Dans l'histoire de l'Anjou, l'histoire d'Angers revêt une importance significative, la ville étant la capitale politique, culturelle et économique du comté puis du duché d'Anjou et enfin du Maine-et-Loire.
L'occupation humaine est attestée par des mises au jour de vestiges néolithiques et protohistoriques. C'est à l'époque gallo-romaine que la ville s'implante définitivement avec la fondation de Juliomagus. Après l'époque gallo-romaine, durant le Moyen Âge, la cité d'Angers prend de l'importance avec les seigneurs angevins qui deviennent comtes et finissent par dominer les provinces voisines de la Touraine et Maine. La dynastie des Plantagenêts va transformer le comté en une puissance imposante sous l'Empire Plantagenêt. À la fin du conflit entre Capétiens et Plantagenêt, le roi de France Louis IX fait ériger le château d'Angers. Par la suite, le duc René d'Anjou y favorisera les arts et la culture ainsi que l'université d'Angers.
À la Renaissance, Angers prend la tête d'une organisation territoriale de son domaine angevin. Elle dirige une importante sénéchaussée qui coiffe d'autres sénéchaussées secondaires. Elle est également à la tête d'une circonscription administrative qui comprend six pays d'élection. Un présidial fut établi à Angers dès 1552. C’était le premier corps judiciaire de l’Anjou. La province fait partie des pays de « grande gabelle » et comprend seize tribunaux spéciaux ou greniers à sel dont celui d'Angers. Lors de la Révolution française, Angers perdra un certain nombre de prérogatives administrative et territoriale. La ville d'Angers deviendra la préfecture du département de Maine-et-Loire. Au , la capitale angevine va se moderniser, avec la création de boulevards, de parcs et de monuments « haussmaniens ». Au , elle continue son expansion sur les plans, culturel, économique, écologique, social et urbain. Angers prend la tête d'une communauté urbaine importante : Angers Loire Métropole.
Préhistoire
La plus ancienne trace d’occupation humaine remonte à av. J.-C. et a été découverte rue de Frémur.. Le site est occupé dès le néolithique (vers 4500-3000 av. J.-C.) puisqu’un cairn a été retrouvé sur le site actuel du château. Des rejets de silex ont également été découverts sous le logis royal..
Antiquité
vignette|gauche|Statère d’électrum « aux aigrettes » frappé par les Andécaves.|alt=Double face d'une pièce de monnaie gauloise frappée par les Andécaves. Au , le peuple celte des Andes ou Andécaves s’établit dans la région d’Angers, surtout au nord de la Loire, et lui donne son nom. La présence d'un oppidum andécave sur le site de Juliomagus fut longtemps rejetée face au peu d'indices permettant d'étayer l'affirmationJean Mesqui, Le château d'Angers, 1988, Ouest-France, 3.. Cependant, la campagne de fouilles préventives entre 1992 et 2003 a finalement pu démontrer l'existence d'une occupation à l'époque de La Tène finale (vers 80-70 av. J.-C.) jusqu'à la période augustéenne (10 av. J.-C.). La présence de mobiliers archéologiques, de vestiges d'un rempart à poutrages horizontaux et la découverte de voies délimitant des secteurs d'activités permettent d'envisager à nouveau l'hypothèse d'un oppidum sur le site du châteauBouvet, J.-P. et al., 2004. Un oppidum au château d'Angers (Maine-et-Loire). In Les marges de l'Armorique à l'âge du fer. Archéologie et histoire culture matérielle et sources écrites. Actes du de l'AFEAF Nantes 1999. Presses Universitaires de Rennes, ...
Les armées de Jules César passent l’hiver à Angers en 57 av. J.-C. (César lui-même le mentionne dans La guerre des Gaules).. Dès lors, la ville se romanise. Cependant, le nom gallo-romain de Juliomagus (« le champ de Julius »), sans doute ancien, n’est attesté qu’au .Ptolémée, Géographie, , 8, 8..
