Le , surnommé par les Britanniques, est un véhicule blindé à roues produit par la Ford Motor Company et utilisé par les Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale. Développé dans l’urgence entre 1941 et 1942, le M8 doit initialement servir de chasseur de chars léger, mais l’obsolescence de son armement pour ce type de mission apparaît avant même la fin de sa conception et il est redirigé vers le rôle de véhicule blindé de reconnaissance. Dans un but de standardisation de son matériel, l’United States Army fait du M8 son modèle unique d’automitrailleuse en , mais des retards liés à la négociation du contrat avec Ford repoussent sa mise en production au mois de . Celle-ci s’achève en sur un total de construits. Une variante sans tourelle, le M20, a également été produite afin de servir de poste de commandement mobile ou de véhicule logistique légèrement blindé.
Le bilan du M8 est assez mitigé : disposant de capacités de franchissement limitées, il peine à évoluer hors route, en particulier en présence de relief ou de couvert forestier, même léger. Ce problème est d’autant plus aigu qu’il est faiblement blindé et que, par conséquent, la vitesse et la manœuvrabilité sont vitales à sa survie. Le fait d’être fortement dépendant des routes réduit par ailleurs son intérêt comme véhicule de reconnaissance et le rend vulnérable aux mines, contre lesquelles il est peu protégé. Le M8 se montre en revanche bien plus efficace sur les terrains ouverts dotés d’un minimum d’infrastructures routières, où sa vitesse et son endurance constituent un avantage.
Le M8 est retiré du service dans l’armée des États-Unis peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais reste utilisé tout au long de la deuxième moitié du par de nombreux pays, notamment pour la lutte contre les insurrections et le maintien de l’ordre. L’armée française en déploie ainsi plusieurs centaines pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie. Du fait de cette large utilisation, de nombreuses variations locales ont été introduites, notamment liées au remplacement de la motorisation et de l’armement d’origine. Il figure encore à l’inventaire des armées de quelques pays d’Afrique et d’Amérique latine dans la deuxième décennie du .
Développement vignette|Le T22, premier prototype du M8, en mars 1942.|alt=photographie en noir et blanc d’un véhicule à six roue et avec une tourelle En 1940, à la suite des résultats obtenus par les blindés allemands pendant la campagne de France, l’armée américaine fait de la lutte antichar un élément clé de sa doctrine et crée le . Elle cherche alors à se procurer un canon antichar mobile, mais le premier véhicule réalisé, le M6 Gun Motor Carriage, se révèle peu satisfaisant. L’ lance donc en un appel d’offres pour un chasseur de chars léger, dont l’aspect est déjà défini dans les grandes lignes : un camion disposant d’une tourelle armée d’un canon de et d’une mitrailleuse de , une autre mitrailleuse de même calibre en proue et un blindage capable de résister à des balles de à l’avant et sur les côtés, pour un poids maximal de cinq tonnes.
Trois offres sont retenues pour la poursuite du développement : d’abord, en , le T22 de Ford et le T23 de Fargo, une filiale de Chrysler, puis, le , le T43, renommé ultérieurement T21, de Studebaker. Les Américains réalisent cependant pendant cette période que le canon de n’est pas adapté au combat contre les chars modernes et le programme est réorienté vers la production d’une automitrailleuse de reconnaissance à la place d’un chasseur de chars léger.
