Le Pluvier fauve (Pluvialis fulva) est une espèce d'Oiseaux limicoles appartenant à la famille des Charadriidae. Il niche en Sibérie et en Alaska et migre principalement dans les îles du Pacifique et en Asie du Sud-Est pour passer l'hiver.

Décrit pendant les expéditions du capitaine James Cook, le Pluvier fauve a longtemps été confondu avec le Pluvier bronzé (Pluvialis dominica), duquel il peut être très difficile à distinguer et avec lequel il partage son aire de reproduction en Alaska. Il ressemble aussi au Pluvier doré (Pluvialis apricaria), qui se reproduit comme lui en Sibérie.

C'est un limicole de taille moyenne, au plumage changeant selon la saison. Il est très contrasté en période de reproduction, avec le dessous noir, le dessus brun tacheté de blanc et de jaune, et une bande blanche allant du front à l'épaule. En hiver, il adopte un plumage plus discret, gris ou chamois moucheté de brun et de blanc. C'est le plus petit et le plus fin des quatre représentants du genre Pluvialis.

Le Pluvier fauve peut parcourir entre par an pour sa migration, en passant de la toundra pierreuse aux côtes du Pacifique. Il est alors peu farouche et s'approche volontiers des habitations, en se regroupant dans des jardins, des parcs ou sur les toits de bâtiments. Certains individus sont apprivoisés et répondent à leur nom.

Emblématique à Hawaï, il y est non seulement nourri et apprivoisé, mais aussi un animal important de la culture locale. Dans la mythologie hawaïenne, il est souvent présenté comme un messager divin.

Taxonomie alt=Illustration peinte à la main d'un oiseau vu de profil avec une légende : Charadrius pluvialis orientalis.|vignette|Un Charadrius pluvialis orientalis, ancien nom scientifique du Pluvier fauve, représenté par Philipp Franz von Siebold en 1842. Comme d'autres oiseaux du Pacifique, le Pluvier fauve est observé et décrit pendant les expéditions du capitaine James Cook. Daniel Solander, un botaniste participant à une exploration sur le navire de Cook en 1770, décrit des oiseaux et ne considère pas qu'il s'agisse d'une nouvelle espèce. Puis John Latham, se basant uniquement sur une description, mentionne cette nouvelle espèce dans son livre , sous le nom de . C'est Johann Friedrich Gmelin qui est généralement retenu comme le descripteur de l'espèce, bien qu'il ait seulement traduit les observations de ses prédécesseurs pour les rendre cohérentes avec la classification de Linné. Il nomme le Pluvier fauve Charadrius fulvus dans son ouvrage Systema Naturae paru en 1788-1789. Cet oiseau a aussi été appelé Charadrius auratus longipes (Schlegel, 1854), Charadrius dominicus fulvus et Charadrius pluvialis orientalis..

Il est appelé kolea à Hawaï., Torea à Tahiti et aux Tuamotu, Ti'afe ou ti'ofi dans les langues australes, kuriri chez les Maoris.. et tuli aux Tuvalu. Aux Tonga, le nom de kiu peut désigner le Pluvier fauve, le Tournepierre à collier (Arenaria interpres), la Barge rousse (Limosa lapponica) et le Chevalier errant (Tringa incana).. À Uvea, kiu est aussi le nom du Tournepierre à collier, tandis qu'à Niue, ce n'est que le nom du Pluvier fauve.

Son nom binominal est composé de Pluvialis, lié à la pluie, et fulvus, la couleur fauve.. En anglais, son nom fait référence à son aire de répartition : il est ainsi appelé , , ou .

Distinction avec le Pluvier bronzé et sous-espèces Il a longtemps été considéré comme faisant partie d'une seule et même espèce avec le Pluvier bronzé (Pluvialis dominica), car ils ont un plumage très similaire et se reproduisent dans la même zone. Néanmoins, dans un article paru en 1983, Peter G. Connors a distingué ces deux espèces en montrant qu'elles ne s'hybrident pas. Le Pluvier fauve et le Pluvier bronzé sont aujourd'hui considérés comme deux espèces distinctes. On estime aujourd'hui que la divergence entre les deux espèces a eu lieu il y a environ , et a été causée par les épisodes de glaciation du Pléistocène.. Il n'y a pas de sous-espèce reconnue, mais un article paru en 2015 propose de distinguer deux populations : les Pluviers fauves se reproduisant en Alaska et ceux se reproduisant en Sibérie, sur la base de leurs mensurations, de leurs voies migratoires et de leurs périodes de mue différentes.

