Emil Julius Gumbel, né le à Munich et mort le à New York, est un mathématicien, statisticien, publiciste, pacifiste et socialiste allemand.

Gumbel s'est spécialisé en statistique mathématique et, avec Leonard Tippett et Ronald Fisher, il a joué un rôle clé dans le développement de la théorie des valeurs extrêmes, qui trouve des applications pratiques dans de nombreux domaines, notamment l'ingénierie et la finance. En 1958, Gumbel publie un ouvrage de référence, Statistics of Extremes, dans lequel il établit et analyse la loi de probabilité qui est aujourd'hui connue sous le nom de loi de Gumbel, en son honneur.

Dans les années 1920 et au début des années 1930, Gumbel est marginalisé et très critiqué dans les cercles académiques allemands, en raison de son soutien affirmé aux idées de gauche et au pacifisme, ainsi que pour son opposition au fascisme. Ses écrits influents sur les meurtres vehmiques démontrent que la République de Weimar est corrompue, anti-gauchiste et anti-républicaine. Gumbel s'oppose publiquement au Parti nazi et, en 1932, il est l'un des 33 signataires de l'Appel pressant à l'unité.

Biographie Emil Julius Gumbel naît le , d'une famille juive renommée de Wurtemberg. Étudiant de l'université Louis-et-Maximilien de Munich, il soutient une thèse sur le thème des statistiques de population, sous la direction du statisticien allemand . Il termine son doctorat peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale... Après une brève période de service militaire, il est réformé en 1915 pour des raisons médicales et il rejoint l'université de Berlin pour travailler avec le statisticien russe de renom Ladislaus von Bortkiewicz.. À partir de ce moment, son engagement politique s'intensifie. Il rejoint le Parti social-démocrate indépendant en 1917., et devient un membre influent de la Ligue de la Nouvelle Patrie pacifiste, qui est plus tard renommée Ligue allemande des droits de l'homme. En , Gumbel accepte un poste auprès de l'entreprise électronique Telefunken, où il travaille sur les ondes des émetteurs sonores, et poursuit ses activités politiques avec le soutien de l'un des fondateurs de l'entreprise, Georg comte von Arco, un membre influent du mouvement pour les droits de l'homme. En 1922, Gumbel devient professeur de statistiques mathématiques à l'université de Heidelberg, où il se rend vite compte que la combinaison du travail académique et de la politique est difficile, entraînant des protestations de la part des étudiants et des membres du corps professoral, qui sont principalement de droite, et une forte critique dans la presse conservatrice... À l'été 1924, s'adressant à un rassemblement pacifiste à Heidelberg, il invite l'assistance à se lever pour observer deux minutes de silence en hommage aux morts de la guerre, .

Parce qu'il est pacifiste activiste, mais aussi de confession juive, le ministre allemand de la culture, sous la pression des nazis, retire à Gumbel l'autorisation d'enseigner le 6 août 1932.. Il est le premier professeur allemand expulsé de l'université, près d'un an avant son ami Albert Einstein. Il quitte alors Heidelberg pour Paris, où il donnait déjà des cours à la Sorbonne depuis août 1932. Après avoir perdu en appel contre son éviction de l'université de Heildeberg fin janvier 1933, il est déchu de sa nationalité allemande dans le cadre de la première liste de dénaturalisations du Reich allemand en août 1933. A Paris, il rencontre Émile Borel et Maurice Fréchet grâce à Albert Einstein et Paul Langevin (lettre retrouvée dans les archives d'Éliane Montel).. Il enseigne alors à l'École libre des hautes études à Paris, puis à Lyon, tout en poursuivant avec l'aide de sa compagne, Marie Luise, ses activités politiques et en aidant d'autres réfugiés.. Il présente ses travaux à l'Institut Henri-Poincaré et aux Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences. En 1939, sa famille et lui reçoivent la nationalité française, ce qui leur évite d'être emprisonnés lorsque la guerre est déclarée, puis lorsque la France est envahie en ..

En mai 1940, avec l’invasion de la France par la Wehrmacht, la famille entreprend une seconde fuite mouvementée aux Etats-Unis, Emil via l'Espagne et le Portugal, leur fils Harald via une autre voie d'évasion, son épouse Marie Luise avec sa mère n'atteignant New York qu'en 1941..

