Anopheles (nom commun du genre masculin : anophèle http://fr.wiktionary.org/wiki/anoph%C3%A8le anophèle - Wiktionnaire) est un genre de moustiques de l'ordre des diptères, de la famille des Culicidae, sous-famille des Anophelinae. Cette sous-famille comporte également deux autres genres : Bironella et Chagasia, numériquement bien moins nombreux.
Des espèces d'anophèles sont responsables de la transmission du paludisme aux animaux homéothermes (cf. section détaillée : « Vecteur biologique »). 464 espèces d'anophèles sont actuellement identifiées, mais seules 68 d'entre elles transmettent le parasite Plasmodium à l'être humain Sanofi Aventis - Critères taxonomiques des (anophèles) adultes ; octobre 2008 . Ces vecteurs sévissent principalement en Afrique subsaharienne, en Asie et en régions néotropicales G. Macdonald, The Epidemiology and Control of Malaria - Zones de distribution des anophèles responsable du paludisme .
Nombre d'anophèles jouent aussi un rôle considérable dans la transmission d'autres parasites comme Wuchereria bancrofti et Brugia malayi, les agents de la filariose lymphatique Chapman & Hall, Medical Insects and Arachnids (pp. 120-240) - Vecteurs de la filiarose lymphatique .
Anopheles funestus et Anopheles gambiae sont les seuls anophèles connus comme vecteurs d'un arbovirus du genre alphavirus. Ils ont joué un rôle majeur dans les épidémies dues au virus de l'o'nyong-nyong en Afrique subsaharienne, au départ de l'Ouganda CRORA (Centre collaborateur OMS de référence et de recherche sur les arbovirus) - Informations sur l'épidémie de O'nyong-nyong de 1959 à 1963 . An. funestus est aussi impliqué dans la propagation de la maladie du yando, de TataguineInstitut Pasteur ; « Tataguine (Ar D 252) » et du sindbisIRD ; « Les facteurs de risques naturels » .
Étymologie Le mot latin a été créé par Johann Wilhelm Meigen, venant du grec ancien anôphelês qui signifie «nuisible» (par la combinaison du an (αν) privatif et de ôphelès (ωφελής) signifiant « utile »). C'est Georges Cuvier qui, en 1829, francise ce terme en « anophèle »Source : Alain Rey (1994). Dictionnaire historique de la langue française. 2 volumes. Le Robert (Paris) : xxii + 2387 p..
Systématique genre Anopheles Meigen, 1818 : 7 sous-genres, 464 espèces ; présence sur les cinq continents. Seul ce genre comporte des espèces vectrices du paludisme ; sous-genre Anopheles Meigen, 1818 : 182 espèces ; sur les cinq continents sauf en écozone afrotropicale et en péninsule Arabique. Ce sous-genre comprend les vecteurs atroparvus, labranchiae, maculipennis, sacharovi, messeae, freeborni, hermsi, quadrimaculatus, pseudopunctipennis, vestitipennis, sinensis, barbirostris, etc ; sous-genre Cellia Theobald, 1902 : 219 espèces ; ancien monde et écozone australasienne. Il comprend les vecteurs les plus importants gambiae, funestus,nili, moucheti et des vecteurs locaux ou secondaires :ovengensis, pharoensis, sergentii, stephensi, maculatus, farauti, dirus, subpictus, superpictus, sundaicus, minimus, balabacensis, culicifacies etc ; sous-genre Kerteszia Komp, 1937 : 12 espèces ; Amérique du Sud. Il est inféodé aux bromeliacées au vu de son écologie larvaire et comprend A. bellator ; sous-genre Lophodomyia Antunes, 1937 : 6 espèces ; régions néotropicales ; sous-genre Nyssorhynchus (Blanchard) : 38 espèces ; nouveau monde sauf Australie. Il comprend les vecteurs albimanus, albitarsis, aquasalis, darlingi, nuneztovari, etc ; sous-genre Stethomyia Edwards, 1932 : 5 espèces ; régions néotropicales ; sous-genre Baimaia Harbach, 2005 : 1 espèce ; sud-est asiatique.
