Docteur Folamour ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe () est une comédie militaire et satirique sortie en 1964 et réalisée par Stanley Kubrick d'après le thriller 120 minutes pour sauver le monde, écrit par Peter George sous le pseudonyme de Peter Bryant. L'acteur principal du film, Peter Sellers, y tient trois rôles distincts. Tourné en pleine guerre froide, le film raconte le déclenchement d'une frappe nucléaire massive sur l'Union soviétique par un général de l'armée de l'air américaine atteint de folie paranoïaque, et les efforts réalisés pour tenter de rappeler tous les bombardiers B-52 partis effectuer cette mission, sous risque d'holocauste planétaire.

En 1989, la bibliothèque du Congrès l'inclut dans le premier groupe de films sélectionnés pour être préservés par le National Film Registry pour son « importance culturelle, historique ou esthétique ». En 2000, il a été classé troisième meilleur film humoristique américain (derrière Certains l'aiment chaud de Billy Wilder et Tootsie de Sydney Pollack) par l'American Film Institute.

Synopsis vignette|Bande-annonce originale du film Dr.Strangelove (1964). En pleine guerre froide, le Général Jack D. Ripper de l'U.S. Air Force, frappé de folie paranoïaque, ordonne la mise en application du Plan R, signifiant le largage de bombes atomiques par des B-52 sur l’URSS, puis se coupe de toute communication extérieure, garantissant ainsi l'exécution du principe de destruction mutuelle assurée.

Le Président des États-Unis (interprété par Peter Sellers), à la demande de son Chef d'état-major, le Général Turgidson, commande une réunion d'urgence dans la salle souterraine de commandement stratégique pour tenter d'éviter une guerre nucléaire. Un débat va s'engager sans égard à l'urgence de la situation, pour se conclure sur l'unique possibilité, qui est de révéler la position des avions aux Soviétiques. Ainsi, trois des bombardiers sont finalement abattus puis trente sont rappelés de justesse grâce à l'officier britannique Mandrake (également incarné par Peter Sellers), adjoint de Ripper, qui a su décrypter le code et le communiquer par téléphone (appel financé avec la monnaie d'un distributeur de soda qu'il a endommagé).

La situation n'est pas totalement maîtrisée puisqu'il reste un bombardier, ayant perdu l'usage de ses communications et qui échappe aux radars en faisant du rase-mottes. Le général Turgidson suggère alors au Président de devancer la riposte soviétique en attribuant à Moscou, l'initiative de l'attaque ; hypothèse immédiatement rejetée par le Président, qui lui déclare ouvertement refuser d'« entrer dans l'histoire comme un second Hitler ».

L'ambassadeur de l’URSS, convoqué afin de témoigner de la bonne foi du Président américain, mentionne l’existence d’un système secret de défense qui déclencherait automatiquement l’holocauste nucléaire en cas d’attaque contre son pays. Ledit système secret de défense porte le nom de La Machine infernale (le nom en anglais est , ce qui peut aussi se traduire par Machine du Jugement Dernier ou Machine de l'Apocalypse), ce qui est confirme par le Docteur Folamour ( joué par Peter Sellers), un ancien scientifique nazi transféré aux États-Unis, paraplégique, à la personnalité inquiétante et encore sous l'emprise de l'idéologie du régime nazi.

vignette|Le commandant Kong (Slim Pickens) chevauchant une bombe atomique. Pendant ce temps, l’équipage du B-52 mène sa mission vers son terme, certain du bien-fondé de l’ordre reçu, et malgré toutes les difficultés qu’il ne manque pas de rencontrer. Son interception est rendue impossible par le fait que les fuites de kérosène de l'avion endommagé ont contraint à un changement d'objectif inopiné et inconnu de l'état-major. Alors que le largage de la bombe atomique sur la cible soviétique de remplacement est imminent, le système d'ouverture de la soute à bombe s'enraye. Le commandant Kong, à l'accent texan et toujours affublé de son chapeau de cow-boy depuis le début de l'alerte, s'y rend pour procéder aux réparations. Lorsqu'il y parvient, la bombe se détache. Chevauchant l'engin, il fond vers le sol en brandissant son couvre-chef et en hurlant sa jubilation à-coups de « Yahooo ! ». Ce tir au but provoque une explosion nucléaire.

Dans la salle souterraine de commandement, le Docteur Folamour explique alors une solution possible pour sauver l'espèce humaine avant que le nuage radioactif recouvre la Terre : ne sélectionner que les meilleurs éléments humains pour les emmener survivre sous terre, avec pour mission de copuler sans limites après le recrutement d'un fort contingent de femmes « sélectionnées pour leurs qualités hautement stimulantes » (dix femmes pour un homme). Son exposé est plusieurs fois interrompu par ses efforts parfois vains pour réprimer des saluts nazis rendus automatiques par sa prothèse, et il laisse même échapper deux « Mein Führer ! » en s'adressant au président ; il hurle le second en voyant qu'il arrive enfin à remarcher malgré son handicap, mais c'est trop tard en raison de la catastrophe. Au même moment, l'ambassadeur soviétique photographie secrètement la salle de réunion avec sa montre.

Le film se clôt sur des images de destructions atomiques (révélant l'activation du dispositif de riposte automatique soviétique), sur fond de la chanson emblématique We'll Meet Again.

