La bataille de Montlhéry (au nord de cette ville et de Longpont) a lieu le , entre Louis XI, roi de France et Charles, comte de Charolais, fils du duc de Bourgogne et membre de la ligue du Bien public.
Succès tactique bourguignon, mais qui ne décida pas du sort de la guerre.
Contexte
L’agitation des grands féodaux
Roi depuis quatre ans, Louis XI a fait jouer une clause du traité d'Arras (1435) et racheté pour 400.000 écus d'or les villes de la Somme au duc de Bourgogne Philippe le Bon, à la grande colère du fils de celui-ci. Ce faisant, Louis XI inversait son alliance avec le duc de Bourgogne chez qui il s'était précédemment réfugié durant les cinq dernières années du règne de Charles VII. Cette colère du comte de Charolais (futur Charles le Téméraire) occasionnée par la perte des villes de la Somme qu'il considérait comme une pièce stratégique de l'État bourguignon est à l'origine de la formation de la ligue du Bien public.
Si la Bourgogne veut au minimum récupérer les places fortes picardes perdues, les autres grands féodaux espèrent, sinon des gains territoriaux, du moins une augmentation de leur indépendance vis-à-vis de la couronne. Outre Philippe le Bon, dont l’armée est commandée par son fils le comte de Charolais, la ligue compte le duc François II de Bretagne, le duc Jean II de Bourbon, le duc de Berry Charles de France (le jeune frère du roi), le duc de Lorraine Jean de Calabre… Le but des ligueurs n’est pas de gagner une guerre, mais de rassembler une armée suffisamment puissante pour impressionner le roi, et obtenir des concessions. Quant au roi, il ne cherche pas non plus, au départ, une bataille, qu'il juge trop risquée : il veut se déplacer avec une armée imposante, afin lui aussi d'impressionner séparément ses adversaires, et qu'ils renoncent à leurs projets.
Campagne précédant la bataille
Louis XI bénéficie du soutien de Gaston de Foix, des grandes villes et de provinces entières comme le Languedoc, la Normandie, la Champagne et le Dauphiné. Il rassemble très rapidement son armée, renforce la frontière de Picardie (voisine des possessions bourguignonnes) qu’il confie à Joachim Rouault, et envoie son oncleCharles du Maine est le frère de Marie d'Anjou, la mère de Louis XI. le comte du Maine avec douze mille hommes contre le duc de Bretagne. Il prend le reste de l’armée et, dès , marche contre le Bourbonnais. Il prend Moulins et signe la paix avec le duc de Bourbon, le comte d’Armagnac et le seigneur d’Albret.
Les Bourguignons n’entrent en campagne que le , en Champagne. En juin, ils traversent le Vermandois et arrivent à Saint-Denis le , où le rendez-vous avait été fixé avec les autres conjurés. Mais, restant seuls au rendez-vous, les Bourguignons passent à l’offensive le et attaquent Paris qui résiste courageusement.
Ce n'est qu'à partir du que l’armée bretonne remonte la Loire et elle le fait sans que les du comte du Maine ne s’opposent à sa marche. Le , elle est à de Beaugency où elle est en mesure d’attaquer le roi par le flanc et de rejoindre les troupes bourguignonnes, pour former un ensemble de près de .
Apprenant l’assaut sur Paris et l’entrée en campagne du duc de Bretagne simultanément, Louis XI comprend qu’il risque de perdre Paris ou d’être pris en étau, et accélère sa marche vers le nord, laissant son infanterie et son artillerie en route. Le , le comte de Charolais contourne Paris en prenant le pont de Saint-Cloud.
Le , les deux armées royales (l’une à Chartres commandée par le comte du Maine, l’autre à Orléans dirigée par Louis XI) convergent vers Châteaudun, Louis XI ayant décidé d’attaquer le duc de Bretagne, dont l’armée est plus faible.
Pour éviter l’anéantissement des Bretons, le comte de Charolais avance sur Arpajon, tandis que les ducs de Bretagne et de Berry remontent vers le nord. Comprenant que l’armée bretonne risque de rejoindre les Bourguignons, Louis XI fait demi-tour et suit une route parallèle à celle des Bretons, mais plus rapide (le long de la Loire et route d’Orléans à Paris), tout en demandant au comte du Maine de le rejoindre à Étampes.
