Le lingala est une langue bantoue parlée en république démocratique du Congo et en république du Congo et à moindre mesure en Angola ou en république Centrafricaine. On compte près de 20 millions de locuteurs lingalaphones en langue maternelle et 25 à 30 de millions de locuteurs utilisant le lingala comme langue véhiculaire.
Histoire Au , le bobangi était la langue véhiculaire sur les bords du fleuve Congo depuis l’embouchure de la rivière Kasaï à celle de l’Ubangi sur les deux rives du fleuve Congo actuelle république du Congo et république démocratique du Congo, le long de celui-ci jusqu’à l’embouchure de la Ngiri. Après 1880, la langue fut désormais appelée bangala par les Occidentaux et établie comme langue franc par le colonisateur dans la Station Bangala en 1884, qui est renommée Nouvelle-Anvers en 1890, aujourd’hui Makanza, l’un des premiers postes établis sur le fleuve par l’Association internationale africaine de l’État indépendant du Congo, à mi-distance entre Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) et Stanleyville (aujourd’hui Kisangani). Ces trois postes ont d’ailleurs été les premiers à accueillir au-delà du Bas-Congo une mission catholique dès 1899. Après 1900, les missionnaires de Scheut (voir Congrégation du Cœur Immaculé de Marie) proposent le nom lingala au lieu de bangala, proposition qui est généralement acceptée après quelques décennies. Le nom bangala est maintenant celui d’une autre langue plus à l’est, dans la province Orientale.
Le lingala est aujourd’hui largement répandu, en Congo-Kinshasa (RDC) et au Congo-Brazzaville, où il est devenu une langue régionale, largement utilisée dans les médias, l’armée, les discours officiels, mais également dans la chanson populaire. Outre le français, c’est l’une des quatre langues nationales du Congo-Kinshasa, à côté du kikongo ya leta, du swahili et du tshiluba. Le lingala a progressivement supplanté le kikongo ya leta à Kinshasa, où ce dernier était pourtant la langue véhiculaire. Au Congo-Brazzaville le lingala est une des langues nationales, tout juste à côté du kituba.
Le succès et l’expansion du lingala au cours de la seconde partie du , et en particulier à l’époque du Zaïre, sont notamment dus au fait qu’il a été largement promu par Mobutu Sese Seko, natif de la région lingalaphone. Le lingala fut notamment la langue principale de l’armée zaïroise, et aujourd’hui elle l’est aussi de l’Armée congolaise malgré le swahili apporté par Laurent-Désiré Kabila vers 1997.
C'est aussi la langue dans laquelle chantent de nombreux artistes originaires ou installés à Kinshasa et Brazzaville, et exportant leur musique internationalement, tels Papa Wemba, Koffi Olomidé, JB Mpiana, Werrason, Fally Ipupa, Roga-Roga, les bantous de la capitale, ou encore Ferré Gola.
Classification Le lingala appartient à la famille des langues bantoues. Le terme a désigné dès la fin du une langue véhiculaire, proche d’une langue dénommée lobangi ou bobangi. La langue lingala est issue d’un mélange entre plusieurs langues parlées par les habitants de la région du fleuve Congo, dont la langue bobangi qui est majoritairement la base lexicale du lingalaWilliam Frawley, International Encyclopedia of Linguistics: 4-Volume Set, Oxford University Press; 2003, ., elle est donc généralement considérée comme langue inter-ethnique. Classification de Guthrie (voir Classification des langues bantoues selon Guthrie) : C.36d, groupe C.30 Classification Bastin/Coupé/Mann : c.36
Relation bobangi-lingala Linguistiquement, le lingala est un dialecte ou une variété du bobangi, un bobangi populaire ou commercial, c'est-à-dire, un bobangi lingua franca parlé par les non-natifs. Le lingala a aussi été désigné par les noms : « bad bobangi », « sabir du bobangi», « bobangi déformé et mélangé», « bobangi de traite», « patois du bobangi», « la langue nouvelle des Bobangi ».
