Lhistoire de la monnaie consiste en l'étude de l'apparition et du développement du concept de monnaie, un objet intermédiaire dit de commodité, qui possède une valeur d'échange, accepté par une communauté humaine, servant à acquérir des biens, et dont les origines remontent à la préhistoire.
Très tôt en effet, est apparue la nécessité d'un instrument monétaire qui serve d'intermédiaire dans les échanges, d'étalon et de réserve de valeur. Selon les régions et les époques, cet instrument a eu les supports matériels les plus variés : plumes, coquillages ou graines de cacao, argent ou or, billets de papier. Ses fonctions se sont diversifiées : cet instrument a permis de compter, de payer, d'épargner, mais aussi d'exprimer le prix des biens, la valeur des services, de liquider les dettes. Il a fini par traduire le degré de confiance que l'on avait dans l'organisation sociale de la Cité..
Cette histoire ne saurait être réduite dans sa matérialité, d'une part aux métaux précieux que sont l'or et l'argent, et d'autre part aux objets que sont la pièce de monnaie ou le support papier qui constituent la monnaie fiduciaire.
L'apparition de la monnaie est une condition essentielle de l'activité économique, laquelle s'est très tôt appuyée sur la monnaie scripturale et sur le principe du crédit.
Cette histoire n'est pas dissociable de l'évolution des pratiques des agents économiques comme de celles de ses formes concrètes : soit depuis l'invention des pratiques et formes primitives associées au troc, jusqu'aux pratiques et formes les plus avancées de l'époque contemporaine, conséquence d'un lent processus de dématérialisation.
Des différents aspects de la monnaie
Formes dites primitives L'archéologie, l'anthropologie et l'ethnologie qualifient tour à tour de « prémonnaie », de « proto-monnaie » ou de « paléomonnaie », différents objets servant au terme de transactions, et ce, dès la préhistoire. On évitera l'expression « monnaie primitive », qui est un anglicisme fortement connoté en français : une monnaie-couteau chinoise n'a rien de primitif, bien au contraire« Monnaie-couteau époque Zhou, v. 400-200 av. notre ère, alliage de cuivre et fonte », notice du musée Cernuschi.. Utiliser le terme « paléomonnaie » réfère plutôt à un point de vue évolutionnisteJacques Briard, « Les objets paléomonétaires de l'Europe atlantique protohistorique », in: Revue numismatique, 2001, 157, — sur Persée..
Typologie thumb|Cypraea moneta, ou cauri. thumb| Objets en terre cuite, parfois troués en leur centre, servant sans doute de jetons d'échanges ou comptables (Suze, Uruk, c. 4 000 - 3 100 av. notre ère, musée du LouvreNotice objet, catalogue numérisé du musée du Louvre.). thumb|Deux monnaies en forme de couteau (Yidao, Mingdao), Chine, Dynastie Zhou, Royaume de Yan, 600-200 av. J.C.
Il n'est pas possible de situer avec précision l'invention de la monnaie mais ce n'est ni un concept lié à l'apparition de l'écriture, et encore moins le fait de l'Occident. Adam SmithDavid Graeber, Dette, 5000 ans d’histoire, réfute le fait que le troc soit la forme primitive des échanges commerciaux. voyait dans le développement de la division du travail au sein de la société avec la révolution néolithique et l'intensification des opérations de troc les raisons de l'essor de la monnaie, facilitatrice des échanges économiques. Cette théorie du troc primitif est cependant un mythe propagé par les économistes libéraux du , les économies pré-monétaires étant plus basées sur le crédit que le troc.
Pourtant les origines de la monnaie sont aussi indissociables des échanges sociaux et rituels. Et si l'on a constaté des pratiques très anciennes telles que le fait qu’un objet soit mis en réserve pour un usage d’échange ultérieur ou soit utilisé régulièrement comme contrepartie des échanges ou qu’un symbole de dénombrement est employé pour comptabiliser un bien, alors les premières monnaies remontent aux racines de l’humanité.
La liste des matières ayant servi à l’une ou l’autre de ces fonctions se révèle être très diverse : épargner, troquer, compter peut se faire à l'aide de n’importe quelle matière. Pour les tout petits achats, où la perte à l’échange n’a pas grande importance, on a utilisé de tout temps comme moyen d’échange des objets commodes à transporter et sans réelle valeur propre sans que cela soit véritablement des monnaies, d'où le concept de monnaie de commodité.
Depuis les temps préhistoriques, les humains comptent et échangent leurs biens. Pour ce faire, les formes premières de la monnaie sont des plus variées car chaque groupe humain se dote d'un étalon susceptible d'être crédible et accepté par toute une communauté, voire au-delà. En voici une typologie.
Matières naturelles
En premier lieu, celles d'origine minérale, comme la pierre, et le sel gemme qui est extrait de mines de sel. Certaines pierres sont très tôt travaillées par l'homme dans le cadre d'une opération liée à la glyptique (pierre polie, trouée, etc.). Quant au sel gemme, son rôle primordial dans tout ce qui constitue la conservation de certaines denrées, rend cette matière précieuse, elle n'est pas nécessairement présente à l'état natif sur l'ensemble des territoires, et son extraction à partir de dépôts, nécessite alors un travail. Le mot sel est d'ailleurs à l'origine du mot salaire.
