Le cheval du Vercors de Barraquand est une race chevaline montagnarde française. Résultant d'une très ancienne sélection dans le massif du Vercors, il provient peut-être d'un petit cheptel d'animaux sélectionnés par des communautés religieuses, notamment celles établies dans l'abbaye de Léoncel. Il tient son nom de la famille Barraquand, qui développe son élevage de la fin du jusqu'aux années 1950, grâce à la pratique de la transhumance. Considérée comme perdue après la faillite de l'élevage originel des Barraquand et la vente d'une partie de leurs terres en 1963, la race est en reconstitution depuis les années 1990, à l'initiative de plusieurs éleveurs et d'institutionnels locaux, en particulier la famille Barraquand, le parc naturel régional du Vercors et le Haras national d'Annecy.

La sélection conduite par Jules Barraquand a entraîné une remarquable homogénéité dans la taille et le type de ces chevaux, de taille modeste, de robe baie, réputés pour leur caractère calme et leur capacité à résister au rude climat montagnard. Jadis employé pour le transport et divers travaux de ferme, le cheval du Vercors de Barraquand est désormais surtout dévolu au tourisme équestre dans sa région d'origine. En danger critique d'extinction, la race compte environ 215 sujets en 2015. Elle est officiellement reconnue par le ministère de l'agriculture français depuis 2017.

Étymologie et terminologie Le nom officiel retenu le par le ministère français de l'agriculture pour désigner cette race de chevaux est « Cheval du Vercors de Barraquand », ce nom étant aussi celui retenu par la base de données officielle de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, DAD-IS.

L'usage des utilisateurs de ce cheval dans le Midi de la France a imposé le nom de la famille Barraquand pour désigner la race. Aussi, les noms « cheval du Vercors » et « Cheval (de) Barraquand » peuvent être employés de façon interchangeable. L'ouvrage de référence de CAB International (6 édition de 2020) référence la race sous le nom de « Vercors », signalant « Barraquand » comme synonyme. ; le Guide Delachaux fait l'inverse, quant à celui de La France agricole (ed. de 2016), il référence bien la race sous son nom officiel de « Cheval du Vercors de Barraquand ».

Histoire Diverses hypothèses invérifiables circulent à propos de l'origine de ces chevaux, l'une d'elles le présentant comme un descendant du Tarpan. La thèse de l'étudiant vétérinaire Jean-Xavier Dussert, soutenue en 1946, publiée l'année suivante et consacrée à l'élevage de la famille Barraquand avec pratique de la transhumance, constitue l'unique source universitaire à propos de cette race.

Origines vignette|gauche|L'abbaye de Léoncel, dont les communautés monacales ont vraisemblablement contribué à la sélection de la race.|alt=Vieux bâtiment en pierres.

L'histoire du massif du Vercors est profondément marquée par l'installation de communautés religieuses pratiquant l'élevage et l'agriculture, à partir du Moyen Âge ; ces communautés ont probablement sélectionné les ancêtres de la race de chevaux locale actuelle. Dom Périer, prieur de l'abbaye de Léoncel à qui l'on doit la première trace écrite mentionnant cette race, suggère en 1760 la création d'un haras sur le plateau d'Ambel, ce qui lui est refusé en raison de ses actions passées de déboisement, controversées. D'après la plaquette de l'association du cheval du Vercors de Barraquand, il écrit que Cette phrase ne figure pas dans la première lettre de Dom Périer citée par ..

Les chevaux semblent alors peu nombreux dans cette région.. Ils servent d'animaux de transport, de travail aux champs et fournissent de la viande.

Bien que le nombre de chevaux s'accroisse très fortement entre 1836 et 1921 à Creyers (avec une réduction du nombre d'ânes et de mulets), à la fin du , les petits chevaux de montagne commencent à disparaître face à la concurrence des races de trait lourd utilisées dans les plaines, en parallèle d'une déprise agricole motivée par les rigueurs du climat et d'un engouement pour l'élevage bovin, plus rémunérateur.

