Gabriel Metsu, né à Leyde en et enterré à Amsterdam, le , est un peintre néerlandais du siècle d’or. Il est l’auteur de quelques tableaux à thème biblique et de nombreuses scènes de genre, dont certaines peuvent être également regardées comme des portraits. Il fait partie des « peintres de la manière fine » (Fijnschilders), dont le chef de file est Gérard Dou. Évoluant au gré d'influences diverses, le style de Metsu montre une grande polyvalence et une recherche constante, notamment dans la composition, le traitement de la lumière et le rendu des matières. Peintre assez inégal, son œuvre n'en est pas moins parsemée de quelques tableaux d'excellente facture.

Biographie Leyde et Utrecht Gabriel Metsu (ou Metzu) est le fils du peintre flamand Jacques MetsuJacques (ou Jaecques) Metsu, né à Bailleul, alors comté de Flandre, vers 1587-1589, et mort en 1629 : De Vries - De Roever (1885), , cité par le Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie - RKD.. Celui-ci passa la plus grande partie de sa vie à Leyde et s’y maria à trois reprisesArchives régionales de Leyde (Regionaal Archief Leiden) consultées le 21/04/2009 : Mariage le 14 juin 1620 de Jaecques Metsu, veuf de Marijtgen Jansdr., et de Machtelt Dircx originaire de Schiedam et habitant à Leyde.. Lors du dernier de ses mariages, célébré en 1625, il épousa JacomijntjeOu Jaecquemijntgen ; le tje ou tgen est en fait un diminutif. Garniers. Elle était la veuve d’un peintreGuilliam Fremault surnommé Strazio Veluto, peintre par ailleurs inconnu - source : C. Hofstede De Groot (1908), . avec qui elle avait déjà eu trois enfants, et exerçait le métier de sage-femme. Au moment de la naissance de Gabriel, en , la famille habitait dans la rue appelée Lange Mare, dont le nom venait de la Mare, un cours d'eau aujourd'hui disparu. Son père mourut la même année, et sa mère se remaria sept ans plus tard, le , avec un batelierArchives régionales de Leyde (Regionaal Archief Leiden) consultées le 21/04/2009 : Mariage le de Jaecquemijntgen Garniers, veuve de Jaecques Metsu et habitant « la Mare », et de Cornelis Gerritsz. Bontecray, batelier, résidant au même endroit..

Si l’on en croit Arnold Houbraken, à Leyde, Gabriel Metsu aurait fait son apprentissage auprès de Gérard Dou, un important peintre de genre. On peut toutefois douter de cette affirmation car, si certaines œuvres de Metsu montrent une influence manifeste de DouVoir les tableaux représentant des personnages vus par une fenêtre – « une niche » – comme L'Apothicaire, dit aussi Le Chimiste, du Louvre., celle-ci est nettement moins claire dans les réalisations de ses débuts.

Quoi qu'il en soit, Metsu semble avoir été doué d'un talent précoce, très tôt reconnu, car en 1644, alors qu'il n'était âgé que d'une quinzaine d'années, il aurait apposé sa signature sur une pétition demandant aux autorités de Leyde l'autorisation de fonder dans cette ville une guilde d'artistes. La guilde de Saint-Luc de Leyde fut créée quatre ans plus tard, en 1648, et Metsu figura parmi les premiers inscritsC. Hofstede De Groot (1908), .. À cette époque, parmi les autres membres de la corporation se trouvaient Jan Steen – qui influença –, Joris van Schooten, David Bailly et Pieter de Ring. En 1649, les archives de la guilde le mentionnaient toujours comme membre. Toutefois, l’année suivante, il cessa d’en faire partie. C'est également à cette période qu'il aurait été influencé par Jan Lievens.

On le retrouve ensuite à Utrecht où, durant quelques mois, il fut l’élève de Nicolaus KnüpferA. Waiboer (2005), . et Jan Baptist Weenix mais, à l’époque de la Première guerre anglo-néerlandaise (1652-1654), l’économie se portait mal, et Metsu partit s’établir à Amsterdam ; c'est du moins ce que laissent comprendre des œuvres de Metsu signées et datées de 1653.