Ford est le premier à livrer un prototype, dont les essais débutent le à Aberdeen, avant de se poursuivre à Fort Knox à partir du . Ces essais étant satisfaisants et le besoin d’un nouveau véhicule urgent, le T22 est accepté le , sans attendre la livraison des T21 et T23. Les tests ayant toutefois mis en évidence un certain nombre de défauts, une nouvelle version, dite T22E2, est mise au point dans les mois qui suivent, celle-ci prenant le la désignation officielle « ». Dans l’intervalle, les essais réalisés sur le T21 le se révèlent peu satisfaisants, ce qui entraîne l’abandon de ce projet et confirme l'intérêt du T22.
vignette|Le T22E2, troisième prototype du M8, en août 1942.|alt=photographie en noir et blanc d’un autre véhicule à six roues et avec une tourelle Le choix du M8 ne fait pas l’unanimité. La cavalerie notamment, l’un de ses principaux destinataires, le trouve trop lourd, trop lent et trop peu performant en tout-terrain. L’insatisfaction augmente encore en , lorsque, suivant les recommandations de la — une commission de rationalisation des programmes de développement des blindés — l’état-major décide d’imposer le M8 comme unique automitrailleuse pour l’ensemble des forces armées. Cette décision permet de simplifier la logistique mais suscite la grogne des forces blindées, qui trouvent le M8 trop léger et partagent l’avis de la cavalerie sur la faiblesse du véhicule en tout-terrain. La presse finit par s’emparer de ces controverses et le M8 fait l’objet à partir de d’articles hostiles, notamment dans le New York Times. De leur côté, les Britanniques, à qui le M8 a été proposé dans le cadre du prêt-bail, montrent initialement de l’intérêt, mais préfèrent finalement se tourner vers d’autres modèles, comme le Staghound, dès .
Production et améliorations Bien qu’une commande de cinq mille M8 ait été passée dès le , avant même la fin des essais du T22E2, il faut près d’un an avant que la production puisse débuter, en raison de désaccords entre Ford et le gouvernement américain sur les termes du contrat. De fait, la production ne débute qu’en , d’abord à l’usine Ford de Saint-Paul, puis à celle de Chicago à partir du mois de mai. À cette date, le M8 n’est cependant pas encore accepté pour le service et ce n’est que le que l’, après avoir passé l’été à tester le véhicule, le reconnaît apte à entrer en service.
En cours de production, les ingénieurs de Ford cherchent une solution aux problèmes récurrents de suspension rencontrés par le M8. À cette fin, des modifications sont effectuées sur deux exemplaires à partir de et aboutissent en au M8E1, dont les suspensions à ressorts à lames sont remplacées par des barres de torsion. Cette modification n’est finalement pas retenue, mais les recherches effectuées permettent d’introduire au cours de 1943 quelques améliorations au niveau des suspensions.vignette|M8 modifié de l’Armée mexicaine.|alt=photographie d’un véhicule à roue peint avec un motif camoufléEn parallèle, le développement d’un remplaçant commence dès 1943, avec une proposition de Studebaker, le T27, et une de Chevrolet, le T28. Les deux prototypes sont livrés à l’automne 1943 et testés jusqu’à l’été 1944. Ces essais montrent qu’ils sont tous deux supérieurs au M8, avec un net avantage pour le T28, qui est adopté sous le nom de « » en . Toutefois, l’U.S. Army considère à cette date qu’elle n’a plus besoin d’un tel véhicule et ne commande aucun exemplaire du M38, qui ne sera ainsi pas produit. De son côté, la production du M8 prend fin en après que ont été assemblées.
La diffusion du M8 dans de nombreuses armées à partir des années 1960 entraîne l’apparition d’un grand nombre de variantes basées soit sur des modifications locales, soit sur des kits vendus par des entreprises d’armement. La firme américaine NAPCO propose ainsi une autre motorisation avec un moteur Diesel ou le remplacement du canon de par un lance-missiles TOW. De son côté, l’entreprise française EFAB met sur le marché un kit de remplacement de la tourelle d’origine par celle de l’AML 90.
