La médina de Tunis est une médina tunisienne, centre historique de Tunis, inscrite depuis 1979 au patrimoine mondial de l'Unesco.

Histoire

Fondée en 698. autour du noyau initial de la mosquée Zitouna, elle développe son tissu urbain tout au long du Moyen ÂgeLes monuments antiques sont rares au sein de la médina. On trouve malgré tous les vestiges d'un théâtre romain englobé dans les bâtiments du Dar El Bey., vers le nord et vers le sud, se divisant ainsi en une médina principale et en deux faubourgs au nord (Bab Souika) et au sud (Bab El Jazira).

Devenue capitale d'un puissant royaume à l'époque hafside., foyer religieux et intellectuel et grand centre économique ouvert sur le Proche-Orient, le Maghreb, l'Afrique et l'Europe, elle se dote de nombreux monuments où se mêlent les styles de l'Ifriqiya aux influences andalouses et orientales mais qui empruntent également certaines de leurs colonnes ou leurs chapiteaux aux monuments romains ou byzantins.

Caractéristiques de l'ensemble La médina de Tunis présente comme constante spécifique d'être à la fois un tout homogène dans sa globalité et une juxtaposition de sous-ensembles présentant chacun cette même caractéristique : chaque quartier est en quelque sorte, une « réduction » de la ville dans tous ses concepts. Aux conditions naturelles (topographie et géologie), économiques (coût des matériaux de construction), politiques (société féodale) et de sécurité déterminantes pour le développement de la médina, il convient de noter aussi trois caractères climatiques et religieux clés. La charia (ensemble des dispositions légales) organise la propriété individuelle (habitation) comme participation à un organisme collectif (cité), notamment dans le cas de la participation au régime de l'eau qui est indissociable de la propriété foncière. L'ouverture vers le ciel (patio et jardins), en tant que symbole d'ordre religieux, mais aussi par son effet d'ordre climatique (éclairage, aération et régulation de la température) et son rappel des liens avec la nature (carré de ciel rattachant la maison au cosmos), constitue un facteur important dans l'organisation de l'espace (notamment au niveau des ouvertures selon l'orientation du soleil). Enfin, la vie communautaire et les rapports d'intimité intérieur-extérieur ayant une importance fondamentale, la limite physique bâtie de la muraille est perçue comme une enveloppe à l'intérieur de laquelle la population concernée entretient des rapports privilégiés. En effet, au plan de la forme, le climat, le mode de vie et l'environnement naturel ont imposé un monde clos, cerné de murs et refermé sur lui-même aussi bien au niveau de l'unité d'habitation qu'à celui du quartier ou à celui de l'entité urbaine.

Structure socio-urbaine

gauche|vignette|Toits de la médina de Tunis vus du minaret de la mosquée Zitouna.

Avec une superficie de 270 hectares (plus 29 hectares pour le quartier de la kasbah) et plus de ( en 1984.), la médina représente le dixième de la population tunisoise et le sixième de la surface urbanisée de l'agglomération.

vignette|redresse|Passage voûté de la médina.

L'urbanisme de la médina de Tunis a la particularité de ne pas obéir à des tracés géométriques ni à des compositions formelles (quadrillage, alignements, etc.). L'organisation complexe du tissu urbain a alimenté toute une littérature coloniale où la médina dangereuse, anarchique et chaotique semblait le territoire du guet-apens. Pourtant, des études entamées dans les années 1930 avec l'arrivée des premiers ethnologues ont permis de démontrer que l'articulation des espaces de la médina n'est pas aléatoire : les maisons s'articulent de manière socioculturelle, codifiée selon les types complexes des rapports humains. De nombreuses publications ont détaillé le modèle de développement de la médina et le système de hiérarchisation des espaces collectifs et privés, résidentiels et commerciaux, sacrés et profanes.

