Le Grand Prix d'Argentine 1956 (), disputé sur le circuit Oscar Alfredo Galvez le , est la quarante-neuvième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la première manche du championnat 1956.

Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde Depuis 1954, les épreuves retenues pour l'attribution du titre mondial des conducteurs se disputent suivant la réglementation 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre) de la Formule 1, à l'exception des 500 Miles d'Indianapolis, courus selon l'ancienne formule internationale.

La saison 1955 a été totalement dominée par Mercedes-Benz, dont les voitures se sont imposées en formule 1 (doublé Juan Manuel Fangio / Stirling Moss au championnat du monde) et en endurance. Le constructeur allemand a toutefois pris la décision de mettre un terme à son engagement en sport automobile, tout comme Lancia qui, en difficulté financière, a cédé tout son matériel de compétition à la Scuderia Ferrari. L'année 1956 s'ouvre sur un affrontement entre Ferrari et Maserati, en Grand Prix comme en sport. Après avoir envisagé une retraite sportive, Fangio, triple champion du monde, a finalement décidé de courir pour Ferrari, une décision motivée par la confiscation de ses biens par le nouveau gouvernement argentin. Moss ayant signé pour Maserati, les deux anciens coéquipiers, considérés comme les deux meilleurs pilotes du moment, sont désormais rivaux dans la conquête du titre mondial.

Pour contrer les constructeurs italiens, les Britanniques BRM, Vanwall et Connaught disposent de monoplaces prometteuses, mais dont la mise au point n'est toutefois pas totalement achevée en ce début de saison. Avec très peu de moyens, Amédée Gordini a également progressé dans la conception de sa monoplace à moteur huit cylindres, mais a également renoncé à la campagne sud-américaine. Quant à la prestigieuse marque Bugatti, qui a mis en chantier deux monoplaces à moteur central, elle a pour objectif un retour en compétition à l'occasion du Grand Prix de France en juillet.

Le circuit

thumb|left|alt=Autodrome|L'entrée du très moderne autodrome du 17 octobre, inauguré en 1952. C'est une nouvelle fois le tracé numéro deux de l'Autodrome du , long de 3912 mètres, qui a été retenu pour l'épreuve inaugurale du championnat du monde. Inauguré en 1952, ce circuit construit dans les faubourgs de Buenos Aires propose un parcours sinueux dans un environnement très moderne. Les deux éditions précédentes ont été remportées par Juan Manuel Fangio, qui jouit d'une énorme popularité dans son pays.

Monoplaces en lice Ferrari Lancia D50 "Usine" thumb|upright=1.2|left|alt=Lancia D50|Une Ferrari Lancia D50 dans sa version de base avec réservoirs principaux entre les roues. Grâce au matériel de course cédé par la Scuderia Lancia à la fin de la saison précédente, bénéficiant de plus d'une aide financière de Fiat, Enzo Ferrari dispose désormais de moyens considérables. Trois des six Lancia D50 construites, rebaptisées Ferrari, ont été amenées en Argentine. Le V8 d'origine Lancia a été légèrement amélioré et développe désormais 270 chevauxRevue L'Automobile n°119 - mars 1956. Caractérisées par leurs réservoirs latéraux entre les roues, les D50 se sont montrées dès leurs débuts très performantes mais délicates à piloter. Pour la campagne sud-américaine, deux ont été modifiées : dénommées 'Argentina', ces versions ont le réservoir principal à l'arrière, la contenance des réservoirs latéraux ayant été drastiquement réduite, le volume gagné permettant de loger les échappements sur les côtés, modifications permettant un meilleur contrôle de la voiture, qui pèse désormais 640 kg. Les pilotes les plus expérimentés de la Scuderia pourront disposer de ces monoplaces : le triple champion du monde Juan Manuel Fangio et Luigi Musso sur les versions 'Argentina', Eugenio Castellotti sur la version de base.

Ferrari 555 "Usine" thumb|upright=1.2|alt=Ferrari 555|La Ferrari 555 Supersqualo. Testant différentes solutions techniques, Ferrari a également engagé quatre 555 Supersqualo de l'année précédente, deux équipées du classique quatre cylindres en ligne (plus de 260 chevaux), les deux autres recevant à titre expérimental le V8 de la D50. Une classique est confiée au jeune Britannique Peter Collins, nouveau venu dans l'équipe, une V8 au Belge Olivier Gendebien qui fait ses débuts en Grand Prix, les deux autres voitures étant en réserve.

Maserati 250F "Usine" left|thumb|upright=1.1|alt=moteur 250F|Le six cylindres de la Maserati 250F L'usine a engagé quatre 250F pour Stirling Moss, Jean Behra et les pilotes locaux José Froilán González et Carlos Menditéguy. Elle apporte en outre son soutien aux voitures du pilote brésilien Chico Landi (Scuderia Guastalla) et de l'Italien Luigi Piotti. Gerino Gerini est inscrit comme pilote de réserve de la Scuderia GuastallaL'année automobile 1956-1957 - éditeur : Edita S.A., Lausanne. Les 250F disposent d'un moteur six cylindres en ligne développant près de 270 chevaux à 7600 tr/min, pour un poids de l'ordre de 620 kg. La nouvelle BRM P25 n'étant pas au point, la British Racing Motors a mis à disposition de son premier pilote Mike Hawthorn la 250F de l'écurie, qu'elle a fait équiper de freins à disque Dunlop. Une huitième Maserati est présente : il s'agit d'un ancien modèle A6SSG engagée par le pilote uruguayen Alberto Uria, voiture qu'il partage avec son compatriote Óscar González.

