Le maire de Champignac est un personnage de la série Spirou et Fantasio qui apparaît pour la première fois en 1951 dans l'album Il y a un sorcier à Champignac de Franquin et Henri Gillain, dès la première planche.
Son nom est Gustave Labarbe. Il lui est « officiellement » donné par Franquin dans le journal de Spirou, , en , à travers le mini-récit « l'encyclopédie Spirou », où il figure aux deux entrées « Champignac » et « Labarbe » (avec son portrait par Franquin). Ce nom reste une plaisanterie entre lecteurs du journal, et ne paraît pas dans les aventures dessinées, jusqu'à l'album Qui arrêtera Cyanure ? (1983)
Le personnage
Le maire de Champignac est une des figures emblématiques du petit village de Champignac-en-Cambrousse, avec pour adjoint M. Duplumier.
Petit, ventru, avec un visage ovale, dégarni, le maire arbore fièrement une belle moustache, noire comme ses cheveux.
Lors de sa première apparition dans Il y a un sorcier à Champignac, il porte un ensemble constitué d'un pantalon, d'une chemise, d'une veste, d'une cravate et d'un chapeau melon, le tout noir à l'exception de la chemise, avec une petite chaîne dorée sur le ventre. Costume identique à celui qu'il porte lors de sa seconde apparition dans Le Dictateur et le Champignon.
C'est lors de l'album Le Voyageur du Mésozoïque qu'il arbore le costume qu'il garde ensuite tout au long de la série : sa chemise est désormais blanche et son gilet rouge. Il conserve le chapeau melon, la veste et le pantalon noirs.
Caractère
(Convention typographique : contraction des titres des albums en un "mot-clé" - le plus évocateur - et présentation de la référence graphique - planche X/case Ny - sous la forme pl.X/Ny, sachant que les aventures de Spirou et Fantasio ont été publiées - hebdomadairement - par planches de sept strips ; chaque planche comprend donc les strips A à G, chacune ayant généralement de 1 à 4 cases ; ainsi peut-on décrire la sixième vignette de la page 27 de l'album Il y a un sorcier à Champignac comme suit : "Sorcier", pl.13/G2.)
Velléitaire, nettement moins courageux dans ses actes que dans ses paroles ("Sorcier", pl.8/E2, F1, pl.19/G1, G2), pleutre ("Sorcier", pl.7, 9, 19), voire froussard ("Mésozoïque", pl.16 ; pl.17/D1), c'est un personnage essentiellement imbu de lui-même, narcissique et mégalomane ("Sorcier", pl.1 ; ainsi que les multiples séquences statuaires) comme en témoignent les nombreuses statues à son effigie qui émaillent le village de Champignac - dont une de cinq mètres de haut (in Les Petits Formats). La plupart de ces statues finissent détruites d'une manière ou d'une autre, parfois du fait d'une invention du comte de Champignac.
Même s'il lui témoigne extérieurement du respect, voire de l'obséquiosité ("Sorcier", pl.1/E2 ; pl.5/F2) le maire est d'ailleurs prodigieusement agacé par le comteCet agacement tient aussi à la rivalité, voire à la jalousie, de l'homme du peuple parvenu (le maire) vis-à-vis de l'aristocrate, héritier et descendant des anciens seigneurs du lieu, ayant conservé son fief en dépit de l'évolution sociopolitique et démocratique des temps modernes. qu'il qualifie de « sorcier » ou de « fou » ; et par Spirou et Fantasio qu'il tient pour complices des « activités » du comte.
Brouillon et facilement perturbé, le maire commence par égarer le lecteur en désignant le comte par le titre nobiliaire de baron ("Sorcier", pl.1/D2 et E1). Ses administrés ne commettent pas cette même erreur, qui rétablissent bientôt son titre ("Sorcier", pl.5/F1). Le discours du maire à l'égard du comte devient toutefois confus dans "Sorcier", pl.9/B1 et B2, lorsqu'il lui adresse toute la litanie des titres : comte, puis baron, puis marquis, puis duc, avant de revenir à comte. S'agirait-il de l'ignorance d'un humble ou d'une manière habile du scénariste de rattraper la confusion initiale ("Sorcier", pl.1/D2 et E1) qui n'aurait donc pas été volontaire ?
