thumb|Clément V et Philippe IV le Bel face aux Templiers, Maître de Boucicaut, Grandes Chroniques de France (British Library). thumb|Templiers sur le bûcher en présence de Philippe IV le Bel, Boccace (British Library).

Le procès de l'ordre du Temple est une affaire judiciaire internationale du . L'ordre du Temple est accusé en 1307.. par la royauté française de plusieurs chefs d'accusation comprenant l'hérésie, la simonie, la sodomie et l'idolâtrie.. Cette affaire prend une ampleur particulière car elle met en cause un ordre militaire composé de religieux et également parce qu'elle est une des conséquences de la lutte entre le roi de France Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. L'affaire débute au matin du vendredi , et se termine avec la bulle papale Considerantes dudum fulminée par Clément V le et la mort du maître de l'ordre Jacques de Molay sur le bûcher le ou . Les biens de l'ordre sont dispersés dans les années qui suivent, notamment le . lorsque le pape Jean XXII reconnaît par la bulle papale Ad fructus uberes l'existence de l'ordre de Montesa dans le royaume d'Aragon, ainsi que le . en ce qui concerne l'ordre du Christ dans le royaume du Portugal.

Les protagonistes L'ordre du Temple

L'ordre du Temple est créé le . à l'occasion du concile de Troyes, à partir d'une milice appelée les "Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon". La bulle pontificale Omne datum optimum est fulminée le par le pape Innocent II.. Elle officialise l'ordre du Temple et reconnaît sa règle, accorde à ses membres tout butin conquis sur les Sarrasins en Terre sainte et les place, l'ordre et ses maisons, sous la protection directe du Saint-Siège.

L'ordre œuvre pendant les à l'accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte et des croisades. Il participe activement aux batailles qui ont lieu lors des croisades et de la Reconquête. Le Temple apporte aussi un financement aux seigneurs qui projettent de partir en croisade, prenant en garantie leur domaine immobilier sous forme d'un acte de vente sous promesse de rachat avec plus-value, appelé à cette époque mortgage. Afin de mener à bien ses missions et notamment d'en assurer le financement, l'Ordre constitue à travers l'Europe chrétienne d'Occident et à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies. Ce réseau international lui permet d'être précurseur dans l'utilisation des billets payés de place en place, ou escompte des traites, c'est-à-dire de payer à une personne en Orient, une somme remise en Occident, ou inversement, sans avoir à effectuer le transport spécial de l'argent remis. Le Temple devient ainsi le réseau de transport de fonds le plus sûr et le plus rapide de l'Occident. Cette activité soutenue fait de l'ordre un interlocuteur financier privilégié des puissances de l'époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif avec certains rois ou à avoir la garde de trésors royaux.

Les principaux protagonistes sont :

Jacques de Molay, et dernier maître de l'ordre du Temple ; Hugues de Pairaud, maître de province de l'ordre du Temple en France ; Geoffroy de Charnay, précepteur de l'ordre du Temple pour la Normandie ; Renaud de Provins, commandeur d'Orléans ; Pierre de Bologne, procureur de l'ordre en cour de Rome.

Le royaume de France

Le royaume de France, au début du , dirigé par la dynastie des Capétiens, atteint l'apogée de sa puissance médiévale sous le règne de Philippe IV le Bel. Il est, avec plus de treize millions d'habitants, l'État le plus peuplé de la Chrétienté. Le pouvoir royal accomplit de nombreux progrès, les traditions féodales étant abandonnées pour mettre en place une administration moderne, sous l'impulsion des légistes royaux.

Les principaux protagonistes sont :

Philippe IV le Bel, roi de France ; Guillaume de Nogaret, conseiller du roi et son garde du Sceau ; Guillaume de Plaisians, conseiller du roi ; Guillaume Humbert, grand inquisiteur de France et confesseur du roi ; Enguerrand de Marigny, chambellan et ministre du roi.

