Ville-Marie réfère à Montréal, une ville du Québec au Canada, fondée par les Français au . Elle s'est développée à proximité présumément de l'ancien village iroquoien d'Hochelaga, dont le site reste inconnu sur l'île de Montréal, sis sur la rive du fleuve Saint-Laurent.

La fondation de Montréal est souvent associée à la réforme catholique et à l’élan missionnaire caractéristique de cette époque. Rapidement, la bourgade devient un lieu incontournable de la Nouvelle-France, notamment grâce à la traite des fourrures.

Avant la fondation de Montréal vignette|249x249px|Village d'Hochelaga, représentation de Jacques Cartier, vers 1535.

La région de Montréal est fréquentée par des peuples autochtones bien avant l’arrivée des premiers Européens. En effet, des groupes de chasseurs-cueilleurs fréquentent l’île depuis au moins .. Cette présence humaine est notamment stimulée par la géographie montréalaise à la confluence du fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais. Les premiers Européens à voyager dans le secteur le feront au . Jacques Cartier y vient lors de son deuxième voyage au Canada. Il y accoste en 1535 et se rend sur le mont Royal. C'est là qu'il visite la bourgade iroquoienne de Hochelaga.

La localisation précise d'Hochelaga demeure, à ce jour, inconnue. Cela tient, entre autres, au fait qu'on ne sait pas exactement où Jacques Cartier et son équipage débarquent sur l'île. Dans les années 1940, Aristide Beaugrand-Champagne affirme que Cartier serait passé par la rivière des Prairies, au nord.. En conséquence, Hochelaga se trouverait de ce côté du mont Royal. Cette démonstration est réfutée par des contemporains de Beaugrand-Champagne et, plus récemment, par différents spécialistes. C'est notamment le cas de l'archéologue Brad Loewen.. Il semble plus probable que Jacques Cartier arrive à Montréal par le fleuve Saint-Laurent, entre le Sault-Sainte-Marie et les rapides de Lachine. Selon Roland Viau, trois endroits seraient envisageables pour Hochelaga: sur le mont Royal, derrière l'Université McGill, dans les environs du lac aux Castors ou encore sur le versant ouest de la montagne, dans Westmount..

Dans sa description, Cartier parle d'un village avec une palissade comptant une cinquantaine de maisons longues et une population d’environ à . L'établissement serait donc de taille considérable. Lors de travaux près de l'Université McGill en 1859, des artefacts sont retrouvés. John William Dawson, alors responsable de l'établissement scolaire, suppose qu'il s'agit d'Hochelaga. Les artefacts sont collectés et analysés, mais aucune fouille archéologique formelle n'est effectuée. En 2016, des fouilles sont réalisées à proximité du site Dawson. Les analyses établissent qu'il y avait une présence autochtone sur place dès le , donc bien avant la venue de Cartier au Canada. Toutefois, il est impossible d'affirmer avec certitude qu'il s'agit bel et bien d'Hochelaga, notamment en raison de la petite taille du site..

Plusieurs hypothèses circulent sur la disparition d'Hochelaga en particulier et des Iroquoiens du Saint-Laurent plus généralement. Aucun facteur unique ne peut l'expliquer, mais une combinaison de plusieurs peut amener des pistes de réponse. La présence européenne a exposé les Autochtones à des maladies qu'ils n'avaient jamais alors rencontrées. Ce contact microbien a très certainement causé des décès, surtout combiné à une constitution plus faible due à des carences alimentaires. Entre la venue de Jacques Cartier et celle de Samuel de Champlain au début du , une météo peu clémente entraîne de mauvaises récoltes et appauvrit l'alimentation des Autochtones. Enfin, les guerres entre nations contribuent aussi au taux de mortalité et les survivants sont généralement absorbés au sein des nations gagnantes.. Tout cela contribue à la dissémination puis à la disparition des Iroquoiens du Saint-Laurent.

