L'Arménie byzantine est le nom donné aux territoires de l'Arménie sous contrôle byzantin. D'abord organisé en provinces puis en thèmes, ce territoire a été par deux fois sous contrôle impérial avec une période intermédiaire de domination arabe commençant au milieu du et se terminant au . Traditionnellement située à l'extrémité est de l'Anatolie et à la frontière entre les mondes arabe et perse, l'Arménie byzantine est une zone tampon importante entre l'Islam et la chrétienté. La pression militaire exercée par les Byzantins, les Arabes et les Perses sassanides a souvent menacé la stabilité de la région, ce qui n'a pas empêché ce peuple de conserver sa langue, sa culture et sa religion unique. Géographiquement, la région est située au sud du Caucase, comprise entre le lac de Van et le lac Sevan. S'étendant de la mer Caspienne jusqu'à la Cappadoce. Cette même région est caractérisée par des plateaux montagneux, ce qui a pu contribuer au développement d'un pouvoir décentralisé. l'Arménie byzantine disparaît après la bataille de Manzikert en 1071, date de la perte de contrôle de ces territoires par les Byzantins.
Histoire Origines Lucullus et Pompée avaient poussé l'influence de Rome jusqu’à l'Arménie vers 66 Tigrane II, le roi arménien de ce temps-là, fut contraint de payer un tribut aux Romains et il perdit de nombreux territoires. L'Arménie était devenue un État tampon entre Rome et la Perse arsacide. Après la mort de Tigrane II, le général romain Marc Antoine a essayé de donner le royaume à l'un de ses fils. La défaite du général à Actium en 31 a, cependant, mis un terme à son ambition de léguer le royaume à sa descendance. Artaxias II, petit-fils de Tigrane, réussit avec l'aide des Perses, à reprendre le contrôle du territoire. Vers la fin du avant notre ère, des conflits internes entre les Arméniens proromains et properses précipitent la dynastie artaxiade vers sa fin en 10 .. Au premier siècle, l'Arménie est politiquement divisée entre l'Empire romain et la Perse arsacide. Pour s'assurer d'avoir un certain contrôle sur l'Arménie, les Romains proposent un compromis. Conscients du fait que les Perses sont très influents en Arménie et que la monarchie arménienne est d'origine perse, les Romains proposent de laisser cette monarchie perse à la tête du pays mais ils veulent donner la couronne au roi. De cette façon, les Arsacides conservent leur pouvoir sur l'Arménie et Rome en a fait un protectorat. La situation est sensiblement stable jusqu'au malgré quelques turbulences des deux côtés de la frontière. vignette|L'Arménie juste avant son partage en 387 par les Byzantins et les Sassanides.
Du En 387, la situation romaine n'est pas à son meilleur en raison des invasions germaniques. De plus, la Perse connaît l'émergence d'une nouvelle dynastie, les Sassanides. Une certaine influence sur l'Arménie doit être gardée. C'est pourquoi les deux puissances s'entendent sur un partage du royaume.. Ainsi, la région devient trois nouvelles entités politiques : la province impériale d'Arménie mineure situé à l'Ouest de l'Euphrate, le royaume de Grande-Arménie situé à l'Est et les satrapies arméniennes au Sud. Les satrapies et le royaume de Grande-Arménie sont sous influence perse et représente les 4/5 du territoire historique arménien. La province impériale est dirigée par un Comes Armeniae, une espèce de gouverneur, jusqu'au règne de Justinien I au .. Pendant son règne, Justinien a fait augmenter la taille de la province impériale en intégrant une partie du territoire des satrapies du sud et une partie de la région du Pont en Anatolie. Cette dilatation territoriale a pour conséquence la création de 4 nouvelles entités territoriales, les provinces d'Arménie I à IV. Ces provinces byzantines atteignent leur apogée territorial durant le règne de l'Empereur Maurice qui étend le territoire arménien vers l'Est près de Dvin et au nord-ouest près du lac de Van par le traité de paix de 591.
