L'analyse du comportement appliquée (siglée ABA pour, en anglais : ), se définit comme la science dans laquelle les techniques dérivées du béhaviorisme sont appliquées systématiquement afin d'améliorer des comportements socialement significatifs, et dans laquelle l'expérimentation est utilisée pour identifier les variables explicatives du comportement.
L'analyse appliquée du comportement a remplacé la modification du comportement (), car cette dernière approche tentait de changer le comportement sans clarifier les interactions sous-jacentes avec l'environnement. Au contraire, l'ABA essaie de changer le comportement en évaluant et en mesurant préalablement la relation fonctionnelle entre le comportement visé et l'environnement, partant du principe fondamental du comportement opérant, à savoir qu'un comportement est causé ou entretenu par son environnement. L'ABA cherche souvent à développer des comportements de remplacement ayant la même fonction que le comportement problématique..
L'ABA est aujourd'hui, en France, la méthode préconisée par la Haute Autorité de santé, à la suite d'une recommandation de bonne pratique de 2012, dans la prise en charge d'enfants et adolescents ayant des troubles du spectre de l'autisme, au regard de la preuve de son efficacité (grade B).
L'ABA se déploie sur six dimensions: Appliquée : elle étudie des comportements sociaux importants pour le sujet et non pas n'importe quel type de comportement. Comportementale : elle implique une mesure précise du comportement existant à améliorer et de documenter le changement effectif de ce comportement. Analytique : elle établit un contrôle expérimental sur le comportement étudié, c'est-à-dire qu'elle démontre, par la manipulation répétée d'une variable environnementale, que celle-ci gouverne l'apparition et la disparition du comportement — preuve empirique de la relation fonctionnelle entre les deux, et non simple corrélation observée. Opérationnelle : elle documente toutes les procédures utilisées de manière suffisamment complète et détaillée pour permettre la réplication. Efficace : elle améliore le comportement de manière suffisante pour produire des résultats pratiques pour le participant/patient/client. Générale : les changements de comportement qu'elle provoque sont durables dans le temps, apparaissent dans d'autres environnements ou s'étendent à d'autres comportements.
L'analyse appliquée du comportement est très souvent confondue, surtout en France, avec les méthodes de prises en charge de l'autisme. Or si l'analyse appliquée du comportement est intensivement utilisée pour aider les autistes, en particulier les jeunes enfants, l'ABA déborde largement du champ de traitement de l'autisme et des troubles envahissant du développement (TED).
Réciproquement, la prise en charge de l'autisme (et de ses fréquentes comorbidités) intègre des éléments de la psychologie du développement, l'orthophonie, la psychologie sociale, des médicaments, et ne se résume pas à l'analyse appliquée du comportement.
Histoire Skinner et l'analyse expérimentale du comportement À la fin des années 1930, Skinner découvre le comportement opérant et fonde l'EBA (experimental behaviour analysis) ou analyse expérimentale du comportement jetant les bases du béhaviorisme moderne. Skinner mène ses expériences dans son laboratoire d'Harvard, exclusivement sur des pigeons ou des rats dont il cherche à modifier le comportement dans des dispositifs expérimentaux, appelées aujourd'hui boîtes de Skinner.
Il publie en 1953 Science et Comportements humains, ouvrage dans lequel il envisage l'application du béhaviorisme à l'éducation ainsi qu'à la psychothérapie..
Naissance de l'ABA L'article de Fuller publié en 1949 est le premier à décrire l'application des techniques du conditionnement opérant à un être humain dans laquelle l'action de lever le bras chez un adolescent avec un retard mental important est conditionnée..
Au cours des années 1950 et 1960, de nombreux chercheurs utilisent les méthodes expérimentales béhavioristes développées en laboratoire avec des animaux afin de déterminer si elles s'appliquent également aux humains. Par exemple, Sidney Bijou cherche à définir les principes béhavioristes opérant avec des jeunes enfants., Baer examine les effets des punitions, fuite et évitement sur des enfants de maternelle., Demyer et Ferster mènent une approche systématique des principes béhavioristes avec des enfants autistes..
Le début formel de l'ABA est situé en 1959 avec la publication d'un article de Ayllon et Michael intitulé « L'infirmière psychiatrique en tant qu'ingénieure comportementale » (The pyschiatric nurse as behavioral engineer).. Durant les années 1960, de nombreux chercheurs essayèrent d'appliquer les techniques d'analyse comportementale développées jusque-là en laboratoire dans des environnements usuels et quotidiens. Cette transposition, souvent complexe, donna lieu à la mise au point de méthodes spécifiques à l'analyse appliquée du comportement.
Depuis ses débuts, l'ABA s'applique aux individus (en tant que sujets) et non pas aux groupes ..
En 1968 fut créé le Journal of Applied Behavior Analysis.. Son premier numéro, contenait un article fondateur de la discipline, signé de Baer, Wolf et Risley : “Some current dimensions of Applied Behavior Analysis” (« Quelques dimensions actuelles de l'analyse appliquée du comportement »)..
Concepts de base Comportement Même si les termes de « mouvement » et d'« activité » renvoient à la notion de comportement, il est impératif de définir clairement ce qui relève du béhaviorisme et donc de l'ABA de ce qui ne fait pas partie de son domaine d'étude. Ainsi, le « comportement » des cours de bourse ne fait pas partie du périmètre d'étude de l'ABA. En revanche, se déplacer dans son agence bancaire et remplir un ordre de vente en bourse est un comportement au sens du béhaviorisme.