Gordini "Usine" Amédée Gordini a engagé deux voitures (une ancienne T16 pour Robert Manzon et la nouvelle T32 à moteur huit cylindres pour Élie Bayol, mais la considérable quantité de travail consacrée à la cure d'amaigrissement de la nouvelle voiture ont finalement amené l'équipe à renoncer au déplacement en Argentine.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 Stirling Moss Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2522 Maserati L6 4 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2521 Maserati L6 6 Carlos Menditéguy Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2501 Maserati L6 8 Luigi Piotti Privé Maserati Maserati 250F 2519 Maserati L6 10 Chico Landi Scuderia Guastalla Maserati Maserati 250F 2515 Maserati L6 12 José Froilán González Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2520 Maserati L6 14 Mike Hawthorn Owen Racing Organisation Maserati Maserati 250F 2504 Maserati L6 16 Alberto Uria Privé Maserati Maserati A6SSG 2046 Maserati L6 18 Robert Manzon Équipe Gordini Gordini Gordini T16 32 Gordini L6 20 Élie Bayol Équipe Gordini Gordini Gordini T32 41 Gordini L8 30 Juan Manuel Fangio Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Argentina' 0005 Ferrari V8 32 Eugenio Castellotti Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 0008 Ferrari V8 34 Luigi Musso Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Argentina' 0001 Ferrari V8 36 Peter Collins Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 555 5 Ferrari L4 38 Olivier Gendebien Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 555 4 Ferrari V8

Qualifications Les qualifications sont basées sur les temps de la dernière journée d'essais, le samedi, veille de la course. En raison de la chaleur ambiante, les pilotes attendent la fin d'après-midi pour réaliser leurs chronos. Juan Manuel Fangio est l'un des premiers à prendre la piste, au volant de la Ferrari Lancia à sorties d'échappement latérales. Il ne peut cependant accomplir que quelques tours avant de regagner son stand, bielle coulée. Il va alors emprunter la voiture de son coéquipier Luigi Musso, avant de récupérer la sienne en toute fin de séance, établissant le meilleur temps de la journée à plus de 137 km/h de moyenne. Le champion du monde a nettement dominé ses coéquipiers, Eugenio Castellotti (sur la version standard de la D50) et Musso étant relégués à plus de deux secondes. Chez Maserati, c'est Jean Behra qui s'est montré le plus rapide, son quatrième temps lui valant une place en première ligne au côté des trois Ferrari Lancia. Battu d'un dixième de seconde par son coéquipier, José Froilán González partira en seconde ligne, tout comme les deux autres Maserati de pointe pilotées par Carlos Menditéguy et Stirling Moss.

thumb|upright|alt=Fangio|Le triple champion du monde Juan Manuel Fangio a une nouvelle fois démontré sa supériorité lors de la journée de qualification. + Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 30 Juan Manuel Fangio Ferrari 1 min 42 s 5 - 2 32 Eugenio Castellotti Ferrari 1 min 44 s 7 + 2 s 2 3 34 Luigi Musso Ferrari 1 min 44 s 7 + 2 s 2 4 4 Jean Behra Maserati 1 min 45 s 1 + 2 s 6 5 12 José Froilán González Maserati 1 min 45 s 2 + 2 s 7 6 6 Carlos Menditéguy Maserati 1 min 45 s 6 + 3 s 1 7 2 Stirling Moss Maserati 1 min 45 s 9 + 3 s 4 8 14 Mike Hawthorn Maserati 1 min 47 s 4 + 4 s 9 9 36 Peter Collins Ferrari 1 min 47 s 7 + 5 s 2 10 38 Olivier Gendebien Ferrari 1 min 50 s 4 + 7 s 9 11 10 Chico Landi Maserati 1 min 52 s 1 + 9 s 6 12 8 Luigi Piotti Maserati 1 min 57 s 9 + 15 s 4 13 16 Alberto Uria Maserati pas de temps -

Grille de départ du Grand Prix + Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications 4 3 2 1 BehraMaserati1 min 45 s 1 MussoFerrari1 min 44 s 7 CastellottiFerrari1 min 44 s 7 FangioFerrari1 min 42 s 5 7 6 5 MossMaserati1 min 45 s 9 MenditeguyMaserati1 min 45 s 6 GonzálezMaserati1 min 45 s 2 11 10 9 8 LandiMaserati1 min 52 s 1 GendebienFerrari1 min 50 s 4 CollinsFerrari1 min 47 s 7 HawthornMaserati1 min 47 s 4 13 12 UriaMaseratipas de temps PiottiMaserati1 min 57 s 9

Déroulement de la course