Le sultanat mérinide ou marinide (en berbère : , Aït Mrin ; en arabe : , al-Marīniyūn) est un État du Maghreb al-Aqsa fondé par la dynastie mérinide, ou Beni Merin, d'origine berbère zénète. La dynastie règne de 1244 à 1465 et se trouve, à son apogée, à la tête d'un territoire incluant des portions de la péninsule Ibérique, le Maghreb central et l'Ifriqiya. Le sultanat est toutefois marqué par de grandes difficultés à maintenir le contrôle des territoires zianides et hafsides.

Après la défaite almohade lors de la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, les mérinides s'installent dans le Rif et soumettent plusieurs villes à leur tribut. Sous l'émir Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq, leur pouvoir s'étend et, après la capture de Marrakech et la chute des almohades, le souverain prend le titre de sultan et de commandeur des croyants. Le sultanat soutient activement le royaume de Grenade et lance un djihad contre les royaumes chrétiens, leur permettant de capturer Algésiras, Tarifa, Ronda et Cadix. Les mérinides mènent une série de guerres pour la conquête et le contrôle du Maghreb central et de l'Ifriqiya, Tlemcen devenant régulièrement l'objet de luttes et de sièges. En 1347, sous le règne d'Abu al-Hasan ben Uthman, le sultanat atteint son apogée territoriale et s'étend jusqu'à Barqa.

Cependant, à partir de 1358 et l'assassinat du sultan par son vizir, le sultanat mérinide entre dans une longue phase de déclin également appelée le ou première et deuxième éclipse mérinide. Les vizirs deviennent les véritables dirigeants et font et défont les sultans. Au début du , le contrôle du détroit de Gibraltar devient également un enjeu pour les Portugais et les Espagnols qui lancent des expéditions pour occuper Ceuta et Tanger. Le dernier sultan rejette le pouvoir des vizirs wattassides et les fait tuer. Ses décisions provoquent la colère des chérifs idrissides qui se révoltent, reprennent Fès et mettent fin à la dynastie mérinide.

Histoire

Origine Les Mérinides ou Beni Merin, tiennent leur nom de Merin, fils de Wartajan lui-même descendant d'un certain Wassin, descendant de Zanat. Les Mérinides sont originaires du Zab (ou Zibans) à l'est du MaghrebKhaneboubi, op.cit, p.21 plus précisément ils nomadisaient à l'origine dans les Zibans entre Djelfa et Biskra. Les Banu ' Abd al - Wād (ou Zianides), maîtres de Tlemcen, sont des cousins des Mérinides.

Selon Charles André Julien la tribu des Beni Merin nomadisait dans le Zab, l'actuelle région de Biskra, lorsque, à la fin du , elle fut peu à peu poussée vers l'ouest par les tribus hilaliennes. À la suite de l'invasion hilalienne de l'Ifriqiya au , ils doivent migrer vers l'ouest. Lors de la formation de l'Empire almohade, les Beni Merin errent dans les hautes plaines de l'Oranie et participent à la coalition zénète qui s'insurgea, sans succès, au contre les Almohades. Les Beni Merin sont donc obligés de s'exiler plus au sud dans les confins sahariens où ils échappent aux gouverneurs et impôts almohades, menant une vie précaire mais libre.

Les Beni Merin y compris les Banu Wattas, prétendent être les fondateurs de Ghadamès en Libye, ville renfermant de nombreuses bourgades appartenant aux clans mérinides des Banu Ouartajin et Banu Wattas.

Contrairement aux précédentes dynasties almoravide et almohade, les mérinides ne se mobilisent pas pour des motifs de réformations religieuses ou des prétentions politiques.

Émergence du pouvoir thumb|Porte de la nécropole mérinide de Chella, juste en dehors de Rabat.