Les provinces arméniennes ont finalement été conquises au milieu du par les Arabes après une augmentation des tensions entre Byzance et l'Arménie.. En effet, Byzance a tenté d'intégrer l'Église arménienne à la sienne et d'imposer son culte et ses traditions. Cette tentative d'impérialisme religieux a enflammé la colère des nobles locaux ainsi que celle du clergé. Ainsi, lorsque les Arabes ont marché sur les provinces, les forces locales n'ont pas offert beaucoup de résistance.
La domination arabe et la renaissance du pouvoir royal arménien vignette|Le monde musulman de Mahomet aux Omeyyades. Le marque un changement non seulement pour l'Arménie mais pour presque tout le Proche et le Moyen-Orient. Une nouvelle force politique, les Arabes renversent le pouvoir sassanide en Perse et arrache la Syrie et l'Égypte aux Byzantins. Ce nouveau pouvoir permet des mutations sociales importantes en Arménie. Au début de la présence arabe les taxes étaient faibles et le contrôle social était modéré. Les occupants recrutaient des cavaliers arméniens pour se protéger des attaques provenant des Khazars au Nord du Caucase. De plus, l'Arménie, l'Ibérie et l'Albanie caucasienne sont réorganisées politiquement en une province unique portant le nom d'Armîniya. Durant cette période, le gouverneur de la province portait le titre d'ostikan. La frontière occidentale d'Armîniya était militarisée et tournée contre Byzance. Si cette période est marquée par un développement culturel et un renouveau, le gouvernement arabe des Omeyyades et, plus tard, des Abbassides a toujours eu beaucoup de difficulté à s'implanter légitimement sur le territoire arménien.. Régulièrement, des révoltes avaient lieu contre les administrateurs arabes en raison de resserrements du pouvoir. Puis, devant le caractère de plus en plus chaud des insurrections, le calife abbasside reconnait le représentant de la famille Bagratide, Ashot , comme souverain de l'Arménie et libère les Nakharars qui s'étaient révoltés. En effet, au , le califat abbasside entre dans une période difficile et Byzance commence une expansion vers l'Est. Durant cette même période, Ashot devient souverain de la dynastie bagratide au nord et pendant ce temps au sud, la dynastie arçrouni contrôle la région de Vaspourakan. Cette courte renaissance nationale se termine durant la deuxième partie du , lorsque l'Empire byzantin étend de nouveau son territoire à l'Arménie et la réintègre à la juridiction impériale.
Si la première partie du est caractérisée par la renaissance du pouvoir royal en Arménie, la seconde partie en revanche, marque le retour des Byzantins en Arménie. Dès la fin du , les royaumes bagratides et arçrouni de Grande-Arménie tombent les uns après les autres dans l'escarcelle byzantine : le Taron en 968Jean-Claude Cheynet (dir.), Le monde byzantin, vol. II : L'Empire byzantin (641-1204), coll. « Nouvelle Clio — L'histoire et ses problèmes », Presses universitaires de France, Paris, 2006 , 33., le Tayk en 1001Jean-Claude Cheynet (dir.), op. cit., 37., le Vaspourakan en 1021Jean-Claude Cheynet (dir.), op. cit., 38. ou 1022Gérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Privat, Toulouse, 2007 , 312., Ani en 1045Jean-Claude Cheynet (dir.), op. cit., 41., Kars en 1065Gérard Dédéyan (dir.), op. cit., 313. ; seul le Lorri échappe aux empereurs. Si le Taron devient en 968, une province impériale, il ne s'agit pas à ce moment d'une assimilation pure et simple. En effet, l'Empereur Jean Tzimiskès et le roi bagratide Ashot III collaborent durant cette période. Sous le règne de Basile II, le ton change et il va de l'avant pour assimiler les autres territoires arméniens. L'agressivité de l'invasion byzantine force le roi arçrouni Gagik II à abdiquer et à confier ses terres aux byzantins. La plupart des territoires arméniens ont été intégrés