Identification Dimensions et plumage C'est un limicole de taille moyenne qui mesure entre , avec une tête large, de grands yeux et un court bec noir. Son bec mesure environ , sa queue , son tarse et son aile . Il pèse entre .. Les Pluviers fauves nichant en Alaska sont en moyenne légèrement plus grands, avec les ailes plus longues et pointues, que ceux nichant en Sibérie.

Le Pluvier fauve présente un plumage différent en période de reproduction et en période d'hivernage, la transition entre les deux pouvant rendre l'identification difficile. Les populations nichant en Alaska muent dans leurs aires d'hivernage, tandis que celles nichant en Sibérie commencent leur mue avant la migration.

En plumage internuptial, il est peu contrasté, avec la poitrine grise ou chamois mouchetée de brun, le ventre blanc et le dos et les ailes d'un brun taché de blanc. La calotte sombre laisse apparaître un sourcil pâle. Durant la mue, la poitrine se couvre peu à peu de noir, jusqu'au plumage nuptial, où le dessous est noir de la face jusqu'au ventre, le dessus est moucheté de brun, noir, blanc et doré, avec une bordure blanche qui sépare les deux du front jusqu'aux flancs. Les individus d'un an atteignent rarement un plumage nuptial aussi contrasté que les individus plus âgés, le dessous n'étant pas aussi noir. Mâles et femelles sont similaires , excepté en plumage nuptial où le plumage noir des femelles est mêlé à plus de blanc que celui des mâles.

Le plumage des juvéniles est brun moucheté de jaune sur le dessus, avec un épais sourcil jaune pâle ou blanc. La poitrine est mouchetée de chamois et de jaune vif, avec des taches le long des flancs, autour du ventre blanc immaculé. Dès novembre, les juvéniles sont difficilement discernables des adultes.

Voix

Le Pluvier fauve émet des chants forts en une ou deux syllabes, moins doux que ceux du Pluvier doré : des ou rapides qui peuvent rappeler ceux du Chevalier arlequin (Tringa erythropus), ou des plaintifs comme le Vanneau huppé (Vanellus vanellus).

Espèces ressemblantes Le Pluvier fauve peut être très difficile à distinguer du Pluvier bronzé (Pluvialis dominica) et du Pluvier doré (Pluvialis apricaria). Il est plus petit et plus fin que les autres Pluviers, avec les pattes plus longues et sombres. En plumage nuptial, il a plus de blanc sur les flancs, sous la queue et à la base du bec et les mouchetures dorées sur le dessus sont plus nombreuses. Certains spécimens conservés dans des musées sont indéterminés entre le Pluvier bronzé et le Pluvier fauve. La distinction est plus facile chez les juvéniles et en plumage internuptial, le Pluvier fauve étant alors jaunâtre comparé au Pluvier bronzé plus brun-gris. Les mensurations restent le caractère distinctif le plus efficace.

Distribution et habitat Migration alt=Carte de répartition du Pluvier fauve.|vignette|Carte de répartition Le Pluvier fauve est un migrateur qui peut parcourir plusieurs milliers de kilomètres d'une traite pour relier sa zone de nidification, en Alaska et en Sibérie, à ses aires d'hivernage, sur les côtes du Pacifique et de l'Océan Indien. Il est présent en Asie, en Amérique du Nord, en Océanie, et plus rarement ou par erratisme en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique du Sud. Des observations de Pluviers fauves hivernant régulièrement en Europe ont été relayées jusqu'aux années 1940, mais aucune observation moderne ne vient étayer ces témoignages.

