Les Belles Images est un roman français de la philosophe, essayiste et romancière féministe Simone de Beauvoir publié en 1966. Le roman prend comme thème principal la problématisation des rôles sociaux et des images stéréotypes des femmes de la bourgeoisie pendant les années 1960 par la voie de la prise de conscience du personnage principal, Laurence.

Présentation Le roman met en scène la prise de conscience du personnage narrateur, Laurence. Tout en jonglant les rôles de mère, de femme dévouée, d'amante, de fille de parents vieillissants et sa vie professionnelle, Laurence tâche de se définir par rapport à ces images prédéterminées par la société qui sont parfois divergentes et problématiques. Laurence se demande tout au long du roman : « Qu'est-ce que les autres ont que je n'ai pas ? »Simone de Beauvoir, Les Belles Images, éditions Gallimard, 1966, rééd. Collection Folio, 2006, 183p.

Laurence est une femme accomplie, qui mène une vie dorée à Paris. D'une trentaine d'années, elle s'est mariée jeune à un architecte moderne dans ses idées, a deux filles et un métier intéressant dans la publicité. Son métier et sa formation vécue lui ont toutefois appris à décoder les messages, à lire à travers les apparences mensongères et à examiner les mœurs sociales. Elle constate tout au long du roman que sa vie ne lui convient pas : elle la trouve froide et vide, tout comme les slogans qu'elle invente au travail. Elle prend un amant, mais une fois que la passion du début se tait, cette expérience ne parvient à la tirer de l'ennui. Son éducation paraît être la source de ses maux : elle lui a montré à bâtir sa vie sur des apparences, aux dépens de sa personnalité et de son épanouissement. Laurence comprend les limites de sa formation à travers sa sœur Marthe qui s'oublie dans la religion et sa mère Dominique, plaquée à 51 ans et prête à tout pour éviter la solitude, tout en cherchant à copier l'image de la femme indépendante réussie. Or sa fille aînée, Catherine, grandit et ouvre les yeux sur le monde. On lui enseigne à elle aussi à mettre de côté ses émotions et sa quête de répondre aux questions difficiles qu'elle se pose sur sa propre position face à l'univers. Laurence ne supporte pas que sa fille puisse devenir la femme insensible qu'elle est elle-même devenue. Terrassée par l’angoisse, elle ne parvient plus à se nourrir et en devient malade. C’est finalement au nom de l’équilibre du foyer que Laurence parvient à obtenir une chance que ses enfants soient différents.

Personnages Laurence : personnage principal, voix narrative Jean-Charles : mari de Laurence, architecte moderne Vergne : collègue de Jean-Charles et dirigeant de la firme Lucien : amant et collègue de Laurence à Publinf Catherine : fille aînée de Laurence, affligée par les troubles du monde Brigitte : petite amie de Catherine, précoce Louise : fille cadette de Laurence Dominique Langlois : mère de Laurence Gilbert Mortier : conjoint de Dominique, millionnaire Marie-Claire : épouse de Gilbert qui refuse le divorce Patricia : jeune fille de Lucile de Saint-Chamont, de qui Gilbert tombe amoureux Lucile de Saint-Chamont : ancienne amante de Gilbert, mère de Patricia Marthe : sœur de Laurence, religieuse Hubert : mari de Marthe, beau-frère de Laurence Papa : père de Laurence, intellectuel reclus Serge : neveu de Papa qui cherche un emploi Gisèle et M. Dufrène : amis de la famille Les Thirions : amis de la famille Mona : amie et collègue de Laurence à Publinf Houchet : enseignante de l'enfance de Laurence qui apparaît dans ses pensées Goya : domestique de Laurence Mme Frossard : psychologue de Catherine

