Le nom , en politique, peut avoir plusieurs sens.
Dans son sens premier, il désigne la philosophie politique qui met l'accent sur le lien entre l'individu et la communauté. Le nom de est parfois préféré à dans ce sens, souvent connotée plus péjorativement, et ses défenseurs, comme Charles Taylor ou Michael Sandel, sont alors dits .
Cette philosophie est fondée sur la conviction que l'identité sociale et la personnalité d'une personne sont largement façonnées par les relations communautaires, un degré de développement plus faible étant placé sur l'individualisme.
Bien que la communauté puisse être une simple famille, le communautarisme est généralement compris, au sens philosophique plus large, comme un ensemble d'interactions, soit dans une communauté de personnes dans un lieu donné (emplacement géographique), soit dans une communauté qui partage un intérêt ou qui partage une histoire. Le communautarisme .
Dans des débats politiques francophones, le terme désigne souvent la tendance au repli, réelle ou supposée, d'une communauté culturelle, ethnique, religieuse ou sociale. conduirait ainsi les communautés concernées à réduire leurs échanges avec le reste de la société et entrainerait des dissociations et des incompréhensions entre cette communauté et le reste de la société. L'usage du terme dans ce sens n'est reconnu ni par la sociologie ni par les sciences sociales en général, qui considèrent qu'il s'agit d'une catégorie du débat public et médiatique plutôt que d'une conception défendue et mise en pratique par des individus ou par des groupes sociaux.
Étymologie Le nom et ses dérivés viennent du latin « communis », composé de la préposition « cum », « avec, ensemble » et du substantif « munus », « charge, problème, dette ».
Le est donc , et, par différence, un groupe d'individus qui ont un même trait (religieux, culturel, ethnique, linguistique ou idéologique) que n'ont pas les individus extérieurs à ce groupe.
Communautariste ou communautarien Les communautaristes et les communautariens n'ont pas les mêmes conceptions politiques. En anglais, il existe deux sens au mot communautarian. On ne le retrouve pas en français. Il est fréquent de séparer en communautariste et communautarien.
Les communautaristes voient les droits des individus d'abord comme des droits collectifs liés à l'appartenance à une communauté. C'est le sens souvent retenu en France. Charles Taylor précise . Ils peuvent revendiquer des droits différents justifiés par l'appartenance à une communauté (droit de régler les problèmes selon des lois propres, de manifester une appartenance religieuse…).
Les communautariens sont un courant qui s'oppose au libéralisme politique. Ils refusent l'atomisme des libéraux. C'est-à-dire les comportements individuels organisés uniquement par des lois. Les communautariens vont préférer le bien au juste. Ils pensent qu'un ensemble de valeurs doit être donné par la communauté et que l'individu est fait pour vivre en communauté. Ils rejoignent Karl Marx lorsqu'il disait . Les principaux porteurs de ce courant sont Charles Taylor, Michael Walzer ou Michael Sandel. Certains communautariens se définissent aussi comme des libéraux communautariens. John Rawls, auteur de la théorie de la justice, finira par admettre que la vie sociale suppose une adhésion commune à des valeurs. Comme l'explique Charles Taylor .
Définition Arrêt sur images indique que si à partir de la fin du , en France. Le terme intègre Le Petit Larousse en 1997.
Selon Pierre-André Taguieff :
En France, le terme s'emploierait de manière péjorative et généralement idéologique pour désigner une sorte de menace qui pèserait sur la nation et les droits de l'homme, et qu'on oppose de façon équivoque autant au républicanisme qu'à la laïcité, au nationalisme, à l'universalisme ou à l'individualisme.
Gil Delannoi, chercheur au CEVIPOF, le définit ainsi :
Selon Marwan Mohammed, sociologue au CNRS et coauteur du livre Communautarisme?, .
Dans le rapport de 2004 de la direction centrale des Renseignements généraux sur les , le est évalué à partir de huit critères : un nombre important de familles d’origine immigrée, ; un ; la ; la ; le port d’ ; les graffitis ; l’existence, au sein des écoles, de primo-arrivants ne parlant pas français ; la .
Dans le débat public français Selon Fabrice Dhume, dans la presse française, avant 1994, . Entre 1994 et 1995, la fréquence dans les dépêches AFP est multipliée par 15 ; puis entre 2001 et 2002, la moyenne annuelle est encore multipliée par 7. L'année 1995 correspond à l'affaire Khaled Kelkal et l'année 2001 aux attentats du World Trade Center à New York. Dans ces deux cas, la notion de “communautarisme” est liée à la réalité du terrorisme islamiste. Selon ce chercheur, si le terme est au départ surtout appliqué à des musulmans, il est rapidement appliqué dans certains discours politiques et médiatiques également à d'autres situations et d'autres communautés (noires, asiatiques, etc.), mais quasiment toujours dans un sens péjoratif.. Fabrice Dhume estime que ce concept se développe .
Jusqu'alors appliqué à la situation du Liban, le terme est notamment importé en France en 1989 par plusieurs figures avant d'être progressivement repris par les titres de presse : le politologue Gilles Kepel, qui appelle à face à des ; l’historien orientaliste Maxime Rodinson, qui alerte dans une tribune, à la suite de la première affaire du foulard de Creil, quant au risque d’une par ; la philosophe Élisabeth de Fontenay, qui accuse Lionel Jospin, ministre de l'Éducation nationale, du crime d'.
Selon la sociologue Sylvie Tissot, le rapport de la direction centrale des Renseignements généraux de sur les constitue un moment important de sa diffusion dans les médias. Selon Arrêt sur images qui s'appuie sur le sociologue Fabrice Dhume, . Fabrice Dhume indique que . Pour ce chercheur, communautarisme est un . Selon lui, c'est devenu en France F. Dhume-Sonzogni, F.vLorcerie, Racisme, antisémitisme et communautarisme ?: l'école à l'épreuve des faits, L'Harmattan, 2007..