Amsterdam thumb|175px|left|La ruelle du Prinsengracht

En 1657, il gagna Amsterdam. Au début, il y vivait dans la ruelle du Prinsengracht, à hauteur du LauriergrachtQuai rendu célèbre par Multatuli au . La première phrase de Max Havelaar, son chef-d'œuvre et chef-d'œuvre de la littérature de langue néerlandaise, est en effet : « Ik ben makelaar in koffie, en woon op de Lauriergracht 37. » (« Je suis courtier en café, et j’habite au 37, Lauriergracht. »).. Il y tenait un élevage de poulets, des animaux qu’il représenta quelquefois dans ses tableaux. Bientôt, cependant, cette activité suscita une querelle avec l’une de ses voisines et il déménagea dans une maison située sur le quai, alors occupé par un marché aux légumes. Cette ambiance de rue animée constitua par la suite une importante source d’inspiration pour l'artisteVoir notamment le tableau Le Marché aux herbes d'Amsterdam.

En 1658, il épousa Isabella De WolffArchives régionales de Leyde (Regionaal Archief Leiden) consultées le 21/04/2009. Le terme ondertrouw ne désigne pas le mariage à proprement parler, mais une phase préparatoire à celui-ci.Gabriël Metsu et Isabella De Wolff ont été identifiés sur un tableau conservé à Dresde, et un autre portrait du couple se trouve au Speed Art Museum de Louisville (Kentucky). d’Enkhuizen, dont le père était potier et dont la mère, Anna De GrebberDe Vries - De Roever (1885), , cités par RKD., était peintre. Le frère de cette dernière, Pieter De Grebber, était peintre lui aussi, et réalisa à Haarlem des tableaux à sujets religieux. À Amsterdam, l'œuvre de Metsu fut influencée par Gerard ter Borch et sans doute aussi Pieter Codde.

Metsu devint un peintre de société en vue, et se fixa dans la Leidsestraat, non loin de l’endroit où habitaient les commanditaires et les acheteurs de ses œuvres. L’un des plus importants parmi eux fut, à partir de 1661 environ, le marchand de draps Jan J. Hinlopen. Metsu exécuta pour lui plusieurs portraits de famille, avec pour décors des intérieurs cossus. Metsu peignit également le portrait de la veuve de Hinlopen, Lucia Wijbrants.

En , Metsu, âgé de trent-huit ans, décéda, probablement des suites d’une opération de la vessie. Il fut inhumé le vingt-quatre du même mois dans la Nieuwe Kerk. Après son décès, sa veuve partit vivre chez sa mère, à Enkhuizen.

Œuvres

Environ cent-cinquante peintures ont été préservées, dont la plupart ne sont pas datées.

Au début de sa carrière, Metsu s’intéressa aux représentations de scènes historiques et religieuses. Assez rapidement, il abandonna ces thèmes, soit qu’il se rendit compte que l’art sacré ne seyait pas à son tempérament, soit qu’il trouva que beaucoup d’autres peintres exploitaient déjà ce genre, et il se dirigea vers d’autres sujets qu'il préférait. Ainsi, ce sont surtout par ses scènes de genre, et ses intérieurs avec des groupes de personnages et de jeunes femmes qu’il est connu. Outre des scènes d’auberge et de rues, il exécuta aussi un certain nombre de portraits, et sans doute quelques natures mortes dont on ne connaît cependant que deux seuls exemplaires : Le Coq mort du Musée du Prado et Le Déjeûner de harengs du Louvre. Dans le cas de Metsu, chacune de ses œuvres doit être jugée en particulier, car son style change fréquemment et on peut à chaque fois y déceler l’influence d'un autre peintre, comme Pieter de Hooch ou Frans van Mieris l'Ancien.

Il fut également un dessinateur de talent et beaucoup de ses œuvres en mezzotinte ont été conservées par Wallerant Vaillant .

Les peintures religieuses L’un de ses premiers tableaux est L'Homme riche et Lazare conservé au Musée de Strasbourg et peint dans un style influencé par Jan Steen. En 1653, il réalisa Le Christ et la femme adultère, inspiré par Rembrandt, œuvre de grand format conservée au Musée du Louvre et qui n'est pas sans évoquer, par le dessin et les coloris, Le Christ dans la maison de Marthe et Marie, que Johannes Vermeer peignit vers 1655 (il s'agit de l'une des premières œuvres du peintre de Delft). De la même période que Le Christ et la femme adultère datent Abraham renvoie Hagar, qui faisait autrefois partie de la collection de Théophile Thoré-Bürger, et Le Denier de la veuve, du Musée de Schwerin.

