vignette|redresse=1.5|Le Palais fédéral, siège du Conseil fédéral (exécutif) et de l'Assemblée fédérale (législatif).
Le système politique de la Suisse est celui d'un État fédéral comportant trois niveaux politiques : la Confédération, les cantons et les communes.. Les 26 États fédérés (cantons) cèdent une partie de leur souveraineté à l'État fédéral, suivant le principe de subsidiarité. Cet État démocratique se caractérise par une démocratie semi-directe, alliant démocratie directe et représentativité, grâce au système bicaméral. La politique interne respecte la séparation des pouvoirs et la politique extérieure suit un principe de neutralité. Elle répond à la nécessité de recherche de consensus liée aux diversités régionales et linguistiques, par une représentation équilibrée au sein des institutionsLibertés, mode d'emploi, Chancellerie de l'État de Genève, 2005..
Dans un pays où cohabitent de multiples communautés linguistiques et religieuses, le système politique est l'un des principaux dénominateurs culturels communs de la Suisse. Ce système constitue un des fondements de l'identité nationale et il assure la stabilité des institutions politiques suisses depuis 1848.
Principes vignette|Daniel-Henri Druey, l'un des sept premiers conseillers fédéraux. La Suisse s'est formée au cours du temps à partir de réseaux d'alliances, de pactes, afin de se défendre contre le Saint-Empire et la Royauté française. Ces accords englobèrent de plus en plus de cantons suisses et de plus en plus de domaines au cours du temps. Selon le principe d'« un pour tous, tous pour un » qui est la devise traditionnelle suisse (sans statut officiel), les cantons commencèrent à traiter ensemble leurs accords avec de grandes nations européennes (par exemple avec le roi de France en 1444, sur le maintien de relations amicales, ou avec le Pape au début du ). Cependant, les différents cantons présents étaient totalement souverains et il n'existait pas d'organe supra-étatique. L'adoption d'un système fédéral en 1848 marqua la naissance de la Suisse moderne. Ce système est un retour partiel à la Confédération, qui prévalait avant les invasions militaires françaises de 1792 et 1798.
Jusqu'en 1892, le Conseil fédéral, pouvoir exécutif, était formé exclusivement de personnalités issues du parti radical, qui non seulement introduisirent des changements profonds, mais jetèrent aussi les bases de la politique suisse actuelle. Leurs idées reposaient sur deux piliers qui au premier abord semblent contradictoires : un système politique libéral, favorisant les libertés aussi bien individuelles qu'économiques, et un système de solidarité visant l'intégration de tous les citoyens, issus de tous les courants politiques et sociaux, au sein de la communauté. Ces deux principes constituent toujours une base importante de la Suisse et un facteur de stabilité et de cohésion intérieure..
Neutralité
Caractéristiques de la neutralité suisse La neutralité perpétuelle de la Suisse est une composante importante de sa politique extérieure.. et possède le soutien, sur la période de 1993 à 2021, de 80 à 96 % de ses habitants..
Si la neutralité suisse a acquis un certain statut « mythique », elle n'est pourtant pas un principe éthique absolu, mais un moyen considéré comme le meilleur pour atteindre les buts que sont l’indépendance et la sécurité du pays. Si ces buts sont explicitement mentionnés dans les différentes Constitutions suisses depuis 1848, ce n'est pas le cas de la neutralité, qui n'est mentionnée qu'indirectement, dans les tâches et compétences de l'Assemblée fédérale. En pratique, la politique de neutralité de la Suisse n'est pas fixée de façon explicite, et elle a souvent évolué au fil du temps en fonction des contraintes de la politique internationale.
Cependant, trois caractéristiques peuvent être retenues ; la neutralité suisse est : perpétuelle, en ce sens qu'elle ne commence ni ne s'éteint en temps de guerre ; librement choisie, puisque son existence est nommée dans la Constitution de la Suisse ; armée, puisque la Suisse dispose d'une armée de défense.
Histoire de la neutralité suisse La Suisse n'a pas été neutre dès sa fondation : le territoire correspondant à la Suisse centrale appartenait à la maison de Habsbourg et l'indépendance de la confédération a dû être conquise de haute lutte, par exemple lors de la bataille de Morgarten. Jusqu'au , les différents cantons ont été partie prenante dans de nombreux conflits, tels que les guerres de Bourgogne, où les victoires des Suisses se sont soldées par l'effondrement de l'État bourguignon, et les guerres d'Italie, où leur défaite à Marignan a marqué la fin de la politique d'expansion du pays. Celui-ci évolue vers la neutralité au , avec une première déclaration officielle de la Diète fédérale en 1674. La guerre de Trente Ans, qui ravage l'Europe centrale, a un grand écho en Suisse, où diverses formes de christianisme coexistent. Mais tout en exportant vers les belligérants armes et mercenaires, le pays se maintient à l'écart des opérations militaires. Entraîné dans les remaniements territoriaux qui accompagnent la Révolution française puis le Premier Empire, il doit renoncer à cette position en 1798, à la suite de l'intervention de l'armée française. C'est après la défaite de celle-ci à Leipzig en 1813 que la Suisse proclame sa neutralité, qui est reconnue du point de vue du droit international public par le congrès de Vienne, en 1815..
Différentes raisons de politique intérieure et extérieure ont poussé la Suisse à adopter une politique de neutralité. En tant que petit pays entouré de grandes puissances, elle lui permet d'éviter de devenir la scène d'affrontements militaires. Étant donné les différents courants religieux, linguistiques et culturels qui traversent le pays, elle permet d'en assurer la cohésion, ainsi que, par une absence d'engagements actifs sur le plan international, de garantir l'autonomie des cantons. Elle a également contribué à l'équilibre européen.
