vignette|509x509px|Le village de Gordes dans le Vaucluse. L'expression désigne une partie de la vallée du Calavon, au nord de la montagne du petit Luberon, en France. Datant des années 1970-1980, elle est reprise par certains journaux comme Le Méridional.
Plusieurs versions existent : celle d'origine qui veut que le triangle ait pour base le petit Luberon avec ses vieux villages perchés et pour sommet le village de Gordes. Cependant, d'autres villages perchés de grand charme tel que Joucas, Murs et Roussillon, en dehors de la limite, étaient exclus de ce triangle, c'est pourquoi a fait son apparition une deuxième version avec un sommet élargi englobant alors de nombreux autres villages perchés. Certaines personnes confondent ce triangle d'or avec les communes faisant partie du périmètre du Parc naturel régional du Luberon, mais il s'agit de choses totalement différentes. Géographie thumb|Le massif du Luberon et ses environs Deux massifs montagneux séparés par une plaine fixent le cadre géographique. Si le Luberon est la montagne mythique, objet de tous les regards, les monts de Vaucluse constituent par leur exposition plein sud un belvédère à vue imprenable sur cette ligne de mire. La plaine, quant à elle, joue un rôle de transition. Dans celle-ci et ses contreforts, on compte six centres urbains, mais un seul (Apt) bénéficie d'une position centrale et peut de ce fait prétendre au titre véritable de capitale. Quant aux cinq autres, placés sur la périphérie du massif, à savoir L'Isle-sur-la-Sorgue, Cavaillon, Pertuis, Manosque et Forcalquier, ils apparaissent comme autant de portes d'entrée vers le lieu mythiqueCécile Helle, , en ligne.
thumb|center|500px|Apt au pied du grand Luberon Accès et transport Deux couloirs, axes de liaison et de transit, structurent cet arrière-pays en le traversant d'est en ouest. La route principale de la vallée est la route nationale 100, qui assure le lien entre les vallées du Rhône et de la Durance. La départementale 973 tient un rôle identique entre Avignon, Cavaillon, Pertuis et Aix-en-Provence. Enfin, la Gare TGV à Avignon (2 h 40 de Paris) est devenue un point de départ ou d'arrivée. La gare désaffectée d'Apt est celle dont les guichets vendent le plus de billets pour ces trains à grande vitesse.
Histoire L'histoire d'avant l'appellation de « triangle d'or du Luberon » est directement liée à celle des communes qui la composent. Elle est riche et ancienne (anciennes voies romaines, nombreux oppidums) avec des périodes plus ou moins calmes ainsi que de grands bouleversements (voir Vaudois du Luberon).
Les prémices Dès la fin de la guerre, certains villages commencent à attirer du tourisme. Mais les changements de propriétaires par ventes d'immeubles bâtis sont rares. Les mas sont donnés aux enfants avec leurs terres, les nouvelles constructions sont très rares. Les quelques arrivants achètent des maisons de villages, des cabanons et mazets.
Les artistes sont attirés par ces villages perchés au cachet unique comme Gordes ou encore Roussillon et ses couleurs ocrées inhabituelles. .
Les années 1960 et 1970 . Dans les années 1960, la croissance économique (nous sommes au cœur des Trente Glorieuses) et l'avènement des congés payés lancent la mode des vacances et des résidences secondaires. Le Luberon n'échappe pas à cette mode, mais reste l'apanage d'artistes et de quelques privilégiés fuyant les masses touristiques de la Côte d'Azur. Dans le début des années 1970, les agences immobilières se comptent sur les doigts d'une main. La plus ancienne, située sur Gordes, est même restée un temps l'unique du secteur.
