L'église Saint-Thomas (en allemand : Thomaskirche) est une église de Leipzig. Citée pour la première fois en 1212 dans la charte de fondation du couvent des chanoines des Augustins, l'église Saint-Thomas ne reçut sa forme actuelle d'église à trois nefs qu'à la fin du .
Elle héberge un chœur de garçons de renommée mondiale, le Thomanerchor. Elle a été aussi une des églises dont Jean-Sébastien Bach a été le cantor, entre 1723 et 1750, date de sa mort. A ce titre, elle a été le théâtre de la création de nombreuses cantates et des passions de ce compositeur.
Histoire Monastère roman initial Au début du , le margrave de Meissen, Otton le Riche, accorde au château et au bourg de LibziAncien nom de Leipzig. Voir : Fondation de la ville de Leipzig les privilèges d'une ville. C'est de cette époque que datent les soubassements d'une église qui ont été mis au jour lors des fouilles au niveau du chœur et de la croisée du transept de l'église Saint-Thomas. Cette première église dont on ne sait rien de plus précis fut le premier bâtiment du monastère des chanoines augustins créé en 1212 par le margrave Dietrich. L'église est achevée en 1222, un an après le décès du margravep. 2.
En 1217, le poète Heinrich von Morungen entre au monastère, et on pense qu'il a rapporté une relique de saint Thomas d'un voyage en Inde, donnant son nom à l'église.
Transformation gothique
Vers la fin du , un clocher est construit à l'extrémité sud de l'église. Les premières modifications du style roman au style gothique sont opérées dès 1355 : le chœur est agrandi et doté d'une voûte ogivale gothique. En 1409, la charte fondant l'université de Leipzig est signée dans le réfectoire du monastère Saint-Thomas, et pendant longtemps les professeurs de l'université étaient des moines du monastère. thumb|left|upright|Voûte gothique conçue en 1482 par . À la suite de la découverte à la fin du de gisements d'argent dans les monts Métallifères au sud de Leipzig, la ville connaît un essor économique important qui entraîne la rénovation et l'agrandissement des églises de la ville sur une période d'environ 40 ans. Ainsi en 1482, la nef romane de l'église Saint-Thomas est démolie puis remplacée dans un style gothique tardif, celui de l'église-halle. Sa voûte gothique complexe a été spécialement conçue pour les églises de Saxe, par , un élève de l'architecte p. 3. Le chœur allongé de la tradition augustinienne est en revanche conservé, légèrement désaxé par rapport à la nef. Elle est consacrée en avril 1496 par le prince-évêque de Mersebourg.
Réforme En 1519, la réforme protestante suscite des débats en Saxe et Georges de Saxe invite Martin Luther et Johann Eck au Pleissembourg de Leipzig pour un débat académique. Le service inaugural a lieu à Saint-Thomas. Mais le duc Georges n'est pas convaincu par Luther et Saint-Thomas reste catholique romain jusqu'en 1539, date de la mort de Georges.
Elle est alors convertie en lieu de culte protestant luthérien et Luther y prêche à l'occasion de la Pentecôte 1539p. 4. Les bâtiments conventuels furent détruits en 1541 lors de la disparition de la communauté monastique.
Des galeries Renaissance sont ajoutées sur les flancs nord et sud de l'église lors de travaux en 1570/1571, séparées de la nef par des demi-colonnes corinthiennes. Ces travaux sont conduits par Hieronymus Lotter, architecte et maire de Leipzig, qui a construit également l'ancien hôtel de ville de Leipzig.
Époque baroque thumb|Église Saint-Thomas en 1749. Le bâtiment au fond est l'école Saint-Thomas. L'église est rénovée en 1720-1721, juste avant la venue de Jean-Sébastien Bach à Leipzig. Un autel baroque prend place dans le chœur, qui reçoit également des décorations en stuc. Dans la nef, une chaire baroque est construite, dont on sait peu de chose (la chaire actuelle date des rénovations du ).
Plusieurs chapelles et une avancée flanquée de deux cages d'escaliers masquant entièrement la partie nord de la nef sont construites au puis enlevées au .
