Gilbert Keith Chesterton, né le à Londres et mort le à Beaconsfield, est un écrivain anglais du début du , considéré comme étant de premier plan. Son œuvre est d'une grande variété : il a été en effet journaliste, poète, biographe et apologiste du christianisme. En tant qu'auteur de romans policiers, il est surtout connu pour la série de nouvelles dont le personnage principal est un détective en soutane : le père BrownLa Clairvoyance du père Brown, La Sagesse du père Brown, L'Incrédulité du père Brown, etc..

Il est particulièrement renommé pour ses œuvres d'apologétique chrétienne ; même ses adversaires ont reconnu l'importance de textes comme Orthodoxie ou bien L'Homme éternel qui parvint à convertir l’écrivain C. S. Lewis au christianisme. Chesterton parlait souvent de lui-même comme d'un chrétien « orthodoxe ». Membre de la Haute Église anglicane, il se convertit au catholicisme en 1922 [https://www.patheos.com/blogs/davearmstrong/2020/01/g-k-chestertons-conversion-to-catholicism-in-brief.html G. K Chesterton's Conversion Story, Socrates 58 (World Wide Web log), 19 janvier 2020].. George Bernard Shaw, son « adversaire et ami »« Friendly enemy », selon un article dans Time du 11 novembre 1943., dit de lui dans le magazine Time : « C'était un homme d'un génie colossalOrthodoxologist Time, 11 octobre 1943. ».

En tant que penseur politique, Chesterton se classe comme un réactionnaire en critiquant à la fois progressistes et conservateurs : « Le monde s'est divisé entre Conservateurs et Progressistes. L'affaire des Progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L'affaire des Conservateurs est d'éviter que les erreurs ne soient corrigées« The Blunders of Our Parties », Illustrated London News, 19 avril 1924.. » Il est l'un des créateurs de la philosophie économique du distributionnisme.

Surnommé « le prince du paradoxe », il utilise abondamment proverbes et dictons populaires, et notamment les lieux communs en les détournant de leur sens. On trouve par exemple dans Le Nommé Jeudi cette phrase : « Les cambrioleurs respectent la propriété. Ils veulent simplement que la propriété, en devenant la leur, soit plus parfaitement respectée ». Jorge Luis Borges le revendique comme l'un de ses principaux maîtres.

Biographie thumb|G. K. Chesterton à l'âge de . Chesterton naît à Londres dans une famille bourgeoise. Sa mère, Marie-Louise, née Grosjean, est la fille d'un prédicateur laïc suisse. Son père, Edward Chesterton.. (1841-1922), dirige une agence immobilière avec son frèreL'agence existe toujours de nos jours à Londres..

Il est baptisé à l’âge d’un mois dans l'Église d'Angleterre, bien que sa famille pratiquât l'unitarisme de façon irrégulière. Il a eu une sœur morte en bas âge, et un frère de cinq ans son cadet, Cecil, avec qui il formera un partenariat culturel et familial intense. À la naissance de son frère, Chesterton écrira dans son autobiographie qu'il était content : « J'avais enfin un public à qui parler. »

Il étudie à la St Paul's School de Londres, puis à la Slade School of Art dans le but de devenir illustrateur. Il suit plus tard des cours de littérature à l'University College, sans pour autant obtenir de diplôme. En 1896, il commence à travailler pour l'éditeur londonien Redway, puis chez T. Fisher Unwin chez qui il reste jusqu'en 1902. Pendant cette période, il se lance aussi dans le journalisme comme pigiste dans la critique littéraire et artistique. En 1901, il épouse Frances Blogg avec qui il restera marié toute sa vie (ils ne pourront avoir d'enfant). L'année suivante, une chronique d'opinion hebdomadaire lui est proposée au Daily News, puis en 1905 à l’Illustrated London News, où il restera pendant trente ans.

D'après son propre témoignage, dans sa jeunesse il aurait été fasciné par l'occultisme, et aurait notamment utilisé avec son frère un ouija.. Avec l'âge, il s'intéresse de plus en plus au christianisme, pour finalement se convertir au catholicisme en 1922 à ..

vignette|Caricature de Chesterton par Max Beerbohm. Chesterton était très grand () et de forte corpulence (il lui est arrivé d'atteindre ). Sa silhouette et sa personnalité inspirèrent au romancier John Dickson Carr le personnage du détective Gideon Fell.

