Olympe de Gouges, de son nom de naissance Marie Gouze, née le à Montauban et morte guillotinée le à Paris, est une femme de lettres, dramaturge et femme politique française. Rédactrice en 1791 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits et pamphlets en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l'abolition de l'esclavage des Noirs dans les colonies. Elle est considérée comme l'une des pionnières françaises du féminisme, et est souvent prise pour emblème par les mouvements pour la libération des femmes.
Née dans le Sud-Ouest de la France, Olympe de Gouges commence sa carrière de dramaturge à Paris dans les années 1780. Défenseuse des droits de l'Homme, elle est l'une des premières figures publiques à s'opposer à l'esclavage en France. Ses pièces de théâtre et ses pamphlets couvrent un large éventail de sujets, notamment le divorce et le mariage, les droits de l'enfant, le chômage et la sécurité sociale. Elle accueille favorablement le déclenchement de la Révolution française, mais s'estime déçue lorsque l'égalité des droits n'est pas accordée aux femmes. En 1791, en réponse à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, elle publie sa propre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle remet en question la pratique de l'autorité masculine et plaide en faveur de l'égalité des droits pour les femmes.
Monarchiste, Gouges était associée aux Girondins et s'opposait à l'exécution de . Ses écrits de plus en plus véhéments, qui appelaient à la sédition face à la majorité parlementaire Montagnarde de Maximilien Robespierre et le gouvernement révolutionnaire, ont conduit à son arrestation et à son exécution par la guillotine en 1793.
Biographie Premières années à Montauban Née le à Montauban et baptisée le lendemain en l'église Saint-Jacques de Montauban, Marie Gouze.. a été déclarée fille de Pierre Gouze, maître boucher et bourgeois de Montauban.– étant absent, il n'a pas signé le registre de baptême –, et d'Anne Olympe Mouisset, fille d'un avocat issu d'une famille de marchands drapiers, mariés en 1737..
Sa famille maternelle, la famille Mouisset, est très liée aux Lefranc de Pompignan, une famille de la noblesse de robe de Montauban. Le grand-père maternel d'Olympe, Jacques Mouisset, a été le précepteur de Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, sa grand-mère maternelle Anne Marty a été la nourrice de Jean-Georges Lefranc de Pompignan, son frère et futur évêque du Puy-en-Velay.. Jean-Jacques Lefranc de Pompignan est le parrain d'Anne Olympe Mouisset, baptisée le ..
Anne Olympe Mouisset et Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, de cinq ans son aîné, grandissent ensemble et nouent des liens affectifs qui contraignent leurs parents à mettre de la distance entre eux, une alliance entre une famille bourgeoise et une famille de la noblesse étant inconcevable, lui est envoyé à Paris, et elle est mariée à Pierre Gouze. Jean-Jacques Lefranc de Pompignan revient en 1747 à Montauban comme président de la Cour des Aides ; il est peut-être alors l'amant d'Anne Olympe Gouze, qui donne naissance à Marie l'année suivante. Selon le député Jean-Baptiste Poncet-Delpech et d'autres, sait que Lefranc de Pompignan est le père adultérin de la future Marie-Olympe de Gouges..
En 1765, à l'âge de dix-sept ans, Marie Gouze est mariée par ses parents à Louis-Yves Aubry, à qui la légende a donné trente ans de plus qu'elle, mais qui était jeune selon ses biographes les plus sérieux. Son mari, fils d'un bourgeois de Paris, est cuisinier et officier de bouche de l'intendant de Montauban. Le mariage religieux est célébré le , en l'église Saint-Jean-Baptiste de Villenouvelle de Montauban..
En , la jeune femme donne naissance à son fils Pierre Aubry.
Son mari, qu'elle déclara plus tard ne pas avoir aimé, ayant au contraire éprouvé de la répugnance pour un homme « qui n'était ni riche ni bien né », mourut à une date incertaine : en 1766 dans une crue du Tarn selon Olympe de Gouges, mais peut-être plus tard vers 1770-1771, alors qu'elle s'est enfuie du domicile conjugal pour venir à Paris . Elle écrira : « Forcée de fuir un époux qui m'était odieux, je m'enfuis à Paris avec mon fils ».