Les années 1980 - 1990 À partir du milieu des années 1980, les choses commencent à s'accélérer. Les moyens de transport se développent et les temps de trajets pour venir dans le Luberon se réduisent. La décentralisation des pouvoirs a eu lieu et le Luberon, sous l'initiative de certaines communes comme Gordes, devient un lieu protégé et à protéger contrairement à la Côte d'Azur qui se bétonne (nous sommes avant la loi littoral). C'est comme cela que Gordes va adopter le plan d'occupation des sols le plus strict du département de Vauclusevoir Gordes#Architecture et l'un des plus stricts de France. Par la suite, d'autres villages vont aussi chercher à se développer tout en se protégeant. D'autres, sous la pression urbaine, vont choisir l'aménagement de lotissements, mais tous vont vers la fin des années 1990 et le début de ce siècle revenir vers une plus grande qualité de protection de leurs communes et commencer à soigner leur esthétique.
Au milieu des années 1980, le Luberon, pour les habitants des agglomérations marseillaise et avignonnaise, passe du statut d'arrière-pays et d'espace de loisirs de proximité, à celui de possible zone résidentielle. Tout ce qui est à vendre est convoité et le marché est saturé par la demande. En vingt ans, cette pression urbaine s'est encore accrue. Principale cause, l'effet TGV qui se combine avec celui des 35 heures. Comme l'explique Cécile Helle, maître de conférences à l'université d'Avignon : .
Un village du triangle d'or vu par des ethnologues
En 1970, des étudiants en ethnologie dans le cadre du CERESM, mis en place part l'Université de Provence d'Aix-en-Provence, ont étudié le village de Goult tant au point de vue de ses spécificités environnementales que matrimoniales. Ces travaux ont été publiés par H. Balfet, C. Bromberger et G. Ravis-Giordani, sous le titre De la maison aux lointains in Pratiques et représentation de l'espace dans les communautés méditerranéennes. Goult est défini comme un « village du type classique perché » puisque établi sur un piton, à l'extrémité occidentale du bassin d'Apt, et dominant un ensemble de terroirs aux possibilités variés. Ils notent aussi son évolution à travers l'existence de deux places, celle de l'Ancienne Poste et celle de la Libération, qui témoignent du déplacement des zones d'habitat et par conséquent des centres du village.
Non seulement le nombre de mariages ne diminue pas, mais tend même à augmenter grâce à l'activité agricole importante qui s'y pratique. De plus, une comparaison de 1900 à 1970 a démontré que le nombre d'unions contractées au-delà d'un rayon de restait stable (1/6 des mariages). Ce qui implique que 85 % des unions matrimoniales à Goult ont lieu à moins de . Le rôle attractif est joué par Apt. À titre d'exemple, entre 1960 et 1965, huit Goultoises et deux Goultois s'y sont mariés. Viennent ensuite les zones au développement agricole important : cantons de Bollène, Valréas, Bédarrides, Beaumes-de-Venise, L'Isle-sur-la-Sorgue et Cavaillon. Ces cantons ne possèdent quelquefois aucune ville et pourtant ce sont eux qui exercent la plus grosse influence sur Goult. Ce qui a permis aux chercheurs d'expliquer que ces unions matrimoniales :
A contrario, l'implantation de résidences secondaires occupées par des Marseillais - les Marseillais sont tous les vacanciers qui viennent du sud - ou des Parisiens - les Parisiens sont tous les estivants qui descendent du nord de la France - voire des Anglo-Saxons, des Suisses, des Belges ou des Allemands, a pris souvent un caractère conflictuel et perturbateur qui se traduit, dans la grande majorité des cas, par une absence de mariage avec ces personnes extérieures au village. Ce sentiment d'appartenance communautaire, s'est traduit par des définitions originales de celui qui est étranger à la commune. S'il est originaire de la vallée du Calavon, il est qualifié d'estrangié du dedans, s'il vient de la région c'est un estrangié du dehors, et tout autre origine le fait considérer comme un estrangié pas d'ici.