Biologie thumb|right|Carte de distribution des anophèles Cycle de vie Comme tous les moustiques, les anophèles passent par quatre stades dans leur cycle de vie : le stade zygotique (œuf) , le stade larvaire, le stade pupaire et, enfin, le stade imaginal (adulte). Les trois se déroulent en milieu aquatique et durent, en tout, entre 7 jours et 5 semaines selon l'espèce et, surtout, la température ambiante. Le stade adulte se déroule en milieu aérien et dure environ une semaine pour le mâle et jusqu'à deux mois pour la femelle.
Stade zygotique Les femelles adultes sont des ovipares et pondent de 50 à 200 œufs. Ces derniers mesurent ~ 0.5 x 0.2 mm et sont pondus séparément par oviposition (fait de déposer les œufs à un certain endroit) directement sur l'eau. Ces œufs n'ont pas d'oothèque et possèdent des flotteurs latéraux. Peu résistants à la sécheresse, ils éclosent en 2 à 3 jours en climat tropical et en 2 à 3 semaines en climat tempéré.
thumb|190px|Activité d'une larve d'anophèle (longueur ~ 8 mm) thumb|190px|Représentation latérale de larves d'Anopheles et de Culex dans leurs positions caractéristiques
Stade larvaire Les larves s'alimentent et se maintiennent au repos sous la surface de l’eau, respirant par leurs stigmates situés sur l'avant dernier segment abdominal. Elles doivent pour respirer se maintenir parallèles à la surface de l’eau, ce qui est caractéristique de cette sous famille. Cette position est assurée grâce à des poils hydrophobes ressemblant à des palmiers et situés sur le dos de l'abdomen.
Les larves d'anophèles (comme tous les Culicidae) se différencient des autres insectes aquatiques par l'absence de pattes. Elles sont clairement constituées de trois parties : une tête pourvue d'une paire de mandibules armées de dents sur leur bord distal (bord le plus éloigné de la tête (en opposition à « proximal »)) et qui forment avec le labium (pièce buccale faisant partie de la langue) l'appareil masticateur. L'ensemble est flanqué d’une paire de brosses buccales qui entraînent les aliments vers cet appareil. Cette tête peut tourner à 180° afin d'attraper les particules de nourriture flottant à la surface de l'eau ; un thorax plus large que la tête ; un abdomen pourvu de neuf segments. Le le siphon respiratoire et le des cils. Les larves passent la majeure partie de leur temps à s'alimenter d'algues, de bactéries, et d'autres microorganismes juste sous la surface de l'eau. Leur pigmentation externe est en mimétisme avec le milieu aquatique où elles vivent. Plongeant seulement si elles sont perturbées, elles nagent par des mouvements saccadés du corps entier ou par propulsion grâce à leurs brosses buccales.
L'anophèle est un holométabole dont la larve passe par 3 exuviations (mues de croissance) la menant d'une longueur de ~ au stade 1 à ~ 5– au stade 4. La durée du processus dépend de la température ambiante avec un minimum de 5 jours.
thumb|190px|Une pupe d'anophèle avec en haut à gauche les 2 trompettes respiratoires
Stade nymphal C'est le stade le plus critique pour l'anophèle qui est exposé aux variations climatiques et aux prédateurs sans possibilité de réaction.
La pupe Encyclopédie des ravageurs européens - Définition du terme « pupe » , vue latéralement, ressemble à une virgule. la pupaison se réalise à l'intérieur de la cuticuleLa cuticule désigne la couche externe sécrétée par l'épiderme des arthropodes. Elle ne comporte pas de cellules et constitue leur exosquelette. Chez les insectes, elle est en général formée de trois couches. du dernier stade larvaire qui n'est pas rejetée mais qui se durcit et devient un cocon abritant l'ensemble des transformations de la métamorphose. La tête et le thorax sont fusionnés dans un céphalothorax et l'abdomen courbé vers le bas. Bien qu'elle ait cessé de se nourrir, tout comme la larve, la pupe est obligée de venir fréquemment à la surface de l'eau pour respirer, ce qu'elle fait grâce à une paire de trompes situées au sommet du céphalothorax. Après quelques jours, la surface dorsale du puparium (capsule durcie qui enveloppe la pupe) se fend longitudinalement en deux à hauteur du céphalothorax et l'imago émerge alors de l'exuvie du dernier stade larvaire.