Emphatique et verbeux ("Sorcier", pl.5/E1), le maire de Champignac est célèbre pour ses discours xyloglottes, sans queue ni tête, et pour sa logorrhée. Du point de vue linguistique, ses discours se caractérisent par une accumulation d'expressions idiomatiques, métaphores approximatives, analogies maladroites, lieux communs et clichés, combinés de telle sorte qu'ils donnent des images incohérentes (ex. « C'est la goutte d'eau qui a mis le feu aux poudres », combinaison des expressions idiomatiques « C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase » et « C'est l'étincelle qui a mis le feu aux poudres » – phrase qui est ensuite réutilisée dans GastonGaston, de Franquin), ainsi que par leur syntaxe défectueuse où les compléments de phrase sont souvent mal placés, induisant une ambiguïté sur l'élément sur lequel ils portent.
Positions politiques En tant que maire, il cherche par-dessous tout à assurer la tranquillité de son village. C'est pourquoi il se montre hostile lorsque les activités du Comte perturbent cette tranquillité. Il va jusqu'à se montrer peu accueillant chaque fois que Spirou et Fantasio se rendent à Champignac, en raison de leurs affiliations au Comte et de leur rôle dans la fin de cette tranquillité qui lui est chère ("Maintenant que vous êtes là, je suis sûr qu'il va se passer quelque chose", leur dit-il dans Du cidre pour les étoiles, page 4). Tome et Janry donnent une vision claire de sa politique dans Le Rayon noir, où l'on assiste à la campagne de réélection du maire tout le long de l'album, et il y concrétise son idée en page 8 : "On me fait confiance ; la tranquillité, voilà le secret. Le Champignacien inquiet perd sa gentillesse, mais par bonheur, Champignac est un village où il ne se passe rien et j'y veille !"
Le maire tient à conserver sa fonction, attribuant beaucoup d'importance à sa réélection. Il s'assure d'être l'unique candidat à se présenter à l'élection municipale, et s'emporte lorsque son adjoint Duplumier suggère de se présenter également comme candidat à la page 42 du Rayon noir. "Je vous rappelle les droits de l'opposition à...", commence Duplumier, avant que le maire l'interrompe : "L'opposition, je la ferai museler !" Il marque donc une négligence du processus démocratique pour améliorer ses chances. Il est prêt à toute démagogie pour sa réélection, comme le montre la page 41 du même album. Le maire y suggère d'ignorer un problème du village concernant les habitants devenus noirs, mais dès que le cafetier Lucien annonce qu'il n'est pas sûr de voter pour le maire sortant si ce problème subsiste, le maire change d'avis : il offre immédiatement de réagir face au problème qu'il comptait ignorer, tout en se retournant contre ses concitoyens devenus noirs, les appelant "une poignée d'inconnus".
À de nombreuses autres reprises, le maire fait preuve d'une certaine xénophobie. Dès sa première apparition en première page de Il y a un sorcier à Champignac, lorsqu'il voit arriver une famille de gens du voyage, il leur vocifère : "Fichez-moi le camp plus loin !... Nous ne voulons pas de vagabonds pour voler nos poules, à Champignac !" En outre, il n'accorde pas d'importances aux langues étrangères, ce qu'il montre dans Du cidre pour les étoiles lorsqu'il écorche le mot anglais "briefing" en page 31 ; un brigadier le corrige aussitôt, et le maire confond les langues, répondant : "Oui, si vous préférez ; l'espagnol et moi, vous savez..."
Son discours électoral sur la place du village, à la page 30 du Rayon noir, marque la politique protectionniste du maire et la haine de l'importation étrangère, mais présente également des propos racistes : "Notre village, dis-je, est à présent saisi à la gorge par des hordes d'imposteurs étrangers aux visages aussi noirs que leurs desseins... Sans oublier les importateurs de champignons frelatés ! Je le dis la tête haute, comme la tortue de la fable... Sous sa carapace, nul ne nous tondra sur le dos la laine que certains prétendent fétide pour mieux nous la faucher sous le pied ! Je ne serai pas comme ces maires indignes que l'on voit danser le long des golfes clairs, indifférents aux griffes de la conjuration qui viennent dans nos foyers étrangler dans l'œuf les deux mamelles de notre bonheur traditionnel : le champignon, la gentillesse, et... hehum... le bulletin de vote intelligemment rempli !"
