L’abbaye Saint-Martial est une ancienne abbaye bénédictine de la ville de Limoges, dans le Limousin historique, en France.
Elle naît en 848, sur ordre de Charles le Chauve, de la transformation d'un chapitre de chanoines desservant le tombeau de saint Martial de Limoges et ses sanctuaires annexes en un établissement bénédictin. En 1062, la communauté adopte la réforme clunisienne. Après avoir été un centre culturel important au , foyer d'art, de droit, de science et de technologie tout au long du Moyen Âge, l'abbaye est transformée en collégiale en 1535, puis végète jusqu'à la Révolution française. Dissoute en 1791, alors qu'elle est déjà à l'abandon, elle est physiquement démantelée à partir de 1794.
Sa crypte, qui contient les tombeaux de saint Martial et de sainte Valérie, est redécouverte en 1960. Elle est ensuite ouverte au public. À la suite de sondages archéologiques réalisés à partir de 2006, en particulier sur l'emplacement de la basilique du Sauveur, des fouilles de longue durée ont été entreprises à partir de 2015, qui conduisent à la fermeture du site. Vers la fin de l'année 2017, un projet de nouvelle mise en valeur des vestiges est en cours de préparation, sans qu'il soit communiqué de date de réouverture.
Situation géographique alt=Plan ancien de Limoges, distinguant le quartier de la cité, autour de la cathédrale, au nord-est, et le quartier de la ville, au centre, avec l'abbaye Saint-Martial signalée par un triangle bleu sur la pointe.|gauche|vignette|Localisation de l'abbaye Saint-Martial sur un plan de Limoges en 1680. L'abbaye Saint-Martial était située dans la partie ancienne de la ville de Limoges, sur la rive droite de la Vienne, c'est-à-dire en plein centre de la ville actuelle. Elle occupait l'espace actuellement compris entre la rue de la Terrasse, au nord, la rue de la Courtine, au sud, la rue Jean-Jaurès, à l'ouest, et la place de la République, à l'est, qui appartenait dans son ensemble à l'abbaye. L'église abbatiale, au centre de cet espace, se trouvait à l'actuel emplacement de la rue Saint-Martial et de la partie ouest de la place de la République.. Au Moyen Âge, l'abbaye composait, avec le château des vicomtes de Limoges, l'un des deux pôles de la ville, dit quartier du château, en opposition avec le quartier dit de la Cité, construit autour de la cathédrale.
Histoire de l'abbaye
Débuts de la communauté La présence d'un culte sur le tombeau de saint Martial est attestée dès le , dans les œuvres de Grégoire de Tours. Vers 680, ce sanctuaire est témoin d'un épisode politique : un homme de guerre, nommé Loup, duc d'Aquitaine et de Vasconie, se révolte contre le pouvoir des rois francs et tente un coup de force dans la ville, qui a une importance stratégique pour le contrôle de l'Aquitaine. Il échoue, d'après les textes, du fait d'un miracle du saint, ou bien par l'opposition des habitants de Limoges..
Au Moyen Âge, l'abbaye et le quartier qui l'entoure constituent l'un des deux pôles urbains autour desquels la ville se développe. L'autre pôle est regroupé autour de la cathédrale..
Transformation en abbaye bénédictine et construction d'une première abbatiale Une basilique consacrée au Sauveur est construite à proximité immédiate, mais à côté, du tombeau de saint Martial au , à une date débattue. Les principales informations données par les sources sur le sujet sont issues des œuvres du chroniqueur Adémar de Chabannes, moine à l'abbaye au début du . L'hypothèse traditionnelle considère les datations qu'il indique comme sujettes à caution, car il a développé un dossier de falsification pour faire considérer saint Martial comme un apôtre et non plus comme un confesseur, c'est-à-dire comme un prestigieux compagnon du Christ et non comme un saint ordinaire. Elle refuse donc la chronologie qu'il avance, lorsqu'il indique que la basilique aurait été consacrée en 832 et aurait accueilli le sacre de Charles l'Enfant, fils de comme roi d'Aquitaine en 855 : la construction de cette église n'aurait guère eu de sens quelques années avant la transformation de la communauté qui desservait le sanctuaire en abbaye bénédictine, en 848. Cependant, une autre hypothèse, plus récente, pourrait valider la chronologie d'Adémar de Chabannes : la basilique aurait été construite en 832 dans le cadre d'un ensemble palatial, qui aurait donc naturellement accueilli le sacre de Charles l'Enfant. Saint-Martial de Limoges paraît jouer alors un rôle politique et mémoriel important pour les rois et ducs d'Aquitaine..
Pour répondre à une épidémie d'ergotisme, en 994, l'évêque de Limoges Hilduin et son frère Geoffroy, abbé de Saint-Martial, organisent une procession avec les reliques de plusieurs saints limousins, et en premier lieu saint Martial. Ses reliques, tirées de son tombeau, sont placées dans une châsse d'or et transportées en procession jusqu'au Montjovis, un lieu situé à un peu plus d'un kilomètre de l'abbaye (aujourd'hui un quartier du nord-ouest de Limoges), le . Là, elles sont présentées à la vénération des fidèles avec celles des autres saints limousins. Elles y demeurent jusqu'au , puis sont rapportées à l'abbatiale. À cette date, l'épidémie s'est interrompue. Le clergé et le duc profitent de ce rassemblement, et de la joie liée à la fin de l'épidémie, pour instaurer la Paix de Dieu. La pratique de la procession et de la présentation des reliques à la vénération des fidèles est ensuite reprise ponctuellement pendant plusieurs siècles, puis une périodicité septennale est instaurée au cours du . Elle reçoit au le nom d'ostensions.