À la suite de la bataille de Las Navas de Tolosa, les Banu Merin envisagent de profiter de l'affaiblissement almohade pour envahir le nord-est du Rif. Ils s'assurent un pouvoir d'influence sur plusieurs villes comme Taza, Fès et Ksar El Kébir et leur impose de payer un tribut. Ce premier raid est dirigé par des intérêts économiques et de quête de prestige et d'une certaine autonomie sous la protection du pouvoir hafside. Après cette victoire, le chef mérinide Abd al-Haqq meurt en 1217 dans une contre-attaque almohade. Son fils Uthman ben Abd al-Haqq lui succède. Les Mérinides prennent possession du Rif et semblent vouloir en rester là. Uthman ben Abd al-Haqq est assassiné, en 1240, par l’un de ses esclaves chrétiens et son frère Muhammad ben Abd al-Haqq lui succède.

Vaincus à Meknès en 1240 par l'armée almohade, le nouveau souverain nommé en 1244, Abu Yahya ben Abd al-Haqq, reprend les conquêtes et parvient à contrôler les villes de Fès, Taza, Meknès, Salé et Rabat en 1248. Il agit comme ses prédécesseurs pour le compte des hafsides. Pour s'assurer le soutien des territoires conquis, il instaure l'Iqtâ dans de nombreuses concessions, permettant de favoriser une gestion décentralisée tout en garantissant des levées militaires importantes. Fès devient la capitale de ce nouveau pouvoir qui scinde en deux le territoire du Maghreb Occidental. Il faut attendre son successeur, Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq, pour que les mérinides s'émancipe du pouvoir hafside. C'est à partir de son règne que l'on considère que le pouvoir mérinide est véritablement fondé. gauche|vignette|Portes de Bab el-Mrissa à Salé, construites entre 1260 et 1270. En 1260Le raid a eu lieu en 1260 selon Ibn Khaldoun et en 1263 selon Luis del Mármol Carvajal signale . a lieu la prise de Salé par les troupes d'Alphonse X de Castille : c'est le plus grand massacre de toute l'histoire de la ville. Salé reste pendant deux semaines aux mains des Castillans avant qu'Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq ne vienne la délivrerQantara, centre de recherche historique méditerranéen, version d'Ibn Khaldoun sur la prise de Salé.. La date coïncide avec la construction de l'une des plus grandes portes fortifiées du Maroc, Bab el-Mrissa (Bab Lamrissa) ; une porte maritime qui, à moitié enterrée aujourd'hui, barrait un canal et laissait passer entre ses piliers des navires pour les abriter de l'autre côté des remparts, construite par l'architecte sévillan Mohamed Ben Ali. Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq participe personnellement au chantier.. Les différents territoires almohades sont progressivement intégrés et la capture de Marrakech en 1269 met fin à la dynastie almohade. À la suite de cela, Abu Yusuf Yaqub se fait proclamer sultan et confirme son statut préexistant d'émir.

Sijilmassa est prise en 1274. Les Mérinides renoncent à installer le pouvoir à Marrakech et préfèrent édifier « Fès-la-Nouvelle », une ville nouvelle à côté de Fès al Bali, à partir de 1276. La légitimité de leur dynastie et de leur nouveau pouvoir reste complexe puisqu'ils ne peuvent s'appuyer sur aucune légitimité religieuse. Ils orientent dès lors leur politique afin de se considérer comme les héritiers des almohades avec pour objectif d'engager le djihad contre les royaumes chrétiens d'Espagne.

Interventions militaires

En péninsule ibérique En endossant également le titre d'Amir al-Muslimin, il intervient militairement à Tanger et Ceuta en 1273, avec l'appui de la flotte d'Aragon, et engage la première guerre sainte en territoire espagnol en 1275. Il répond à l'appel de l'émir nasride de Grenade qui lui offre les villes de Tarifa, Algésiras et Ronda comme tête de pont et de ravitaillement de son expédition. Afin de tempérer Aragon, Abu Yusuf Yaqub promet de construire une église à Ceuta. Cette première intervention reste mitigée, mais l'armée mérinide parvient à infliger de lourdes pertes chrétiennes à Écija face à .

Après avoir désigné son héritier présomptif, les neveux d'Abu Yusuf contestent ce choix. Le sultan les envoie participer aux différents jihad afin qu'ils affirment leur prétentions, permettant aux mérinides de prendre possession de quelques territoires et de s'y implanter. Au total, l'armée mérinide participe à quatre expéditions militaires dans la péninsule ibérique. Le sultanat ne constitue pas une grande emprise territoriale, mais s'intègre directement dans la diplomatie andalouse. En 1284, Alphonse X restitue notamment les manuscrits arabes et, à la suite du traité du , la protection est garantie aux commerçants musulmans en territoire chrétien.