La papauté

L'histoire de la papauté est inséparable de l'évolution doctrinale de la christologie et de la baisse de puissance des empereurs romains d'Orient. Le pape cherche à affermir son pouvoir spirituel et temporel et à passer du statut de simple évêque de Rome à celui de souverain. Pendant le Moyen Âge, le pape doit affirmer son pouvoir face à l'empereur du Saint-Empire romain germanique (voir la lutte du sacerdoce et de l'Empire) et à la croissance des royautés.

La mort de Frédéric II consacre la victoire de la papauté. Innocent IV, désireux d’en finir avec les Hohenstaufen, excommunie le fils de Frédéric II, Conrad IV, et prêche la croisade contre lui. Les deux hommes meurent en 1254. Après la mort de Conrad IV, l’Empire reste sans souverain jusqu’en 1273. C’est le grand interrègne. Mais la papauté ne jouit pas longtemps de sa victoire. Elle doit faire face au pouvoir montant des monarchies nationales et est à son tour abaissée par le roi de France, Philippe le Bel, après l’attentat d'Anagni en 1303.

Les principaux protagonistes sont :

Clément V, pape ; Bérenger Frédol, cardinal et grand pénitencier ; Étienne de Suisy, cardinal.

Contexte du procès thumb|L'arrestation de Boniface VIII lors de l'attentat d'Anagni, (Bibliothèque apostolique vaticane). thumb|Siège de Saint-Jean-d'Acre en 1291, (Bibliothèque nationale de France). Contexte politique

Une querelle oppose le roi de France Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII, ce dernier ayant affirmé la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois, en publiant une bulle pontificale en 1302, Unam Sanctam. La réponse du roi de France arrive sous la forme d'une demande de concile aux fins de destituer le pape, lequel excommunie en retour Philippe le Bel et toute sa famille par la bulle Super patri solio. Boniface VIII meurt le , peu après l'attentat d'Anagni. Son successeur, Benoît XI, a un pontificat très bref puisqu'il meurt à son tour le . Clément V est élu pour lui succéder le .

Contexte militaire Le ., les croisés perdent Acre à l'issue d'un siège sanglant. Les chrétiens sont alors obligés de quitter la Terre sainte et les ordres religieux tels que les Templiers ainsi que les Hospitaliers n'échappent pas à cet exode. La maîtrise de l'ordre du Temple est déplacée à Chypre. Or, une fois expulsé de Terre sainte, avec la quasi-impossibilité de la reconquérir, la question de l'utilité de l'ordre du Temple se pose car il a été créé à l'origine pour défendre les pèlerins allant à Jérusalem sur le tombeau du Christ. D'ailleurs, dès 1274 au deuxième concile de Lyon, ils durent produire un mémoire pour justifier leur existenceLes Templiers émission 2000 ans d'histoire, France Inter le 21 février 2011.. Il faut également considérer que, à la suite du retrait des troupes de terre sainte, les Templiers représentent une force militaire d'importance et entièrement dévouée au pape, équivalente à quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers entraînés au combat..

Contexte social et économique Le royaume de France fait face à des difficultés financières. Afin d'y remédier, Philippe IV le Bel dévalue la monnaie, augmente les taxes et impôts, allant même jusqu'à spolier les biens des marchands lombards et des juifsHistoire des Juifs en France - Les origines et le Moyen Âge, Privat, 1972, , .. Dans le même ordre d'idées, les Templiers possèdent d'importantes richesses, augmentées par les redevances (droits d'octroi, de péage, de douane, banalités, etc.) et les bénéfices issus du travail de leurs commanderies (bétail, agriculture…).