Fiche technique

Distribution thumb|Peter Sellers (assis à droite) dans le rôle du président. Peter Sellers (VF : Roger Carel) : Group Captain (colonel) Lionel Mandrake / président Merkin Muffley / (Folamour en VF) George C. Scott (VF : André Valmy) : Général « Buck » Turgidson Sterling Hayden (VF : William Sabatier) : Général Jack D. Ripper Keenan Wynn (VF : Yves Brainville) : Colonel « Bat » Guano Slim Pickens (VF : Henry Djanik) : Commandant T.J. « King » Kong Peter Bull (VF : Serge Nadaud) : Ambassadeur de Sadesky Tracy Reed (VF : Lily Baron) : Miss Scott James Earl Jones (VF : Edmond Bernard) : Lieutenant Lothar Zogg Jack Creley (VF : Jean Berger) : M. Staines Roy Stephens (VF : René Bériard) : Frankie Canon Gordon Tanner (VF : Pierre Leproux) : Général Faceman

Source et légende : Version française (VF) sur AlloDoublageFiche de doublage VF du film, sur AlloDoublage (consulté le 16 février 2013).

Production vignette|Le conseil de guerre gère la crise dans la salle d'opérations. Pré-production La « Machine infernale » () décrite par l'ambassadeur soviétique dans le film a vraiment été étudiée par l'URSS au début des . Le projet consistait en un vaste cargo rempli de produits hautement radioactifs devant circuler le long des côtes soviétiques et qui, en cas de destruction de l'URSS, devait jouer le rôle d'une immense bombe radiologique. Ce projet n'a jamais vu le jour devant les risques évidents d'accident.

Le général Jack D. Ripper imagine un complot communiste, néfaste pour la santé humaine (des empoisonnements sournois des « fluides corporels » par l'eau et même les glaces), une prétendue fluoration des aliments amenant entre autres choses l'impuissance sexuelle, à laquelle il se soustrait en ne buvant jamais d'eau autre que de pluie ou distillée. Une telle théorie du complot a bel et bien existé aux États-Unis.

vignette|Poster listant la fluoration de l'eau parmi les trois outils du « gouvernement communiste mondial ».

Distribution Peter Sellers interprète à lui seul trois rôles : le président des États-Unis, l'officier anglais Lionel Mandrake et le docteur Folamour. Il aurait dû jouer un quatrième personnage, le commandant T.J. King Kong qui pilote le B-52. Pourquoi quatre rôles ? Selon Kubrick, il s'agissait de quatre rôles nécessitant un grand talent comique que seul détenait selon lui Peter Sellers. C'est probablement aussi un hommage à Noblesse oblige de Robert Hamer, où Alec Guinness interprète tous les personnages d'une même famille. Mais ce serait la défaillance de Peter Sellers juste avant le moment du tournage dans l'avion qui aurait contraint à lui trouver un remplaçant.

Le rôle du général d'aviation au cerveau dérangé est tenu par Sterling Hayden, ce qui est plutôt un contre-emploi, Hayden ayant, dans sa longue carrière, interprété majoritairement des personnages positifs (comme Johnny Guitare). Le nom du personnage est un jeu de mots transparent : Jack. D. Ripper = Jack The Ripper, autrement dit Jack l'Éventreur, le fameux tueur psychopathe qui terrorisa les bas-fonds de Londres à l'époque victorienne.

Le rôle du commandant Kong, le cow-boy enfourchant une ogive nucléaire, refusé par un Peter Sellers se disant incapable de prendre un accent texan crédiblePar ailleurs, l'acteur se blessa à la cheville, ce qui l'empêchait de tenir ce rôle physique., avait été initialement proposé à John Wayne, mais celui-ci, aux convictions patriotiques bien ancrées, rejeta le rôle à la lecture du scénario qu'il considérait « » (trop gauchiste), tout comme Dan Blocker, l'acteur vedette de la série télévisée Bonanza. Ce fut Slim Pickens, un vétéran des westerns, habitué des scènes de chevauchées et de rodéos qui en hérita. N'ayant jamais quitté les États-Unis, il dut se faire établir précipitamment un passeport et débarqua en Angleterre, aux studios de Shepperton, vêtu comme à son ordinaire, c'est-à-dire avec des bottes texanes, une veste à franges et un immense chapeau de cowboy dit « ». Tout le monde crut qu'il s'était mis en costume pour s'imprégner du rôle, suivant la méthode de Stanislavski, alors que c'était son accoutrement habituel (et celui de nombreux Texans jusqu'aux dernières années du ). Il n'avait d'ailleurs pas été averti que le film était une comédie, car Kubrick tint à ce qu'il joue toutes les scènes comme pour un film de guerre « sérieux ». Slim Pickens, qui était tout sauf une grande vedette, avait tout d'abord renâclé à prendre le rôle, en raison de la réputation de perfectionniste maniaque de Kubrick, mais après la sortie du film il devint une célébrité et nota malicieusement que avait tout changé pour lui : « Après , tout est devenu plus grand : les chèques, les chambres d'hôtel, les loges d'artiste. Auparavant, sur les plateaux, on me disait , ensuite c'est devenu .

Tournage La salle d'opérations souterraine constitue une vision très personnelle de Kubrick du Centre opérationnel d'urgence de la présidence () situé au Pentagone (comme le film le présente clairement au début par une vue aérienne). Vers , alors que le dernier des B-52 (avion à réaction, ailes en forte flèche et réacteurs jumelés en nacelles suspendues) vole très bas au-dessus de paysages russes enneigés, l'ombre visible fugitivement sous la maquette est clairement celle d'un vénérable quadrimoteur B-29 (surnommé « super-forteresse volante », prédécesseur du B-52 et seul avion à avoir largué des , en ). Le B-29 était un avion à aile droite, hélices et moteurs à pistons en étoile totalement retiré du service dès la fin des . Initialement, la scène finale devait être une scène de bataille de tartes à la crème entre les occupants du centre de commandement. Cette scène, quoique tournée par Kubrick, fut remplacée par celle de l'holocauste nucléaire, accompagnée par la chanson de la chanteuse anglaise Vera Lynn.