Style littéraire

Focalisation narrative Les Belles Images est raconté du point de vue de l'héroïne, Laurence. La voix narrative oscille entre la représentation des événements que vit Laurence et la représentation de son dialogue interne, qui interrompt souvent l'enchaînement de la narration lorsqu'elle interagit avec ses expériences vécues. La narration est donc au style indirect libre, où les gestes et les pensées du personnage sont marqués par l'interchangeabilité des pronoms, des adverbes, du temps et du mode. Ce style de narration permet aux lecteurs de se déplacer ou même de se balancer entre la narration directe de la représentation des événements tels qu'ils sont perçus par Laurence et la représentation indirecte de ses pensées et des événements hors du présent, qui infiltrent la conscience du personnage narratriceABRAMS, M.H., A Glossary of Literary Terms, 9e éd., Canada, Wadsworth Cengage Learning, 2009 (208) [en traduction]..

Dans le texte, ces interruptions dans l'enchaînement de la narration à la troisième personne, vue par la perspective de Laurence, sont souvent marquées par des parenthèses, des tirets ou par l'emploi autrement non conventionnel de la première personne du singulier, qui sont insérés en plein milieu des phrases et des paragraphes. Parfois, l'emploi du pronom et le contexte sont les seuls indices aux lecteurs qu'il s'agit d'une oscillation de la focalisation narrative. Par exemple :

« « Aimer d'amour », dit papa. Est-ce que j'aime Jean-Charles - ai-je aimé Lucien - d'amour ? Elle a l'impression que les gens lui sont juxtaposés, ils n'habitent pas en elle ; sauf ses filles, mais ça doit être organique » (67).

Le dialogue entre personnages subit un effet similaire lorsque certaines phrases sont filtrées et re-racontées par Laurence, et sont ainsi indiquées par l'absence de tirets, tandis qu'il y a d'autres instances où les personnages parlent pour eux-mêmes. Ce genre de dialogue est indiqué par l'emploi du mode conventionnel. La focalisation du personnage et l'emploi du style indirect libre créent l'illusion narratologique qu'on a accès à la perspective intérieure de Laurence en temps réel.

Ellipses La chronologie du roman suit les conventions du temps, à part quelques interruptions plus évidentes dans le chapitre 4, où Laurence semble narrer le voyage qu'elle fait en Grèce avec son père antérieurement quand elle est malade lors d'une crise psychologique. L'ellipse temporelle est marquée par quelques ruptures qui sont des interruptions par Marthe (156 et 168) et encore par Jean-Charles (169 et 180), avant que la narration rattrape le présent de l'enchaînement des événements, qui conclut le roman.

Héroïne problématique Dans une correspondance en 1969, Simone de Beauvoir a remarqué : « Il y a dans le roman une 'héroïne problématique' - comme Mme Bovary par exemple - et c'est Laurence, pauvre paumée, qui avec ses pauvres moyens découvre la société où elle vit »« Lettre à Jacques Lecarme sur 'Les Belles Images' (1969) » Cahier de L'Herne N.100 : Simone de Beauvoir, Éditions de L'Herne, Paris, 2012 (166-168).. Beauvoir avait explicitement voulu que Laurence soit une héroïne problématique positive, malgré la réception défavorable que ce choix a parfois engendré (103)SCHEIBER, Elizabeth S., « Family, Friends, and Neurosis in 'Les belles images' » Simone de Beauvoir Studies 21, 2004.. Dans ses mémoires, Tout compte fait, Beauvoir constate que : « surtout, je ne me sens pas astreinte à choisir des héroïnes exemplaires. Décrire l'échec, l'erreur, la mauvaise foi, ce n'est, me semble-t-il, trahir personne »Simone de Beauvoir, Tout compte fait, Paris, éd. Gallimard, 1972 ; rééd. Gallimard, , 2005 (179).. Les personnages du roman, et surtout l'héroïne, Laurence, ne sont expressément pas des archétypes exemplaires, mais bien des représentations de personnes réelles.

La recherche des valeurs authentiques dans un monde dégradé est un trope romanesque qui vient de préoccupations relevant de la sociocritique et qui semble remplacer l'archétype du héros traditionnel afin de répondre aux demandes de notre société moderne et conformément consommatrice.