Un suivi par géolocateur a montré que les Pluviers fauves peuvent voler au moins cinq jours sans pause, à une vitesse comprise entre .. Ils peuvent parcourir au total entre par an et empruntent la voie migratoire est-asiatique, par grands groupes volant en V. Ils rejoignent leurs aires d'hivernage entre août et novembre, puis repartent vers le nord entre fin mars et début avril. Les populations de Pluviers fauves qui nichent en Alaska volent sans arrêt jusqu'aux îles du Pacifique, tandis que ceux nichant en Sibérie survolent les terres et font des haltes migratoires le long des rivières et des lacs de Russie.

Aires de nidification alt=Photographie d'un Pluvier fauve en vol.|gauche|vignette|Le Pluvier fauve peut parcourir jusqu'à par an pour sa migration. Le Pluvier fauve se reproduit à une latitude supérieure à 55° nord, en Sibérie et en Alaska, dans une grande zone de toundra interrompue par le détroit de Béring et le golfe de l'Ob. En Sibérie, il est répandu de la Péninsule de Yamal à l'ouest jusqu'au Kamtchatka au sud-est et le long de l'Ienisseï, dans une aire qui recoupe celle du Pluvier doré (Pluvialis apricaria). En Alaska, il niche le long du golfe de Kotzebue et de la mer de Béring.

On le trouve généralement à une altitude plus basse que le Pluvier doré, bien qu'il puisse nicher en montagne, notamment dans les Hauts-Plateaux tchouktches et le Koriakski. Il apprécie les plateaux pierreux bien drainés, avec de la mousse, du lichen et des buissons assez denses, mais évite les forêts.

Aires d'hivernage alt=Photographie d'un Pluvier fauve debout sur un rocher en partie immergé, sur une plage.|vignette|Dans ses aires d'hivernage, ici aux Fidji, le Pluvier fauve vit sur les côtes. Il migre pour passer l'hiver sur les côtes du Pacifique et de l'océan Indien. Il est alors répandu en Asie du Sud-Est et en Océanie , et occasionnel à Mayotte, en Guadeloupe, sur l'île Clipperton, sur les îles Éparses, en Californie et dans le nord-est de l'Afrique. Des individus erratiques ont été observés dans les terres africaines, sur les lacs Nakuru et Turkana, ainsi qu'en Europe, en Nouvelle-Angleterre, dans les îles Galápagos et au Chili.

En hiver, il vit dans les estuaires, les marais, dans les champs labourés et les prairies. Peu farouche, il s'installe aussi à proximité des humains, dans des ports, des parcs, des jardins, voire des terrains d'aviation. La nuit, on peut voir des groupes sur des toits de bâtiments.

Comportement Alimentation alt=Photographie d'un Pluvier fauve dans la vase, penché vers le sol, extirpant un ver avec son bec.|vignette|Un Pluvier fauve attrapant un ver. Le Pluvier fauve se nourrit principalement de crustacés dont des petits crabes, de vers marins et de vers de terre, d'insectes et de larves, d'araignées et de mollusques. Il mange aussi des graines, ainsi que des baies pendant la saison de reproduction.. Il chasse d'une manière caractéristique, marchant rapidement, puis s'arrêtant pour examiner les alentours avec la tête inclinée sur le côté. Il sonde la boue à la recherche de proies enfouies.

Reproduction alt=Photographie de deux œufs jaunâtres tachés de brun très foncé.|gauche|vignette|Des œufs de Pluvier fauve collectés en Sibérie et conservés au Muséum de Toulouse. Son aire de reproduction recoupe celles du Pluvier doré en Sibérie et du Pluvier bronzé en Alaska. La nidification commence en juin-juillet sur un sol de toundra sec, souvent à flanc de colline, sur des crêtes ou sur des hummocks.

Le nid est une cuvette légèrement creusée à même le sol, sur un site sec, et garnie de lichen et de mousse. Le Pluvier fauve est très fidèle à son site de nidification et y retourne d'année en année, en réutilisant le même nid, ou en nichant dans un rayon de alentour. C'est une espèce monogame et les deux parents se partagent l'incubation des œufs, généralement trois ou quatre, qui sont pondus en juin et couvés pendant . Les poussins sont pris en charge par les deux parents ou, si la ponte est tardive, par le mâle seul. Les jeunes prennent leur envol entre .

La durée d'une génération est de ans et l'âge maximum connu est de .

Proximité avec les humains