Le triangle d'or vu par Peter Mayle La France, les Français, leur mode de vie, leur langue et leur culture ont toujours fasciné les écrivains. Parmi eux, les Anglo-Saxons qui ont découvert récemment le paradoxe français, le plaisir de la table et la joie de vivre dans le Midi et particulièrement en Provence qui est devenue le thème d'un courant littéraire apparu aux États-Unis. Il s’agit de « literature of accommodation » (littérature d’intégration ou d'adaptation). Ce filon littéraire éclata dans les années 1990 avec le britannique Peter Mayle. L’ancien publicitaire a assis sa réputation d'écrivain grâce à Une année en Provence. Tombé amoureux de cette région, il quitta les brumes de Londres et pour s’installer dans un petit village du Luberon en 1987, et y écrivit son histoire d’adaptation dans le village de Ménerbes. Ce fut un succès mondial de librairie puisque ce livre s'est vendu à six millions d'exemplairesFlorica Mateoc, , en ligne.
thumb|La confrérie des vignerons des côtes du Ventoux à Gordes lors de la fête des vins de l'AOC Ventoux La rénovation de sa maison s'étale sur un an ce qui lui permet de découvrir que les rythmes des Provençaux sont calqués sur ceux de la nature tant par la succession des saisons que par les nécessités des travaux agricoles où domine le travail de la vigne. Il analyse et admet cette singularité
Des traditions et des fêtes ancestrales il a retenu la fête du vin. Les vignerons sont organisés en confréries qui ont leurs propres codes et exigences. Lorsqu’ils reçoivent de nouveaux membres, ils organisent un bal où des plats choisis sont arrosés d’énormes quantités de vin. Il faut suivre une véritable mise en scène où se remarquent les discours, l’hymne de la Coupo Santo, le vin d’honneur, le repas et la bonne humeur. On fait la connaissance d’une boisson typique, le marc ; c’est une eau de vie obtenue par la distillation des rafles, appelé « le trou provençal ».
Il n’oublie pas la pétanque dont il a étudié la technique. . Sa découverte de la vie provençale est complétée par celle des marchés dont l’aspect change à chaque saison.
Les regards de l’auteur s'attardent sur des gens ordinaires ce qui lui permet de dresser une galerie de portraits extraordinaires. Ceux des artisans chargés des travaux de rénovation de sa maison. Tous les métiers du bâtiment sont représentés. Ces gens simples ont une nature complexe qui définit très bien l’identité provençale avec sa conception sur le temps, sur le travail et sur le passe-temps. Ils commencent les travaux en février, s’arrêtent, reviennent et finissent à peine avant Noël. Pour cela, il a fallu le stratagème de la femme de l’auteur. Afin de finir le chantier, elle les invite à venir déjeuner avec leurs femmes peu avant les fêtes. Mis devant le fait accompli, ils achèvent les travaux.
Ici chacun respecte un rituel ancestral : à midi pile, on arrête le travail pour un long déjeuner pantagruélique. Peter Mayle relève l’importance des repas et surtout la dimension socio-culturelle de la gastronomie française. Tout se situe au plus haut degré soit qu’il s’agisse de la quantité ou de la qualité : « C’était un repas que jamais nous n’oublierons : plus précisément, c’était une succession de repas que nous n’oublierons jamais car cela dépassait les frontières gastronomiques de tout ce que nous avions connu aussi bien en quantité qu’en durée... Ce soir-là nous avons mangé pour l’Angleterre tout entière».
Les amateurs de truffes sont légion dans le Vaucluse. L’écrivain les rejoint dans leur passion. Même s'il s'étonne de l’accoutrement et des gestes d'un rabassier : . Dans l'originalité le rejoint le chasseur de sangliers, qui est aussi l’épicier du village. Peter Mayle ne peut supporter ce tueur de marcassins, et d'une façon générale la soif de sang des chasseurs provençaux. Mais il oublie ses beaux principes devant un lapin de garenne que son épouse avait accommodé en civet.