On peut relever des axes nord-sud et est-ouest assimilables à un cardo et un decumanus romains (rues Sidi Ben Arous, Jemaâ Zitouna et du Pacha) qui s'entrecoupent au niveau de la cour de la mosquée Zitouna, foyer de prière et d'étude. On distingue ensuite les rues principales, les rues secondaires (équipements de quartier) et les impasses (venelles), ensemble de parcours privés parfois réservés aux femmes. Le domaine bâti est caractérisé en général par l'accolement de grandes parcelles ( environ) et la mitoyenneté. Il s'ensuit un enclavement des lots et des bâtiments les plus éloignés du réseau viaire principal, ce qui justifie les ruelles et impasses d'accès établies par cession ou droit de passage. Une disposition juridique octroie « la propriété de l'air » et permet l'édification de construction formant une voûte sur l'espace de la voie publique sous réserve qu'il n'en résulte aucun dommage pour les passants. Il est d'usage que la hauteur de la voûte permette le passage sans encombre d'une charrue chargée. Architectures domestiques (palais et maisons bourgeoises), officielles et civiles (bibliothèques et administrations), religieuses (mosquées, tourbas et zaouïas) et de services (commerces et fondouks) présentent une grande porosité malgré un zonage clair entre les commerces et l'habitation. Les souks nobles sont situés aux abords directs de la mosquée Zitouna (parfumeurs, libraires, tisserands de soie et bijoutiers) et les souks pauvres (teinturiers et serruriers) au niveau des remparts et dans le quartier méridional (parfois même extra-muros).

vignette|redresse|École dans la médina en juillet 1967.

La notion d'espace public est donc ambiguë dans le cas de la médina où les rues sont considérées comme le prolongement des maisons et soumises aux balises sociales. La notion de propriété individuelle est faible et les étalages des souks débordent souvent sur la voie publique. Cette idée est renforcée par la superficie d'une boutique (environ ) et des chambres à coucher ( environ).

Dans le cas des architectures domestiques, plus elles sont en retrait des commerces, plus elles ont de valeur. La notion de retrait et d'intimité est donc primordiale. L'introduction tardive du réseau d'égouts induit un écoulement des eaux usées à travers les rues de la médina. Les maisons et lieux nobles sont donc toujours situées en amont ou dans les quartiers hauts (quartier de la kasbah). Les terrasses de la médina sont également un lieu important de la vie sociale, idée illustrée par le film Halfaouine, l'enfant des terrasses de Férid Boughedir. Les rituels et horaires de fréquentations assurent une mixité informelle.

De nos jours, chaque quartier conserve sa culture et les rivalités peuvent être fortes. Ainsi, le faubourg nord supporte le club de football de l'Espérance sportive de Tunis alors que, à l'autre extrémité, c'est le quartier du grand club rival du Club africain. La médina connaît aussi une sectorisation sociale : le quartier du Tourbet El Bey, désigné par le nom de sa rue principale situé au sud de la médina, et le quartier de la Kasbah sont les deux quartiers aristocratiques, avec une population de juges et de politiciens, tandis que la rue du Pacha, anciennement appelé Houmet Dar El Bacha, est celui des militaires et des bourgeois (commerçants et notables).

Architecture

vignette|Façade du mausolée du prince mouradite Hammouda Pacha, intégré à sa mosquée.

