Le Grand Prix du Mexique 1968 (), disputé sur le circuit de Mexico le , est la cent-soixante-treizième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la douzième et dernière manche du championnat 1968.

Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1968 est la troisième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

D'autre part, la Commission Sportive Internationale (CSI) autorise désormais l'apparition de publicité extra-sportive sur les voitures de course, aussi des annonceurs autres que les habituels pétroliers ou manufacturiers pourront-ils figurer sur les carrosseries.

Avant la dernière manche, trois pilotes peuvent encore prétendre au titre mondial. Depuis ses deux victoires successives en Espagne et à Monaco, Graham Hill n'a plus gagné, sa Lotus l'ayant souvent trahi, mais le Britannique a néanmoins obtenu quelques places d'honneur qui lui permettent de figurer en tête du classement provisoire avec trois points d'avance sur Jackie Stewart et six sur Denny Hulme, sacré champion du monde l'année précédente. Comptant trois victoires (Pays-Bas, Allemagne et États-Unis), Stewart, malgré son retard aux points, conserve de bonnes chances de l'emporter, une victoire de sa Matra au Mexique lui assurant la couronne même si l'un de ses rivaux terminait second. Les chances de Hulme sont beaucoup plus minces, le champion 1967 devant impérativement, pour être sacré, imposer sa McLaren à Mexico et compter sur une contre-performance de ses deux adversaires directs.

Chances des prétendants au titre - Stewart est champion du monde 1968 si : Il gagne, quels que soient les classements de Hill et Hulme. Il termine second et Hill ne fait pas mieux que quatrième, quel que soit le classement de Hulme. Il termine troisième, Hulme ne gagne pas et Hill ne fait pas mieux que sixième. Il termine quatrième, Hulme ne gagne pas et Hill ne termine pas dans les six premiers.

- Hulme est champion du monde 1968 si : Il gagne, Hill ne fait pas mieux que quatrième et Stewart n'est pas second.

- Dans tous les autres cas de figure, Hill remporte le titre. thumb|upright=1.15|right|alt=Autódromo Hermanos Rodríguez|Le circuit Magdalena Mixhuca comporte une épingle à droite dans la partie opposée aux stands.

Le circuit

Inauguré en 1959 à l'occasion des 500 Millas de la Ciudad de México, course de voitures de tourisme remportée par la Volvo de Pedro Rodríguez, l'autodrome Magdalena Mixhuca est un circuit permanent constitué d'une partie routière et d'un anneau de vitesse. Il est situé dans la banlieue sud-est de Mexico. Le tracé de cinq kilomètres, combinant le circuit routier et une partie de l'ovale, est le plus utilisé, notamment pour l'organisation du Grand Prix du Mexique dont la première édition eut lieu en 1962. L'altitude élevée (2 285 mètres) impose des réglages spécifiques, les moteurs perdant environ vingt pour cent de leur puissance par rapport à celle obtenue sur les circuits habituels. Le record officiel de la piste est détenu par Jim Clark, auteur sur sa Lotus d'un tour à 166,5 km/h de moyenne lors du Grand Prix de 1967Revue L'Automobile n°260 - décembre 1967.

Monoplaces en lice thumb|upright=1.2|right|alt=Lotus 49B|La Lotus 49B du Rob Walker Racing Team, confiée à Joseph Siffert, est techniquement identique aux monoplaces d'usine. Pour l'épreuve mexicaine, elle sera dotée de déflecteurs avant et d'un aileron arrière. : les puissances des moteur, basées sur les mesures des bancs d'essais, sont données à titre indicatif : en raison de l'altitude élevée, les puissances disponibles sur le circuit de Mexico sont inférieures à celles indiquées. Brabham BT26 "Usine" Le pilote-constructeur Jack Brabham et son coéquipier Jochen Rindt pilotent leurs habituelles BT26 à moteur V8 Repco. Elles sont une nouvelle fois dotées d'un aileron fixe à l'avant et d'un aileron arrière réglable manuellement. Ce sont les seules monoplaces du plateau à châssis multitubulaire, la structure étant renforcée par des panneaux d'aluminium. Le V8 Repco, accouplé à une boîte cinq vitesses Hewland FG400, bénéficie d'une distribution à doubles arbres à cames en tête et développe 400 chevaux à 9000 tr/min. Pesant 520 kg à vide, les Brabham utilisent des pneus Goodyear.

Lotus 49B "Usine" Le Team Lotus a engagé trois 49B à moteur V8 Ford-Cosworth DFV pour Graham Hill, Jackie Oliver et le pilote local Moisés Solana. Jouant le titre mondial, Hill pourra disposer à sa guise des trois voitures durant les essais et tester différentes configurations aérodynamiques (avec ou sans aileron arrière, celui-ci pouvant être réglable ou fixe). Le châssis monocoque des Lotus ne comprend que la partie avant et l'habitacle de la voiture, le moteur, boulonné à l'arrière du cockpit, supportant le train arrière et la transmission. Le V8 DFV, avec distribution à doubles arbres à cames en tête et quatre soupapes par cylindre, développe 410 chevaux à 9500 tr/min. Les Lotus sont équipées d'une boîte Hewland FG400. Elles pèsent 500 kg à vide et sont chaussées de pneus Firestone.

