vignette|Édition italienne de l'ouvrage. La volonté de puissance (Wille zur Macht Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API) est un concept de philosophie qui désigne, chez Friedrich Nietzsche, l'. Il s'agit d'une pulsion fondamentale de l'homme qui cherche l'accroissement de la puissance. La volonté de puissance peut être positive, c'est-à-dire créatrice, exaltant la vie, ou alors négative, c'est-à-dire être animée par le ressentiment, la haine, la volonté de nuire ou de dégrader.

La volonté de puissance s'inscrit dans l'anthropologie de Nietzsche, selon laquelle l'humain est l'ensemble de ses pulsions hiérarchisées de manière plus ou moins stable. Chaque pulsion interprète la force des autres pulsions et agit en conséquence, tentant de monter dans la chaîne de commandement. Il faudrait donc parler des volontés de puissance. Au singulier, ce concept s'applique à la synthèse accomplie au niveau de l'individu.

Ce concept, quoique très commenté, n'a jamais été défini de manière systématique dans l'œuvre de Nietzsche. Il a par conséquent suscité des interprétations diverses et contradictoires. On le trouve notamment dans ses Fragments posthumes, bien que l'expression soit déjà présente dans des œuvres publiées, notamment Ainsi parlait Zarathoustra, Par-delà le bien et le mal et Généalogie de la moraleVincent Stanek, Volonté de vie et volonté de puissance, revue numérique Philopsis, Lire en ligne, p.2, consulté le 8 juillet 2016.

Le concept de Volonté de puissance est, pour de nombreux commentateurs (HeideggerVoir Nietzsche I et II où Heidegger fait de la volonté de puissance et de l'Éternel Retour les concepts fondamentaux d'une métaphysique nietzschéenne portant à son terme la métaphysique occidentale. ou M. HaarVoir son exposé de la pensée de Nietzsche, dans Nietzsche et la métaphysique., par exemple), l'un des concepts centraux de la pensée de Nietzsche, dans la mesure où il est pour lui un instrument de description du monde, d'interprétation de phénomènes humains comme la morale et l'art (interprétation connue sous le nom de généalogie), et d'une réévaluation de l'existence visant un état futur de l'humanité (le Surhomme). C'est pourquoi il est souvent utilisé pour exposer l'ensemble de sa philosophie.

L'expression a donné lieu à un projet de livre, intitulé La Volonté de puissance. Essai d'inversion de toutes les valeurs, abandonné à la fin de l'année 1888, et à plusieurs compilations de fragments présentés comme son œuvre principale et aujourd'hui considérés comme des falsifications.

Concept L'expression Volonté de puissance (Wille zur Macht) apparaît pour la première fois dans un fragment posthume de 1876-1877Fragment 23 . Nietzsche utilise l'expression d' (Verlangen nach Macht) dans Le Gai SavoirFriedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, aphorisme 13. L'expression correspond alors à une velléité de puissance.

L'expression apparaît ensuite dans Ainsi parlait Zarathoustra, dans la section Du dépassement de soi-même du livre II. Il ne s'agit plus alors seulement de velléité de puissance, mais d'un concept appliqué à la vie entière. Le passage suggère qu'il y a volonté de puissance partout où il y a de la vie, et que la volonté de vie n'existe pas ; car ce qui n'est pas ne peut pas vouloir, et ce qui est la vie ne peut désirer ce qui est déjà acquis.

C'est dans Par-delà le bien et le mal que l'expression est la plus développée, apparaissant dans 11 aphorismesFriedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, §§ 22, 23 36, 44 (Macht-Willen), 51, 186, 198, 211, 227, 257 (Willenskräfte und Macht-Begierden, 259.

Dans Généalogie de la morale, la volonté de puissance est qualifiée d' (Deuxième dissertation, §1).

Cette idée reprise dans le fragment publié au §697 de La Volonté de puissance, qui affirme la notion comme , ce sur quoi reviennent plusieurs fragments posthumesNotamment FP, XIV, 14 : Voir aussi fragments 4 , 7 , 9 de 1880-1881 ; FP, XI, 38 ; FP XIV, 14 ; FP, XIV, 14 : . C'est dans ce dernier ouvrage que Nietzsche définit la volonté de puissance comme double : à une volonté de puissance créatrice, celle des forts et des individualités créatrices, s'oppose la volonté de puissance négative, animée par la haine, le ressentiment, et qui est la volonté de puissance des esclaves. Il soutient que la volonté de puissance est .

L'expression revient enfin dans L'Antéchrist : .

Volonté vers la puissance Par la notion de , Nietzsche entend proposer une interprétation de la réalité dans son ensemblecf. D'après Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, , « Que tout ce qui existe soit en son fond et dans son ensemble Volonté de Puissance, Nietzsche le souligne expressément et l'affirme de diverses manières […]. ».