Au début des années 1770, avec son fils, elle rejoint sa sœur aînée à Paris et prend le nom d'Olympe de Gouges, « elle a désormais une nouvelle personnalité »..
Premières années à Paris : une vie de courtisane La recherche historique n'a pas déterminé avec quelles ressources elle arriva dans la capitale et la plus grande obscurité règne sur ses premières années à Paris. Selon la correspondance de Grimm, « son joli visage était son unique patrimoine ».
Son contemporain Jean-Baptiste Poncet-Delpech, aussi originaire de Montauban et qui la connut à Paris, la dit « devenue fille entretenue par des négociants, des grands seigneurs, des ministres, des princes ».
Elle mène alors une vie libre et entretient plusieurs liaisons (elle qualifiait le mariage religieux de « tombeau de la confiance et de l'amour ».), particulièrement avec Jacques Biétrix de Rozières, un entrepreneur de transports militaires, avec qui elle entretiendra une longue liaison et qui en dix ans lui donnera devant notaire.
Il n'est pas douteux qu'elle eut des amants et des protecteurs, mais « il est certain que ce ne fut point une courtisane âpre au gain ». Menant une vie luxueuse, elle acquiert une réputation de courtisane entretenue par les hommes, dans un contexte où la femme libre est assimilée à une prostituée..
Benoîte Groult écrit à son sujet : « Si le Petit Dictionnaire des Grands Hommes a évoqué sa notoriété de « femme galante », si Restif de La Bretonne l'a placée injustement dans sa « liste des prostituées de Paris », si son biographe Monselet lui a prêté des caprices de « Bacchante affolée », elle ne défraya jamais la chronique scandaleuse de son temps et sa célébrité réelle date plutôt de l'époque où elle fréquenta les littérateurs et les philosophes, espérant combler un peu les lacunes de son éducation. On l'acceptait volontiers courtisane, on trouvait incongrues « ses prétentions intellectuelles »».
Grâce au soutien financier de Jacques Biétrix de Rozières, elle peut mener un train de vie aisé, figurant dès 1774 dans lAlmanach de Paris ou annuaire des personnes de condition. Elle demeure rue des Fossoyeurs, aujourd'hui rue Servandoni, au .
Fréquentation des salons littéraires parisiens et rencontre avec le théâtre vignette|Anonyme, Olympe de Gouges. Mine de plomb et aquarelle, . Musée du Louvre.|alt=Anonyme, portrait d'Olympe de Gouges.Mine de plomb et aquarelle, . Musée du Louvre.
Elle se met à fréquenter les salons littéraires afin de diminuer les lacunes de son éducation limitée (elle écrit : « Je n'ai pas l'avantage d'être instruite »), où elle rencontre lettrés, artistes et hommes politiques.
Elle fréquente assidûment les salles de spectacle parisiennes, participe en tant qu’actrice à des représentations de théâtre de société et se lance dans la rédaction d’œuvres dramatiques, où elle met en scène ses idées et ses combats, mais aussi parfois son personnage. Sa vocation pour le théâtre fut peut-être pour Olympe de Gouges une façon d'affirmer sa filiation supposée avec le dramaturge Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, mais sans doute aussi le résultat d’une « théâtromanie » d’époque.
Support privilégié des idées nouvelles, le théâtre demeure à cette époque sous le contrôle étroit du pouvoir. Olympe de Gouges monte sa propre troupe, avec décors et costumes. C'est un théâtre itinérant qui se produit à Paris et sa région. Le marquis de la Maisonfort raconte dans ses Mémoires comment, en 1787, il rachète le « petit théâtre » d'Olympe de Gouges, conservant d'ailleurs une partie de la troupe dont fait partie le jeune Pierre Aubry, son fils.