Influence de la famille Barraquand La race naît véritablement à la fin du . Le développement de l'élevage prend un nouvel élan jusque durant la première moitié du , sous l'impulsion d'une famille d'éleveurs originaire du Vercors (possédant des terres sur l'actuelle commune d'Omblèze), la famille Barraquand... Jules Barraquand, en particulier, est considéré comme le fondateur de la race. En 1894, alors qu'il est un jeune métayer âgé de quatorze ans, il crée son troupeau à partir d'un étalon et de six juments locaux.. Une sélection sévère entraîne l’homogénéisation du type des chevaux. Dès l'hiver 1908, Jules Barraquand met en place des transhumances ; des centaines de chevaux traversent alors le Sud de la France le long de la vallée du Rhône, partant des estives pour passer l'hiver dans la Crau.

Grâce à son excellente gestion, en 1914, son troupeau compte 200 juments poulinières, huit étalons approuvés par les Haras nationaux, et la race prend son nom. La Première Guerre mondiale marque un ralentissement. L'élevage redémarre ensuite, les agriculteurs et maraîchers du Vercors et du Midi adoptant ce cheval économique pour leurs petits travaux de ferme ; les chevaux dits « Barraquand » se répandent dans les fermes des villages aux alentours du chemin de transhumance. Cette période de prospérité agricole permet à la famille Barraquand d'acquérir près de 800 hectares de terres près d'Arles et dans le Vercors, à Ambel. La transhumance depuis les terres de Font d'Urle et Ambel vers les plaines du Midi, impliquant le passage de dizaines de chevaux bais le long de la vallée du Rhône, constitue une sorte de démarchage naturel des acheteurs et utilisateurs potentiels de ces chevaux, tout en marquant la mémoire des habitants. Ces chevaux jouent alors un rôle important dans l'économie locale.

Déclin La Seconde Guerre mondiale affecte lourdement l'élevage des Barraquand, bien que la transhumance des chevaux attire l'attention du journaliste Merry Bromberger, qui leur consacre un article dans un numéro de Voici la France de ce mois en .. Fond d'Urle et Ambel sont occupés par des réfractaires au service du travail obligatoire. Les bâtiments fermiers sont alors incendiés par les Allemands. Jules Barraquand étant décédé, son fils Frédéric reprend l'entreprise familiale avec difficultés, sa ferme d'Ambel ayant été détruite, et ses chevaux réquisitionnés puis dispersés par les Allemands.

Cette population de 150 chevaux attire l'attention de l'étudiant vétérinaire Jean-Xavier Dussert qui, après avoir vu un reportage consacré à leur transhumance, leur consacre sa thèse soutenue en 1946 et suggère le développement d'une véritable race « alpine ».

Durant les années 1950, le commerce des chevaux décline avec la motorisation de l'agriculture. L'année 1954 correspond à la dernière transhumance. L'élevage de la famille Barraquand entre en déficit, les ventes s'effondrent à la fin des années 1950. Frédéric Barraquand vend ses terres et finit par dissoudre son élevage en 1963. En l'absence de traçabilité des chevaux, la race est considérée comme perdue.

Sauvegarde

vignette|Cheval du Vercors de Barraquand au salon Equita'Lyon de 2018, France.|alt=Tête d'un cheval roux et noir émergeant de son box.

Ce cheval attire de nouveau l'attention à la fin du , grâce aux initiatives de passionnés, notamment celle de Jean-Louis Barraquand, petit-fils de Jules Barraquand. En partant de trois juments et d'un étalon, il entreprend (depuis 1988 ou 1994) la reconstitution du troupeau de son élevage familial à Arles, et relance les transhumances. Ces éleveurs sont rejoints par les fermes équestres du Vercors, puis par le parc naturel régional du Vercors qui, via le Haras national d'Annecy, souhaite relancer le cheval du Vercors de Barraquand parallèlement au sauvetage des bovins de race Villard-de-Lans. En 1997, 51 chevaux (dont 3 étalons, 27 poulinières et 21 poulains) sont recensés comme conformes au type de la race.