D'autres matières naturelles peuvent servir de monnaie : l'ambre, d'origine végétale et qui peut être fossile, les coquillages tels que le cauris, d'origine animale, sans compter l'ivoire (qui peut aussi être fossile).
Toutes ces matières ne sont pas nécessairement transformées par l'homme, mais elles le sont quand elles doivent être extraites d'un sous-sol, ou collectées en des endroits précis. Les métaux comme le cuivre, le fer, l'argent, l'or sont soit trouvables à l'état natif, soit combinés à d'autres matériaux, et, par combustion-fusion, sont alors transformables en lingot. Dès le millénaire, les communautés humaines savent extraire, affiner et transformer des métaux.
Enfin, certaines pierres permettent aux humains de confectionner des parures : parmi les gemmes, les agates et les jades, sont, par exemple, présents très tôt dans des activités d'échanges partout dans le monde.
Produits agricoles, d'élevage ou de cueillette
Le bétail joue ici un rôle primordial. Le bœuf possède ce statut d'échange partout dans le monde indo-européen : on en garde trace dans le langage, ainsi « bœuf », en latin pecus, donne en français « pécuniaire », pour tout ce qui est relatif à l'argent comme moyen d'acheter, et en sanskrit, rupa, est à l'origine du mot roupie, la monnaie historique de l'Inde.
La valeur d'échange pouvait se mesurer également en grain de blé, en graine de cacao, en grain de poivre, en feuille de tabac, en peau de bêtes, en morue séchée, en feuilles de thé On comprend ici que la valeur est mesurée au terme d'un temps-travail : celui de la récolte, de la chasse, de la cueillette, de la pêche...
Les Américains appellent familièrement le dollar « buck » qui désigne un cervidé mâle, mot dont l'origine daterait de l'époque où, les pièces de monnaie étant rares, une balle de peaux de cerf pouvait faire office de monnaie d'échange que l'on appréciait à l'aune des pièces d'argent alors en circulationWhy a Dollar is Called a “Buck” sur le site todayifoundout.com.
Produits artisanaux
Il existe plusieurs sous-classes de produits artisanaux ayant une valeur d'échange.
D'abord les produits issus du textile et de la confection. Ainsi le pagne en Égypte et dans l'Afrique sub-saharienne, mais aussi des tissus comptabilisés alors à la toise, ou plutôt l'aune, (telle longueur valant pour telle quantité de biens), un dispositif que l'on retrouve dans toutes les cultures.
Une deuxième catégorie regroupe tout produit issu de la métallurgie et du travail du verre, et pouvant servir de valeur d'échange. Les exemples abondent : la « verroterie » (Gnaï-Gnaï, perle « œil de chat » du Sénégal), les araires et les couteaux (en Chine), les haches métalliques (Chine, et cultures celtiques en Europe), les hachoirs (peuples précolombiens), des trépieds métalliques (Grèce antique), du fer martelé (par exemple chez les guindja d'Afrique centrale) Certains de ces objets ont une dimension symbolique : par exemple, les monnaies-couteaux chinoises ne servent pas à couper. Il en est de même des « monnaies-haches » datant de la fin de l'âge du bronze et découvertes en Bretagne.
Une troisième catégorie regroupe des produits manufacturés tels que l'alcool, des armes à feu, mais on est là dans le registre du troc, car la valeur d'usage de ces produits n'est pas la monnaie.
Évolutions des usages Afrique du Nord et Égypte antique L'Égypte antique connaît l'usage de plusieurs formes de paléomonnaies qui constituent un aspect longtemps méconnu de son économie. Les pharaons font un usage important de la poudre d'or, qu'ils font extraire de l'actuel Soudan, et font également venir des actuels Mali et Niger. Le cuivre, essentiel à la confection du bronze (armes, outils), est largement importé. Les scribes contrôleurs aux finances jouent un rôle administratif majeur en comptabilisant les dons, tributs et les impôts qui rentrent sous la forme de biens (grains, métaux, textiles, objets, etc.) dans des « greniers » administrés et centralisés. Des systèmes de poids, de mesures, et d'équivalences entre commodités existent. À la fin de la Basse Époque, l'influence grecque et perse entraine l'émergence de l'usage de l'argent métal comme quasi-monnaie. Un étalon semble exister, appelé chât, prenant la forme d'un anneau métallique, le deben exprimé en chât : 12 chât = 1 deben d'or ; 6 chât = 1 deben d'argent ; 3 chât = 1 deben de plombFrançois Daumas, « Le problème de la monnaie dans l'Égypte antique avant Alexandre », in: Mélanges de l'école française de Rome, 1977, 89-2, — sur Persée..
En Kabylie, du fait de la pauvreté des habitants, du au , l'argent devient propriété publique commune à chaque village. La monnaie utilisée est alors la pièce espagnol de 5 réaux, et leurs équivalents en poids d'argent métal comme le douro, d'une valeur de cinq pesetas ou francs. Pour les petites transactions privées (à entendre hors-impôts et amendes), étaient utilisées les fèves de haricots kabyles de type mungo : ainsi, le plus riche était celui qui avait le plus de terres pour cultiver ces haricots.
Afrique subsaharienne