDE-C3-1000, un astragale droit ; MDE-C3-48 et 137, fibulas droite et gauche ; MDE-C3-136, un ostéoderme à bulbe concave ; MDE-C3-192, un ostéoderme à bulbe convexe (en forme d’épine) ; MDE-C3-204, un ostéoderme non décrit ; et MDE-C3-325, un ostéoderme à bulbe plat.
Les fossiles attribués à Ampelosaurus font actuellement l'objet de nouvelles études car certains de ces restes appartiennent en réalité à d’autres espèces de titanosaures. La révision en cours du matériel crânien, axial et appendiculaire suggère la présence de quatre espèces de titanosaures à Bellevue. En conséquence, une partie du matériel listé ici sera probablement attribué à d’autres taxons. D’autres éléments, tels les ostéodermes, ne pourront pas être attribués à un taxon en particulier car retrouvés isolés.
Un squelette partiel non publié (surnommé Eva), comprenant un crâne désarticulé presque complet, a aussi été attribué à l'espèce A. atacis. Cependant, une étude préliminaire basée sur la morphologie de la mandibule suggère que le spécimen Eva pourrait appartenir à un taxon distinct. Ses mâchoires indiquent une stratégie de broutage sélectif dans les strates moyennes de la végétation, tandis que celles d’Ampelosaurus correspondent probablement à une stratégie de broutage sélectif dans la canopée.
Généralité La description d’Ampelosaurus ci-dessous est provisoire, car certains spécimens qui lui sont attribués appartiennent à d’autres titanosaures.
Comme beaucoup de sauropodes Ampelosaurus avait un long cou, une petite tête, et une longue queue. Son dos était recouvert de plaques osseuses. Les dents attribuées à Ampelosaurus sont légèrement spatulées. Elles permettaient à l'animal de ratisser la végétation, mais ne lui permettaient pas de la mâcher.
Jean Le Loeuff estime la taille d’Ampelosaurus à environ de long. En 2022, Vila attribuent une taille de de long et un poids de pour le plus grand individu connu basé sur le fémur MDE-C3-174.