La neutralité a eu d'importants effets économiques, en permettant de conserver un niveau de commerce élevé avec différents belligérants. Elle a également permis à la Suisse d'offrir ses bons offices et de jouer un rôle de médiatrice pour le règlement de conflits internationaux ; on peut citer le traité de Lausanne qui régla les frontières de la Turquie moderne, la participation de la Suisse depuis 1953 à la surveillance de l'armistice entre la Corée du Nord et la Corée du Sud dans le cadre de la Commission de supervision des nations neutresConsultations annuelles à Berne de la Commission de supervision des nations neutres. Communiqué de presse du Département fédéral des affaires étrangères, 13 mars 2009., ainsi que des négociations de paix entre le gouvernement de Colombie et des groupes rebelles. La Suisse assure également la représentation d'intérêts étrangers, tels que ceux des États-Unis à Cuba et inversement jusqu'en 2015., et ceux des États-Unis en Iran..
Fédéralisme vignette|redresse=2|Les 26 cantons suisses. Généralités Le fédéralisme désigne une séparation verticale des pouvoirs. Le but recherché est d'éviter la concentration du pouvoir au sein d'une instance, afin de modérer la puissance étatique et d'alléger les devoirs de l'État fédéral.
Principes de subsidiarité et de proportionnalité Le pouvoir de l'État fédéral suisse est limité par les principes de subsidiarité (principe ancré dans la Constitution fédérale, article 5a) et de proportionnalité.
Le principe de subsidiarité signifie qu'une instance étatique d'un niveau donné ne doit intervenir que lorsque les autorités situées hiérarchiquement en dessous ne sont pas en mesure d'agir pour l'objet concerné.
Le principe de proportionnalité, quant à lui, pose trois conditions relatives aux mesures utilisées par l'État pour atteindre un but donné : la convenance : le moyen doit convenir à la nature du but ; la nécessité : le moyen utilisé doit être nécessaire, c'est-à-dire qu'il doit être le plus clément possible ; l'acceptabilité : la gravité du moyen utilisé doit être adaptée au but poursuivi.
Caractéristiques du fédéralisme suisse Le fédéralisme suisse repose sur trois niveaux : la Confédération ; les cantons ; les communes. La Suisse compte vingt-six cantons sur un territoire plus petit que le plus grand Land allemand de Bavière, ce qui pousse un auteur à qualifier son système de micro-fédéralisme.
Relation entre la Confédération et les cantons La totalité des devoirs et compétences de la Confédération est énumérée dans la Constitution fédérale, contrairement aux devoirs et compétences des cantons. Ainsi les cantons sont compétents pour toutes les tâches qui ne sont pas explicitement attribuées à la Confédération. Cette clause générale au bénéfice des cantons se retrouve dans l'article 3 : et garantit une attribution complète des compétences. Même dans les domaines qui sont du ressort de la Confédération, les cantons conservent une certaine marge de manœuvre. La Confédération ne dispose en effet pas de personnel ni d'antennes de terrain pour mettre en œuvre la plupart de ses politiques ; ce sont les cantons qui s'en chargent à leur place, ce qui leur laisse une certaine liberté.
Souveraineté des cantons La Suisse est formée de 26 cantons ; ceux-ci sont souverains dans tous les domaines qui ne sont pas limités par la Constitution fédérale. En particulier, ils sont autonomes constitutionnellement, chacun ayant sa propre constitution, et sont libres de leur propre organisation, aussi bien du point de vue législatif, judiciaire et fiscal qu’administratif ; toutefois, il leur est interdit d’adopter une forme de constitution qui ne correspondrait pas aux règles de la démocratie, à savoir qu’elle doit être acceptée par le peuple et qu’il doit exister une possibilité de la modifier si le corps électoral du canton le demande. Un certain nombre de domaines sont ainsi gérés uniquement au niveau cantonal, comme l'éducation (sauf les universités fédérales), les hôpitaux (sauf les hôpitaux communaux et privés), la construction et l’entretien de la majorité des routes (sauf les routes nationales dont la plupart des autoroutes) et la police (contrairement à l’armée), ou encore le contrôle de la fiscalité directe. Chaque canton possède son propre parlement (appelé « Grand Conseil » dans la plupart des cantons francophones) et son gouvernement (appelé « Conseil d’État » dans la plupart des cantons francophones) et ses propres tribunaux.
Certains cantons ou régions sont regroupés dans des espaces (Espace Mittelland, Espace BEJUNE) qui leur permettent de défendre des intérêts communs, notamment économiques ; ces espaces ne sont pas des entités politiques en tant que telles. Les cantons peuvent également conclure entre eux des conventions intercantonales prévoyant la création d'organisations et d'institutions communes.. Dans cette perspective, les cantons peuvent se consulter, échanger et se coordonner dans des conférences intercantonales.
Autonomie des communes Les cantons sont eux-mêmes subdivisés en communes, dont l'autonomie est principalement déterminée par les différentes constitutions cantonales. Toutefois il est possible de dégager trois autonomies générales limitées : responsabilité pour les affaires locales, dans le cadre du droit fédéral et cantonal ; législation et autorité propres, dans le cadre de leurs habilitations ; publication de décrets dans des domaines précis, tant que : le droit cantonal ne prévoit pas de norme légale précise dans ce domaine, le domaine tombe complètement ou du moins en partie dans la juridiction communale, le canton laisse une considérable liberté de décision à la commune. Les activités des communes restent toutefois surveillées par les cantons qui ont à leur disposition plusieurs mesures telles que : l'examen de l'accomplissement des tâches communales ; la coordination entre les communes ; l'examen de l'utilité des mesures communales.