Le glossonyme lingala La langue se fait appeler mangála ou lingála, toutefois, dans la région d'origine de la langue il y a une préférence pour la forme mangála ou mangála má libɔkɔ . En bobangi, tout comme en lingala, le nom lingála ou mangála signifie langage, jargon, façon de parler, dialecte, lingua franca, parler, expression, parole, phrase, déclaration, proverbe, commentaire. Comme glossonyme, il provient de l'expression mangála má libɔkɔ, aussi lingála lí mabɔkɔ qui signifie le langage ou jargon du marché en bobangi tout comme en lingala.
Répartition géographique Le lingala est parlé comme langue maternelle dans les deux Congo, la majeure partie des locuteurs étant dans le Congo-Kinshasa. Avec son statut de langue véhiculaire, le lingala est aussi parlé en Angola (dans le nord du pays majoritairement dans la region de Uíge) et en République centrafricaine. Étant donné que la est populaire en Afrique centrale, il est possible d’entendre des paroles en lingala des deux côtés de l’Afrique centrale, du Kenya au Cameroun.
Statut officiel En république démocratique du Congo, le lingala a un statut de langue nationale au côté du kikongo ya leta, du swahili et du tshiluba. Le lingala a le statut de langue nationale véhiculaire comme le kituba en république du Congo. Le français est la langue officielle dans ces deux pays.
Dialectes Le lingala possède plusieurs dialectes, recouvrant un territoire linguistique large et divisé par des frontières administratives ou de longues distances.
Bokamba et Bokamba divisent les différents dialectes de lingala de la façon suivante : lingala standard, dit classique ou littéraire, ou encore lingala de Makanza ; lingala parlé, dit populaire ; lingala de Kinshasa ; lingala de Brazzaville ; mangala ou bangala — considéré comme langue dérivée car souvent mutuellement inintelligible avec les autres dialectes de lingala.
Il y a aussi différents argots : indoubil, ancien argot des jeunes ; lingala argot, ou lingála ya bayankee, argot des jeunes de Kinshasa ; langila - argot ou langage codé de Kinshasa. Lingala classique Le lingala classique est la variété utilisée dans plusieurs institutions de l’éducation et d’informations tant au niveau national qu’au niveau régional. Cette variante provient des traductions, dont une de la Bible, et des efforts de standardisation de l’Église catholique. Le lingala classique se dénote des autres dialectes par son nombre de voyelles, sept voyelles [a], [e], [ɛ], [i], [o], [ɔ], [u], par une harmonie vocalique obligatoire et par l’utilisation de tous les suffixes grammaticaux.
Lingala parlé Le lingala parlé est une variante comptant autant de préfixes nominaux que le lingala classique, mais moins d’accord grammaticaux entre ceux-ci et les autres suffixes. L’accord sujet-verbe est maintenu mais réduit à 10 classes, tandis que l’accord substantif-adjectif est simplifié à 2 classes. Les sept voyelles sont aussi utilisées, mais l’harmonie vocalique n’est pas appliquée. Son développement est principalement dû aux différentes missions protestantes, dont une traduction de la Bible. Cette variante du lingala est probablement la forme la plus parlée à travers les régions lingalaphones des deux Congo, même dans leurs capitales. C’est la forme de lingala la plus parlée dans la vie de tous les jours. Bien que cette forme soit la plus répandue, le lingala classique conserve le titre de lingala standard. Les deux dialectes sont parfois utilisés dans des contextes différents. Par exemple le lingala classique est utilisé dans les réunions officielles, dans certains médias ou dans les situations formelles, mais le lingala parlé est utilisé dans les situations informelles. Une majorité des chansons populaires en lingala, entre 60 et 65 %, utilisent le lingala parlé. Au vu de l'histoire coloniale de la RDC, le lingala intègre dans son vocabulaire des mots de vocabulaire français, et néerlandais, les deux langues coloniales. Cependant, l'apport de mots français semble plus important. Dans le lingala, depuis une période plus récente, on y trouve aussi des mots issus de l'anglais, et dans une moindre mesure, du portugais, l'Angola étant frontalier.