Le décor intérieur quant à lui a été continuellement modifié pour s'adapter au nouveau culte luthérien et aux goûts du moment influencés par la prospérité économique de la ville.
Guerres napoléoniennes En 1807-1808, la Saxe est occupée par les troupes napoléoniennes, au sein de la Confédération du Rhin, et l'église Saint-Thomas est alors utilisée comme dépôt de matériel militaire par les Français. Son intérieur est alors sévèrement dégradé. Lors de la bataille de Leipzig, en 1813, l'église sert d'hôpital militaire, pouvant accueillant jusqu'à 1500 blessés. Ce n'est qu'en 1815 que l'église peut retrouver sa vocation religieuse.
Rénovation des années 1880 thumb|upright|Intérieur de l'église, état 1815-1884 avant la rénovation en 1885. D'après l'aquarelle d'Hubert Kratz, Leipzig 1881. Les modifications les plus importantes sont issues de la rénovation des années 1884 à 1889. À cette occasion la presque totalité des éléments baroques, et en particulier ceux du temps de Jean-Sébastien Bach, furent enlevés. Depuis lors l'intérieur de l'église est dans un style néogothique. L'architecte de cette rénovation est , qui dessine aussi un autel néogothique (replacé en 2016 dans le chœur) et le mobilier liturgique.
C'est encore de cette époque que datent la chaire et le portail principal sur le côté ouest, ainsi que l'autel néogothique, remis en place depuis 2016.
XXe siècle thumb|left|upright|Saint-Thomas en 1949, après les bombardements. L'église survit aux bombardements de Leipzig, en Décembre 1943, seule la tour est touchée, dont le toit s'effondrep. 5.
La rénovation de 1961 à 1964 a été faite de façon à mettre les caractéristiques de l'église-halle en valeur.
La réunification des deux Allemagne en 1990 permet d'entreprendre la nécessaire restauration en profondeur de l'église Saint-Thomas. Elle a pu être achevée presque entièrement pour les 250 ans de la mort de Bach le . L'installation d'un nouvel orgue appelé "l'orgue de Bach" fait partie intégrante de ce projet.
Tombe de Bach thumb|Sarcophage contenant les restes de Bach dans la crypte de la Johanniskirche, en 1930. Les restes de Jean-Sébastien Bach sont enterrés dans le chœur de l'église seulement depuis 1950. A sa mort, le , Bach a été inhumé dans le cimetière de l’hôpital de l'église Saint-Jean de Leipzig, et l'emplacement de sa tombe est peu à peu oubliée. La renommée de Bach augmentant au 19e siècle, le public a commencé à s'intéresser à ses restes et à leur localisation. En 1894, le professeur d’anatomie Wilhelm His est chargé d’identifier les restes du compositeur parmi les ossements exhumés du cimetière où Bach avait été enterré. Il conclut que (traduit de l’allemand) était très probable. Le , les os sont placés dans un sarcophage en pierre sous la Johanniskirche.
À la suite du bombardement de la Johanniskirche le , les restes sont transférés à la Thomaskirche. La nouvelle tombe avec un couvercle en bronze est inaugurée le , précisément 200 ans après la mort du compositeur, qui est maintenant enterré dans le chœur de la Thomaskirche.
Le monument Structure thumb|upright|left|Plan de l'église Saint-Thomas ; en gras, les limites de la première basilique construite au . L’église Saint-Thomas se dresse au milieu du Thomaskirchhof (en français : La place de l'église Saint-Thomas), qui l’entoure sur trois côtés (nord, est et sud). Sur le côté ouest, l’église bordait le mur de la ville. Pour que l’église puisse être agrandie à la fin du , lorsqu’elle a été reconstruite dans le style gothique tardif, il a été nécessaire de déplacer le mur de la ville de . La zone du chœur n’a pas été affectée par cette conversion, seule la nef a été affectée. Le bâtiment roman prédécesseur, dont il ne reste rien, était plus court et plus étroit que le bâtiment actuel (voir illustration). L’intérieur de l’église à trois nefs créé lors de la rénovation a une longueur de , une largeur de et une hauteur de .