Le , Charles de Charolais continue d’avancer prudemment vers le sud, en ordonnant à ses lieutenants d’éviter le combat. Dans la nuit du 14 au 15, le comte du Maine rejoint Louis XI à Étampes ( de Montlhéry), et la journée du 15 est consacrée aux préparatifs de la bataille. Louis XI suit 9 messes en chemise, genoux en terre ; il demande aussi au maréchal Rouault, à Paris (à moins de de Montlhéry), de faire une sortie le lendemain, sur les arrières des Bourguignons, préparant une véritable bataille d’anéantissement.
Forces en présence (Pour les effectifs des deux armées durant la campagne et au moment de la bataille, voir Michel Rimboud.)
À l’aube du après une marche forcée qui laisse en arrière son infanterie et l’essentiel de son artillerie, Louis XI et ses hommes atteignent Étampes. Le roi y dépose dans le château fort ses joyaux et trésors, il dispose alors en réunissant sa cavalerie à l’armée du comte du Maine d’environ professionnels et expérimentés (lances d’ordonnance), essentiellement de la cavalerie.
L’armée du comte de Charolais compte , dont combattants environ. Il dispose en outre de nombreux chariots solides, qui peuvent s’avérer utiles lors de la bataille comme points d’appui, et d’une artillerie nombreuse.
Bataille Observation durant la matinée vignette|La tour de Montlhéry, seul vestige du château. Les Français sont déterminés à la bataille, au contraire des Bourguignons. Le comte de Saint-Pol, commandant l’avant-garde bourguignonne, a ordre de reculer si l’armée royale se présente. Mais, lorsque cela se produit, il refuse d’obéir aux courriers du comte de Charolais, estimant que cela irait à l’encontre de son honneur. Le comte de Charolais se retrouve dans l’obligation de faire avancer le reste de l’armée pour le soutenir.
L’artillerie de Saint-Pol (35 pièces) est placée en première ligne, avec immédiatement derrière elle les archers (dont 500 archers anglais), chacun disposant d’un pieu acéré planté devant lui, le protégeant d’une charge de cavalerie. Les hommes d’armes, qui décident de combattre à pied et laissent leurs chevaux avec les chariots, disposés en cercle à l’arrière de l’armée, sont placés cinq mètres derrière eux ; entre le charroi et les hommes d’armes, cranequiniers (arbalétriers à cheval) et coutiliers (à pied). Les chariots sont gardés par le personnel non-combattant, et les pages.
L’aile gauche bourguignonne est sous le commandement du comte de Saint-Pol, et compte environ ; l’arrière-garde du Bâtard de Bourgogne se place à gauche de Saint-Pol ; la bataille (corps) principale, sous le commandement personnel du comte de Charolais, renforce Saint-Pol.
Du côté de l’armée royale, l’avant-garde commandée par Brézé, forme l’aile droite durant la bataille. Elle est surtout composée de cavalerie, lances d’ordonnance (donc soldats professionnels et expérimentés) et le ban de Normandie. Elle est placée face à l’avant-garde de Saint-Pol, et abritée derrière un fossé profond et une haie épaisse. Au centre, que Louis XI commande lui-même, se trouve la Garde écossaise et la chevalerie du Dauphiné. Des archers sont détachés pour occuper le village, en arrière. À gauche et très en arrière, se trouve l’arrière-garde du comte du Maine.
La matinée se passe dans les mouvements aboutissant à cette disposition des troupes côté bourguignon, et dans l’attente côté français, sous la chaleur. L’artillerie bourguignonne, nombreuse et efficace, fait quelques dégâts dans les lignes françaises. La faible partie de l’artillerie royale qui a pu suivre la course de la cavalerie, placée en hauteur, ne parvient pas à ajuster son tir, et ses boulets passent au-dessus des Bourguignons. Quelques chevaliers sortent des rangs et s’affrontent en duel entre les deux armées, cherchant ainsi une manière de se distinguer.