En 1603, c'est au tour de Samuel de Champlain de venir à Montréal. Lors de sa visite, il descend le fleuve jusqu'aux rapides de Lachine. Sur la montagne, il ne reste plus de trace d'Hochelaga. Ce n'est qu'en 1611, lors d'un voyage subséquent, qu'il accoste pour une durée de trois semaines. Comme lieu d'implantation, Champlain privilégie une bande de terre entre le fleuve et la petite rivière Saint-Pierre. C'est la future pointe à Callière. « Champlain y défriche un espace qu'il nomme place Royale, puis fait construire un muret et préparer deux jardins qu'il ensemence. Sur une carte qu'il publie en 1613, il utilise pour la première fois le toponyme « Montréal » pour désigner l'île »..

Pendant toute la période de contact, il y a une présence autochtone et européenne sur le territoireRoland Viau, « Sur les décombres d'Hochelaga, 1535–1650 » dans Dany Fougères (dir.), Histoire de Montréal et de sa région, tome 1 – Des origines à 1930, Québec, PUL, 2012, .. Au temps de Cartier, elle est sédentaire alors qu'au , les Autochtones sont de passage sur l'île pour le commerce, la chasse et la pêche; il n'y a pas d'installation permanente. Les Européens y viennent aussi pour le commerce des fourrures, les pêcheries et la chasse à la baleine. La présence autochtone à Montréal est un élément incontournable du développement de la ville. C'est leur évangélisation que la Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France vise.

La Société de Notre-Dame pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France vignette|Blason de la Société Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France. vignette|190x190px|Jeanne Mance, économe de Montréal. gauche|vignette|168x168px|Paul Chomedey de Maisonneuve, gouverneur de Montréal.

En France, le est marqué par un mouvement de renouveau religieux caractérisé par la volonté d’évangéliser les contrées considérées comme païennes. Dans cette foulée, la Compagnie du Saint-Sacrement est fondée en 1630. Ce groupe est formé de pieux dévots, généralement assez fortunés et influents, ayant des objectifs charitables. La Compagnie, comme d'autres groupes du même genre, souhaite répandre les lumières et les mœurs civilisatrices de la foi catholique. Si, à cette époque, il y a une présence permanente française et catholique à Québec, il n’y a rien de tel dans la région montréalaise. C’est ainsi que prend forme, en 1639, le projet missionnaire de la colonie de Montréal et qu'est officiellement fondée la Société de Notre-Dame pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France, en 1641Marie-Claire Daveluy, La Société de Notre-Dame de Montréal, 1639–1663. Son histoire, ses membres, son manifeste, Montréal et Paris, Fides, 1965, .. Les membres de la Société, comme Gaston de Renty (1611–1649) sont, en partie, issus de la Compagnie du Saint-Sacrement.

À l’origine du projet de Montréal, on trouve principalement trois individus. Jérôme Le Royer de La Dauversière (1597–1659), percepteur d'impôts à La Flèche, est le premier à évoquer l'idée d'une colonie montréalaise dès 1635. Quelques années plus tard, il fait la connaissance de Jean-Jacques Olier (1608–1657), évêque de Bourges et fondateur des SulpiciensDominique Deslandres, John A. Dickinson et Ollivier Hubert (dirs), Les Sulpiciens de Montréal. Une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657–2007, Montréal, Fides, ., qui caresse un projet similaire. Les deux hommes s'adjoignent Pierre Chevrier, baron Fancamp, qui finance une partie de l’aventure. La Société se fait concéder, pour , l’île de Montréal par la Compagnie des Cent-Associés.

Selon Les véritables motifs des messieurs et dames de la Société de Notre-Dame de Montréal, l’objectif de la colonie est simple: la conversation des Autochtones dans le but, qu’à terme, ils soient assimilés aux colons français et forment un nouveau peuple.