Lotus 49B privée Le Rob Walker Racing Team aligne une Lotus 49B techniquement identique à celles engagées par l'usine. Pilote attitré de l'écurie privée, Joseph Siffert dispose cependant d'un aileron arrière plus petit que ceux pouvant être monté sur les Lotus officielles et d'une version un peu moins puissante (400 chevaux) du V8 Cosworth. Sa monoplace utilise des pneus Firestone.

Cooper T86B "Usine" Vic Elford et Lucien Bianchi seront au volant des deux T86B à moteur V12 BRM. Pesant 545 kg à vide, elles sont dotées d'une boîte cinq vitesses Hewland et sont chaussées de pneus Firestone. Dans sa version «client», le V12 BRM délivre 385 chevaux à 9500 tr/min.

Honda RA301 "Usine" Le constructeur japonais, qui envisage de mettre un terme à son activité en F1 après cette course, a amené ses deux RA301 à moteur V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes. Disposant de 450 chevaux à 11000 tr/min, ce sont les monoplaces les plus puissantes du plateau. Elles pèsent 550 kg à vide et utilisent des pneus Firestone.

Ferrari 312/68 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Jacky Ickx|Blessé aux essais du Grand Prix du Canada, Jacky Ickx effectue son retour au sein de l'équipe Ferrari, après une rééducation accélérée. Au sein de la Scuderia Ferrari, Derek Bell avait été initialement engagé au côté de Chris Amon pour suppléer Jacky Ickx, qui s'était cassé la jambe gauche en septembre, lors des essais du Grand Prix du Canada. Grâce à un programme de rééducation intensive et à la pose d'un renfort métallique, le pilote belge est cependant prêt à reprendre le volant, seulement six semaines après son accident, et a remplacé Bell sur la liste des pilotes inscrits. Trois 312/68 ont été préparées, l'une servant de mulet. Leur moteur V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes délivre 410 chevaux à 11000 tr/min. Contrairement à la plupart des autres monoplaces, l'aileron (mobile) n'est pas au niveau du train arrière mais à l'avant du moteur. Les Ferrari pèsent 505 kg à vide et sont équipées de pneus Firestone.

BRM P133 & P138 "Usine" Seul pilote engagé par le constructeur de Bourne, Pedro Rodríguez aura le choix entre la nouvelle P138 et son habituelle P133. Simple évolution du modèle précédent, la P138 s'en distingue par sa boîte «cinq» conçue et réalisée en interne et sa coque affinée. Elle pèse 500 kg à vide, contre 520 à sa devancière, équipée d'une boîte Hewland. Les deux modèles, chaussés de pneus Goodyear, ont le même moteur V12 à doubles arbres à cames en tête et 24 soupapes, d'une puissance de 400 chevaux à 10000 tr/min.

BRM P126 privée Reg Parnell a amené sa BRM P126, modèle techniquement identique à la P133, pour son pilote Piers Courage. Celui-ci utilise des pneus DunlopRevue Sport Auto - .

McLaren M7A "Usine" Accidentée à Watkins Glen, la voiture M7A de Denny Hulme a pu être reconstruite à temps pour l'épreuve mexicaine, aussi le mulet de l'équipe a-t-il pu être loué une nouvelle fois à Dan Gurney, qui dispose d'une voiture identique à celles de Hulme et de Bruce McLaren, avec toutefois un pare-brise plus haut en raison de la grande taille du pilote californien. Comme les Lotus, les M7/A ont adopté le concept du moteur porteur, le V8 Cosworth supportant la boîte Hewland DG300 et le train arrière. Les trois voitures sont dotées d'un aileron arrière fixe et de deux déflecteurs montés sur le capot avant, éléments qui peuvent être facilement démontés, la configuration aérodynamique optimale n'étant pas encore définie. Les McLaren pèsent 515 kg à vide et sont chaussées de pneus Goodyear.

McLaren M5A privée Le pilote privé Joakim Bonnier dispose de son habituelle M5A à moteur V12 BRM (380 chevaux) et boîte de vitesses Hewland à cinq rapports. Elle pèse 535 kg à vide et utilise des pneus Goodyear.

Matra MS10 & MS11 "Usine" Matra Sports a engagé deux MS11 à moteur V12 pour Jean-Pierre Beltoise et Henri Pescarolo. Ces monoplaces de 560 kg disposent de 380 chevaux à 10500 tr/min. La transmission est assurée par une boîte «cinq» Hewland. Ken Tyrrell, qui dirige l'équipe Matra International, a amené ses deux MS10 à moteur V8 Cosworth pour Jackie Stewart et Johnny Servoz-Gavin. L'inscription de ce dernier n'a cependant pas été officiellement enregistrée par les organisateurs, qui souhaitent limiter à vingt le nombre de participants, et le pilote français n'est pas sûr de pouvoir courir. Le châssis des MS10 est identique à celui des MS11, seule la partie mécanique étant différente. Elles pèsent 530 kg à vide. Les Matra utilisent des pneus Dunlop.

Coureurs inscrits