Par la suite, Abu Yaqub Yusuf an-Nasr qui succède en 1286 tend à négliger la péninsule ibérique. Il intervient militairement en 1291 pour empêcher la capture de Tarifa mais finit par abandonner ces territoires aux andalous. Les possessions mérinides se réduisent à Algésiras, Tarifa, Ronda et Cadix et les relations diplomatiques avec Aragon se renforcent, stabilisant la situation territoriale.

Au Maghreb central thumb|left|Minaret de la Mansourah à Tlemcen en Algérie : mosquée bâtie durant le siège de Tlemcen (1299-1307) dans la ville-camp de Mansourah sous le sultan Abu Yaqub Yusuf an-Nasr.En parallèle des interventions effectuées en Espagne, les armées mérinides ne tardent pas à s'orienter également vers le Maghreb central afin de dominer les rivaux tribaux zénètes de Tlemcen. Face à la montée en puissance mérinide, ces derniers se rapprochent des Nasrides et des royaumes chrétiens afin de réduire les ambitions ibériques des mérinides. Cette situation pousse Abu Yussuf à attaquer Yaghmoracen Ibn Ziane en 1281, mais ne parvient pas à entrer dans Tlemcen. Une trêve est signée et le successeur de Yaghmoracen, Abou Saïd Uthman Ier, accorde une grande hospitalité aux opposants mérinides. En 1288, il emprisonne l'émissaire mérinide. Cependant, le sultan n'a pas la possibilité d'intervenir à ce moment-là à cause de la famine qui sévit et provoque la rébellion des Beni Watas.

Le Maghreb central devient alors un enjeu économique et politique car le contrôle du commerce transsaharien et de ses différents axes devient nécessaire au maintien du sultanat. Plusieurs routes privilégiaient désormais le Maghreb central où les connexions avec les commerçants gênois sont plus importantes. En 1295, la guerre éclate par la prise de Taourirt puis, en 1296, les villes de Oujda, Taounate, Honaïne, Cherchell, Miliana, Oran, Médéa, Mostaganem et l'Ouarsenis. Les villes de Nédroma, Alger, Béjaïa et Constantine acceptent de se soumettre. En 1298, l'armée mérinide encercle Tlemcen, cependant la bataille ne débute que le . Durant le long siège de huit ans, les mérinides créent la ville jumelle de Mansourah afin de détourner le commerce. Cette se dote d'un palais royal, d'une mosquée, de bains publics, d'un caravansérail, d'un hôpital et d'école. Elle devient en moins de trois ans un centre commercial florissant. Le siège réduit à la famine les habitants de Tlemcen, mais n'aboutit pas à la capture de la ville puisque le sultan Abu Yaqub Yusuf an-Nasr se fait assassiner en 1307 par un eunuque pour une obscure affaire de harem.

Remous andalous et conquête de l'Ifriqiya thumb|Médersa Bou Inania de Meknès, 1331-51.Au décès du sultan, Abu Thabit Amir accède au pouvoir après avoir exécuté l'héritier présomptif ainsi que tous les autres prétendants. Il fait lever le siège de Tlemcen, suivant l'avis des cheikhs du Conseil d'État. Il redirige alors l'armée vers Ceuta où un de ses cousins fait sécession. Après avoir repris Tanger, il meurt le et le pouvoir passe à son frère Abu al-Rabi Sulayman qui reprend le contrôle de Ceuta. Le il signe un traité de paix avec Aragon, mais ne tient pas ses engagements et refuse d'entrer en guerre contre le royaume de Grenade. À l'inverse, il soutient les nasrides qui, en retour, lui cèdent les villes d'Algésiras et de Ronda. Après le décès d'Abu al-Rabi en 1310, Abu Saïd Uthman II lui succède et le sultanat entre dans une période de paix, signant des trêves avec ses voisins jusqu'en 1331.