Ce patrimoine architectural est également omniprésent dans les maisons de particuliers et les petits palais des personnalités officielles aussi bien que dans le palais du souverain à la kasbahIbn Khaldoun écrit d'ailleurs à propos du palais des souverains de Tunis () : .. Toutefois, rares sont les palais et demeures qui remontent au Moyen Âge, contrairement au , qui ont légué des maisons prestigieuses telles que le Dar Othman (début du ), le Dar Ben Abdallah (), le Dar Hussein, le Dar Echérif ainsi que d'autres maisons plus ou moins vastes et richement décorées dont l'inventaire des années 1970 n'en compte pas moins d'une centaine.. On dénombre également plusieurs palais élevés par les beys ou des membres de leur entourage dans la banlieue de Tunis et ce depuis le . Les principaux palais des beys sont ceux de La Marsa, du Bardo et de Ksar Saïd. Si l'on ajoute les mosquées et oratoires (environ 200), les médersas (El Bachia, Mouradiyya, Slimania, El Achouria, Bir Lahjar, Ennakhla, etc.), les zaouïas (Sidi Mahrez, Sidi Ali Azouz, Sidi Abdel Kader, Sidi Brahim Riahi, etc.), les kouttabs, les tourbas (El Fellari, Aziza Othmana et El Bey) et les portes, le nombre des monuments de Tunis approche les 600 dont 98 ont été classés depuis 1912.

vignette|Toits de la médina (début du ).

Car, au contraire d'Alger, Palerme ou Naples, son cœur historique n'a en effet jamais souffert de grandes catastrophes naturelles ou d'interventions urbanistiques radicales. Les principaux outrages qu'a subi la médina remontent à l'époque suivant l'indépendance du pays avec la destruction de l'enceinte et la précarisation de l'habitat. C'est la raison pour laquelle la médina est inscrite en 1979 au patrimoine mondial de l'Unesco.. Au début du , la médina est ainsi l'un des ensembles urbains traditionnels les mieux préservés du monde arabe..

Quelle que soit la forme d'habitat de la médina (immeuble de rapport, palais ou villa), le registre ornemental subit dès le l'influence des beaux-arts (Renaissance italienne et baroque). À partir des années 1900 apparaît le style néo-mauresque (arabisance) constituant une tentative de synthèse entre les qualités architectoniques locales (simplicité des lignes de construction et ornementation) et l'architecture moderne. À partir des années 1920 et jusqu'à l'indépendance, de nombreux édifices Art nouveau et Art déco voient le jour grâce à la présence d'une importance main d'œuvre italienne et maltaise. Par ailleurs, le long des boulevards créés sur l'emplacement des anciens remparts, l'apport architectural de la période 1850–1950 se fait sentir dans les bâtiments officiels, la médina accueillant neuf ministères et le siège de la municipalité de Tunis.

Architecture domestique

gauche|vignette|Gros plan sur une porte traditionnelle de la médina. vignette|redresse|Vestibule du Dar Othman.

L'architecture domestique de la médina présente une typologie architecturale stable que l'on retrouve aussi bien dans les maisons bourgeoises, les palais que les maisons d'ouvriers. Il s'agit d'un modèle méditerranéen de maisons à patio mais qui articule d'une manière spécifique les espaces servants et servis : les appartements, les dépendances, le jardin, les circulations horizontales et verticales et enfin les terrasses. Ces espaces sont totalement tournés vers l'intérieur. De l'extérieur, seuls sont visibles la porte, le vestibule et des fenêtres souvent à l'étage.

La porte permet d'accéder à l'habitation par un portail à deux battants, avec une arcade en pierre parfois surmontée d'un arc brisé à claveaux bicolores et flanquée de deux colonnettes de marbre. La porte est décorée par de gros clous souvent noirs et le battant droit peut être percé d'un portillon d'entrée (khoukha) pour l'usage quotidien. Dans ce cas la grande porte est réservée aux cérémonies. Le vestibule (skifa) auquel mène la porte s'articule à angle droit et permet de filtrer les regards de l'extérieur.

Dans les grandes maisons peuvent exister plusieurs vestibules dont le premier (driba) contenant une banquette destinée à recevoir des visiteurs ou des clients ; un deuxième vestibule peut être utilisé par les occupantes de la maison pour les travaux ménagers ou certaines activités artisanales. Généralement, ces vestibules sont appréciés en raison de leur fraîcheur.

vignette|Patio du Dar Ben Abdallah. vignette|gauche|redresse|Patio arboré du Dar Othman.