Ce second exil à New York est notamment du à Louis RapkineIl est en compagnie d'autres scientifiques, dont 34 Français. Parmi eux, Claude Lévi-Strauss, Ferdinand Beer, Claude Chevalley, Raphaël Salem, André Weil, Raymond Cahen, Wladimir Liberson, Nine Choucroun, Jacqueline Hadamard, Théophile Cahn et Léon Brillouin. Cf. . et à la Fondation Rockefeller., où il continue son combat contre le nazisme en aidant les services secrets américains. Il enseigne à la New School for Social Research et à l'université Columbia à New York jusqu'à sa mort en 1966..

Il meurt d'un cancer du poumon en 1966, à l'âge de 75 ans.. édite l'héritage de Gumbel sous forme de dizaines de microfilms intitulés Emil J. Gumbel collection : Political papers of an anti-nazi scholar in Weimar and exile, 1914–1966 : ces bobines documentent ses activités contre les nazis et leur présentation par l'historien Brenner donne plus de détails biographiques sur l'opposition de Gumbel au nazisme.

Les archives de Gumbel sont conservées par le Leo Baeck Institute., la bibliothèque de l'université de Chicago. et le Center for Jewish History..

Influences Emil Gumbel est fortement influencé dès son jeune âge par son oncle, Abraham Gumbel (1852-1930), avec qui il a de longues conversations sur des questions politiques et sociales, cité dans .. La mort du fils d'Abraham, le cousin d'Emil, pendant la Première Guerre mondiale est considérée comme un facteur déclencheur de l'engagement pacifiste à vie d'Emil.

Pendant son séjour à l'université de Munich (1910-1914), Gumbel suit des cours de mathématiques, d'économie et de sciences sociales dispensés par d'éminents professeurs connus pour leurs opinions politiques libérales, tels qu'Alfred Pringsheim et Lujo Brentano. Il étudie également les sciences actuarielles et obtient des qualifications sur la gestion des compagnies d'assurance ainsi qu'une expérience professionnelle (entre autres un emploi d'été dans une compagnie d'assurances à Londres), avant de rédiger sa thèse de doctorat sous la direction du professeur de statistique Friedrich Böhm en .

À l'université de Berlin (1915-1922), Gumbel se lie étroitement avec Georg Friedrich Nicolai, dont le livre pacifiste La Biologie de la guerre est interdit par le gouvernement allemand. Il fait également la connaissance d'Albert Einstein, qui fait partie des membres fondateurs de la Ligue allemande des droits de l'homme. Plus tard, Einstein soutiendra fermement la carrière professionnelle de Gumbel. Gumbel développe un lien professionnel profond avec le statisticien et économiste russe de renom Ladislaus von Bortkiewicz, qui considère Gumbel comme . Sa recommandation influence fortement la nomination de Gumbel au poste de professeur de mathématiques à l'université de Heidelberg en 1922..

Après l'assassinat en 1919 du membre éminent de l'USPD Karl Liebknecht, que Gumbel admirait beaucoup, le journaliste Kurt Tucholsky émet de vives critiques en affirmant que le juge du procès a totalement ignoré les preuves déposés contre les nazis. Horrifié, Gumbel enquête ardemment sur de nombreux meurtres politiques antérieurs similaires et publie ses conclusions dans de nombreuses publications et livres, notamment Deux ans de meurtres en 1921, suivi de Quatre ans de meurtres politiques en 1922, le très controversé Les Conspirateurs en 1924, L'Armure de la guerre des États impérialistes en 1928, qui porte sur les causes des meurtres politiques, et Les traîtres tombent victimes de la Feme en 1929..

Gumbel est un admirateur de l'intellectuel britannique et pacifiste Bertrand Russell, bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés. Il traduit certains des travaux de Russell en allemand.

Famille En 1930, Gumbel épousa Marieluise Czettritz, qu'il a rencontrée pour la première fois dans les bureaux de la DLM au milieu des années 1920. Elle avait deux fils issus d'un premier mariage et conserve la garde du plus jeune, Harald.. Elle meurt des suites d'un cancer en 1952.

Postérité Emil Gumbel est considéré comme le père de la théorie des valeurs extrêmes. Une loi de probabilité, la loi de Gumbel, porte son nom.

Distinctions Fellow de la Société américaine de statistique Bourse Guggenheim (1950)

Publications . . . . . . . . . . . . . .

. ; [édition française en LaTeX moderne et traductions en anglais et en allemand (2026). Zenodo].

(deuxième édition en 2004 par Dover ; édition numérique en 2019 ).

Références

Bibliographie

Articles connexes

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