Le maire alimente ainsi le racisme du peuple, car les Champignaciens acclament son discours en scandant les propos suivants : "Hourrah ! Vive notre terroir, à bas les champignons exotiques ! Bien dit ! Dehors les produits d'importation ! À bas les conjurations !" À peine plus loin, en page 36 du Rayon noir, lorsque le maire veut faire passer une information à la population de son village devenue noire, il laisse échapper un lapsus animalisant les personnes de couleur : "Duplumier ! Qu'on informe le reste du troupeau... Euh..." Son protectionnisme est d'ailleurs doublé d'une certaine hypocrisie, puisqu'à la page 43 du même album, le maire évoque son compte d'épargne en Suisse et redoute que les villageois l'apprennent.
Discours et prises de parole du maire
Ces discours n'étaient pas rédigés par Greg, même si celui-ci était à la baguette du scénario. Franquin se réservait en effet l'écriture des discours du maire, dont l'influence venait, disait-il, du personnage créé par Henry Monnier : Monsieur Prudhomme.
Les sauts de lignes dans les citations qui suivent renvoient à des changements de vignettes dans les albums.
Discours officiels Le maire s’exprime à titre officiel devant le village réuni, souvent des inaugurations de statues.
Lors de l'inauguration d'une statue à son effigie, dans Le Dictateur et le champignon :
Toujours à l'occasion de l'inauguration d'une statue, dans Les Petits Formats, à la suite de Spirou et les Hommes-bulles :
Lors de la venue du préfet, pour la foire aux bestiaux annuelle, dans Le Prisonnier du Bouddha :
Lors de l'inauguration de la statue à son effigie, fondue par l'explosion d'une bombe au métomol, dans l'épisode La Peur au bout du fil :
Échanges informels
Le maire s'adresse au Comte après que les Champignaciens, sous l'influence de la zorglonde, ont détruit la plupart de ses installations dans Z comme Zorglub :
Stylistique
Le maire use du zeugma, une figure de style qui consiste à faire dépendre d'un même mot deux termes disparates.
Dans Il y a un sorcier à Champignac, page 13 :
Sous la plume de Fournier qui reprit la série Spirou et Fantasio après Franquin, le maire se retrouve encore plus friand de champs lexicaux qu'auparavant. Ces champs lexicaux portent souvent sur des parties du corps, permettant des mélanges d'expression qui n'ont ni queue ni tête à l'arrivée.
Par exemple, dans Le Faiseur d'or, page 17 :
Ou encore, dans Du cidre pour les étoiles, page 4 :
Même album, page 12 :
Et enfin, même album, page 40 :
Il en fait de même dans L'Ankou, page 44 :
Œuvres où le personnage apparaît
Bandes dessinées Spirou et Fantasio : Il y a un sorcier à Champignac Spirou et Fantasio : Le Dictateur et le Champignon Spirou et Fantasio : Le voyageur du Mésozoïque Spirou et Fantasio : Le Prisonnier du Bouddha Spirou et Fantasio : Z comme Zorglub Spirou et Fantasio : L'Ombre du Z Spirou et Fantasio : Spirou et les Hommes-bulles Spirou et Fantasio : Panade à Champignac Spirou et Fantasio : Le Faiseur d'or Spirou et Fantasio : Tora Torapa Spirou et Fantasio : Du cidre pour les étoiles Spirou et Fantasio : L'Ankou Spirou et Fantasio : Qui arrêtera Cyanure ? Spirou et Fantasio : Le rayon noir Spirou et Fantasio : Alerte aux Zorkons Spirou et Fantasio : Dans les griffes de la Vipère Spirou et Fantasio : La Colère du Marsupilami (statue et portrait) Spirou et Fantasio : La Mémoire du futur (illusion) Champignac : Enigma
Séries animées Spirou (1993-1995)
Notes et références
Annexes Bibliographie . Articles connexes Grand prix du maire de Champignac, prix attribué en Suisse aux personnalités pour leurs perles oratoires, en allusion aux discours mémorables du maire fictif de Champignac.