Skinner a initialement défini le comportement comme : « le mouvement d'un organisme ou de ses parties dans un cadre de référence fourni par l'organisme ou par différents objets ou domaines extérieur ».. Sur cette base, le comportement au sens béhavioriste est défini aujourd'hui ainsi :Le comportement d'un organisme est la portion d'interaction de cet organisme avec son environnement qui se caractérise par le mouvement détectable dans l'espace au passage du temps d'une partie de cet organisme et qui se traduit par un changement mesurable d'au moins un aspect de cet environnement.L'analyse appliquée du comportement s'intéresse de plus exclusivement aux comportements sociaux qui sont une partie des comportements définis ci-dessus.
Environnement L'environnement est ce dans quoi le comportement s'effectue, et qui est affecté par ce comportement. Il est important de noter que dans l'analyse béhavioriste seuls les événements tangibles et données matérielles font partie de l'environnement. Le psychisme ne fait pas partie de l'environnement par définition et choix épistémologique du béhaviorisme. Cela dit, il peut inclure d'autres parties du corps ou de l'organisme : sa peau, ses yeux, etc.
Stimulus Le stimulus est une partie de l'environnement dont le changement affecte l'organisme. Les stimuli peuvent être décrits: formellement par leurs caractéristiques objectives matérielles, de manière temporelle selon qu'ils interviennent avant ou après le comportement ou fonctionnellement par leurs effets sur le comportement.
Renforcement et punition Voir la section sur le sujet dans l'article Comportementalisme.
Opérant discriminé et la contingence à trois termes (discriminated operant and three-term contingency) En plus d'établir une relation entre le comportement et ses conséquences, le « conditionnement opérant » établit également une relations entre les antécédents et les comportements. Ainsi, l'analyse appliquée du comportement cherche à formuler le comportement étudié sous la forme de AB-à cause de-C ou pour le dire autrement : il existe une relation entre le comportement (B) et son environnement ou contexte (A) à cause des conséquences (C). Plus précisément, cette relation « AB à cause de C » montre que la relation s'est établie au travers de conséquences antérieures à l'observation, dans des contextes similaires. Cette formulation est appelée la contingence à trois termes. Un comportement qui est observé fréquemment en présence d'une condition antécédent, est appelé un « opérant discriminé » (discriminated operant). Le stimulus antécédent est appelé « stimulus discriminant » (SD)Copper, Heron & Heward 2007, p.41..
Le fait que l'opérant discriminé n'apparaît qu'en présence du stimulus discriminant illustre la maîtrise par stimulus.. De plus en plus, cette maîtrise est décrite non plus en termes de présence ou d'absence du stimulus, mais comme une variation de la probabilité — plus ou moins élevée — que le comportement survienne. Ces conditions sont appelées « événement déclencheur » (setting event), « opérations établissantes » (establishing operations) ou « opérations motivantes » (motivating operations)..
La sonnerie du téléphone est un exemple de stimulus discriminant : elle est l'antécédent ou contexte (A), le comportement opérant est le fait de décrocher le téléphone (B) et la conséquence est que s'établit une discussion avec la personne au bout de la ligne qui a appelé (C). Nous décrochons le téléphone, car il y a une personne à l'autre bout de la ligne et non pas uniquement parce que le téléphone sonne. Malgré tout, la sonnerie est le stimulus discriminant (SD). C'est parce que la discussion téléphonique n'a eu lieu dans le passé qu'à la suite de la sonnerie que celle-ci maîtrise le comportement de décrocher. La maîtrise a été transféré au stimulus discriminant (la sonnerie).
Démarche de l'analyse appliquée du comportement Une intervention d'analyse appliquée du comportement comporte 4 phases : le cadrage ; l'analyse pour déterminer la fonction du comportement ; l'intervention pour modifier le comportement ; l'évaluation de l'efficacité de l'intervention.
Le cadrage Le cadrage a deux fonctions : Identifier le comportement à modifier. Mesurer ce comportement.
Identification L'analyse appliquée du comportement vise à améliorer des comportements socialement importants ; il est donc crucial de correctement définir le comportement à améliorer. Ce comportement doit être défini de manière objective. Ainsi, dire qu'un enfant est « indiscipliné » ou « immature » n'est pas la description d'un comportement, contrairement à « mord les enfants qui s'approchent » ou « hurle et frappe dès qu'il lui est demandé d'accomplir telle ou telle tâche de la vie quotidienne comme se laver les mains ou s'habiller ».
Mesure vignette|Graphique fictif mesurant l'efficacité d'un stimulus appliqué durant la phase B uniquement. Le temps est représenté sur l'axe horizontal tandis que le nombre d'occurrences du comportement est représenté sur l'axe vertical. Le comportement doit être mesuré pour permettre une approche objective et scientifique, et il peut l'être de différentes manières, par : sa fréquence d'apparition sur une période de temps donnée ; sa durée ; sa latence ou délai d'apparition par rapport au stimulus ou autres ; sa topographie ou forme ; sa force ; sa localisation. Ces mesures sont généralement présentées dans des graphiques pour faciliter l'interprétation et l'identification des variables de l'environnement qui orientent ou maîtrisent le comportement.
L'analyse fonctionnelle du comportement, ou Functional Behavioral Analysis (FBA) Le principe du béhaviorisme est qu'un comportement a une fonction (consciente ou non) ; il sert à la personne qui le met en œuvre. La recherche et la démonstration de l'existence d'une relation fonctionnelle entre un comportement socialement important et les variables qui le maîtrisent est cruciale dans l'analyse appliquée du comportement.
Rôle de l'analyse fonctionnelle du comportement