Juliomagus est délimitée à l'ouest par la Maine et à l'est par un amphithéâtre. C'était une petite ville qui ne dépassait pas les 80 ha dans son extension maximum., à comparer aux 200 ha de Nemausus (Nîmes) et aux 220 ha d'Augustudunum (Autun) et devait compter environ . L’urbanisation « à la romaine » ne se fait pas sentir avant le règne de Tibère, au début du ap. J.-C., date à laquelle la voirie est mise en place : le maillage est orthogonal suivant le modèle des villes romaines et apparait vers 15-20 ap. J.-C. La voie principale, le decumanus maximus, correspond aujourd’hui à la rue Saint-Aubin. Seul un unique pont dont l'emplacement est inconnu devait permettre le passage de la Maine. On suppose le Forum près de l’emplacement actuel de la cathédrale ou la présence d’un vaste monument au niveau du château ; les thermes quant à elles se trouvaient place de la République. Les connaissances sont plus nombreuses concernant l’habitat privé. Ainsi des villas se trouvaient place du Ralliement ou des ateliers de potiers et bronziers rue Toussaint, sur le site de l'actuelle bibliothèque municipale. Enfin, plusieurs nécropoles étaient situées le long des voies de communication, près de la gare et de la place Leclerc notamment. À proximité immédiate de l’actuelle rue des Arènes s’élevait autrefois l'amphithéâtre de Growan ou Grohan, construit à Angers vers 115 Il pouvait accueillir environ . La présence d’un amphithéâtre était à l’époque un privilège impérial dont jouissait Angers aux seuls côtés de Tours dans la région. Rue René-Brémond a été trouvé un lieu de culte dédié au dieu Mithra démontrant que Juliomaguus comportait de nombreuses villas gallo-romaines très importantes. Il s'agit de la seule présence dans l'ouest de la France du culte de ce dieu. Le sanctuaire date du début du et est volontairement détruit à la fin du à la suite d'un incendie..
Les invasions barbares des années 275-276 ont provoqué un repli des habitants vers le promontoire de la Cité. Ainsi, au tournant des est édifiée une muraille ne délimitant plus qu’une petite superficie d’environ 9 ha (l’actuelle Cité). L’enceinte, de forme ovale, mesure environ m et est percée aux quatre points cardinaux de portes, dont la principale durant l’Antiquité est l’Orientale (devenue par la suite porte Saint-Aubin). L’épaisseur du mur atteint par endroits 4 à . Ce sont aujourd'hui les principaux vestiges de l’époque gallo-romaine : l'appareillage, de moellons et de briques, d'une partie de ce mur est encore visible, rue Toussaint.. Les tours Villebon et de l’Évêché en sont les deux autres témoignages, quoique largement remaniées.
Le christianisme se développe à Angers et le premier évêque est mentionné en 372 (nommé Defensor – ce n'est qu'un titre, l'évêque étant alors le premier défenseur de la ville), lors de l’élection de Martin à l’évêché de Tours..
Par ailleurs, Angers est l’une des rares villes à présenter des indices de la présence précoce de populations goths dans la Gaule du Nord aux et siècles. Ainsi, dans la nécropole, découverte aux abords de la gare Saint-Laud, qui regroupe plus d’une centaine de sépultures datées de la fin du siècle au début du siècle, une dizaine de sépultures se distinguent plus particulièrement des autres, tant d’un point de vue funéraire, au niveau de l’orientation de leurs tombes, que d’un point de vue archéologique, avec la présence de mobiliers caractéristiques de la culture germano-orientale de Tcherniakhov, dont les membres sont considérés par leurs contemporains comme des Goths. Une étude de paléogénétique confirme que ces individus porteurs de mobilier germano-oriental se distinguent de la variabilité génétique locale angevine de l’AntiquitéMélanie Pruvost, Lola Briceno, Harmony de Belvalet et al., L’apport de la paléogénétique à la compréhension des populations de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge. L’exemple de la nécropole de la gare Saint-Laud à Angers, Les ensembles funéraires altomédiévaux : nouvelles recherches et nouvelles méthodes, actes du colloque des 42e journées internationales de l'AFAM. Saint- Germain-en-Laye (Yvelines), du 5 au 8 octobre 2022, Association Archéologie des nécropoles, Association Française d’Archéologie mérovingienne, pp.339-357, 2025.