Les peintures de genre Ce que Metsu entreprit de peindre avec, dès le début, une surprenante réussite, fut la vie populaire des marchés et des tavernes et, contrastant avec elle, les petits faits des classes aisées et de leurs salons, ce qui témoigne de sa remarquable diversité.

Dans aucune de ses œuvres, les leçons apprises de Rembrandt ne semblent avoir été vaines. Les mêmes principes d’ombres et de lumière qui marquent Le Christ et la femme adultère, son œuvre de jeunesse, ont été appliqués à des sujets d’un genre assez différent. Un groupe dans un salon, une série de groupes sur une place de marché, ou un personnage représenté seul dans la pénombre d’une taverne ou d’un salon, sont traités avec le plus grand bonheur par une concentration et une graduation justes de la lumière avec, transpirant de chaque zone, un chaud éclat coloré; de plus, l’étude de la texture des tissus est portée au même degré que celui atteint par Gerard ter Borch ou Gérard Dou, avec si possible un fini, un brio presque égal à celui de De Hooch.

Son tableau Femmes chez le poissonnier, qui faisait partie de la collection de lord Lonsdale, témoigne qu’il fut à un moment profondément marqué par la vivacité et la technique audacieuse de Frans Hals.

L’une des œuvres de maturité de Metsu est Le Marché aux herbes d'Amsterdam du Musée du Louvre, au sujet de laquelle on peut difficilement déterminer ce qu’il faut admirer le plus, tant l’ensemble est excellent, le mouvement et l’action caractéristiques des dramatis personæ, le choix des visages, des expressions et des gestes, et les textures des choses représentées. vignette|L'Apothicaire, dit aussi Le Chimiste.

D’une qualité égale, mais plus anciens : les tableaux Chasseur à une fenêtre et La Taverne (identifié tardivement comme étant le « Portrait de l'artiste et de son épouse Isabella De Wolff dans une taverne »), datant l’un et l’autre de 1661, et conservés respectivement à la Mauritshuis de La Haye et à l'Alte Meister Galerie de Dresde, et Le Vendeur de volaille, à Dresde également, qui porte la signature du peintre et est daté de 1662.

Parmi les cinq tableaux de Metsu qui font partie de la Wallace Collection figurent Servante avec du poisson et Vieille Femme endormie (appelé aussi Le Chat tigré) et Le Chasseur endormi, acquis par lord Hertford pour la somme de trois mille livres, l’équivalent d’un peu plus de trois mille quatre cents euros, et qui constitue un exemple admirable de la technique du peintre. Au nombre de ses meilleures représentations de la vie domestique, on peut compter Déjeûner ou Les Mangeurs d'huîtres au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, L'Enfant malade au Rijksmuseum à Amsterdam, Les Musiciens amateurs au musée de La Haye, le Duo et La Leçon de musique de la National Gallery de Londres, Jeune Femme écrivant de la musique à la Mauritshuis, et bien d’autres exemples dans presque tous les principaux musées d’Europe. Cinq autres de ses tableaux, qui faisaient partie de la collection d’Auguste II de Pologne, sont aujourd’hui conservés à Dresde.

Quelques tableaux importants

L'Enfant malade thumb|right|L’Enfant malade, vers 1660-1665 (Rijksmuseum, Amsterdam).

Dans L'Enfant maladeN° 111 du Catalogue raisonné de C. Hofstede De Groot., d'Amsterdam, datant du début des années 1660, son style se rapproche de celui de Johannes VermeerOn peut toutefois difficilement parler d'une influence de Vermeer sur Metsu, étant donné que les deux artistes étaient contemporains, et que l'œuvre de Vermeer passa relativement inaperçue en son temps, semble-t-il. Par ailleurs, ce dernier était actif à Delft, alors que Metsu l'était à Amsterdam. L'inverse – Vermeer influencé par Metsu – semblerait même plus probable., avec une lumière limpide, des ombres discrètes et des zones colorées fraîches et uniesH. Schmidt Degener, ..