Vers 1782, à l'âge de , elle écrit sa première pièce, Zamore et Mirza, un drame en prose en trois actes qui traite de l'esclavage des Noirs. Mais ce n'est qu'en que la pièce est créée à la Comédie-Française, sous le titre L'esclavage des Nègres. La première représentation se déroule dans un chahut hostile sans doute organisé par les anti-abolitionnistes et les critiques se montrent sévères, pour des raisons tant morales que littéraires. On lui reproche l'abus du romanesque, la composition désordonnée du drame et la platitude du style. La pièce est retirée après seulement trois représentations (sous la pression des colons, d'après Olympe de Gouges). Elle est publiée en .
En , dans ses Adieux aux Français, elle annonce qu'elle vient d'écrire une seconde pièce abolitionniste, intitulée Le Marché des Noirs. Mais elle la propose sans succès en décembre de la même année. Le , surlendemain de son arrestation, puis le jour même de sa condamnation à mort le , elle invoque sa pièce L'Esclavage des Nègres, pour preuve de son patriotisme et de son combat de toujours contre la tyrannie.
Essais sur la question coloniale, le racisme et l'esclavage En plus de ses deux pièces de théâtre antiesclavagistes, antiracistes et anticolonialistes, Olympe de Gouges publie en des Réflexions sur les hommes nègres :
Ce texte la met en contact avec la société des amis des Noirs, dont elle ne peut cependant être membre en raison de ses cotisations élevées et de son règlement intérieur exclusif.. En , soit près de deux ans après la naissance de cette société, elle nie lui devoir ses idées :
Dans la brochure, elle nie connaître « M. de La Fayette », « ce héros magnanime », autrement que de « réputation ». En , Lafayette est pourtant un des membres fondateurs de cette société, et elle n'aurait évidemment pas manqué de le croiser. Si au début de l'année 1790, elle n'est pas membre de la société des amis des Noirs, il se peut qu'elle y soit entrée au deuxième semestre 1790 : Brissot affirme en 1793, dans ses mémoires, sans en dater le fait, qu'elle y est admise. Dans les archives de la Société, pour la tranche chronologique -, son nom est seulement mentionné deux fois, en janvier et , et ce comme une abolitionniste extérieure à la SociétéMarcel Dorigny, Bernard Gainot, La Société des Amis des Noirs 1788-1999 contribution à l'histoire de l'abolition de l'esclavage, Paris, UNESCO, 1998, .. Cette adhésion relativement tardive coïnciderait avec l'écriture de sa seconde pièce de théâtre antiesclavagiste, le Marché des Noirs. Comme antiesclavagiste, elle est citée en 1808 par un ancien adhérent actif, l'abbé Grégoire, dans la « Liste des Hommes courageux qui ont plaidé la cause des malheureux Noirs » en préambule de De La littérature des Nègres. Les 69 personnes qui y figuraient n'avaient pas toutes appartenu à cette Association. Cette liste est une dédicace à toutes les personnalités françaises qui avaient mené le combat pour la cause des Noirs et des sang-mêlés. Une telle mention témoigne de l'importance du combat d'Olympe de Gouges sur les questions coloniales. De à elle écrit deux lettres et un mémoire à propos du montage de sa pièce, Zamor et Mirza : "lettre de de Gouges, auteur de l'esclavage des nègres au public" (Chronique de Paris, ), « lettre aux littérateurs français » (Le Courrier de Paris, le Fouet national ), Mémoire pour de Gouges contre les Comédiens-Français (). Le , en proie provisoirement au découragement sur la révolution en général et la question de l'esclavage en particulier, elle annonce une mise en congé et écrit :
On ne contestera pas la modération de ce texte. Mais il faut le remettre dans le contexte de son quasi-isolement et de l'échec du montage de Zamor et Mirza dont elle dut tenter, sans résultat, d'adoucir le ton face au maire de Paris, Bailly, très lié au club de l'hôtel de Massiac.