Lingala des villes Le lingala de Kinshasa comme celui de Brazzaville est le dialecte utilisé au quotidien dans ces deux villes, souvent utilisé dans les divertissements à la télévision ou à la radio. Cette forme de lingala comporte beaucoup d’emprunts au français et est parfois considérée comme un créole mais ces emprunts peuvent aussi être des alternances codiques faites par des personnes bilingues. Par exemple : likambo yangó ya sɔ̂lɔ́ tǒ lokúta ? (Mamou, chanson de Franco Luambo Makiadi) Est-ce que cette histoire est vraie ou fausse ? Oyébi yě ! Tu la/le connais bien ! , nasepélí míngi. En tout cas, je suis très content. nǎzokámwa ! Je suis vraiment étonné !
Langila Le langila est un argot kinois utilisant des codes (principalement des noms propres) pour remplacer certains mots et verbes..
Par exemple : Venezuela na Palestine (en langila) : Yaka na palais (en lingala de Kinshasa), Yaka na ndako (en lingala classique), Viens à la maison (en français).
Langues dérivées Le bangala, parlé plus à l’est du territoire du lingala, est généralement considéré comme une langue à part entière.
Le frangala, une forme de lingala répandue parmi la diaspora et dans certains centres urbains, ressemble fortement à une langue créole avec beaucoup de mots de vocabulaire du français, et est caractérisé par des accords grammaticaux limités à deux ou quatre classes nominales.
Écriture En 1976, la Société zaïroise des linguistes a adopté un système d’écriture standardisé pour les langues zaïroises, dont le lingala. Ce système est basé sur l’Alphabet international africain (AIA), une orthographe presque phonétique, avec notamment les lettres et pour transcrire les voyelles [ɛ] et [ɔ], ainsi qu’une utilisation sporadique des accents pour indiquer les intonations. Malheureusement pour cette convention orthographique, il n’y a pas de système d’entrée, ni claviers ni machines à écrire, permettant d’utiliser les lettres et , et les accentsEn fait, un tel clavier a bien été conçu à partir de l’azerty : http://info-langues-congo.1sd.org/Claviers#Clavier_multilingue. Il fonctionne très bien sous Windows et Linux. Cependant, il ne semble pas exister de clavier matériel correspondant à cette disposition.. Cette convention a standardisé l’usage des lettres dans les milieux académiques, mais laisse les intonations au bon vouloir des personnes. Le manque de standardisation dans l’accentuation n’est pas un problème majeur grâce au contexte des mots dans les phrases et paragraphes.
Les orthographes populaires ont pris un pied d’avance sur l’orthographe standardisée car elles peuvent être tapées sur n'importe quel clavier. Beaucoup de livres, de dissertations, la traduction lingala de la Déclaration universelle des droits de l'homme et plus récemment, des forums, des listes de diffusion et des sites web, comme Google en lingala, n’utilisent pas les caractères propres au lingala ( et ).
Le lingala étant plus une langue orale qu’une langue écrite, ses locuteurs utilisent plusieurs systèmes d’écriture. La plupart sont non standardisés. Parce que l’ensemble des locuteurs lingalaphones a un bas taux d’alphabétisation en lingala, l’orthographe populaire est très souple et varie d’un Congo à l’autre — au Congo-Brazzaville, le taux d’alphabétisation en lingala comme langue maternelle est entre 10 % et 30 %, alors que celui du français est plus élevé. Assez souvent l’orthographe est influencée par l’orthographe française pour le choix des graphèmes : pour ; pour ; pour ; pour pour ; pour ou ; pour ou ; ou pour . Un même mot peut se retrouver avec autant d’orthographes que les prononciations régionales, par exemple : nyonso, nyoso, nionso, nioso sont tous des orthographes populaires de nyɔ́nsɔ.
Ordre alphabétique L’alphabet lingala est organisé de façons différentes selon les écoles ou les linguistes.