Lors de cette conversion, la nef a été dotée d’un toit très raide et haut. Il mesure jusqu’à de haut et a une pente de . Si la ferme du toit était placée à côté de la nef, elle la surplomberait clairement. L’église a conservé cette forme à travers toutes les rénovations jusqu’à ce jour. Lors de la reconstruction du , le côté ouest a été décoré d’un portail néo-gothique dédié au musicien Felix Mendelssohn, qui a travaillé dans l’église. À cette époque, les remparts de la ville n’existaient plus. La façade principale avec le portail Mendelssohn fait face à l’Innenstadtring et au Promenadenring.
La longueur totale de l’église, y compris le chœur sur son côté est, est de . La tour de de haut, carrée en bas et octogonale au sommet, se dresse à l’est de la nef près de l’abside, mais n’a pas été disposée symétriquement au milieu, mais asymétriquement légèrement déplacée vers le sud. L’église a un portail sud, près duquel le statue de Jean-Sébastien Bach a été inauguré en 1908. Dans la tour, l’appartement du gardien de la tour, qui a été utilisé jusqu’en 1917, est encore visible aujourd’hui. La structure actuelle de la tour avec son dôme Welsch, sa lanterne et son étoile du vent date de 1537.
En 2003, le nouveau « Thomasshop » a été mis en place sous la forme d’une construction entièrement vitrée sur le côté sud entre l’église et la Thomashaus, qui a été construite en 1904 comme bureau de surintendant. C’est également là que se trouve l’accès à des toilettes publiques dans la Thomashaus. Intérieur thumb|L'intérieur de l'église Saint-Thomas. On distingue la voûte d'arêtes, représentative de l'art gothique, ainsi que le crucifix, vestige de l'époque de Bach. L’intérieur de l’église est une salle à trois nefs. Elle se caractérise par une impressionnante voûte réticulée, dont les nervures sont faites de tuf porphyre de Rochlitz. Les voûtes d’oncle ornées sont soutenues par de simples piliers octogonaux enduits de blanc. Le système nervureux rouge contraste en couleur avec le plâtre blanchi à la chaux.
La chaire néo-gothique de 1880 est située au centre de la nef. Un escalier en colimaçon y mène.
Les deux bas-côtés ne représentent qu’environ un tiers de la hauteur de la salle. Sur trois côtés de la nef se trouvent des galeries qui furent installées lors de la reconstruction par Hieronymus Lotter au . Ils sont fabriqués en porphyre de Rochlitz et possèdent des colonnes richement articulées. Sur la galerie ouest, dans la zone de l’orgue principal, se trouvent d’autres galeries en bois qui offrent un espace pour les musiciens et les chanteurs.
À l’autre extrémité de la nef centrale se trouve un chœur allongé qui se termine par une abside polygonale. Voici la tombe de Jean-Sébastien Bach.
Œuvres d'art thumb|Chœur de l'église Saint-Thomas. Au centre, le retable de l'église Saint-Paul, et au-dessus, les vitraux à la gloire de Jésus. On distingue également le font baptismal, ainsi que de part et d'autre, sur les murs, les portraits des surintendants. thumb|upright|Autel néogothique de Lipsius, font baptismal et épitaphe de Bach, en 2023. Tout comme les autres éléments de l'église Saint-Thomas, les œuvres d'art présentes à l'intérieur du bâtiment ont été ajoutées, modifiées, rénovées au fil des siècles. thumb|upright|left|Vue du vitrail de Jean-Sébastien Bach, œuvre de Carl de Bouché. Les fonts baptismaux en albâtre ont été créés par Franz Döeteber entre 1614 et 1615. Des scènes bibliques en décorent le pourtour.
Un retable situé dans le chœur, œuvre d'un artiste inconnu du , se trouvait à l'origine dans l'église Saint-Paul qui fut détruite à l'explosif en 1968 et déplacé à Saint-Thomas à cette occasion. Il a été replacé en 2014 dans le Paulinum de l'université de Leipzig, à l'emplacement de l'ancienne église Saint-Paulp. 26. Il est aujourd'hui remplacé par un autel néo-gothique de Constantin Lipsius de 1888.
Des tableaux des surintendants des paroisses de Leipzig tapissent les murs entourant le chœur. Les plus anciens d'entre eux datent de 1614.