À l'approche des élections municipales de 2020, la préparation de , venant notamment de l'Union des démocrates musulmans français dans une cinquantaine de communes, suscite une polémique dans la classe politique et dans les médias. Xavier Bertrand (Les Républicains), président du conseil régional des Hauts-de-France, demande leur interdiction. En , Emmanuel Macron annonce qu'il sera dans sa , évoquant pouvant consister à .. Il reçoit alors à l'Élysée les responsables du Conseil français du culte musulman pour les exhorter à . L'universitaire Philippe Corcuff relève qu'à partir de l'intervention d'Emmanuel Macron devant les députés de La République en marche le , dans le débat public, notion empruntée selon lui, dans un sens ethno-culturel, à Christophe Guilluy qui l'utilise dans son livre Fractures françaises de 2010..
Différents communautarismes Argumentation Selon les droits d’un individu risquent de devenir différents en fonction de son appartenance à telle ou telle communauté, fondée sur une religion, une ethnie ou une communauté linguistiqueSelon René Andrau et Antoine Sfeir, .
Pour , le communautarisme remet en cause l’espace public neutre, et empêche l’individu de se définir ou de se redéfinir : une fois membre d’une communauté, il devient difficile d’en sortir (par exemple, le Conseil français du culte musulman (CFCM), sous la pression de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), refuse d’accepter le droit à changer de religion pour les musulmans, et préfère que ne soit cité dans la charte, que la référence aux droits de l'homme et non à la seule liberté de changer de religion car cela accréditerait l'idée qu'il y ait quelque chose en islam qui limite cette liberté).
Communautarisme et communautés
Il convient de distinguer le communautarisme des communautés. Cette distinction est faite par le CEVIPOF dans un article « autour du communautarisme » où ce dernier se dénote par sa fermeture et son emprise sur les parties de la communauté.
Ainsi, Cyprien Avenel dans considère que sont considérées souvent à tort comme communautaires des personnes issues de l'immigration où enfants d'immigrés. Il démontre que . Il parle alors de pour expliquer la tendance en particulier des à rester ensemble. En réalité, bien qu'englobés de façon très large comme ou , ces groupes sont très hétérogènes, que ce soit dans leur façon de vivre l'islam (la majorité des n'étant pas pratiquante) ou encore dans leurs origines et trajectoires sociales.
Si Isaiah Berlin défend une théorie où dans le cas où deux cultures se rencontrent, soit l'une cède le pas à l'autre (assimilation) soit les deux fusionnent (intégration), Gil Delannoi ajoute l'hypothèse négative : celle de la perte de la culture d'origine sans adhésion à la nouvelle culture. La ségrégation spatiale des couches populaires issues de l'immigration et les diverses discriminations (au faciès, à l'embauche) les confinant dans un espace de sociabilité réduit, ils ne peuvent accéder à la culture française, et en même temps, pour les enfants nés en France de parents immigrés, ils n'ont plus que des restes lointains de la culture de leurs parents.
Anticommunautarisme européen En , le terme a été employé dans un article du Figaro.fr pour désigner l'attitude, jugée hostile par la Commission européenne, du gouvernement allemand d'Angela Merkel à l'égard des institutions européennesVoir Pierre Avril, « L'attitude du gouvernement Merkel vis-à-vis des institutions européennes est jugée hostile. », , Le Figaro.fr. Au niveau d'une communauté de pays, comme l'Union européenne, le terme peut être employé pour désigner une attitude ou une politique hostile à l'égard de cette communauté ou de ses institutions. Certains inversent le terme en présentant par exemple les défenseurs de la Communauté européenne comme communautaristes auxquels s'opposent les souverainistes, en fait plus repliés sur leur communauté nationale.
Québec et Canada Le communautarisme au Québec s'apparente beaucoup plus au communautarisme américain qu'au communautarisme français et se fonde sur un concept socio-ethnolinguistique. Il est presque exclusivement associé aux regroupements issus de l'immigration (Italo-QuébécoisLes écrivains italo-québécois dans leur rapport à la langue et à la culture ou comment se positionner comme écrivain à part entière dans le contexte québécois par Jérôme Ceccon, Universiteit Antwerpen., Haïtiano-Québécois, Arméno-Québécois ou Irlando-québécois) incluant les Anglo-Québécois, qui sont également considérés comme une communauté historique (peuples fondateurs). En général, le terme de communautarisme ne s'applique pas aux autochtones du Québec. On va plutôt parler de pour définir une population spécifique dans un territoire donné (réserve ou établissement). Le facteur social n'étant pas nécessairement pris en compte.
L'équivalent québécois des débats français sur le communautarisme (question de l'intégration des immigrants) tourne plutôt autour de la politique fédérale de multiculturalisme.
États-Unis Le mot serait apparu aux États-Unis dans les années 1980. Cependant, selon le militant contre le racisme Louis-Georges Tin, le mot y serait très peu utilisé, mis à part dans les milieux ultraconservateurs.. En revanche, le terme de communauté est omniprésent dans le discours public comme dans le discours privé, que ce soit pour désigner une localité ou une petite ville, ou pour désigner un groupe humain. Dans ce cas précis, l'appartenance à une communauté se caractérise principalement par rapport à une différence extérieure par rapport à la majorité, d'où l'usage du terme pour les communautés LGBT, noire, hispanique, asiatique, chrétienne, juive, ou encore musulmane.
Critique du terme