Le climat social est également tendu. Le , une révolte a lieu à Paris contre la hausse des loyersParis en dates et en chiffres, par Serge Prigent Publié par Éditions Jean-paul Gisserot .. Le roi est assiégé dans la Maison du Temple et la maison d'Étienne Barbette, prévôt des marchands de Paris auquel on attribue la responsabilité des altérations de l'argent, est incendiée. À la suite des troubles, une ordonnance royale abolit provisoirement les confréries professionnellesHistoire des corporations de métiers, depuis leurs origines jusqu'à leur suppression en 1791; suivie d'une étude sur l'évolution de l'idée corporative de 1791 à nos jours, et sur de mouvement syndical contemporain (1922), par Étienne Martin Saint-Léon, Paris, F. Alcan.. Finalement, vingt-huit meneurs de la révolte seront pendus le .

La procédure

L'arrestation thumb|upright|Philippe IV le Bel d'après le Recueil des rois de France de Jean du Tillet, vers 1550 (BnF) thumb|L'abbaye de Maubuisson (anciennement appelée Notre-Dame-la-Royale), où Philippe le Bel a préparé l'arrestation des Templiers. thumb|Le donjon du château de Gisors, où furent emprisonnés les dignitaires de l'Ordre, dont Jacques de Molay.

L'idée de détruire l'ordre du Temple est déjà présente dans l'esprit du roi Philippe IV le Bel, mais ce dernier manque de preuves et d'aveux afin d'entamer une procédure. C'est chose faite grâce à un atout majeur déniché par Guillaume de Nogaret en la personne d'un ancien templier renégat : Esquieu de Floyran. Selon la thèse officielle, Esquieu de Floyran, prieur de Montfaucon, était emprisonné pour meurtre et partageait sa cellule avec un templier condamné à mort qui se confessa à lui, lui avouant le reniement du Christ, les pratiques obscènes des rites d'entrée dans l'ordre et la sodomie. Esquieu de Floyran n’ayant pas réussi à vendre ses rumeurs à Jacques II d'Aragon, y parvient en 1305 auprès du roi de France. Guillaume de Nogaret paye par la suite Esquieu de Floyran afin de diffuser au sein de la population les idées de « reniement du Christ et crachat sur la croix, relations charnelles entre frères, baisers obscènes exercés par les chevaliers du Temple »..

En même temps, Jacques de Molay, au courant de ces rumeurs, demande une enquête pontificale à Clément V. Ce dernier la lui accorde le .. Philippe le Bel, pressé, n'attend pas les résultats de l'enquête et prépare l'arrestation à l’abbaye Notre-Dame-La-Royale, près de Pontoise. L'ordre d'arrestation est émis le , jour de la fête de l’exaltation de la Sainte-CroixSelon Julien Théry, le choix de ce jour a un sens mystique, puisque les accusations avancées par les conseillers royaux consistaient pour la plupart en offenses directes ou indirectes au Christ. Selon eux, les templiers "crucifiaient de nouveau Notre Seigneur", et le légiste Guillaume de Plaisians affirma en 1308 devant le pape que l'arrestation des "perfides templiers" par le roi de France était "la plus grande victoire remportée par le Christ depuis sa mort sur la Croix" - Julien Théry, « Une hérésie d’État. Philippe le Bel, le procès des ‘perfides templiers’ et la pontificalisation de la royauté française » », dans Les templiers dans l’Aube, Troyes, La Vie en Champagne, 2013, lire en ligne.. Par le mandement du ., les sénéchaux et baillis, reçoivent ordre de procéder à la saisie de tous les biens mobiliers et immobiliers des templiers ainsi qu'à leur arrestation massive en France au cours d'une même journée, le vendredi .. L'ordre est également donné de ne rien divulguer de cette opération avant le jour prévu. Le but est clair, il s'agit de profiter du fait que les templiers sont disséminés sur tout le territoire et ainsi d'éviter que ces derniers, alarmés par l'arrestation de certains de leurs frères, ne se regroupent et ne deviennent alors difficiles à arrêter.

L'ordre d'arrestation précise les charges qui pèsent contre l'ordre. Le roi y écrit ne pas y avoir cru dans un premier temps, mais que la profusion des témoignages l'obligeait à enquêter :