En fin de matinée, une partie de l’arrière-garde bourguignonne attaque et déloge, après un rude combat, les archers français du village de Montlhéry. Après ce succès, elle reprend sa place initiale.
La charge de Pierre de Brézé thumb|alt=Croix de la bataille de Montlhéry, à Longpont-sur-Orge|Croix dite « de la bataille » près de Montlhéry, érigée notamment en hommage au Sénéchal de Brézé. À 14 heures Louis XI décide d’attaquer, et se déplace pour donner ses derniers ordres à ses capitaines. Brézé, dont l’aile droite est renforcée de quelques escadrons, doit donner le premier assaut ; Louis XI chargera ensuite le centre de l’armée bourguignonne, le comte du Maine ne devant attaquer qu’en dernier.
Simultanément, le comte de Saint-Pol descend de ses positions, face à Brézé. Celui-ci attend que Saint-Pol s’avance à , puis donne le signe de l’attaque ; mais sa cavalerie contourne la longue haie des deux côtés, ce qui laisse croire à une fuite. Le comte de Saint-Pol envoie des messagers au comte de Charolais, annonçant sa victoire ; quant à ses cavaliers, démontés, ne voulant pas perdre une occasion de butin ou de faire des prisonniers qu’ils pourraient soumettre ensuite à rançon, ils retournent aux chariots prendre leurs chevaux, semant le désordre dans la troisième ligne bourguignonne.
La charge de Brézé est lancée à ce moment-là. Au premier choc, les rangs bourguignons sont brisés et les royaux peuvent pénétrer au cœur de l’armée adverse. Confrontée à une foule en désordre, elle ouvre une large brèche dans l’armée du comte de Saint-Pol, qui se fragmente en divers groupes, les uns reculant, les autres fuyant. C’est le sauve-qui-peut, le comte de Saint-Pol donnant l’exemple de la fuite. Le sénéchal de Normandie, Pierre de Brézé, trouve la mort au combat. La cavalerie française, sans chef, massacre tout ce qu’elle trouve, chevaliers, archers, soldats, et même les pages qui gardaient les chariots. Elle se met ensuite à piller le convoi bourguignon.
L’avantage aux Français et la trahison du comte du Maine
Quand Louis XI voit la charge de sa cavalerie réussir, c’est le milieu de l’après-midi. Il espère que les renforts venus de Paris ne vont plus tarder, et donne l’ordre d’attaquer. Le succès est moins net, néanmoins ses fantassins ont l’avantage sur les Bourguignons. Les circonstances exactes de l’épisode suivant varient selon les auteurs. Selon Payen et Kendall, Louis XI demande alors à son oncle d’attaquer à gauche. Le comte du Maine fait sonner la charge, les chevaliers abaissent leurs lances et se ruent sur le corps du comte de Charolais, mais font soudain demi-tour, avant même le premier contact, et s’enfuient. Selon Rimboud, c’est Charles le Téméraire qui, sur le message du comte de Saint-Pol, se rue à la charge afin d’achever sa victoire, au moment même où le comte du Maine lance sa charge. Le résultat est le même : en un instant un tiers des forces royales quitte le champ de bataille, sans avoir combattu. Une partie importante des forces bourguignonnes quitte le champ de bataille avec le comte de Charolais à la poursuite du comte du Maine.
La mêlée
Le roi de France voit en un instant son éclatante victoire se transformer en un combat sauvage et incertain. Aucun quartier n’est fait, même les promesses de rançon sont refusées. Les artilleries des deux camps sont amenées au cœur du champ de bataille, pour y faire plus de dégâts. Le Grand Bâtard de Bourgogne tombe avec son corps sur le centre de la bataille, où le roi de France est déjà en difficulté. Au plus fort de la bataille, Louis XI a son cheval tué sous lui et roule au sol. Un début de panique se produit dans les rangs français. Mais la garde écossaise protège et relève le roi. Une nouvelle monture lui est fournie et il peut circuler dans les rangs de ses troupes (qui commençaient à flotter) pour les raffermir. Sur l’aile gauche bourguignonne, les valets reviennent sur le champ de bataille et tombent sur les Français chargés de butin, qu’ils assaillent à coup de masses.