La ville prend au tournant du le nom du peuple gaulois qui l’habitait : civitas Andecavorum, ou Andecavis, à l’origine du nom Angers..
Moyen Âge
Des invasions normandes et bretonnes à l'Empire Plantagenêt gauche|vignette|Le château d'Angers, édifié à partir du .|alt=Vue du château d'Angers et de la Porte des champs.En périphérie de la Cité, des nécropoles sont érigées à partir du pour accueillir les premiers évêques de la ville (sur le site de l’actuelle place du Ralliement). Vingt-cinq sarcophages mérovingiens y ont été mis au jour en 2008.. Vers le milieu du est consacrée la première abbaye (Saint-Aubin) – selon la légende par l'évêque de Paris, saint Germain – afin d’abriter le tombeau d'Aubin. L'abbaye Saint-Serge est créée environ un siècle plus tard par les rois mérovingiens Clovis II et Thierry III. L'église cathédrale de la ville est dédiée à saint Maurice en 770..
Le milieu du voit apparaitre des temps troublés. Tant les Bretons que les Normands font d’incessantes incursions en Anjou. Le comte s’installe même à l’emplacement actuel du château afin de surveiller la rivière. La ville sera néanmoins pillée par le chef viking Hasting en 845, puis à nouveau en 852.. Après la bataille de Jengland, Charles le Chauve et Erispoë, chef breton, se rencontrent à Angers en septembre 851 pour signer le traité d'Angers qui donne à la Bretagne les pays rennais, nantais et de Retz, fixant ainsi les limites frontalières de la Bretagne.. Charles le Chauve décide alors en 853 d’établir une marche autour des territoires de l'Anjou, de la Touraine, du Maine et du pays de Sées. Il la confie à Robert le Fort qui sera tué en 866 au cours de la bataille de Brissarthe. Finalement, en 872, les Normands prennent la ville et s’y installent pendant près d’un an. Charles le Chauve intervient lui-même aux côtés de Salomon de Bretagne pour les en déloger. Le roi de Bretagne détourne alors la Maine, ce qui met les bateaux viking à sec et ôte une protection au château. Hasting négocie son départ en offrant une part du butin.. Ce détournement est à l'origine du canal de la tannerie, comblé seulement au ..
Les derniers Carolingiens, rois des Francs et comtes d’Anjou, délèguent la gestion du comté à des vicomtes à partir de la fin du . L’un d’entre eux, Foulque le Roux, deviendra Foulque d'Anjou en 929 et fondera ainsi la première dynastie des comtes d’Anjou. La région s’apaise et le rôle militaire d’Angers aux marches du Royaume disparait pour plusieurs siècles.
Le calme retrouvé, la ville se développe par le biais de nombreux bourgs et faubourgs. Au , Foulque Nerra, comte d’Anjou, laisse à Angers une empreinte considérable. Il fait restaurer l’église Saint-Martin, le plus vieux monument actuel de la ville ; favorise la fondation d’abbayes bénédictines (Saint-Nicolas et Notre-Dame-de-la-Charité, future abbaye du Ronceray). – il fait également creuser l’étang Saint-Nicolas sur le Brionneau – ; enfin, il fait édifier le premier pont de pierre à l’emplacement du pont de Verdun. Toutes ces installations en rive droite de la Maine sont à l’origine du quartier de la Doutre. Son surnom – « le noir » – lui a été attribué postérieurement, au . De son vivant, il était appelé « l’Ancien » ou le « Jérosolimitain » du fait de plusieurs pèlerinages à Jérusalem. vignette|L'empire Plantagenêt sous Henri II d'Angleterre ().|alt=Carte de l'empire Plantagenêt sous le règne d'Henri II, allant de la Navarre à l'Angleterre et l'Irlande orientale.