Histoire opérationnelle Seconde Guerre mondiale alt=photographie en noir et blanc montrant des soldats sur un véhicules devant un arc de triomphe|redresse|vignette|M8 passant devant l’arc de triomphe après la libération de Paris le . Les premiers M8 arrivent sur le théâtre italien à l’automne 1943. Les premières unités à en être équipées sont le et le . Ce dernier est également le premier à les employer au combat le , lors de la bataille de la rivière Rapido. Quelques jours plus tard, le , les M8 du sont avec les éléments débarqués à Anzio, où les premières pertes sont enregistrées à la fin du mois. Au total, cent onze M8 et soixante-douze M20 sont perdus sur le front italien, principalement à cause des mines. Le terrain très montagneux met également en évidence les limites du véhicule en matière de franchissement et les utilisateurs se plaignent qu’il est peu utilisable hors route, ce qui en réduit considérablement l’utilité en tant que véhicule de reconnaissance.
Le manque de manœuvrabilité et de capacité de franchissement est également un problème au cours de la bataille de Normandie : ne pouvant franchir les haies, le M8 est contraint de suivre les routes et chemins creux, qui sont fortifiés et minés et dans lesquels il a du mal à faire demi-tour. En revanche, sa rapidité et son endurance le rendent très efficace sur les terrains ouverts de l’opération Cobra, pendant laquelle il sert à couvrir les flancs des divisions blindées. Paradoxalement, ce terrain plus favorable entraîne davantage de pertes, du fait de l’usage plus intensif qui en est fait. Mal utilisée, la rapidité peut en effet constituer un danger : le , le est en grande partie détruit après s’être aventuré trop loin derrière les lignes allemandes, où il se retrouve seul face à un bataillon de la Panzerdivision à Montrevel.
Après-guerre thumb|M8 aux couleurs de la United States Constabulary en 1952 en Allemagne de l’Ouest.|alt=photographie en noir et blanc d’un véhicule à roue entouré de soldats Après la fin de la guerre, les M8 et M20 servent à assurer les missions de police dans la zone d’occupation américaine en Allemagne au sein de l’United States Constabulary, ainsi que pour des tâches similaires au Japon et en Corée. Lorsque la guerre de Corée éclate en 1950, quelques dizaines de M8 sont en service dans l’armée de la Corée du Sud, dont il s’agit du seul véhicule blindé. Les Américains utilisent également de manière limitée les M8 et M20, qui sont alors encore employés par les unités de reconnaissance des divisions d’infanterie.
C’est toutefois la France qui se révèle être le plus gros utilisateur du M8 après la Seconde Guerre mondiale. Le véhicule est employé en grande quantité au sein des Groupes d’escadrons de reconnaissance (GER) et de la gendarmerie prévôtale pendant la guerre d’Indochine, au point que plusieurs centaines d’exemplaires supplémentaires sont achetés aux États-Unis. Le véhicule est également utilisé pendant la guerre d’Algérie. Il ne commence à être retiré du service au profit de l’Engin blindé de reconnaissance (EBR) qu’en 1956.
L’armée vietnamienne récupère une partie des engins français en 1954 et les utilise pendant la guerre du Viêt Nam, des exemplaires supplémentaires étant encore fournis par les États-Unis. La disponibilité et le faible coût du M8 l’amènent enfin à entrer dans l’inventaire des armées de nombreux pays dans le monde entier dans les années 1960 et 1970. Il se retrouve ainsi souvent dans des conflits de basse intensité et des guerres civiles, notamment en Afrique et en Amérique du Sud. Le M8 est encore en service à la fin des années 1990, principalement dans des unités de police. Il figure encore en faibles quantités à l’inventaire des armées de quelques pays d’Afrique et d’Amérique latine dans la deuxième décennie du .
Caractéristiques Mobilité alt=photographie annotée montrant un moteur vu de dessus.|vignette|Vue du compartiment moteur extraite du manuel technique.|gauche Le M8 est propulsé par un moteur Hercules JXD de six cylindres en ligne développant . Ce moteur fonctionne à l’essence 70 octane. Le système de direction et la transmission sont similaires à ceux d’une automobile, ce qui facilite la formation des conducteurs et la maintenance. La direction utilise ainsi un volant et la boîte de vitesses Warner Gear Co. fonctionne avec une pédale d’embrayage classique.