Traits généraux Volonté de puissance est la traduction devenue usuelle de l'expression allemande Wille zur Macht. Cette expression forgée par Nietzsche signifie littéralement , ce qui met en évidence l'utilisation du datif allemand pour exprimer une tension interne dans l'idée même de volonté. En effet, il ne s'agit pas de vouloir la puissance comme si, dans une conception psychologisante, la puissance était un objet posé à l'extérieur de la volontécf. Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, : . Nietzsche écarte ce sens traditionnel de la notion de volontécf. D'après Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, , Nietzsche dénonce deux erreurs dans la métaphysique traditionnelle de la volonté : , et lui substitue l'idée qu'il y a quelque chose dans la volonté qui affirme sa puissancecf. Müller-Lauter, Physiologie de la volonté de puissance, : . Dans cette idée, la volonté de puissance désigne un impératif interne d'accroissement de puissance, une loi intime de la volonté exprimée par l'expression « être plus »cf. Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, . : cet impératif pose alors une alternative pour la Volonté de puissance, devenir plus ou dépérir.

Cette conception de la volonté et de la puissance conduit à exclure le recours à des notions comme l'« unité » et l'« identité » pour décrire ce qui existe et en déterminer l’essence : si tout ce qui est Volonté de puissance doit devenir plus, il n'est en effet pas possible pour un être de demeurer dans ses propres limites. La notion de Volonté de puissance ne désigne donc ni ne constitue l’unité ou l’identité d’une chose. Au contraire, pour toute réalité, être « volonté de puissance », c'est ne jamais pouvoir être identique à soi et être toujours porté au-delà de « soi ».

Ce devenir plus, cette manière de devoir toujours aller au-delà de soi, n'est cependant pas arbitraire, mais se produit selon une orientation, que Nietzsche nomme structure, et qui est donc une structure de croissance qui définit et fait comprendre comment une réalité devient ; c'est cette structure qui est sa réalité agissante, individuelle, qui est sa volonté de puissance :

Ce mouvement se conçoit en outre pour Nietzsche comme une exigence d'assimilation, de victoires contre des résistances : cette idée introduit l'idée de « force ». La volonté de puissance est ainsi constituée de forces dont elle est la structurecf. Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, : . La Volonté de puissance s'accroît ainsi par l'adversité des forces dont elle est constituée, ou décroît en cherchant cependant toujours d'autres moyens de s'affirmer.

Cette idée de structure d'une Volonté de puissance, qui en fait une ontologie de la relationcf. Pierre Montebello, Nietzsche. La Volonté de puissance, : , possède également une dimension pathologique associée au sentiment de puissance que Nietzsche avait commencé à thématiser dès Aurore.

Cette dimension affective est présente en tout vivant, mais Nietzsche l’étend également à l’inorganique, conçu comme une forme plus rudimentaire de Volonté de puissance. Cette affectivité introduit dans l’idée de volonté de puissance (organique ou inorganique) une dimension affective fondamentale (désignée par le terme de pathos), qui ne relève pas de l'expression d'un jeu de forces structurées, mais d’une disposition inhérente à toute Volonté de puissance à se déployer d'une certaine manière :

Ainsi se trouvent liées en une même notion les idées d'être plus (extériorisation ou manifestation de la volonté de puissance), de structure (relations entre des forces) et d'affectivitécf. Pierre Montebello, Nietzsche. La Volonté de puissance, , résume ainsi : .

Le mot de l'être Devenir plus, structure et pathos sont les principales qualités que Nietzsche attribue à une Volonté de puissance. Ces qualités permettent de décrire ce qui est. La Volonté de puissance décrit donc de cette manière toute la réalitécf. D'après Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, : . Elle n'est pourtant pas un principe ; structure et être plus de ce qui devient, elle n'en est pas en effet l'origine radicale. En tant que description du monde, elle reste cependant un concept métaphysique, puisqu'elle qualifie l'étant en sa totalité (selon Heidegger et Müller-LauterVoir Physiologie de la Volonté de puissance.), ce que Nietzsche formule ainsi :

Tout étant est donc pour Nietzsche Volonté de puissance, et il n'y a d'être qu'en tant que Volonté de puissance. Dans cette perspective, le monde est un ensemble de volontés de puissance, une multitudecf. Müller-Lauter, Physiologie de la volonté de puissance, : . Cette description générale du devenir pose cependant une difficulté jugée fondamentale pour la compréhension de la volonté de puissancecf. Pierre Montebello, Nietzsche. La Volonté de puissance, . : la volonté de puissance est-elle le devenir ou son essence ? La difficulté soulevée par cette question est que, dans la mesure où Nietzsche paraît décrire une structure interne, la volonté de puissance semble devoir être comprise de manière essentialiste ; or, un tel essentialisme reconduirait la division entre un monde phénoménal et un arrière-monde à laquelle Nietzsche s'oppose explicitement.

Mais une telle compréhension exclut toute recherche d'un inconditionné derrière le monde, et de cause derrière les êtres (« fondement », « substance ») : car c'est en tant que nous interprétons que nous concevons le monde comme Volonté de puissance. L'énoncé sur l'essence doit être rapporté à une forme de perspectivisme pour éviter de faire de la Volonté de puissance une substance ou un être. Ceci suppose que d'autres interprétations sont possibles. Mais, tout en refusant un dogmatisme de l'être, Nietzsche refuse également le relativisme qui pourrait découler de sa thèse du perspectivisme de la Volonté de puissance : celle-ci est en effet également un critère de la valeur, de la hiérarchie même des valeurscf. D'après Michel Haar, Nietzsche et la métaphysique, ,

Voir aussi : Lexique de Friedrich Nietzsche.

Pathos et structure Pour Nietzsche, la volonté de puissance possède donc un double aspect : elle est un pathos fondamental et une structure.