Chesterton portait habituellement une cape, une canne-épée, et avait continuellement un cigare à la bouche. Un jour, il dit à son (maigre) « ami » George Bernard Shaw : « À vous voir, tout le monde pourrait penser que la famine règne en Angleterre » ; à quoi Shaw aurait rétorqué : « À vous voir, tout le monde pourrait penser que c'est vous qui en êtes la cause »Voir ..

Il oubliait fréquemment où il était censé se rendre et on rapporte qu'un jour, il avait envoyé à sa femme un télégramme ainsi rédigé : « Suis à Market Harborough. Où devrais-je être ? » À quoi sa femme répondit : « À la maison »..

thumb|left|350px|George Bernard Shaw, Hilaire Belloc et G. K. Chesterton Chesterton aimait le débat, et se lançait souvent dans des discussions publiques et amicales avec George Bernard Shaw, H. G. Wells, Bertrand Russell et Clarence Darrow, entre autres. D'après son autobiographie, ils auraient tenu, Shaw et lui, des rôles de cow-boys dans un film muet qui ne sortit jamais.

Il mène une campagne victorieuse contre un amendement déposé par Winston Churchill à la loi de 1913 sur les handicapés mentaux (Mental Deficiency Act 1913), visant à instaurer un programme de stérilisations contraintes. Il écrira en 1922 , un essai contre l’eugénisme dont était adepte notamment George Bernard Shaw.

Il meurt dans sa maison de Beaconsfield, dans le Buckinghamshire, le . C'est Ronald Knox qui prononce l'homélie de sa messe de funérailles, dans la cathédrale de Westminster à Londres. Il est enterré au cimetière catholique de Beaconsfield.

Vers la fin de sa vie, le pape Pie XI lui confère le statut de chevalier commandeur avec plaque de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand..

Le , le président de la Société américaine Chesterton, Dale Ahlquist, annonce que l’évêque britannique Peter John Haworth Doyle a nommé un clerc pour enquêter sur la cause de béatification de ChestertonOuverture de l'enquête pour la béatification de Chesterton..

Écrivain

thumb|Chesterton à son bureau.

Chesterton a écrit environ , plusieurs centaines de poèmes, quelque , et plusieurs pièces de théâtreUne page de Wikiquote, le recueil des citations libre.. Il fut chroniqueur pour le Daily News, l’Illustrated London News et pour son propre journal, le G. K.'s Weekly. Il écrivit également des articles pour l’Encyclopædia Britannica, comme l'article « Charles Dickens » et des parties de l'article « Humour » dans la (1929). Son personnage le plus connu est le Père Brown, un prêtre détective qui n'apparaît que dans des nouvelles.

Il fut un chrétien convaincu bien avant sa conversion au catholicisme, et la thématique chrétienne apparaît tout au long de son œuvre. Ses écrits sont pleins d'humour, il utilise la plaisanterie et le paradoxe pour faire des observations profondes sur le monde, la politique., le gouvernement, la philosophie, et de nombreux autres sujetsToutes les citations de Gilbert Keith Chesterton, ses meilleures pensées, consulté le 15 juin 2019..

, écrit Alberto Manguel en 2004 dans la postface du Paradoxe ambulantLe paradoxe ambulant : 59 essais choisis par Alberto Manguel ; Actes Sud, 2004 - 376 pages (Babelio).

La barrière de Chesterton

La « barrière de Chesterton » est le principe selon lequel on ne devrait pas faire de réformes avant d'avoir compris le raisonnement qui sous-tend l'état actuel des choses. La citation provient du livre de Chesterton de 1929, « The Thing: Why I Am a Catholic » (La Chose : Pourquoi je suis catholique), dans le chapitre « The Drift from Domesticity » (La dérive de la domesticité).:

Influence thumb|Télégramme envoyé par le cardinal Eugenio Pacelli (futur Pie XII) au nom du pape Pie XI s'adressant au peuple d'Angleterre à la suite du décès de Chesterton. L'essai L'Homme éternel de Chesterton contribua à la conversion au christianisme de C. S. Lewis, l'auteur du Monde de Narnia. Dans une lettre du à Rhonda BodleC. S. Lewis: The Collected Letters, Vol. 2., Lewis écrit : « La meilleure (et de loin) défense populaire du christianisme que je connaisse est L'Homme éternel de G. K. Chesterton ».