Campagne pour l'apostolicité de saint Martial alt=Des hommes portent un reliquaire en or sur leurs épaules lors d'une procession|gauche|vignette|Reliquaire de saint Martial lors de la procession des ostensions limousines en 2016. Au début du , les moines de Saint-Martial de Limoges se lancent dans une entreprise de falsification historique de grande ampleur, pour obtenir que saint Martial soit considéré non plus comme un confesseur de la foi, mais comme un apôtre : ce compagnon du Christ est au sommet de la hiérarchie des saints, alors que le confesseur se place loin derrière, après l'apôtre mais également le martyr. L'histoire recomposée fait donc de Martial le jeune garçon ayant apporté les cinq pains et les deux poissons pour la multiplication des pains. Il aurait ensuite servi les apôtres à table lors de la Cène, avant d'être envoyé par saint Pierre évangéliser la Gaule, à la demande du Christ. En 1023, cette campagne de promotion aboutit à la requalification du saint, de confesseur à apôtre, dans les offices liturgiques célébrés à l'abbaye. L'évêque de Limoges s'y opposant, le duc convoque un concile provincial, réunissant les évêques d'Aquitaine. L'assemblée porte saint Martial au rang des apôtres, ce qui couronne les efforts des moines. L'opposition de l'évêque et des chanoines conduit à plusieurs nouveaux conciles, mais l'opinion des moines prévaut à chaque fois. L'un d'entre eux, Adémar de Chabannes, rédige pour l'un de ces conciles une vita de saint Martial..
Un chantier de reconstruction complète de l'église abbatiale, consacrée au Sauveur, est lancé vers 1017-1018 pour accompagner cette entreprise de réécriture de l'histoire. Le chantier a pour objectif de promouvoir le pèlerinage, notamment par des locaux plus adaptés. Le chevet de la nouvelle église est dédicacé par l'évêque de Limoges, à la demande de l'abbé Odolric, en 1028. En 1043, un incendie détruit une partie des bâtiments conventuels et endommage le chantier en cours..
Époque clunisienne L'abbaye est donnée à l'ordre de Cluny en 1062 par le vicomte de Limoges, Adémar. Les moines de Saint-Martial refusent de reconnaître l'autorité de Cluny, et, après la mort de l'abbé Mainard, l'installation du nouvel abbé, Adémar de Laurière, désigné par l'abbé de Cluny Hugues de Semur, est difficile. Il faut une intervention d'un légat pontifical, Pierre Damien, pour que l'ordre soit rétabli..
Le premier abbé clunisien, Adémar de Laurière, poursuit et achève les travaux de l'abbatiale : il installe notamment la table d'autel en marbre blanc commandée quelques décennies plus tôt par l'abbé Odolric, et construit les trois dernières travées de la nef de l'abbatiale, à l'ouest. L'église, probablement achevée, est finalement consacrée par le pape en 1095, toujours sous l'abbatiat d'Adémar. Il fait également reconstruire une partie des bâtiments conventuels et y ajoute une infirmerie. Il développe également le rayonnement culturel de l'abbaye en y faisant produire des manuscrits richement enluminés..
Sous le deuxième successeur d'Adémar, Amblard, un incendie endommage les bâtiments conventuels en 1123, conduisant à une nouvelle reconstruction. Ces travaux, comme ceux d'Adémar, sont financés par l'accroissement du temporel de l'abbaye. À la fin du , l'abbaye, comme la ville de Limoges, est prise dans les troubles causés par l'opposition entre Henri le Jeune, son père, le roi d'Angleterre, et son frère cadet Richard Cœur de Lion. Pour financer ses campagnes militaires, Henri le Jeune pille le trésor de Saint-Martial. Ces événements, ainsi qu'un conflit lors d'une élection abbatiale en 1214, mettent l'abbaye dans une situation financière difficile..
L'abbé Hugues de Brosse (1198-1214) est à l'origine de la reconstruction de l'ensemble des bâtiments conventuels situés autour du grand cloître. Le projet, inscrit dans le cadre d'une émancipation progressive vis-à-vis de Cluny, est extrêmement ambitieux et s'inspire des grands monuments gothiques de la France du nord. L'aile orientale, avec la salle capitulaire, le dortoir et la chapelle Saint-Benoît, sont sans doute achevées en 1224.. Les galeries du cloître sont achevées en 1249, après le réfectoire sur lequel elles s'appuient..
L'abbé Raymond Gaucelm, élu en 1226, rétablit la situation financière de l'abbaye, puis lance de nouveaux travaux de grande ampleur sur les bâtiments conventuels. Il enrichit également le trésor.. Sous son abbatiat, l'abbaye se détache progressivement de l'ordre de Cluny. Cette séparation est achevée par un accord en 1246..
Déclin et disparition de l'abbaye En 1535, sous l'impulsion de l'abbé Matthieu de Jovion, l'abbaye bénédictine de Saint-Martial de Limoges est sécularisée et devient une collégiale de chanoines. Elle décline tout au long de la période moderne, et ses bâtiments se dégradent, malgré quelques efforts ponctuels pour relever telle ou telle partie. Ainsi, la chapelle Saint-Benoît, confiée à la grande confrérie de saint Martial se voit restaurée par ses membres jusqu'à en faire « la plus élégante de toutes les constructions du monastère [...], une charmante construction toute à jour, en style gothique, qui reproduisait la forme et les dimensions de la Sainte-Chapelle de Paris ». Les chanoines manquent régulièrement d'argent ; en 1730, ils vendent une partie de la bibliothèque au roi de France .. Dès 1745, une partie des bâtiments conventuels est démolie. L'abbatiale est à son tour démantelée à la suite de la sécularisation des biens du clergé à la Révolution française, après 1791.. Les vestiges archéologiques sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du .
Abbés de Saint-Martial
Possessions de l'abbaye Saint-Martial de Limoges