Le Royer de La Dauversière, Olier et Chevrier ne viennent pas au Canada. La Société mandate Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve (1612–1676), pour mener les colons vers Montréal et assurer l’installation et la gestion de la nouvelle colonie. À Maisonneuve, se joint Jeanne Mance (1606–1673), une laïque qui doit s'assurer de la construction d’un hôpital à Montréal. Pour cela, elle peut compter sur une somme remise à cet effet par Angélique Faure, madame de Bullion (1593–1664). Si Maisonneuve dirige Montréal, Mance en sera l'économe. Avec eux partent quelques dizaines de personnes, des engagés principalement.. Ceux-ci viennent à Montréal avec un contrat en poche d’une durée, généralement, de trois ans. La Société assume les frais de leur traversée et leur verse un salaire en Nouvelle-France.

La fondation de Montréal vignette|Messe célébrée par le père Vimont le 18 mai 1642.

À l’été 1641, ceux qui sont appelés à devenir les premiers Montréalais quittent La Rochelle, en France. Le bateau dans lequel est embarqué Maisonneuve fait face à des aléas météo qui retardent son arrivée. Ce retard oblige le contingent à l'hivernage à Québec. C'est pendant cette période que le gouverneur Charles Huault de Montmagny tente de convaincre Maisonneuve de s’installer sur l'île d'Orléans. Ce que Maisonneuve refuse, c'est que « tous les arbres de cette île devraient se changer en autant d'Iroquois ».. On effectue même un voyage de reconnaissance à Montréal en avant de rentrer à Québec pour l'hiver.

C'est finalement le que quatre embarcations quittent Québec. La quarantaine de futurs Montréalais est accompagnée du gouverneur Montmagny, de quelques militaires et du père Barthélémy Vimont, un jésuiteRoland Viau, « Sur les décombres d’Hochelaga, 1535–1650 » dans Dany Fougères (dir.), Histoire de Montréal et de sa région, tome 1 – Des origines à 1930, Québec, PUL, 2012, .. Ce n’est que le que la flottille accoste à Montréal. Le lendemain, on s'affaire à l'érection d'un autel pour la célébration d'une messe. C'est au cours de celle-ci que le père Vimont affirme que :

« Voyez-vous, messieurs, dit-il en la même circonstance, ce que vous voyez n’est qu’un grain de moutarde, mais il est jeté par des mains si pieuses et animées de l’esprit de la foi et de la religion que sans doute il faut que le ciel ait de grands desseins puisqu'il se sert de tels ouvriers, et je ne fais aucun doute que ce petit grain ne produise un grand arbre, ne fasse un jour des merveilles, ne soit multiplié et ne s'étende de toutes parts »François Dollier de Casson, Histoire du Montréal, édition critique par Marcel Trudel et Marie Baboyant, Hurtubise HMM, Lasalle, 1992, ..

Montréal est officiellement fondée. Le récit hagiographique de la fondation met, sans équivoque, de l’avant un événement profondément religieux, empreint de mysticisme. Ceci est décrié par Luc-Normand Tellier qui rappelle que, contrairement à Sillery et à La Prairie, d'autres lieux avec un objectif similaire, Montréal a été fondée par des laïcs et que le territoire n’appartient pas à l'Église catholiqueLuc-Normand Tellier, L'émergence de Montréal dans le système urbain nord-américain, 1642–1776, Québec, Septentrion, 2017, .. L'évangélisation arriverait en troisième position des actions posées par les premiers Montréalais qui s'occupent d'abord de construire un fort puis s’assurent de l'implantation permanente de la colonie, notamment avec un commerce des fourrures florissant, avant de se consacrer à la conversion des AutochtonesLuc-Normand Tellier, L’émergence de Montréal dans le système urbain nord-américain, 1642–1776, Québec, Septentrion, 2017, .. Donc, sans renier l'ambition religieuse des fondateurs, elle ne serait pas la raison principale de l'établissement à Montréal.

Maisonneuve a longtemps été considéré comme le fondateur de Montréal. Depuis 2012, la Ville de Montréal reconnaît Jeanne Mance comme cofondatrice. Bien qu'ils participent à l'installation et à l'enracinement de la colonie montréalaise, il ne faut pas oublier que cette entreprise naît d'abord en France avant de traverser l'océan pour prendre forme.