La biographie de Charles Dickens par Chesterton cause un regain d'intérêt populaire et académique pour l'œuvre de Dickens.

L'œuvre de Chesterton a reçu des éloges d'auteurs tels que : Ernest Hemingway, Graham Greene, Evelyn Waugh, Franz Kafka, Jorge Luis Borges, Gabriel García Márquez, J. R. R. Tolkien, Karel Čapek, Paul Claudel, Étienne Gilson, Pierre Klossowski, George Orwellqui cite The Napoleon of Notting Hill comme un de ses textes préférés., Jean Paulhan, Agatha Christie, Sigrid Undset, Anthony Burgess, Orson Welles, Dorothy Day, Gene Wolfe, Tim Powers, Martin Gardner, Neil Gaiman, Marc-Edouard Nabe, Simon Leys, etc.

Œuvre

Romans thumb

The Napoleon of Notting Hill (1904) The Man Who Was Thursday : A Nightmare (1908) Nouvelle édition sous le titre L'homme qu'on appelait Jeudi - un cauchemar, traduit par Marie Berne, L'Arbre Vengeur, 2021 The Ball and the Cross (1909) Manalive (1912) The Flying Inn (1914) The Return of Don Quixote (1927) The Floating Admiral (1931), écrit en collaboration avec des membres de Detection Club

Recueils de nouvelles Série Père Brown The Innocence of Father Brown (1911) The Wisdom of Father Brown (1914) The Incredulity of Father Brown (1926) The Secret of Father Brown (1927) The Scandal of Father Brown (1935)

Autres recueils de nouvelles The Club of Queer Trades (1905) The Man Who Knew Too Much (1922) The Trees of Pride (1922) Tales of The Long Bow (1925) The Sword of Wood (1928) The Poet and the Lunatics (1929) Four Faultless Felons (1930) The Paradoxes of Mr. Pond (1937) - ouvrage posthume La Fin de la sagesse et autres contes extravagants (anthologie française), Lausanne, L'Âge d'Homme, 2009, L'Inconvénient d'avoir deux têtes (anthologie française), Versailles, Via Romana, 2010 Le jardin enfumé (anthologie française), Bordeaux, L'Arbre Vengeur, 2007

Essais The Defendant (1901) Twelve Types (1902) Varied Types (1903) Heretics (1905) Orthodoxy (1908) All Things Considered (1908) Tremendous Trifles (1909) Alarms and Discursions (1910) What's Wrong With the World (1910) A Miscellany Of Men (1912) The Victorian Age in Literature (1913) London (1914) The Barbarism of Berlin (1914) Trial of John Jasper, Lay Precentor of Cloisterham Cathedral in the County of Kent, for the Murder of Edwin Drood (1914) The Appetite of Tyranny (1915) The Crimes of England (1915) Divorce vs. Democraty (1916) The Book of Job (1916) A Shilling for My Thoughts (1916) Temperance and The Great Alliance (1916) Utopia of Usurers (1917) A Short History of England (1917) How to Help Annexation (1918) Irish Impressions (1919) The New Jerusalem (1920) The Superstition of Divorce (1920) The Uses of Diversity (1920) Eugenics and Other Evils (1922) Fancies Versus Fads (1923) The Everlasting Man (1925) The Outline of Sanity (1926) The Catholic Church and Conversion (1926) Social Reform vs. Birth Control (1927) Generally Speaking (1928) Do We Agree? (1928) - Débat avec George Bernard Shaw The Thing: Why I am Catholic (1929) All is Grist (1931) Christendom in Dublin (1932) Sidelights of New London and Newer York (1932) All I Survey (1933) A Vowals and Denials (1935) The Well and the Shallows (1935) The Way of the Cross (1935) As I Was Saying (1936) Le Paradoxe ambulant : 59 essais (choix de textes), Arles, Actes Sud, , 2004 ; rééd. Les Belles Lettres, Paris, , 512 p., 2024 A bâtons rompus : propos débridés, Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme, , 2010 Le Sel de la vie, Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme, , 2010 Saint Georges et le Dragon, Lausanne, L'Âge d'Homme, , 2016

Poésie Greybeards at Play (1900)