Un programme de sauvegarde voit le jour en 1995, en prenant pour cheptel souche les chevaux de la famille Barraquand, dans la Crau. Une association loi de 1901 destinée à la sauvegarde de la race du cheval du Vercors, composée initialement d'une dizaine de personnes, voit le jour en février la même année, en collaboration avec l'Association pour la promotion des agriculteurs du parc du Vercors. Les premiers poulains affiliés à ce programme d'élevage financé par le Parc naissent en 1996. Une autre association, l'« Association française des éleveurs du cheval Barraquand », est créée en 2001 (d'après le site web officiel) ou en 2006 (d'après les documents enregistrés en préfecture) à Arles, en raison de divergences d'opinions entre les éleveurs investis dans la relance de ce cheval. Elle est dissoute en 2015..

L'objectif des éleveurs est d'obtenir la reconnaissance de la race par les Haras nationaux (devenus l'Institut français du cheval et de l'équitation, IFCE), condition nécessaire à son maintien. L'assouplissement du cahier des charges en 2014, puis la fusion des deux associations du cheval du Vercors et du cheval Barraquand en une seule association « du cheval du Vercors de Barraquand », permettent cette reconnaissance officielle. Le « cheval du Vercors de Barraquand » est reconnu sur décret du ministère de l'agriculture français le ., en tant que « race territoriale »..

André Barbara, délégué national aux races de chevaux de territoire à l'IFCE, explique avoir travaillé à la définition du standard de la race en comparant les chevaux de la région du Vercors à ceux de la Crau, et en constatant leur proximité phénotypique. Le stud-book est établi avec des données sur six générations de chevaux, et entre 250 et 300 animaux répertoriés, officiellement en 2017. La race est représentée à la fête du Bleu du Vercors de Sassenage en ., puis pour la première fois au Salon international de l'agriculture de Paris en , par l'étalon Athos (8 ans) et la jument Vicky... Le cheval du Vercors de Barraquand est aussi autorisée à participer à la « Route Eiffel », une randonnée équestre urbaine rejoignant Paris, ouverte aux races de chevaux de territoire françaises..

Description

De modèle médioligne, le cheval du Vercors de Barraquand est très proche du cheval d'Auvergne (en raison d'échanges de reproducteurs par le passé), au point que certains spécialistes souhaitent le considérer comme un type de cette dernière race. Il est également proche du Mérens et du cheval de Castillon.

Taille et poids

Il mesure idéalement, d'après ses éleveurs, de à , pour une moyenne de , et un poids de 400 à . La base de données officielle de la FAO, DAD-IS, indique une taille moyenne de pour un poids médian de . Les sources de l'époque de la famille Barraquand évoquent une taille et un poids légèrement supérieurs.

Morphologie

L'impression générale est celle d'un cheval solide et charpenté, mais non lourd, dont le type, polymorphe, varie du cheval de selle au cheval de trait léger. Malgré cette variabilité de type, les chevaux présentent une remarquable homogénéité phénotypique.

La tête, recherchée expressive et proportionnée., est assez petite, avec un front large, un chanfrein rectiligne, et un de couleur fauve, recherché expressif. Les naseaux sont souples et larges. Elle est surmontée de petites oreilles, idéalement en forme de croissant de lune, et bien fournies de poils à l'intérieur.

L'attache de tête est légère, l'encolure recherchée musclée et (pas d'encolure de cerf). La crinière et la queue sont recherchées abondantes, longues et ondulées. ; d'après le président de l’association de race Sylvain Piltant, ces crins fournis permettent aux animaux de mieux résister aux intempéries, et d'éviter de subir des crevasses dans la neige.. La crinière est souhaitée double. Les tissus doivent être fins et soyeux.