Résumé

Chapitre 1 Laurence et sa famille passent un weekend agréable à Feuverolles, la maison de campagne de sa mère Dominique et de son conjoint millionnaire, Gilbert. La scène est, selon Laurence : « l'image parfaite qu'ont reproduite Plaisir de France et Votre Maison » (7). Sa sœur, surnommée Sainte Marthe, s'occupe des enfants. Jean-Charles, Gilbert, Hubert et les Dufrènes discutent des stéréos de haute fidélité, à des voyages prévus à Balbek (10), de leurs métiers et aussi des images de la métropole utopique du futur. Laurence demeure tranquille, réservée à ses observations, avant d'être invitée à se joindre à sa mère dans sa chambre. On apprend que Dominique et sa fille ont une relation étroite. Ensemble elles regardent le reflet de Dominique dans le miroir. Malgré l'image d'une femme de 51 ans qui vieillit bien, Dominique craint sa vieillesse, le refus de l'ex épouse de Gilbert, Marie-Claire, de lui accéder le divorce pour le contrarier ; elle se sent rapetissée à cause de sa quasi-dépendance envers son conjoint sur le plan social. Sa mère est pour Laurence une énigme et une étrangère (11).

De retour à Paris, Laurence se jette dans son travail et cherche un slogan pour vendre des panneaux de bois (21). Elle est interrompue par sa fille aînée, Catherine, qui est déconcertée par la question de « pourquoi est-ce qu'on existe ? » (26) Laurence s'efforce de répondre d'une manière qui satisfera sa fille et commence à se faire des soucis au sujet de l'état émotionnel de ses enfants. Le lendemain, au travail, Laurence s'inquiète toujours pour Catherine et pense à son mari, Jean-Charles, et aussi à son amant et collègue, Lucien, qui exige de plus en plus de ses attentions, malgré l'ennui que cela soulève en elle. Le soir, elle passe chez son père pour lui demander son avis sur Catherine. Le père de Laurence est pour elle un genre de sage qui vit selon ses principes humanitaires en dépit des exigences sociales. C'est un homme solitaire, qui est l'amour de sa vie (33). Le père de Laurence accepte de soulager Catherine lors d'une visite chez eux. Il y a un désaccord entre Jean-Charles et Laurence par rapport à Catherine : « Pour lui, l'intérieur n'est pas aussi important que l'extérieur et Laurence commence à comprendre que si l'individu perd son empathie, c'est la faute de la société » (4).

Chapitre 2 Le deuxième chapitre s'ouvre par un coup de fil de Gilbert et une supplication que Laurence vienne lui parler concernant Dominique. Gilbert lui annonce qu'il est tombé amoureux d'une jeune fille de dix-neuf ans, Patricia, qui est aussi la fille d'une ancienne amante, Lucile de Saint-Chamont. Son épouse consent enfin à divorcer à condition qu'il épouse Patricia (et non Dominique). Laurence est éblouie par cette proclamation et refuse de collaborer avec Gilbert lorsqu'il demande qu'elle soulage sa mère. Le lendemain, elle passe par l'appartement de Dominique qui est bouleversée par la décision de Gilbert et planifie de lui rendre le mauvais coup. Dominique se sent dupée et prise par son désespoir. Elle annonce pitoyablement : qu' « à cinquante et un ans on ne refait pas sa vie » (51). Laurence est surprise, même dégoûtée, par la rage théâtrale de sa mère. Malgré ses supplications, Laurence rentre au foyer soucieuse pour sa mère et convaincue qu'elle cherchera un moyen imprudent de se venger contre Gilbert.

Laurence retrouve chez elle l'amie de Catherine, Brigitte, et constate que c'est sans doute cette amitié avec une fillette précoce qui est l'instigatrice des soucis de sa fille. Pourtant, elle est charmée par Brigitte et se rappelle comment l'amitié (ou pour Laurence, l'absence d'une amitié d'enfance) est important dans la formation des jeunes filles (56-57).