thumb|190px|Imago d'Anopheles stephensi femelle
Stade imaginal L'adulte possède un corps effilé constitué de 3 sections : la tête spécialisée pour acquérir l'information sensorielle et pour l'alimentation. Elle contient les yeux composés et une paire d'antennes segmentées et plumeuses (plus chez le mâle). Celles-ci sont importantes, aussi bien, pour détecter les odeurs de nourriture, pour les 2 sexes, que les animaux homéothermes et les sites de ponte pour les femelles. La tête comporte également : chez le mâle, le proboscis muni d'un labium et, parallèles, deux palpes maxillaires sensoriels aussi long que le proboscis ; chez la femelle un proboscis muni d'un labium et d'un rostreChez des insectes suceurs, le rostre est la pièce buccale modifiée pour percer et aspirer. doté de deux stylets tandis que les deux palpes sensoriels sont légèrement plus courts. le thorax est spécialisé dans la locomotion. Il comprend : trois paires de pattes uniramées ; une paire d'ailes nervurées attachées au mésothorax. Elles servent au vol proprement dit ; une paire d'haltères attachées au métathorax. Elles aident l'insecte à améliorer son équilibre en vol en agissant à la manière de gyroscopes. Le thorax comporte, également, une partie des stigmates et enferme l'estomac. l'abdomen, qui contient le cœur et l'autre partie des stigmates, est spécialisé dans : la digestion; la reproduction. Il est composé de 8 segments eux-mêmes constitués de 2 parties : le tergite (partie dorsale) et le sternite (partie ventrale) plus un qui renferme l'appareil reproducteur chez les 2 sexes.
La durée de vie de l'adulte est entre 6 jours et 1 mois, voire plus pour la femelle et environ 5 jours pour le mâle. Chez certaines espèces, les femelles peuvent survivre plus de 3 mois en état de diapause (hibernation) comme An. superpictus ou en état d'estivation comme An. arabiensis pendant les périodes de chaleur et de sécheresse intense au Soudan.
Mâles et femelles se nourrissent de nectar et de jus de plante car ils ont besoin de sucres comme source d'énergie. Les femelles sont aussi hématophages. Elles doivent prendre un repas sanguin, voire 2 ou 3 s'il s'agit de femelles nullipares, afin de permettre aux œufs de se développer dans les ovaires.
thumb|190px|Copulation « en opposition » (il ne s'agit pas d'Anopheles mais la position est identique)
Reproduction La copulation a lieu dans les 24 à 48 h suivant l'émergence de l'adulte.
Les femelles ne s'accouplent qu'une seule fois au cours de leur existence. Les spermatozoïdes sont stockés dans une spermathèque, dont ils sont extraits progressivement pour féconder la totalité des œufs qu'elles produisent pendant le reste de leur vie.
Technique de chasse de l'imago femelle La copulation terminée, les femelles cherchent leur sanguin dès le crépuscule et en continuant pendant la nuit jusqu'à ce qu'elles l'aient trouvé. Le repas dure de 2 à 3 min et la quantité de sang ingérée varie de 1 à 2,5 µl. Certaines espèces, comme An. albimanus, sont exophagiques (c'est-à-dire qu'elles préfèrent prendre leur repas à l'extérieur des bâtiments) et d'autres, comme An. gambiae, sont endophagiques (à l'intérieur des bâtiments). Une autre différenciation dans le comportement de l'anophèle est son degré d'anthropophilie (vivant plutôt dans un milieu habité par l'homme) ; An. gambiae et An. culicifacies piquent essentiellement les humains et rarement le bétail, alors qu'An. culifacies pique aussi bien le bétail que les humains.
Lorsque les humains ou les animaux respirent, ils produisent du CO2 et leur corps dégage constamment de la chaleur et de l'humidité (transpiration) ainsi que beaucoup d'autres kairomones comme l'acide lactique ou le sébum. Les odeurs de certaines hormones sécrétées par la femme enceinte sont aussi très attirantes.