dans des thèmes impériaux comme celui d'Ibérie et de Mésopotamie. Cette domination byzantine, qui voit l'essentiel de la noblesse arménienne migrer vers l'Anatolie et la Cilicie, est de courte durée : la menace seldjoukide pointe en effet à l'horizon. vignette|Après la défaite byzantine à Mantzikert en 1071, le sultanat seldjoukide de Roum englobe les territoires de l'Arménie. La première incursion se produit en 1045-1046., suivie de bien d'autres, et, le , le sultan Alp Arslan prend AniRené Grousset, op. cit., 615.. La majeure partie de l'Arménie succombe alors aux assauts seldjoukides, à l'exception du Lorri et de la SiounieRené Grousset, op. cit., 616. ; la bataille de Manzikert, en 1071, consacre la conquête de l'ArménieRené Grousset, op. cit., 629., tout comme la rupture géographique de Byzance avec ce paysGérard Dédéyan (dir.), op. cit., 322.. Le pays est alors intégré à la Perse seldjoukide et confié à différents émirs basés notamment à Dvin et à GanzakGérard Dédéyan (dir.), op. cit., 327., les derniers îlots (Lorri et Siounie) succombant au Gérard Dédéyan (dir.), op. cit., 328..
Religion L'Arménie est souvent considérée comme le premier pays au monde à avoir adopté comme religion officielle le christianisme. Située au carrefour entre les Églises grecque et syriaque, l'Église arménienne a été influencée par ces dernières. L'Église d'Arménie se distance de l'Église impériale à partir du Concile de Chalcédoine en 451.
Les particularités de l'Église arménienne La christianisation officielle de l’Arménie est attribuée à l’évêque de Cappadoce, Grégoire l’Illuminateur au . Ce dernier a converti le roi Tiridate ainsi que toute la cour royale et la noblesse arménienne. Après cette conversion, Grégoire a été chargé de construire l’Église d’Arménie et d’organiser son clergé. Au , l’Église arménienne a plusieurs caractéristiques qui la rendent déjà différente de l’Église impériale byzantine. Tout d’abord, le haut-clergé arménien est constitué d’environ 12 évêques qui sont sous la direction d’un catholicos, l’équivalent du patriarche. Le catholicos était inspiré du pontife perse et il devait recevoir le titre à Césarée de Cappadoce. Le roi et le chef de l’Église travaillaient main dans la main. Mais étant donné la structure féodale du pays, le fait que le catholicos travaillait de près avec le roi causait des problèmes administratifs.. Ensuite, les pontifes étaient très souvent au début de l’histoire ecclésiastique arménienne, des gens qui suivaient la lignée de Grégoire l’Illuminateur. Cependant, lorsqu’il y avait un conflit civil, c’était des clercs qui étaient dans la lignée de l’évêque grec Aghbianos ou d’un évêque syrien qui allaient occuper le poste de catholicos. Pour simplifier, les catholicos grecs étaient plus proches de l’Église byzantine et étaient plus zélotes alors que leurs homologues syriens étaient moins interventionnistes dans les affaires d’État et moins intenses dans leurs croyances. Le fait même qu’il y avait des clercs d’inspiration grecque ou syriaque s'explique par la formation des prêtres qui étaient formés dans l’une ou l’autre langue selon la région. De plus, on formait des traducteurs qui devaient commenter l’eucharistie en arménien devant les fidèles pour qu’ils comprennent. Par ailleurs, le népotisme était presque institutionnel dans cette Église à ses débuts. Pendant quelques générations, le catholicos et probablement les évêques également, passait leur titre à la génération suivante.. Finalement, le voit la naissance d’un alphabet arménien qui permet la traduction de la liturgie chrétienne et ainsi, le christianisme a pu pénétrer la classe populaire. L’Église arménienne a continué d’évoluer dans le temps, mais c’est dans le contexte de conflit avec l’Église byzantine qu’elle s’est transformée.
Les conflits avec l'Église impériale